X1Angleterre, seconde moitié du XVIème siècle :

Après la mort d’Henri VIII en 1547, l’Angleterre vit une période de forte instabilité religieuse et politique. Edouard VI engage le royaume dans la voie de la Réforme, mais sa mort, en 1553, remet en question les orientations de l’Eglise d’Angleterre. En effet, Marie Tudor, qui lui succède, est la fille de la première femme d’Henri VIII, et ses sympathies vont à l’Eglise de Rome. Elle veut tenter d’abattre ce Christianisme Réformé qui a, entre autres, permis à son père de répudier sa mère. Son mariage avec Philippe II, roi d’Espagne, est particulièrement impopulaire et marque le début de persécutions antiprotestantes, qui valent à la reine le surnom de « Marie la Sanglante ».

En 1555, un procès retentissant secoue l’Angleterre : un Mage est accusé d’avoir reçu la Reine de Fées et des Elfes des herbes curatives et des breuvages magiques. Il est condamné, et est chassé à coups de pierres de l’île.

En 1557, Gerhard Kremer, plus connu sous le pseudonyme de « Mercator », se rend en Egypte pour visiter la Grande Pyramide. Ensuite, il s’adonne inlassablement à la recherche de sources remontant aux temps les plus reculés. Il passe également de nombreuses années à constituer avec patience une Bibliothèque de référence, aussi vaste qu’éclectique.

Il devient bientôt le plus fameux cartographe d’Occident. Après avoir recopié des dizaines de planisphères datant de l’Antiquité, il est célèbre du jour au lendemain pour la projection qui porte son nom, et qui est bientôt utilisée sur toutes les cartes du Monde.

En 1558, lorsque Marie Tudor meurt, sans descendance, c’est Elisabeth qui lui succède. Fille de la deuxième femme d’Henri VIII, Anne Boleyn, bâtarde aux yeux des catholiques, qui ne reconnaissent que le premier mariage du roi, Elisabeth revient tout naturellement au protestantisme, mais avec un grand souci de modération.

Elisabeth laisse partout son empreinte sur l’Angleterre. Avide de gouverner, machiavélique, autoritaire, cruelle à l’occasion, la reine sait organiser son propre culte et le transmettre à la postérité. Soucieuse de régner sans partage, Elisabeth, toujours sollicitée, ne se résout pas à choisir un époux, au risque de mettre en péril la succession de la Couronne. Cela permet le développement d’un thème original de propagande, celui de la reine vierge, mais n’exclut pas certaines liaisons secrètes.

La reine s’appuie sur son conseil privé et, parmi ses proches, William Cecil est le plus écouté. Ses favoris, Leicester et Essex, ont aussi une certaine influence. Grâce à une gestion financière stricte, la reine réussit à limiter les convocations du Parlement et à assurer son indépendance. Le domaine royal, les confiscations, les douanes, dont le produit croît avec l’essor du commerce maritime : tout cela assure à la Couronne des revenus suffisants.

Au cours de cette période, la célébration officielle de la reine prend une ampleur inégalée, qui culmine rapidement. Cette femme édentée, mais de plus en plus coquète et coléreuse, est assimilée à « la reine des fées », à la Lune, à Diane et surtout à la vierge dont parle Virgile et qui annonce le retour de l’Age d’Or.

Il n’y a pas de grands chantiers religieux au cours de cette époque. En revanche, les nobles édifient des châteaux d’un style particulier où l’influence italienne reste très limitée. L’architecture qui triomphe se caractérise par un mélange de géométrie et de lumière, de symétrie et de légèreté.

Dès 1559, Elisabeth fait voter par le Parlement l’Acte de suprématie, qui exige de tous les évêques un serment de fidélité à la reine, « gouverneur suprême » de l’Eglise. Ce serment implique la rupture avec Rome. Or, les évêques mis en place sous Marie Tudor, sont catholiques. Comme ils refusent de prêter serment, ils sont enfermés dans des résidences surveillées et remplacés. En 1563 sont proclamés les « Trente-neuf Articles de Religion », qui constituent la véritable charte de l’Anglicanisme : ils maintiennent la hiérarchie épiscopale et une partie du cérémonial catholique, tout en abandonnant l’usage du latin et l’obligation du célibat des prêtres, mais, sur le plan du dogme, ils se rapprochent du calvinisme.

En matière de foi, Elisabeth n’entend pas sonder les consciences, mais elle veut être obéie. Or, le compromis anglican est attaqué tant par les catholiques que par les calvinistes stricts. Ceux-ci, proches du réformateur John Knox et du mouvement presbytérien écossais dont il est le fondateur, veulent purifier l’Eglise anglicane du « papisme » : la répression s’engage alors contre ces protestants extrémistes. Mais la vindicte royale s’exerce également contre les catholiques. En 1570, Elisabeth est officiellement excommuniée par le pape, qui n’accepte comme seule souveraine légitime que Marie Stuart, reine d’Ecosse. Tout catholique est donc un traître en puissance et, à partir de 1584, les prêtres d’Angleterre fidèles à Rome risquent la mort. 200 catholiques, prêtres ou laïques, sont exécutés.

En 1584 également, le moine Camdem, qui passe quelques jours à étudier le site de Stonehenge, estime que celui-ci est un monument funéraire.

En 1584 encore, le docteur John Dee s’interesse à la Kabbale. Il publie une « Monas Hieroglyphica Mathematice Cabalistice Anagogiceque Explicita » et une « Philosophia Mosayca ». Il est également l’un des principaux Astrologues de la reine Elisabeth d’Angleterre. Il ne possède pas lui même de pouvoirs « paranormaux », mais il collabore régulièrement avec les « voyants » de la cour. Il est d’ailleurs très proche du plus doué d’entre eux ; un dénommé Edward Kelly. Ce dernier utilise en effet tantôt une boule de cristal, tantôt un verre d’eau, pour faire ses prédictions.

Or, un jour, la rumeur prétend que Kelly est un voyou et un charlatan. Ses pouvoirs ne sont que mystification. John Dee l’abandonne alors à son triste sort et se fait oublier des Grands du royaume. Kelly, lui, est décapité.

Quelques mois plus tard, John Dee se livre à des expériences Magiques à l’aide de pierres à la surface scintillante ; il prétend qu’elles possèdent des vertus extraordinaires : « Les Esprits qui se dégagent d’elles, écrit t’il en langage codé dans un livre intitulé « Liber Logaeth », m’apparaissent sous la forme d’hommes ou de femmes. ».
Puis, un peu plus tard, un Etre Surhumain se révèle à lui. L’individu lui donne un miroir mystérieux ; il s’agit d’un morceau d’anthracite extrêmement poli. Il lui dit qu’en regardant ce cristal, il pourra voir d’autres Mondes, qu’il pourra entrer en contact avec des Intelligences autres que celle de l’Homme.

Puis, après la disparition de l’Entité, John Dee s’aperçoit que les Secrets qui se cachent à l’intérieur de ce « Monade » s’avèrent peut-être de la plus haute importance pour l’avancée de ses travaux Esotériques.

John Dee utilise ensuite un Livre qu’il a acheté longtemps auparavant, le « Liber Mysteriorum Sextus ed Sanctus » - ou « Sixième Livre des Mystères Sacrés » - en plus du Liber Logaeth, pour progresser plus avant dans ses expérimentations. L’ouvrage lui sert dès lors d’index permettant de construire une série de Carrés Magiques de 49 x 49. Et, grâce à son miroir, il s’auto hypnotise. A l’aide de ses tableaux, il étale un certain nombre de Lettres et de Symboles Occultes devant lui. Il entre profondément en transe. Sa main tremblante et autonome désigne l’un ou l’autre d’entre elles. Il en soulève une et note ce qui y est écrit. Et, enfin, au bout d’un moment, il les répète de multiples manières et avec différentes intonations.

Il parvient donc à ouvrir, puis à franchir une Porte entre les Mondes.

John Dee s’aventure alors au cœur des multiples Réalités se cachant au-delà de l’Univers Connu. De même, il est ainsi le premier à laisser un compte rendu détaillé du commerce des Humains avec ceux qui peuplent les gouffres insondables séparant le Cosmos. Il est enfin le seul à offrir une preuve pratique de l’existence de créatures non humaines en dehors de la Terre.

Car John Dee a de longues conversations avec ces Esprits ; et il rapporte chacune de celles-ci dans les milliers de pages qui composent le Liber Logaeth. Il explique que ces Mânes ne sont pas des Ames de Morts, mais des Anges et des Démons. Dans un chapitre, il déclare aussi que ceux-ci ont accepté de lui apprendre une série d’invocations, ou « Clefs » ; elles sont très anciennes et uniquement exprimées dans un dialecte appelé « l’Enochien ». John Dee est donc peu à peu amené à s’intéresser au « Livre d’Enoch » ; un texte apocryphe issu de l’Ancien Testament.

En fait, grâce à un de ses amis du nom de Bruce, il obtient relativement vite une copie des fragments du Livre d’Enoch existantes. Elle est rédigée en Hébreu. Et, en parcourant ces pages, quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il découvre qu’à l’Aube des Ages, un certain nombre d’Anges ont entretenu des rapports avec des jeunes filles humaines ; puis, qu’avant de quitter ce Monde, ils leur ont Enseigné les principaux Secrets de la Magie et de l’Occultisme.

Dans un autre chapitre du Liber Logaeth, John Dee décrit un entretien particulier qu’il a eu avec un Esprit. Il y dit que celui-ci a été amené à lui parler de la ville de Dunwich. Il lui a raconté qu’autrefois, cette cité a en partie submergée par la mer ; mais qu’auparavant, elle a été la capitale de l’Est-Anglie. Il lui apprend encore qu’elle existe pourtant toujours et qu’elle se situe non loin de Suffolk, à quatre miles au Sud-Ouest de Southwold. Il lui révèle enfin qu’un énorme cercueil de pierre ayant forme humaine y est enterré, et que c’est à l’intérieur de ce dernier qu’est dissimulée l’intégralité du Livre d’Enoch, ainsi que le « Nécronomicon ».

John Dee écrit alors : « Lors de la démolition de l’église Saint-John de Dunwich, tombée en ruines, les excavateurs ont mis au jour un tombeau. Les ouvriers l’ont ouvert. Ils ont examiné ce qu’il y avait dedans. Et, en fait, il renfermait un énorme cercueil ayant l’apparence exacte d’un homme. Ils ont donc crocheté les scellés du second caveau. Ils y ont trouvé un cadavre à peu près humain curieusement vêtu ; mais dès qu’ils le frôlèrent, il tomba en poussière. ».

A suivre...