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Toi qui lit ces mots, tu me suis sur Facebook depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois, plusieurs années... je ne sais. Au travers de mes textes abordant nombre de thèmes divers et variés, nombre d'aspects de ma vie personnelle, tu me connais un peu. Mais un peu seulement, car il y a tant de choses qu'il te faudrait creuser, apprendre à voir et à entendre, pour que tu les comprennes, que tu les accepte, que tu les intègre. Or, ça, exceptionnelles sont les personnes qui désirent l'appréhender, en être curieux, l'autoriser dans leur existence.
 
Être quelqu'un de malade, d'handicapé, à la vie perclus d'épreuves et de difficultés au quotidien est une gageure. Les gens "normaux" ne peuvent même pas concevoir à quel point. Être doté d'une sensibilité exacerbé, être un être qui a en permanence les chairs à vif, l'âme torturée par tout ce qu'il a enduré depuis son enfance, demande une volonté de fer.
 
C'est un combat titanesque que, la plupart du temps, il ne remporte pas. Et les blessures déjà présentes ne font que se rouvrir, que le faire souffrir davantage encore. Les moqueries, les rejets, les regards méprisants, les insultes, les violences physiques ou psychologiques, les harcèlements moraux, sont sont quotidien. Bien peu de gens "normaux", là aussi, ne seraient pas capables de l'endurer. A coté, leurs soucis liés à leurs vie personnelle, familiale, professionnelle, amicale, leurs problèmes d'argent, leurs nombreuses difficultés journalières, ne sont que peu de choses à coté. Ils ne se rendent même pas compte du bonheur, de la joie, qu'ils ont d'être entourés, appréciés, de pouvoir être détendus, sereins, en paix avec eux-mêmes et avec les autres. Ils n'ont aucune conscience de cette bonheur qu'ils ont de ne jamais être oubliés, délaissés, trahis, abandonnés.
 
Cette satisfaction d'être regardés avec bienveillance, d'être écoutés, d'être attendus ou espérés par ceux et celles qu'ils aiment et qui sont appréciés d'eux. Cette confiance en soi et en autrui que procure le sentiment que vous êtes quelqu'un d'important et de précieux, dont les valeurs méritent d'être mises en avant, dont les paroles sont estimées, respectées, parfois influentes, parfois précieuses, parfois nécessaires.
 
Je ne suis pas l'homme le plus malheureux du monde. Contrairement à un certain nombre de gens "normaux", je n'ai pas de soucis d'argent. J'habite un bel appartement. J'ai la chance de pouvoir me consacrer entièrement à ma vocation et à ma passion : écrire, poursuivre mes recherches historiques, philosophiques, rédiger des articles sur l'actualité, sur le devenir de l'Homme. Et bien d'autres thèmes qui me sont chers, et pour lesquels mes connaissances sont grandes. Et je les enrichit continuellement. Je suis intelligent, ai une immense culture. Comme tout un chacun, j'ai de grandes qualités, j'ai des projets, j'ai des rêves...
 
Mais tout ceci se brise sur le mur de la solitude et du silence dont je suis l'objet. Du fait de la sclérose en plaques de ma compagne, ça fait des années que je ne sors plus de chez moi. Elle a besoin de mon aide, de mon soutien, au quotidien. Elle est incapable de se déplacer, de se débrouiller, seule, même une heure. Nous n'avons pas de moyen de locomotion. Même nous rendre dans notre famille est toute une organisation, un bouleversement, susceptible de nous chambouler. Au point, éventuellement, de provoquer chez moi de petites crises de convulsions passagères lorsque je suis trop anxieux, trop stressé, trop fatigué, trop ébranlé.
 
M'occuper de la sclérose en plaques de ma compagne alors que je suis moi-même handicapé et malade est une gageure de chaque instant. Même des personnes "normales" baisseraient parfois les bras devant le fardeau que cela peut éventuellement représenter. Mais les épreuves que j'ai subies tout au long de ma vie m'ont appris à ne jamais abandonner. Elles m'ont aussi appris que ce n'est pas parce qu'on est faible, fragile, différent, qu'on ne mérite pas toute l'attention, toute l'affection, toute l'aide, tout l'amour, toute l'écoute, qu'on peut lui donner. J'ai trop vécu la détresse, le désespoir, la violence de l'indifférence, de l'isolement, d'être négligé... pour le faire subir aux gens qui me sont chers. Nul ne mérite de tels tourments.
 
Par ailleurs, du fait de tout ce que je viens d'évoquer sur ma vie passée, et dont vous ne pouvez concevoir l'ampleur, je me suis replié sur moi-même depuis longtemps. Les gens "normaux" m'ont fait trop de mal pour être capable de supporter tout ce qu'ils m'ont infligé une nouvelle fois. Je suis heureux avec mes livres, à écrire, à poursuivre mes investigations littéraires, historiques, intellectuelles. C'est tout ce que j'ai, c'est tout ce qu'il me reste, au terme de ces années de douleur intense. Une douleur qui a fait de moi un homme dont la tristesse et le sentiment de malheur se lit sur le visage, dans son regard. Qui a fait qu'il fuit au maximum tout lien avec l’extérieur.
 
Or, en même temps, cette solitude est une souffrance. J'ai beau être fort intérieurement, j'ai beau avoir toutes les qualités et les quelques bonheurs que j'ai décrit ci-dessus, la compagnie de mes semblables me manque. Pire, elle alimente en permanence ma sensation d'être abandonné, mes blessures profondes. Je sais que sur ce réseau social, tout le monde s'en fout. C'est du chacun pour soi, de l'indifférence, de l'éphémérité, de la superficialité, du paraitre, qui s'exprime. Or, n'étant pas comme ça, j'en subis là encore les conséquences.
 
Si j'évoque tout cela, ce n'est pas pour te saouler. Je tenais juste à te donner quelques informations sur le sens de ma démarche. Car il y a longtemps que je te suis ici. Et en allant régulièrement sur ta page, le sentiment que j'en éprouve est qu'à mes yeux, tu es une personne lumineuse. A mes yeux, tu es, au-delà des apparences que tu y montre, quelqu'un qui suscite ma curiosité, mon intérêt. Tu me donne envie de te découvrir amicalement davantage. Tu me donne envie de découvrit qui tu es, ta personnalité, tes valeurs, tes passions, tes centres d’intérêts. Tu me donne envie de partager avec toi une amitié sincère, respectueuse, honnête, sans arrières-pensées de quelque ordre que ce soit. Tu me donne envie de m'ouvrir à toi. Tu me donne envie de t'écouter, de discuter, d'échanger avec toi. Tu me donne envie de te faire confiance, sans te juger ou te condamner pour ce que d'autres considéreraient comme rédhibitoire, faisant fuir. Comme j'en ai tant de fois été victime.
 
A mes yeux, tu es une belle personne, dans tous les sens du terme. Tu es une personne qui mérite qu'on soit à ses cotés, qu'on l'apprécie à sa juste valeur. Tu es une personne vers laquelle j'ai envie d'aller, sans a-priori ni préjugés ou idée préconçue. Je sais que c'est une démarche inhabituelle. Je sais que celle-ci peut prêter à la suspicion, au soupçon. Mais je ne cherche rien de plus que ton amitié. J'ai une compagne que j'aime. Je ne suis pas là pour draguer. Quel intérêt d'ailleurs, si ce n'est celui de tout gâcher. Puis, qu'est le sexe à coté de sentiments plus beaux, plus nobles, plus riches, plus profonds, qu'une passade de ce genre. Il y a des magnificences humaines que seules l'âme, la complicité, la richesse et la diversité des dialogues, peuvent apporter. Mais il fait, je pense, avoir traversé tous les enfers que j'ai traversé, pour le réaliser.
 
Évidemment, dans un monde où l'indifférence est reine, où l'individualité, l’égoïsme, l'égocentrisme, la bêtise, la méchanceté, voire la cruauté, font la loi, mes mots, mes intentions à ton égard, ont certainement peu de poids. Mon handicap, la maladie de ma compagne, ma fragilité et ma sensibilité, incitent à la fuite. "Que me veut-il ? Pourquoi moi ? ; c'est louche, pour ne pas dire suspect !!!".
 
Évidemment, c'est légitime, "normal". Quand on résonne en fonction des relations humaines telles que tu peux les vivre vis-à-vis de ce qu'est le quotidien. Puis, tu as ta vie, tes préoccupations, ton métier, tes amis, ta famille, etc. Pourquoi t'encombrer de quelqu'un comme moi alors que ta vie est déjà bien remplie ? Certes, ça se défend, quand on regarde les choses par le petit bout de la lorgnette. Quand on ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Quand sa vie "normale" et égocentrique est tout ce qui importe. Quand on est empreint de peur de l'autre, quand on est insensible, froid, quand on n'est pas ouvert aux autres, quand on est futile, inconséquent, etc. Bref, quand on est ce à quoi ressemble tout ce qui est diffusé ici.
 
Je suis, bon gré mal gré, différent. Je suis conscient de tout cela, et de bien davantage encore. Et je ne me permettrais pas de le négliger, de le réfuter. Maintenant, tu es adulte, responsable, une personne intelligente et sensée. Si tu estime que je ne mérite pas ton amitié du fait de ma différence, de mon handicap, du sens de ma démarche envers toi, c'est que tu n'en n'a pas compris le sens. Et dans ce cas, en effet, nous en restons là. Ce sera mieux pour toi et pour moi. Car mon désir n'est ni de te gêner ni de t'importuner, de m’immiscer dans des aspects de ton existence que tu ne veux pas partager au-delà des frivolités essaimées ici. De plus, je n'ai pas envie de souffrir. De me sentir rejeté, humilié, blessé, par quelqu'un qui verrait en moi un motif d'amusement ou que l'on néglige après un moment parce que ce qu'il est, ce qu'il porte, est une contrainte plus qu'un plaisir.
 
Néanmoins, avant de finir, sache que, pour ma part, je sais que chaque instant partagé avec toi amicalement, est susceptible d'être un bonheur sans commune mesure. Une lumière déchirant la nuit dont je suis entouré parce que je suis handicapé, et que du fait de cette différence, je suis traité comme quelqu'un de négligeable. Le fait d'être à tes cotés, en se parlant, en se téléphonant, en se rencontrant, m'apporterait un bonheur incommensurable. Ce serait un espoir, une renaissance, qui me dirait : tu es accepté, apprécié, intégré dans l'existence de quelqu'un que tu honore, respecte, dont tu souhaite être l'ami. Et pour moi, ce serait le plus beau cadeau, le plus important, qui puisse être.
 
Maintenant, tu es seul(e) juge. A bientôt, peut-être...