Z1En 1584 toujours, par sa politique, Elisabeth rend définitive la rupture avec Rome, ce qui ne facilite pas ses relations avec l’Irlande catholique. Quand Henri VIII s’est fait proclamer roi d’Irlande, en 1541, l’île était loin d’être conquise. Sous Elisabeth, les choses s’aggravent encore. L’Irlande, alliée traditionnelle de l’Espagne, résiste à la domination anglaise, mais ses tentatives de soulèvement populaire sont écrasées. La dure répression des révoltes marque le début d’une colonisation systématique et cruelle dans le contexte d’irréductible hostilité.

 
Quant aux relations avec l’Ecosse, elles sont empreintes de la dimension personnelle et passionnelle que leur donne le duel des deux reines, Elisabeth Ière et Marie Stuart. Fille de Jacques V, reine d’Ecosse deux ans après sa naissance, en 1542, Marie Stuart est envoyée à la cour de France, où elle est élevée par les ducs de Guise, ses oncles maternels. A six ans, elle est fiancée au dauphin François, futur François II. Le mariage a lieu en 1558 et François monte sur le trône un an plus tard. Mais il meurt dès 1560 et Marie Stuart regagne alors son royaume. 
 
Catholique, elle gouverne un pays peuplé de presbytériens. Après un temps de compromis, Marie multiplie les imprudences et, en 1567, face au soulèvement de ses sujets, elle doit abdiquer en faveur de son fils Jacques. Réfugiée en Angleterre, elle est d’abord traitée avec égards par sa rivale, Elisabeth.
 
Mais bientôt, accusée d’encourager des complots contre la reine, elle est arrêtée. En 1587, Elisabeth la fait juger, condamner par le Parlement et décapiter. Avec une certaine duplicité, elle prétend avoir été mal obéie et contrainte à une telle sévérité. Ce subterfuge peu glorieux lui permet de préserver ses relations avec celui qui va hériter de la Couronne d’Angleterre : le propre fils de Marie Stuart, Jacques VI d’Ecosse, futur Jacques 1er d’Angleterre.
 
En même temps, les choix politiques et religieux d’Elisabeth ont d’autres conséquences car les relations de l’Angleterre avec l’Espagne se détériorent. Le sort des catholiques anglais et de Marie Stuart ne peut laisser indifférent le roi « très catholique », qui supporte également mal les incursions anglaises dans son Empire. Lors de son tour du Monde, le navigateur Anglais Francis Drake intercepte un convoi Espagnol et s’empare de son or. Comme Elisabeth brave les plaintes de l’ambassadeur espagnol en armant Drake chevalier, Philippe II prend la décision d’éliminer ces adversaires. Il réunit une flotte, considérable, et la baptise lui même « l’Invincible Armada » ; le 20 Mai 1588, 10 300 marins et 19 000 soldats entassés sur 130 bâtiments quittent le port de Lisbonne.
 
L’invincible Armada est cependant vaincue à la fois par les marins anglais et par la tempête. Seuls 63 bateaux regagnent l’Espagne. Cette humiliation n’entame pas réellement la domination espagnole sur l’Atlantique, mais l’Angleterre montre sa puissance et elle peut maintenant se lancer à la conquête du Monde.
 
1593 est marquée par un grand dynamisme démographique et économique. L’industrie drapière poursuit son expansion, l’exploitation de la houille et du fer progresse de façon spectaculaire et le commerce est florissant. La célèbre « Compagnie des Indes Orientales » est créée, et sir Walter Raleigh fonde la Virginie, marquant ainsi le début de l’emprise anglaise en Amérique du Nord ; il en ramène le tabac et la pomme de terre.
 
Par ailleurs, en cherchant à atteindre la Chine par le Nord-Est, Jean Davis parvient au cœur de la Russie par les voies fluviales, ouvrant ainsi la route aux explorateurs de l’Asie Centrale. Ralph Ficht va jusqu'à l’Euphrate, atteint l’Inde et est reçu par le Grand Moghol. Enfin, en 1594, Jacques Lancaster renouvelle l’exploit de Vasco de Gama en faisant le tour de l’Afrique ; ils sont trois-cents à partir mais seuls quinze reviennent.
 
La société se transforme aussi. L’aristocratie terrienne doit s’adapter, car le commerce maritime, qui permet d’importer des céréales, lui fait concurrence. Le mouvement des « enclosures » - clôture de champs – se poursuit inexorablement et tend à substituer à l’exploitation collective et traditionnelle du sol un système de grandes propriétés individuelles. Ouverte à toutes les activités, la « gentry » - petite noblesse – gère avec soin ses domaines sans mépriser le commerce ou l’industrie. Les bourgeois des ports, de Londres notamment, s’enrichissent et participent à la politique locale.
 
En revanche, le sort des classes populaires est plus contrasté. Le statut des artisans constitue un véritable code du travail. A la campagne, les « yeomen » - petits et moyens agriculteurs propriétaires – forment une paysannerie plutôt aisée, mais les enclosures chassent les plus pauvres et les font affluer vers les villes. Les lois sur les indigent tentent de porter remède à cette situation nouvelle : les invalides sont placés dans des hospices, financés par des collectes obligatoires ; les pauvres en bonne santé sont soumis au travail forcé.
 
A la fin de l’année 1596, au cours de son voyage à travers toute l’Europe, John Dee quitte Prague pour Leipzig. Mais, le nonce du pape soumet un document au roi Rodolphe, dan lequel il accuse John Dee d’évoquer des « Esprits défendus ». Début 1597, il est donc obligé de retourner en Angleterre.
 
Or, il arrive juste à temps dans la capitale pour voir une populace déchaînée mettre le feu à la maison qui renferme son laboratoire et sa Bibliothèque de plus de 4000 volumes rarissimes.
 
La fin du règne d’Elisabeth, après 1599, n’est pas seulement une époque de grands bouleversements politiques, religieux et économiques, elle est aussi celui de l’art et de la culture. La langue littéraire s’affirme avec des poètes comme Spenser, qui publie « la Reine des Fées », en hommage à Elisabeth.
 
Le théâtre est l’une des deux réussites les plus éclatantes et les plus originales de cette période. S’ouvre à Londres, sur la rive Sud de la Tamise, le théâtre du Globe, qui rassemble nobles, marchands, ouvriers et matelots pour ses séances de l’après midi. Les pièces de Marlowe – Docteur Faust - et de Ben Jonson – Valpone – y connaissent un grand succès.
Mais c’est Shakespeare qui s’affirme comme le maître incontesté du lieu : à la fois auteur, acteur, administrateur de troupe, il triomphe dans tous les genres. Puis, après vingt ans de carrière, il regagne son village natal, où il meurt, riche et respecté.
 
Quoiqu’il soit l’auteur d’admirables poésies, dont les célèbres « Sonnets », c’est surtout au théâtre que Shakespeare doit sa réputation. Il écrit plus de trente pièces, réparties en comédies – « la Mégère Apprivoisée », « Beaucoup de bruit pour rien »… -, drames historiques – « Richard III », « Henri V »… - et tragédies – « Hamlet », « MacBeth », « Othello », « Roméo et Juliette », « le Roi Lear »… -. D’ailleurs, pour cette dernière pièce, Shakespeare – Initié depuis longtemps à la Tradition Esotérique de l’Angleterre – se sert du Symbolisme britannique pour situer le lieu de naissance de la guerre des Deux Roses.
 
Il sait en effet très bien à quoi correspondent la Rose Rouge des Lancastre et la Rose Blanche des Plantagenêts. Il est également au courant que la capitale du pays, comme un pavé de mosaïques, possède en son sein un Mystère lié au chiffre « 2 ». De plus, d’une extraordinaire richesse de langage, elle campe des personnages inoubliables, confrontés aux jeux de l’amour, aux drames du pouvoir ou à la solitudes de la conscience humaine.
 
L’autre grand art de cette époque, c’est le portrait de cour, dans lequel excellent les Allemands et les Hollandais. La reine Elisabeth est marquée par les peintres flamands Hans Eworth et Marcus Gheeraerts père et fils. Leurs œuvres décrivent avec une merveilleuse précision les costumes. Mais le miniaturiste Nicholas Hilliard, fait preuve de plus d’originalité ; il doit son talent à sa triple formation de miniaturiste, d’orfèvre et de sculpteur, et quand il meurt, en 1619, il jouit d’une réputation internationale. Dans ses œuvres destinées à la cour, Hilliard s’attache à la pureté des lignes ; en revanche, dans ses portraits privés, il adopte un style plus libre mais toujours raffiné.
 
A suivre...