X3Est-il nécessaire, voire utile, que la Crise que nous traversons en France soit accompagnée de haine et de violence ? Le chais est-il un préalable à la possibilité de reconstruire un monde nouveau sur les décombres de l'ancien ?

 
Pour ma part, je dirai non. Et il y a plusieurs raisons à cela. La première est l'expérience. Deux hommes ont montré que le changement pouvait se faire sans que la violence et la haine l'accompagne. Martin Luther King et Gandhi.
 
Toute leur vie, ces deux hommes ont prôné la non-violence. L'un a initié la fin de la ségrégation raciale aux États-Unis. Autour de lui, nombreux ont été tentés de s'abandonner à la violence pour faire avancer ses idées. Il n'y a jamais renoncé. Et c'est un extrémiste qui l'a assassiné. Néanmoins, il est à l'origine de bien des bouleversements au sein de la société américaine de son époque. Sans lui, il n'y aurait certainement pas eu de Barack Obama comme président des États-Unis.
 
Gandhi, pour sa part, a obtenu l'indépendance de l'Inde face à l’impérialisme britannique. Là encore, beaucoup autour de lui ont été tenté d'user de violence pour arriver à leurs fins. D'ailleurs, une fois Gandhi mort, les dissensions n'ont pas tardé à se manifester entre ceux qui lui ont succédé. Là aussi, c'est un extrémiste qui a assassiné ce grand homme, un humaniste de la même facture que Martin Luther King.
 
Donc, la violence n'est pas une option obligatoire dans tout changement de société, dans les bonds en avant qu'un pays peut avoir. Comme le dirait maitre Yoda, c'est le chemin le plus simple, le plus facile. Il mène au Coté Obscur. La violence mène à la haine, à la mort, à la destruction. Du chaos, rien ne bon peut sortir. Si ce n'est encore plus de violence et de haine, nous le constatons tous les jours au fil de l'actualité et des soubresauts du monde.
 
Par ailleurs, ceux qui s'imaginent que la violence et la haine peuvent résoudre ce à quoi nous sommes confrontés, oublient une chose. Pour qu'une révolution puisse se faire, plusieurs ingrédients fondamentaux sont nécessaires : un, le peuple. Si la majorité du peuple ne désire pas renverser le système en place, pas de révolution. Or, aujourd'hui, la majorité de ce peuple, même s'il n'approuve pas la politique de Macron, veut surtout retrouver la paix. Il en a assez de voir, tous les samedis, des manifestations dégénérer, que ce soit à Paris ou ailleurs. Ce que veux le peuple, c'est de pouvoir aller dans les magasins sans avoir peur de les voir flamber, sans craindre que des casseurs, des blacks blocs, ou des extrémistes de tous poils viennent tout vandaliser. Ce peuple, même si ses revendications ne sont pas toutes suivies d'effet, préfère la paix à la barbarie.
 
Ensuite, pour qu'une révolution ait lieu, il faut que la police et l'armée se rangent aux cotés de ceux qui veulent mettre à bas les institutions en place. Elles sont les derniers remparts pour l'abattre. Or, nous ne sommes ni en 1789, ni en 1830, ni en 1848. Jamais les forces de l'ordre ne rejoindront les hommes et les femmes qui désirent détruire les fondations de notre république et de notre démocratie. Ils sont fidèles à ces dernières. Par ailleurs, des pavés ou des cocktails molotov sont impuissants face aux armes que ces autorités pourraient utiliser pour repousser toute velléité de renversement de nos institutions au cas échéant. Il ne faut pas oublier, en outre, que même non déclarées, les manifestations auxquelles nous assistons depuis six mois, sont "tolérées" malgré leurs débordement. Dans d'autres pays, plus "autoritaires", il y a longtemps que les gouvernants les auraient dispersées sans état d''âme et avec plus d'ardeur qu'en France. Ces gouvernants auraient en effet employé "la manière forte", quitte à tirer dans la foule à balles réelles, à torturer, à emprisonner à vie, à s'en prendre aux proches des "dissidents".
 
Enfin, ce qu'oublient ceux et celles qui emploient cette violence pour exprimer leur mécontentement oublient un autre détail. Peut-être cela leur a t'il échappé, mais nous sommes dans un monde mondialisé. Imaginons qu'un état comme la France sombre dans le chaos voulu par certains GJ. Ce sera la totalité de l'Occident qui serait impacté. Cela ne les émeut pas. Ils ne se sentent pas concernés par cet aspect des choses. Cependant, qu'ils sachent que si cela advenait, la France subirait une Crise encore plus grande, encore plus épouvantable, que celle qu'elle traverse déjà. Guerre civile, récession, etc. Il ne faut pas aller chercher bien loin pour en voir le résultat. C'est ce que vit le Venezuela actuellement. Ce serait pire que dans ce pays, en outre. L'ensemble de l'Europe en subirait les conséquences, au minimum à court et à moyen terme. Et le niveau de vie auquel nous tenons tant, l'amélioration du pouvoir d'achat pour lequel se battent les GJ se battent en ce moment, s'effondrerait durablement.
 
Est-ce à ce résultat qu'ils veulent aboutir ? A voir le comportement, la haine, la violence, la bêtise, etc, de ces GJ qui s'expriment avec autant de sauvagerie sur les réseaux sociaux ou dans nos cités chaque samedi, je me le demande.
 
Par contre, ce que je sais, au vu des six mois d'existence du mouvement des GJ, c'est que l'heure de celui-ci est passée. A force d'être gangréné par les casseurs, les blacks-blocs, et autres extrémistes à la fin de chacun de leurs cortège, il n'a plus de crédibilité auprès du grand public ; encore moins auprès de Macron et du Gouvernement. Est-ce la tactique employée par nos dirigeants pour en amoindrir l'impact, c'est plus que probable. Cela veut-il dire qu'il faut poursuivre le combat des GJ sous cette forme ? Non. Poursuivre le combat pour davantage d'équité, de pouvoir d'achat, etc., c'est une évidence. Il n'a pas fallu attendre les GJ pour ce faire. D'autres avant eux, d'autres après eux, s'y sont employés ou s'y emploieront. Et c'est tout à leur honneur.
 
Mais, les GJ tels qu'ils se manifestent aujourd'hui, sont à tort ou à raison, assimilés aux incendiaires et casseurs qui sévissent chaque semaine. Cette image - en partie véhiculée par les médias, en partie voulue par le Gouvernement, en partie amplifiée par leurs propos outranciers sur les réseaux sociaux, leur collent à la peau. Et ils ne s'en déferont plus quoiqu'ils tentent en ce sens. En outre, il est à noter que les initiateurs de la première heure du mouvement des GJ ont disparu de la scène.
 
Certains ont tenté de se lancer dans une carrière politique. Ils ont ainsi rejoint la sphère traditionnelle du jeu des affaires publiques. Ce qui prouve bien que la réalité que celui-ci rattrape un jour ou l'autre les personnes qui se lancent dans ce genre de combat. Ils sont forcément absorbés d'une façon ou d'une autre par lui. Ne pas accepter de mettre en avant des leaders qui parlaient pour l'ensemble des GJ a contribué à leur faire perdre un moyen de s'exprimer avec cohérence face à leurs contradicteurs
 
Il est désormais nécessaire que d'autres formes d'action lui succèdent si leur élan veut avoir servi à quelque chose. Et ils faut que ces nouvelles formes d'actions se détachent, condamnent, de la violence et de la haine qui ont affaibli ce dernier. Car, il ne peut s'en relever. L'espérer est d'une naïveté confondante. Les GJ ne cessent d'agoniser. Ce n'est pas parce qu'un samedi sur deux, ceux qui s'accrochent désespérément à leur idéal, tout en sachant que le soir venu, les casseurs vont démolir leurs intentions pacifiques, sont un peu plus nombreux que la semaine précédente, que ça va changer. Le mouvement est moribond. C'est un fait incontestable.
 
Un changement doit s'accomplir, c'est évident. Plus d'humanité, plus de possibilités et de capacités d'aller de l'avant, plus d'équité, une remise à plat de certaines lois, plus d'égalité devant l’impôt, moins de désertification de nos campagnes, la transition écologique, j'en passe, les combats à mener sont nombreux, divers et variés. C'est sur plusieurs générations que ces bouleversements de notre société, de notre mode de vie, s'accomplissent.
 
Je sais que certains et certaines vont immédiatement me rétorquer que leurs fins de mois qu'ils n'arrivent pas à boucler, c'est maintenant. C'est vrai, malheureusement, et je le sais moi-même. S'emporter contre les plus riches et les plus favorisés ne sert à rien. C'est non seulement improductif mais inutile. Il y a longtemps que la lutte des classes telle qu'elle a été prônée par le Communisme - qui, ne l'oublions pas, a tué plus de gens que le Nazisme que abhorre également - est morte et enterrée. Elle est morte en même temps que cet idéal égalitaire ayant enfanté un système de Gouvernement aussi monstrueux que ceux qui l'ont précédé ou accompagné.
 
Car, mes pauvres messieurs-dames, il y a toujours eu des riches, des puissants, des favorisés, des moins favorisés, etc. Imaginer qu'un jour ce ne soit pas plus le cas, c'est signer l’arrêt de mort de toute forme de société ou de civilisation. "Le meilleur des mondes" où il n'y a plus rêve, plus d'espoir, plus d'ambition, plus de désir de se dépasser. Un monde de clones, de passifs, d'apathiques, sans volonté, sans conscience - d'eux-mêmes et des autres -, et amorphes, ce que sont certains de nos contemporains, il faut bien l'avouer.
 
Et même si nous brisons le système en place - pour le remplacer par quoi ? -, ceux qui tiendront les manettes du prochain penseront d'abord à eux et à leurs carrières. C'est dans la nature humaine que les hommes et les femmes au pouvoir usent du système a leurs fins personnelles. Que le "bas peuple" n'est là que pour assouvir leurs ambitions personnelles.
 
A de rares exceptions près, comme je l'au souligné au début de ce texte. Parce que es deux hommes que j'ai mentionné n'ont pas suivi les règles établies qui font de la violence, de la haine, de la désignation d'un ennemi comme responsable des maux du peuple, comme justification de leur mouvement. Ils ont été plus responsables, doués de plus de raison, de sagesse, et d'intelligence, que ceux et celles qui cherchent détruire parce qu'ils veulent se venger des plus privilégiés qu'eux.
 
Ces hommes ont cherché la concorde, plutôt que la discorde. Ils ont cherché à utiliser les rouages du système en place afin de le modifier. Car, si ce n'est pas en tentant d'évoluer, en tentant d'aller plus loin que les façon de fonctionner violentes et destructrices auxquelles nous sommes malheureusement habitués, inévitablement nous reproduirons les échecs du passé.
 
Hélas, nos instincts les plus primaires et les plus primitifs nous empêcherons de trouver des solutions à long terme pour le bien de tous, et non pour celui d'une minorité. Peu importe que ce soit Macron, un autre président, une autre forme de gouvernement. Ce n'est qu'un prétexte de la part de ces outranciers. D'autres, avant lui, ont aussi conduit notre pays là ou il en est aujourd'hui. Mais à poursuivre sur cette voie, c'est droit dans le mur que ces barbares de notre époque nous mènent prochainement.
 
Une voie, désolé de le crier haut et fort, et tant pis si l'on me voue aux gémonies, que je ne suis pas, et que je ne suivrais jamais. Je préfère user de moyens plus humains, plus humanistes, pour mener ce combat...
 
Dominique Capo