X1Aujourd'hui, je n'avais pas l'intention de m'exprimer sur ce à quoi nous assistons actuellement dans notre pays. Je suis fatigué nerveusement, moralement, psychologiquement, physiquement, pour un certain nombre de raisons que je n'ai pas besoin de relater ici. Et tout comme moi, ceux et celles qui suivent l'évolution de la situation dans notre pays en ce moment, savent à quel point la tension entre les Gilets Jaunes et le Gouvernement est à son comble.

 
Je crains d'ailleurs que cette dernière ne fasse qu'empirer d'une manière ou d'un autre au cours des prochains jours, des prochaines semaines, et des prochains mois.
 
Il est évident que la "Grande Concertation" lancée par notre Président de la République le 15 Janvier prochain n'est qu'une mascarade initiée dans la précipitation. Celle-ci a pour but de recueillir les doléances des français concernant la crise politique, institutionnelle, économique, que traverse aujourd'hui notre pays ; tout en lui donnant un cap. Un cap évidemment proposé par nos gouvernants afin d'en limiter les effets. Afin, aussi, que les sujets mis sur la table aillent dans le sens de la démarche initiée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe.
 
Forcément, dans ces conditions, les revendications et les doléances ainsi recueillies ne peuvent avoir qu'une portée limitée. Et la synthèse qui en sera faite, de même. On peut d'ailleurs se poser la question de savoir à quel résultat cette Grande Concertation doit aboutir : une ou des propositions de lois, des décrets, de nouveaux choix politiques dans l'action menée par nos dirigeants ? Autre chose encore ?
 
Personnellement, je n'en n'attends pas grand choses. Cette Grande Concertation me fait un peu penser aux États Généraux de 1788. A l'époque, le roi Louis XVI avait eu la même idée : dans Chaque paroisse, dans commune, etc., des cahiers de doléances semblables à ceux que les maires de 2019 ouvrent pour que leurs concitoyens s'expriment, avaient été ouverts. Chaque homme y avait écrit ses griefs, ses besoins, ses difficultés, de quelque ordre que ce soit. Ensuite, des représentants pour chaque district avait été nommé. Ces représentants de 95 % du peuple français que l'on nommait alors "le Tiers État" - les 5 % restant se répartissant entre le Clergé et la Noblesse, qui eux, ne payaient pas d’impôts - s'étaient réunis à Versailles. Le roi leur avait demandé de se réunir par "ordre" - Clergé, Noblesse et Tiers État donc, chacun de ses ordres détenant une voix - afin de délibérer sur la levée de nouvelles taxes à soumettre au peuple. Ce qui faisait toujours deux voix contre une - Clergé allié à la Noblesse contre le Tiers État - obligeant ce dernier à accepter les nouveaux prélèvements qu'on lui infligeait.
 
C'était toujours ainsi que le système avait fonctionné depuis l'établissement des États Généraux au Moyen-Age. Or, en 1788, la récolte de blé avait été mauvaise. La disette sévissait dans tout le royaume de France. Des révoltes de la faim avaient éclaté quelques années plus tôt. Elles avaient été réprimées dans le sang. Le bas-clergé assistait au désespoir de la population, à la colère qui grondait, était lui-même victime de la disette. Seul le haut-clergé - évêques, archevêques, cardinaux - y échappait, grâce aux revenus payés par leurs paroissiens à leurs diocèses. Comme la noblesse qui en était exemptée.
 
Parce que bas-clergé, aussi pauvre que le peuple, a rejoint les rangs du Tiers État, les deux voix contre une qui avaient toujours prévalu, n'ont pas abouti. Ce bas-clergé, associé au Tiers État, a créé une "Assemblée Constituante" qui a défié le pouvoir en place. Louis XVI n'a pas pu faire adopter ses lois pour taxer davantage le peuple. En a résulté l'aube de la Révolution Française avec la prise de la Bastille le 14 Juillet suivant, et la Déclaration des Droits de l'Homme durant la nuit du 4 Aout. L'Histoire était en marche ; rien ne viendrait plus l’arrêter.
 
Pourquoi je parle de cet épisode à l'origine des événements révolutionnaires de 1789 et ensuite ? Tout simplement parce que la Concertation Nationale promulguée par notre président de la République, au travers de ses cahiers de doléances sous la tutelle des maires, me fait penser au même processus que celui de 1788 - 1789. Quand on y réfléchit, en outre, beaucoup de Gilets Jaunes se réfèrent à la Révolution Française dans l'ire qu'ils ont à l'encontre de l’État et du Gouvernement.
 
Une différence fondamentale cependant, qui explique pourquoi le mouvement des Gilets Jaunes est incapable de s'étendre. Un : il n'est pas organisé. Dès l'aube de la Révolution Française, des leaders comme Danton, Mirabeau, Robespierre, Desmoulins, Marat, etc. sont apparus. Ils étaient soutenus par différents "clubs" que l'on pourrait comparer aujourd'hui à des syndicats. Ces clubs étaient prompts à se mettre en mouvement pour faire entendre la voix du peuple dont ils étaient issus. Deux : La police et l'armée demeurent fidèles à l’État. Or, en 1789 également, si la police était balbutiante, l'armée, elle s'est bientôt jointe au peuple et à ses revendications. De fait, abandonné de l'organe destiné à protéger le roi, le gouvernement, la noblesse, etc., l'ensemble des institutions monarchiques se sont vite écroulées comme un château de carte.
 
Un changement majeur au sein de nos sociétés, et quelle que soit l'époque, ne peut se faire sans le soutien de l'armée. Chaque révolution a été appuyée, accompagnée, par l'armée. Au minimum, celle-ci est restée neutre face aux événements en cours.
 
Alors, quel rapport avec le titre de cet article et ce BREF résumé d'événements historiques datant d'il y a plus de deux siècles ?
 
Pour citer Emmanuel Macron : "Beaucoup trop de français oublient le sens de l'effort.". Alors, et ce que j'ai précisé n'est alors pas anodin, je lui poserai cette question :
 
En 1788 et 1789, la Noblesse et le Haut Clergé étaient exempté d’impôts. Dans ses intentions, Louis XVI espérait les mettre financièrement à contribution pour participer à l'effort collectif. Il faut se souvenir que la France était alors au bord de la banqueroute.Mais la noblesse et le haut-clergé ont vigoureusement protester, expliquant que ce n'était pas leur rôle. L'ordre établi depuis des siècles était celui-ci : la noblesse était là pour diriger l'armée - capitaines, généraux, etc. - en cas de guerre. Ce qui n'était plus réellement vrai depuis le milieu du XVIIe siècle et sa mise au pas par Louis XIV et la Fronde ; l'ultime révolte nobiliaire contre le pouvoir central et étatique pour préserver ses prérogatives institutionnelles. Quant au clergé, son souci était les âmes, l'instruction - surtout religieuse -, et la cohérence morale de la nation.
 
Bref, la parenté entre ces privilégiés d'hier et ceux d'aujourd'hui - politiques, gros industriels, multinationales, actionnaires, traders, sociétés délocalisant à l'étranger, puissants et exilés fiscaux de tous poils se réfugiant dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt, etc - est d'une évidence flagrante.
 
Le train de vie de l’État lui-même est dispendieux. Le copinage, les lobbies faisant pression sur nos politiques afin de créer des lois privilégiant leurs intérêts particuliers au détriment des nécessités communes, s'y ajoutent. Le fossé s’agrandissant toujours davantage, et de plus en plus vite, entre ceux qui possèdent tout et ceux qui ne possèdent rien, s'élargissant.
 
La course à la consommation à outrance, la victimisation perpétuelle de celui ou de celle qui ne "réussit pas". La stigmatisation de celui qui ne "trouve pas de travail en traversant la rue" ou qui n'est "pas près à faire 50 ou 100 km en voiture par jour pour travailler" ; que l'on montre du doigt ensuite parce qu'il pollue avec sa voiture diésel qu'il n'a pas les moyens de changer afin de s'acheter un véhicule plus écologique. Alors que les avions, ou les navires de marchandises polluent davantage en un trajet que cinquante millions de voitures, selon les dernières études en date. Eux, ne sont pas taxés pour la pollution qu'ils émettent, par contre. Seuls les véhicules individuels doivent mettre la main à la poche.
 
Ceci pour souligner que les écarts entre privilégiés et ceux qui doivent fournir la quasi-totalité de l'effort, ne date pas d'aujourd'hui. Monsieur Macron qui, je le sais, se targue d'être comme moi un passionné d'Histoire, a, c'est évident, oublié certaines leçons de notre passé. Et si ce n'est pas lui qui est à l'origine de la crise que traverse notre pays depuis une quarantaine d'années - les anciennes Gauche et Droite - y ont fortement contribué, et n'y ont jamais trouvé de solution -, c'est lui qui, depuis 2017 est à la tète de la France.
 
Faut-il d'ailleurs lui rappeler que son élection n'est pas l'approbation de la majorité des français. Que l'abstention record au cours de celles-ci, à Gauche et à Droite, face à une Marine LePen incarnant la colère et le désarroi de ceux et celles qui ne retrouvaient plus dans les partis traditionnels, lui ont ouvert un boulevard. Faut-il lui rappeler que seul un tiers des inscrit a voté en Mai 2017, et que c'est pour cette raison qu'il a remporté l'élection présidentielle.
 
Les Gilets Jaunes, leurs sympathisants, ainsi que la majorité de la population qui les soutient, sont issus de ces deux-tiers qui n'ont pas voté pour notre actuel président de la République. Leur colère et leur violence, verbale - voire physique -, vient qu'il n'est pas, à leurs yeux, le représentant de la totalité des français. Comme ces anarchistes et ces casseurs de l'Ultra-Droite et de l'Ultra-Gauche en marge des manifestations de ces derniers samedis, n'ont rien à voir - à quelques exceptions près - avec le mouvement des Gilets Jaunes.
 
Bien-sûr, parmi ces ultra, il y en a qui se sont radicalisés parce qu'ils ne sont ni entendus ni écoutés. Parce que les mesurettes annoncées et mises en place par le Gouvernement d’Édouard Philippe ne sont pas à la hauteurs des enjeux qui se profilent à l'horizon. Ne nous y trompons pas : les français ne sont pas hostiles à la transition écologique, bien au contraire. Les Français sont profondément conscients que celle-ci est nécessaire, vitale même. Ils la soutiennent, ils l'attendent, ils l'espèrent. Mais que ce ne soient qu'eux qui doivent accomplir cet effort leur est insupportable. Et notamment financièrement.
 
La France ne peut pas changer le monde à elle seule. C'est un effort commun, à l'ensemble des nations de la planète. La Chine, les États-Unis, les pays émergeant, ont leur part d'effort à effectuer. Or, Donald Trump a refusé les accords de Paris. La Chine, dont le taux de croissance est grand, est un marché automobile d'avenir qui fait rêver Renault, Peugeot, etc. Par contre, les lois en matière d'environnement sont moins restrictives qu'en Europe ou en France. Et là, cela ne dérange pas nos dirigeants d'y vendre des automobiles dont on ne veut plus chez nous parce que trop polluantes. Je ne parle même pas de l'Afrique, à qui l'on renvoie nos voitures usagées après avoir incité les français à acheter une voiture de dernière génération.
 
Je parle des automobiles, comme je pourrais parler du pétrole et des autres matières premières essentielles à notre économie. Comme je pourrais parler des engrais chimiques dévastant les rivières et les champs, comme je pourrais parler de la déforestation. Et de leurs conséquences pour la faune et la flore, pour leurs conséquences sur le réchauffement climatique. Comme je pourrais parler des plastiques qui infestent le fond des océans. Ce n'est pas parce que l'Europe interdit désormais l'utilisation de touillettes en plastiques que celles qui gisent déjà dans l'océan vont disparaitre, ou que celles que d'autres pays vont continuer à répandre, ne vont pas continuer de s'éparpiller.
 
Alors, Monsieur Macron demande aux français de faire des efforts. Mais, évidemment, une fois de plus, ce sont les ménages les plus modestes, ce sont les personnes les plus fragiles, les plus vulnérables, les plus exposées aux effets et aux conséquences de la pollution, qui sont mises à contribution. Comme je le disais plus haut, ce ne sont pas ceux qui se déplacent en jet, ce ne sont pas ceux qui font venir des marchandises de l'autre bout du monde à l'aide de supertankers, ce ne sont pas les actionnaires de multinationales aux dividendes records d'année en année, à qui l'on exige de participer à l'effort collectif. Ces privilégiés, cette noblesse des temps actuels qui s'enrichit sur le dos du peuple, et, qui, en plus, lui demande de payer la note.
 
Pour terminer, j'aimerais apporter une précision : je ne suis pas contre le capitalisme. Je ne suis pas contre les riches. Je ne suis pas contre Monsieur Macron ou tout autre représentant de l’État, de parti politique, ou autre. Je suis contre l'injustice sociale. Je suis contre les raccourcis a des fins de propagande, et dans le but d'avaliser une façon de faire fonctionner notre démocratie - et plus largement notre société occidentale - qui nous conduit tous droit dans le mur.
 
J'ai déjà rédigé d'autres articles sur ce genre de sujet. A chaque fois, j'attaque ces thèmes sous différents aspects. Mais tous ces aspects creusent ce que je décris ci-dessus. Il faut avouer qu'il y a tant à en dévoiler, à en décrypter, à en analyser, pour se battre contre la simplification et les raccourcis, la bêtise et l'ignorance. Car ce sont eux qui sont mènent à la violence, à la haine, au ressentiment, auxquels nous assistons ; et qui, désormais, ne font qu'enfler. Ce même processus, pour des raisons différentes, dans un autre contexte, mais qui sont apparentés, qui a conduit à la Révolution Française.
 
Le monde, la France, d'alors, étaient aussi complexes que ceux d'aujourd'hui. Les révolutionnaires de cette époque, comme les Gilets jaunes d'aujourd'hui, espéraient transformer leur société, la rendre meilleure, la faire évoluer. Ils aspiraient au bonheur. Leur préoccupation était leur pouvoir d'achat : pouvoir acheter à manger pour eux pour leur famille. Avoir un toit sur la tête, pouvoir se protéger du froid en hiver, de la chaleur en été. Pouvoir être rémunéré correctement pour le travail fourni. Ne pas avoir peur du lendemain. Plus de deux siècles plus tard, avec la menace écologique en plus, nous en sommes toujours aux mêmes préoccupations.
 
Et pendant ce temps, Monsieur Macron et son Gouvernement, qui n'ont rien compris a tout ce que je viens d'écrire, stigmatisent les français. Ils leur demandent de faire des efforts, alors qu'eux-mêmes ainsi que leur "noblesse", n'en fournissent pas...