X1Pays-Bas, seconde moitié du XVIème siècle :

 

L’essentiel de l’œuvre de Pieter Bruegel se situe autour de 1557. Pour échapper à l’atmosphère empoisonnée des persécutions, il quitte Anvers et s’installe à Bruxelles avec sa jeune épouse, fille de son maître Pieter Coecke.

Aux grands sujets romanisants – thèmes antiques et mythologiques -, Pieter Bruegel préfère les descriptions familières de villages, kermesses et marchés, travaux et peines de saisons. Ses tableaux sont, pour leur précision et leur composition panoramique, de véritables paysages cartographiques. La raideur des personnages du « Repas de Noces », l’utopie du « Pays de Cocagne », pays de mangeaille et de matérialisme, la fausse gaieté, le caractère répétitif des comportements, la vanité de la conduite humaine révèlent beaucoup de lassitude. Dans « le Triomphe de la Mort », la tristesse devient tragique.

S’il faut éviter de chercher à tout prix un engagement politique dans l’œuvre de Bruegel, le peintre, comme son maître Jérôme Bosch, n’écarte pas les allusions symboliques – en particulier bibliques -, et son inspiration réaliste porte témoignage d’une époque en crise.

 

En 1559, Philippe II d’Espagne laisse le gouvernement des provinces des Pays-Bas à sa demi-sœur, Marguerite de Parme, et il superpose aux institutions locales un Conseil composé d’étrangers ; parmi lesquels, l’intransigeant évêque Antoine Perrenot de Granvelle, chargé d’extirper l’hérésie. En accord ave Rome, le souverain espagnol réorganise les provinces ecclésiastiques et prive la haute noblesse de l’accès aux dignités.

Celle-ci, mécontente, rallie à sa cause la petite noblesse catholique ou protestante, qui supporte mal que Granvelle, subordonnant tout aux intérêts espagnols, lui retire la direction des affaires publiques et les grands commandements de l’armée. Issu de cette alliance, le « compromis des nobles », signé à Breda en 1565, réclame l’abolition de l’Inquisition et la convocation des Etats Généraux. Mais la régente, consciente du lien entre les intérêts économiques et la situation religieuse – dès 1560, le départ de nombreux calvinistes vers l’Angleterre affaiblit l’industrie textile -, renvoie Granvelle et demande à Philippe II d’adoucir les mesures contre les hérétiques, affichées sur des « placards ».

Une voie modérée semble finalement se dessiner ; mais des calvinistes fanatiques, encouragés par le renvoi de Granvelle, se livrent à de terribles pillages d’églises. Cette « furie iconoclaste » effraie les catholiques et retourne l’opinion : le compromis des nobles se dissout, tandis que Philippe II durcit sa position et décide d’encadrer l’Inquisition pour la rendre plus efficace. Désormais inflexible, le souverain espagnol tente tout pour que les Pays-Bas rebelles retournent dans le giron de l’Eglise catholique.

 

En 1570, aux Pays-Bas, la cartographie accomplit une nouvelle percée fulgurante car elle correspond à l’accroissement des connaissances géographiques, mais aussi parce qu’elle peut être utilisée à des fins militaires, commerciales ou pour des travaux hydrauliques.

Branche du savoir, mais aussi représentation du Monde, la cartographie a désormais des liens avec la peinture : Pieter Bruegel est l’ami intime d’Abraham Ortels, dit « Ortelius ». Celui-ci publie une carte du Monde en huit feuilles ; mais son œuvre maîtresse reste le « Theatrum orbis terrarum ». Ce prestigieux recueil de soixante-dix cartes, illustré par cinquante-trois planches gravées sur cuivre, est le premier atlas universel de cartes systématiquement dressées. Pour le réaliser, il a fallu la collaboration de géographes de différents pays ; il est, dès lors, souvent réédité et complété.

 

Approuvée par le consistoire de Genève, où siègent Calvin et Théodore de Bèze, la « Confessio Belgica » est publiée en wallon, puis en flamand l’année suivante, alors que le premier synode des Eglises réformées wallonnes se tient en 1571.

Quant à la conduite à adopter vis à vis des catholiques, Théodore de Bèze, consulté, prône modération et prudence. Il conseille d’utiliser la persuasion plutôt que la force.

 

Malgré tout, Guillaume de Nassau, prince d’Orange, incarne la résistance à l’absolutisme espagnol. Ses convictions religieuses sont complexes : il a reçu une éducation catholique – sous la tutelle de Marie de Hongrie, la sœur de Charles Quint -, puis est devenu luthérien, avant de s’affirmer calviniste en 1573.

Esprit plus politique que religieux, Guillaume veut surtout desserrer la pression espagnole et alléger les impôts, en faisant appel à la tolérance pour unir les provinces. Mais, contraint de s’appuyer sur les calvinistes exaltés de Hollande et de Zélande, il voit la confiance des catholiques lui échapper. De son coté, en 1567, Philippe II envoie Alvarez de Toledo, duc d’Albe, remplacer Marguerite de Parme. Homme violent et passionné, ce vieux soldat arrive en compagnie de régiments éprouvés. Aussitôt installé, il créé un Conseil des Troubles, bientôt appelé « Conseil du Sang », qui procède à des milliers d’arrestations et d’exécutions ; d’autre part, il instaure une fiscalité très lourde, « l’alcabala », prélevée sur le commerce afin de payer les soldats et d’alimenter la guerre contre les Turcs.

Face à ces mesures draconiennes, la résistance néerlandaise s’active : les « gueux de terre », organisés en maquis, lancent des interventions armées contre le clergé catholique et les fonctionnaires de Philippe II, tandis que les « gueux de mer », aidés par des marins anglais, piratent sur la côte. Le 1er Avril 1572, ils occupent le port de Brielle, au Sud de la Hollande, tète de pont vers le Continent.

Rapidement, Zélande et Hollande s’insurgent, et Guillaume est nommé chef – « stathouder » - de l’insurrection. La tolérance réciproque demeurant une notion inconnue, les calvinistes se livrent à des violences sur les catholiques, d’autant plus qu’ils attendent l’aide du parti protestant français ; mais le massacre de la Saint-Barthélemy réduit cet espoir à néant. Guillaume d’Orange doit se replier en Hollande, province ravitaillée par mer et noyau dur de la résistance. Constatant l’échec des armes et le coût énorme de la guerre, Philippe II remplace le duc d’Albe par un homme plus modéré, don luis de Requesens.

La liberté d’action de cet ancien gouverneur du Milanais est limitée, et le « pardon général » qu’il octroie, au nom du roi, n’implique aucune liberté de culte ; devant si peu de concessions, les rebelles reprennent les armes. C’est alors que, mises en difficultés, les troupes espagnoles se mutinent – les terribles « tercios », ou « régiments » n’étant pas payés depuis des mois. Don Juan d’Autriche, demi-frère de Philippe II, succède à Requesens, qui vient de mourir. Mais il arrive trop tard pour éviter le pire : le 4 Novembre 1576, les soldats pillent Anvers, brûlant près de 1000 maisons et tuant environ 7000 personnes. Après ce désastre humain et économique, la célèbre place boursière, déjà en déclin, ne joue plus de rôle européen.

A suivre...