X1Moi qui espérais avoir un Dimanche tranquille, calme, serein, détendu, apaisé, encore une fois la réalité m'a rattrapée. Cette réalité qui ne me laisse aucun répit, aucun repos, qui m'oblige en permanence à dépasser les limites mentales, physiques, nerveuses, de mon âme et de mon corps recule toujours plus loin les frontières de ce que je suis capable d'endurer...

 
Hier soir, j'ai eu une fuite d'eau dans mes WC. La cuvette de toilettes était fissurée - sans que je ne m'en aperçoive, et un goutte à goutte s'écoulait sur le sol. C'est avec surprise que vers 18h, j'ai constaté que le carrelage était inondé.
 
Après les épuisements de cette dernière semaine, c'en était trop. Mon stress a été plus fort que moi. J'ai été la proie de crises d’angoisses à répétition. J'étais perdu, isolé, abandonné, personne sur qui compter. En catastrophe, j'ai appelé au téléphone ma maman. Mais que pouvait-elle faire, alors qu'elle vit à 300km de chez moi. Elle m'a donné quelques conseils que j'ai tant bien que mal, essayé de suivre. Cependant, j'étais dans un tel état de stress, de peur, de désespoir, qu'il lui était impossible de venir concrètement à mon secours.
 
Affolé, j'ai fait le tour des autres appartements de l'immeuble dans lequel j'habite. Personne, ou presque, ne m'a ouvert sa porte. Seul mon voisin du dessous est monté chez moi, et a fermé - du moins je le pensais - le compteur d'eau. Toujours affolé, et bien qu'il soit 18h un Dimanche, je me suis précipité sur le bottin téléphonique pour tenter de contacter un plombier. Or, un Dimanche soir, mission quasiment impossible. Heureusement que j'ai réussi à en joindre un qui m'a promis de m'envoyer un de ses ouvriers à la première heure ce matin.
 
Par contre, toute la nuit, le goutte à goutte lié à la fissure de la cuvette des toilettes a perduré. Car, ce n'est que ce matin que le plombier me l'a expliqué : mon voisin n'avait pas complétement fermé l'arrivée d'eau. Je ne lui en veux pas, c'est une personne âgée, qui n'est pas du métier. Et moi, handicapé, malade, stressé, faisant crise d'angoisse sur crise d'angoisse, comment lui ou moi aurions pu nous apercevoir de cela.
 
De fait, de 19h à 7h du matin, j'ai écopé l'eau qui se déversait de la cuvette de toilettes à intervalles réguliers. Toutes les demi-heures, trempé jusqu'aux os, seul, épuisé de toutes les façons possibles et imaginables, j'ai dû m’empêcher de m'endormir afin que la flaque d'eau ne s'étende pas au-delà du périmètre des WC.
 
Je me suis maudit, moi, ma maladie, mon handicap, d'être incapable de faire face à ce genre d'incident du quotidien. Un incident, que l'immense majorité des gens réglerait facilement, pour lequel ils ne s'inquiéteraient pas outre mesure. Mais qui moi, me détruit, me déchire, m'anéantit, fissure mon âme et mon esprit jusqu’à me conduire aux portes de la folie et du suicide. Des incidents qui, chaque fois, repoussent plus loin les limites de la terreur et du désespoir, de la solitude et de l'impuissance, de la fatigue et des blessures personnelles dont je suis le sujet.
 
Je n'ai pas dormi. Je suis vidé, alors que d'autres taches importantes et nécessaires concernant mon handicap et ma maladie m'attendent dans les jours qui viennent. Des documents à rassembler pour le renouvellement de mon Allocation Adulte Handicapée à fournir en temps et en heure pour qu'elle ne soit pas malencontreusement interrompue ; même provisoirement ; parce que sinon, mes ressources financières fondraient immédiatement comme neige au Soleil. Ma hantise, moi qui ai connu la misère, l'indigence, l'endettement, etc.
 
Or, dans les conditions actuelles, je me sens incapable de faire face à de telles démarches. Demain après-midi, une assistante sociale vient faire le oint à ce propos. Mais je suis terrorisé à l'idée qu'il manque des documents qui retardent la finalisation du dossier de renouvellement AAH. Et j'ai l'impression, avec ce qui m'est advenu, hier soir, cette nuit, ce matin, que mon cerveau va exploser, tellement je suis angoissé.
 
Il n'y a personne pour moi, pour m'aider, pour m'accompagner, sur qui m'appuyer. Je dois me battre constamment seul, oublié de tous et de toutes, même de ceux et de celles vers lesquels je pourrais éventuellement me tourner - comme mes voisins, qui connaissent mon état de santé. Même mes médecins, qui me disent d'être fort, de tenir le coup coute que coute. Même mon assistante sociale, qui n'est présente que pour les formalités administratives.
 
Je suis handicapé et malade, et je suis seul, comme tout le long de mon existence je l'ai été. Et tant pis si cela me détruit, me fait mourir à petits feux. Après tout, je ne suis, du fait de mon état, qu'un citoyen de seconde zone qui n'a pas droit de cité...