05 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1623 - 1625
Inde, première moitié du XXème siècle :
En 1901, en dehors des provinces directement administrées par les Britanniques, l’Inde comprend plus de 600 Etats princiers indépendants, mais soumis à l’autorité de la couronne. Si l’Etat d’Hyderabad est dirigé par un prince musulman, les autres principautés sont gouvernées par des maharajas, c’est à dire des princes hindous.
Pourtant, ces derniers sont mal vus des populations, qui n’apprécient pas le luxe outrancier dont ils s’entourent et le peu de cas qu’ils font des principes démocratiques. Les maharajas et leur mode de vie deviennent ainsi le symbole de l’ancien régime : ils sont entourés de leurs familles et de leurs nuées de serviteurs ; ils prennent plaisir à se faire photographier sous des ombrelles ou juchés sur des éléphants caparaçonnés de velours. Le jour de leurs noces, les jeunes épousées disparaissent sous l’or et les perles, les milliers de convives sont accueillis par des pluies de pétales de roses.
En 1902, le mouvement nationaliste Indien est un parti organisé : le Congrès National Indien. Soutenu par l’élite Indienne et par quelques personnalités britanniques, le Congrès cherche d’abord à modifier la place de l’Inde et des Indiens au sein de l’Empire, bien avant de réclamer l’indépendance proprement dite. Certaines de ses revendications concernent le peuple – réduction de la taxe sur le sel, développement de l’enseignement -, mais ses préoccupations reflètent plutôt celles de l’élite du pays. Les membres du Congrès militent ainsi pour une « indianisation » de la haute administration coloniale. Comme les concours de recrutement se déroulent à Londres, ils ne sont ouverts qu’aux Indiens les plus fortunés, ayant pu étudier en Angleterre. Si ces Indiens aisés veulent avoir accès à tous les postes de responsabilité militaires et administratifs offert par la métropole, ils n’envisagent pas encore de rompre avec l’Empire.
Le Congrès est particulièrement attentif au respect dû aux traditions de l’hindouisme et il s’insurge contre les attaques systématiques dont celles-ci sont l’objet de la part des Britanniques. C’est sans doute à juste titre que ces derniers ont supprimé la pratique du « sati », c’est à dire le sacrifice des veuves sur le bûcher de leurs époux décédés, mais il s’agit, selon les nationalistes, d’une tradition ancienne en voie de régression qui ne justifie pas de considérer la civilisation occidentale comme supérieure. Or, le colonisateur n’hésite pas à pratiquer la ségrégation : certains wagons de chemin de fer, restaurants et clubs sont en effet interdits, ainsi que le signalent des pancartes, « aux chiens et aux Indiens ».
Ces humiliations entraînent bientôt des réactions extrêmes au sein du Congrès : une petite minorité opte avec Tilak, pour l’action violente contre les Britanniques. Dans sa majorité, le mouvement nationaliste reste cependant modéré et garde ainsi le soutien des milieux d’affaires pour qui l’essentiel est de supprimer les monopoles commerciaux anglais.
Les intérêts de tous les mécontents indiens sont donc encore contradictoires. Pourtant, en 1904, lord Curzon, vice-roi des Indes, commet l’erreur de partager, pour des raisons administratives, l’immense territoire du Bengale. Les Bengalis pensent qu’il veut ainsi diviser pour mieux régner, tout en les punissant de leur nationalisme trop virulent. Ils lui reprochent également de favoriser les musulmans en leur accordant un territoire propre. Le résultat est catastrophique pour la grande-Bretagne : les actes de terrorisme se multiplient, l’opposition se rassemble, les produits étrangers sont boycottés, les marchandises anglaises brûlées.
Alors, la couronne recule et met fin à la partition. Entre-temps, pour calmer le jeu, elle accorde aux élites indiennes une partie de ce qu’elles réclament : l’accès à la haute administration coloniale et la participation aux gouvernements provinciaux.
En 1903, l’Archéologue J. Marshall est mandaté par le Gouvernement Britannique, pour effectuer un certain nombre de fouilles dans la région de Gandhara. Il se met donc à commencer des investigations non loin du village de Chasardda. Il se rend bientôt compte que deux de ses sites Funéraires semblent être les réceptacles d’une très ancienne Tradition Religieuse nommée « Shah ji ki Dheri ». Et, peu après leur exploration, il marque dans son journal :
« Une Culture aussi profondément marquée par le Sacré, comme l’est la culture Ghandarienne, est forcément fortement imprégnée de Valeurs Spirituelles. ». Et plus loin : « Je crois me souvenir qu’en 1896, un groupe d’Explorateurs Européens a recueilli au Tibet d’étranges informations. Dès lors, celui-ci s’est rendu dans un lieu appelé « Khara Kota ». Arrivé sur place, il s’est mis a creusé avec acharnement. Il a réussi à traverser une couche de roches, de graviers, et de sable, de plus de 15 mètres. Il a exhumé les ruines d’une très ancienne Cité. Parmi elles, il mis a jour d’innombrables Reliques. Il a déterré des Tablettes d’argile. Il est parvenu à traduire certains de leurs Textes. Et, il a pu y lire :
« Lorsque le Grand Déluge s’abattit sur le Monde, il anéantit notre Capitale, noya tous les Citadins, et engloutit la plus importante Bibliothèque de la ville ; celle qui avait été construite par nos Ancêtres arrivés de la mère Patrie avec d’innombrables Ouvrages Extraordinaires.
Puis, après que les Eaux du Grand Déluge se furent retirées, des groupes d’Hommes issus des Plaines de l’Ouest, se rendirent dans les ruines de notre Métropole. Ils y découvrirent des centaines de Tablettes écrites. Ils les transportèrent jusque chez eux. Ils les enfouirent au cœur de ce qu’ils nommaient, leur « Temple de l’Occident ». Longtemps après, ils reçurent parmi eux des descendants de notre Peuple qui avaient survécu au Cataclysme. Ils offrirent à ces derniers les Livres qu’ils avaient sortis de terre. Et, ils les aidèrent à convoyer ces Manuscrits jusqu’au Sanctuaire au cœur duquel ils reposent aujourd’hui. ».
Fin 1904, Alister Crowley, Rose et Solemen Ben Aiffa se rendent en Chine. Ils vont ensuite en Inde, où Alister Crowley étudie le Yoga. Ils remontent vers le Nord du sous-continent, visitent Madone et son temple Secret. Là, Alister Crowley reçoit les ultimes Initiations concernant les Mystères Tantriques. Le trio passe bientôt par Ceylan, puis par la birmanie. Ils y expérimentent des drogues psychédéliques et cherchent à se procurer la substance qui aide l’Ame à se libérer de ses gaines charnelles. Alister Crowley espère ainsi explorer par l’Esprit les Mondes situés au-delà de cette Réalité.
Mais, de fait, lorsqu’ils se trouvent à Ceylan, Alister Crowley y croise son ami Allan Bennet ; il en profite pour échanger avec lui un certain nombre d’Informations Occultes sur ce que chacun a découvert dans ces contrées. Le trio renvient ensuite en Inde du Nord où, en collaboration avec son fidèle Eckenstein, Alister Crowley organise une expédition ayant pour but le « Chigo Ri » ; il s’agit de l’un des pics de l’Himalaya haut de plus de 8000 mètres. Mais, la campagne mal préparée, se solde aussitôt par un demi-échec.
Parallèlement, pendant toute cette période, Aiffa harcèle les deux époux de menaces obscures. Et, finalement, en Juin 1907, Rose meurt au pied du Toit du Monde d’une crise de delirium tremens.
En 1907 également, la firme indienne Tata se lance dans la sidérurgie et se consacre à la production d’électricité. Les industries du coton se multiplient ; le sucre, le papier et le jute deviennent l’apanage de la société Birla.
04 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1620 - 1623
Le 22 Juin 1941, 153 divisions allemandes, dont 17 blindées, pénètrent en Union Soviétique, bousculent ses défenses, et déferlent vers l’Est sur une ligne de front allant de la mer Baltique à la mer Noire.
En dépit des avertissements britanniques, Staline est surpris par l’attaque. Mal préparée au conflit, désorganisé, privée de ses meilleurs cadres depuis les purges de 1936-1937, l’armée russe est balayée. Le 3 Juillet, Staline rompt le silence et, dans un discours destiné à réveiller le patriotisme, appelle à la guerre totale contre l’envahisseur : « L’ennemi ne doit pas trouver une seule locomotive, pas un seul wagon, pas une livre de pain ni un verre de pétrole. ». Au nom de cette politique de terre brûlée, les Soviétiques dynamitent, le 20 Août, un des fleurons de leur technologie : le grand barrage de Zaporojie, sur le Dniepr.
Le 22 Août, alors que la « Wehrmacht » approche de Leningrad, le maréchal Vorochilov proclame : « Hitler ne mettra jamais les pieds dans notre magnifique cité. Leningrad n’a jamais et ne sera jamais livrée à l’ennemi. ». Le siège débute de 8 Septembre. La ville est presque entièrement encerclée. Un minimum de ravitaillement arrive par le lac Ladoga, par bateau l’été, par camion ou traîneau l’hiver, sur ses eaux gelées, au prix de nombreux accidents. Les souffrances de la population sont terribles. Pendant un seul mois, 100 000 personnes meurent de faim et de froid. Des scènes de cannibalisme ont lieu.
Les atrocités allemandes provoquent la colère des populations conquises : les premiers groupes de partisans perturbent les communications et le ravitaillement, créant un sentiment d’insécurité sur les arrières ennemis. Le climat reste le meilleur atout des Soviétiques ; les pluies d’automne transforment les pistes en fondrières impraticables aux camions comme aux blindés et le mauvais temps interdit à la « Luftwaffe » d’agir. Il neige à partir du 15 Octobre, plus tôt que prévu. Dans la nuit du 6 au 7 Novembre, le thermomètre chute à –30 °C : le froid raffermit le sol, mais les radiateurs des véhicules éclatent, faute d’antigel ; huiles et carburants figés paralysent le fonctionnement de l’armement. Plus grave, l’armée allemande combat encore avec ses tenues d’été ; l’évacuation de nombreux combattants, victimes du grand froid ou de la gangrène, réduit de moitié les effectifs engagés. Le « général Hiver » est le meilleur allié de la résistance russe.
Une avant garde de la « Wehrmacht » atteint la banlieue Sud-ouest de Moscou dans un ultime effort, le 1er Décembre. Le 6, une contre attaque de Joukov desserre l’étreinte et contraint l’ennemi à la retraite. Inquiet, celui-ci découvre que l’Union Soviétique a une réserve presque inépuisable d’hommes et qu’elle met en ligne des matériels nouveaux d’une qualité supérieure aux siens : le char polyvalent T 34 surclasse les panzers tandis que le Yakovlev Yak 3 et l’Illouchine II-2 Sturmovik affrontent sans mal les meilleurs appareils de la « Luftwaffe ». Mécontent, le Führer dirige lui même les opérations militaires à partir du 19 Décembre 1941.
Début 1942, Anglais et Soviétiques se rapprochent pour conclure une alliance contre l’Allemagne. Pourtant, les deux nations restent sur leurs réserves. Staline se méfie de ses nouveaux alliés, et ceux-ci jugent les prétentions soviétiques – la restauration de l’influence russe dans les pays Baltes et la bessarabie et l’obtention du tracé de la frontière polonaise sur la ligne Curzon – incompatibles avec les buts de guerre arrêtés par la charte de l’Atlantique.
Au cours de l’automne 1942, le front de l’Est se stabilise autour de Leningrad. Pourtant, le Caucase est menacé. L’objectif de la « Wehrmacht » est simple : se fixer sur la volga pour couper les Russes de l’indispensable pétrole caucasien et préparer une attaque de revers sur Moscou.
Or, la 6ème armée allemande, sous les ordres du général Paulus, atteint Stalingrad à la mi-septembre 1942. Une terrible bataille s’engage, avec un égal acharnement dans les deux camps, malgré des pertes importantes. Jusqu’à la fin Novembre, on se bat à la grenade, à la baïonnette pour s’emparer d’une rue, d’une maison. La gare centrale change de mains quatre fois en trois jours. Les projectiles incendiaires font des ravages, car la ville est surtout construite en bois.
Joukov commande les soviétiques depuis le mois de Septembre : ils se révèlent les plus habiles dans ces combats de rue. Le 20 Novembre, leurs canons donnent le signal de la contre offensive. L’Armée rouge mène dès lors une double attaque en tenaille, au Nord et au Sud de la volga. Joukov engage dans la bataille des forces impressionnantes : 900 chars T4, 13 500 canons lourds et 1100 avions. Le succès est foudroyant. Le 26 Novembre, l’étau se resserre sur les soldats allemands, auxquels Hitler a interdit de se replier vers l’Ouest. La « Wehrmacht » résiste alors deux mois dans les ruines de la ville. Ses hommes y sont décimés par la faim, le froid et le typhus. Paulus capitule le 31 Janvier 1943 et laisse sur le champ de bataille plus de 300 000 soldats, tués, blessés ou prisonniers.
La victoire de Joukov marque le tournant militaire de la guerre. La « Wehrmacht » a subi un échec cuisant. Près du quart de ses forces du front de l’Est a disparu ; un million et demi de soldats sont morts, blessés, portés disparus ou prisonniers. Le matériel qu’elle a perdu aurait suffi à équiper 80 divisions. Quant à la « Luftwaffe », elle compte 1775 appareils de moins. Mais, surtout, c’est la première défaite allemande. Elle ébranle le mythe de l’invincibilité des armées nazies. Et le Reich a été vaincu par ceux-là même qu’il considère comme des sous hommes. L’Allemagne prend le deuil pour quatre jours : le régime ne peut masquer l’ampleur du désastre.
Pour l’Armée rouge, Stalingrad sonne l’heure de la reconquête. Celle-ci marche sur le Dniepr, libère Kharkov et Smolensk. Fleuve après fleuve, par de puissants mouvements d’enveloppement, elle reprend la crimée, l’Ukraine et la biélorussie. Kiev tombe. Et enfin, le 19 Janvier 1944, l’Armée rouge entre dans Leningrad. Début 1944, les Allemands sont repoussés sur les positions qu’ils occupaient trois ans plus tôt, en 1941.
Fin 1944, la situation militaire a considérablement évolué. Désormais, les Alliés ont tous le pied en Europe et se soupçonnent les uns les autres de vouloir utiliser leur domination militaire à des fins politiques et économiques. Churchill s’inquiète surtout de la progression soviétique dans les Balkans, en particulier en Grèce. Bien plus averti que les Américains de la nature du régime communiste, il se rend à Moscou En Octobre et improvise avec Staline un accord très vague qui délimite les zones d’influence britannique et soviétique dans cette région.
A la veille de la conférence de Yalta, le rapport de forces est nettement favorable à Staline : ses troupes ne sont plus qu’à 70 kilomètres de Berlin, alors que ses alliés occidentaux sont en deçà du Rhin. De plus, les opérations du Pacifique grèvent l’effort de guerre américain et Roosevelt cherche à attirer les Soviétiques sur ce front.
En dépit de ces tensions, l’atmosphère est cordiale ; Staline accueille Roosevelt et Churchill à Yalta, station balnéaire de Crimée, du 4 au 11 Février 1945. « L’esprit de Yalta » permet l’adoption de décisions capitales : le statut de la future Organisation des Nations Unies est précisé, le principe du droit de veto des grandes puissances, adopté ; Staline obtient même trois sièges pour la russie, l’Ukraine et la biélorussie. Le dictateur géorgien promet de s’engager contre le Japon trois mois après la capitulation allemande. Le démembrement du Reich est acquis et l’avenir de la pologne établi : Staline obtient une modification des frontières au profit de l’U.R.S.S. et accepte d’élargir le « comité de Lublin » à des personnalités non communistes.
« Partage du Monde » ? Victoire unilatérale de Staline sur un Roosevelt naïf et affaibli par la maladie ? Peut-être. A Yalta, le Premier Ministre britannique fait figure de parent pauvre et regrette l’absence du Général de Gaulle. La modération de Staline n’est en effet qu’apparente ; elle charme néanmoins Roosevelt. Confiant, le président américain accorde plus de sincérité qu’il ne le devrait à ce froid réaliste en échange d’une « Déclaration sur l’Europe libérée ». : Celle-ci prévoit des élections libres dans tous les pays du Vieux Continent.
Yalta est malgré tout une tentative pragmatique de développer la coopération entre les vainqueurs et d’organiser une Europe nouvelle, déjà dessinée par la répartition des troupes victorieuses. La france est absente, mais elle se voit attribuer une zone d’occupation en Allemagne et le statut de membre permanent du futur Conseil de sécurité de l’O.N.U. Les avantages glanés par Staline ne sont pas sans contrepartie. Ils sont aussi la reconnaissance de l’énorme fardeau supporté par le peuple soviétique depuis 1941.
Malgré cela, les relations entre les trois « Grands » se détériorent assez vite après Yalta ; dès le 27 Février, Staline viole la « Déclaration sur l’Europe libérée » en installant un gouvernement procommuniste en Roumanie. L’influence soviétique est de plus en plus sensible en Bulgarie, en Tchécoslovaquie et en Autriche ; les Soviétiques refusent l’accès de leurs arrières aux missions militaires Alliées chargées de s’occuper des prisonniers libérés, et empêchent le retour en Pologne du gouvernement légal de Londres. Or, si Yalta a entériné l’annexion des Etats baltes par l’U.R.S.S., le sort de l’Est polonais, revendiqué et occupé par les Soviétiques, n’est pas officiellement fixé. Truman, qui succède à Roosevelt, décédé le 12 Avril, est partisan de la fermeté vis à vis de Staline, dont il méconnaît toutes les capacités.
De plus, la situation stratégique a évoluée depuis Yalta : l’Allemagne a capitulé le 8 Mai ; le 16 Juillet, la veille de la conférence de Postdam, la première bombe atomique explose dans le désert du Nouveau Mexique, donnant aux Américains une maîtrise militaire sans égale. Enfin, Staline, confronté à l’ampleur des ruines de son pays, se retrouve cette fois quémandeur.
Le climat est déjà nettement moins cordial qu’à Yalta et les interlocuteurs ne sont plus les mêmes : Churchill, qui perd le pouvoir, est remplacé par le travailliste Attlee. Mais la volonté de négocier reste assez forte pour maintenir une certaine unité. Les discussions achoppent surtout sur les frontières de la pologne, le transfert des industries du Reich défunt au titre de réparations et le statut de l’Italie. Le compromis des l’Américain Byrnes est finalement adopté par les négociateurs : les Etats-Unis acceptent le tracé soviétique des frontières polonaises, mais leurs décisions prévalent pour les deux autres questions. En revanche, un point ne trouve pas de solution : les élections libres dans les territoires occupés par les Soviétiques.
03 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1618 - 1620
A partir de 1929, donc, la société entière vit au rythme du plan, dont les objectifs très ambitieux – 21 % de croissance annuelle – sont présentés comme une manifestation de l’attachement de chacun au socialisme, qu’il s’agit d’édifier à la pelle, à la pioche, ou à la plume. Tous les Soviétiques sont requises, des ouvriers aux écrivains : les premiers bâtissent, les seconds glorifient les bâtisseurs et le fruit de leurs efforts. L’émulation est de règle avec l’apparition successive des brigades de « travailleurs de choc » - ou « oudarniks », du stakhanovisme et des « héros du travail ». Le plan est achevé avant terme ; les nouveaux complexes industriels de l’Oural et de l’Ukraine, l’augmentation spectaculaire de la production des matières premières attestent les résultats obtenus, que la propagande oppose au marasme des pays capitalistes en crise.
D’un autre coté, le plan quinquennal bouleverse Moscou. Désormais appelée à symboliser le monde nouveau issu de la société socialiste, la ville ne saurait prétendre à ce rôle sans subir de profondes modifications de prestige. Ses baraques de bois, ses rues sinueuses et son Kremlin médiéval lui donnent encore un aspect de « grand village ». Plusieurs projets grandioses occupent dès lors ingénieurs et architectes.
Le premier d’entre eux est le métropolitain, annoncé comme le défi le plus important de la décennie : par leur variété et leur décoration, les stations sont de véritables palais souterrains, que les Moscovites découvrent avec fierté. Non loin du Kremlin, au cœur de la cité, est édifié le « palais des Soviets », « palais du peuple tout entier » : architectes soviétiques et étrangers rivalisent d’imagination pour sa conception. Puis, les immeubles néoclassiques de la rue Gorki, se caractérisent par une architecture stalinienne, assez proche des réalisations occidentales du moment.
Les nombreux travaux attirent ainsi des milliers de paysans qui fuient la collectivisation, mais la ville souffre d’une pénurie chronique de logements et ne peut abriter cette foule anonyme des artisans de sa modernité.
Succès et modèle d’expansion pour l’industrie, le premier plan quinquennal sonne aussi le glas de la paysannerie individuelle. Malgré l’opposition de plusieurs membres du Comité central, comme Boukharine et Rykov, Staline décide, en Janvier 1930, de « liquider » les koulaks, paysans les plus aisés. Fustigés par la propagande, des centaines de milliers de koulaks, qui n’ont parfois pour toute richesse qu’une vache et quelques poules, sont arrêtées avec leurs familles, déportés ou massacrés. La création des kolkhoz et des sovkhoz, fermes coopératives et fermes d’Etat destinées à remplacer les 25 millions de petites exploitations, se heurte à une vive résistance paysanne. La collectivisation s’avère désastreuse pour l’élevage et très décevante pour les cultures de céréales. Les campagnes se vident ; la famine qui s’ensuit tue 6 millions de Russes dans les régions agricoles du Sud, en 1932-1933.
Quelques années suffisent donc pour que la société perde ses points de repères habituels. Les paysans, matés, sont désabusés ; les citadins sont embrigadés dans le corporatisme professionnel : si l’ouvrier bénéficie d’une garantie d’emploi et une protection sociale avancée, il n’a pas le droit de grève et ne peut changer de lieu de travail. Les salaires très faibles subissent une forte érosion monétaire, les prix restent élevés et le niveau de vie baisse.
La « consolidation du socialisme » est l’objet du deuxième plan quinquennal. Elle marque un certain retour aux valeurs bannies par la révolution bolchevique : nivellement des cultures nationales par l’épuration des élites, comme en Ukraine ; réhabilitation partielle du bien fondé de l’Empire des tsars, promotion de l’élitisme professionnel pour former les cadres nécessaires au pays ; large éventail des salaires. L’enseignement traditionnel et la littérature russe d’avant 1917 sont remis à l’honneur : Pouchkine, Gogol, Souvorov, Ivan le Terrible ou Pierre le Grand font désormais parti du panthéon soviétique. La constitution recourt aux idéaux nationalistes russes, proclame l’unité du peuple soviétique de Leningrad à Vladivostok et donne une existence constitutionnelle au Parti Communiste, principal rouage de l’Etat.
Conservateur, le régime stalinien pratique dès lors une « morale socialiste », qui exalte la famille, la stabilité conjugale, restreint le divorce et proscrit l’avortement. Après l’effort surhumain des années précédentes, une légère détente s’amorce dans la vie politique, avec la réintégration des opposants. Mais elle disparaît vite après l’assassinat de Kirov, proche de Staline, le 1er Décembre 1934.
Et ainsi, la terreur réapparaît lors des procès intentés à des industriels, qualifiés de « saboteurs », pratiques qui se généralisent année après année. De même, des Intellectuels tels que Issaak Babel – l’auteur de « Cavalerie Rouge » -, Boris Pilniak ou Ossip Mandelstam, sont visés. Et la liquidation des koulaks montre les visées réelles d’un pouvoir qui cherche à modeler la société par la force. Par ailleurs, une administration principale des camps où ils sont envoyés – ou « Goulag » est créée. Dans un premier temps limités aux abords de la mer Blanche, ces derniers se multiplient vite sur le territoire soviétique : on y purge alors de longues peines dans d’effroyables conditions, mortelles pour beaucoup.
La mort de Kirov fournit à Staline un prétexte pour se débarrasser de la quasi-totalité de la « vieille garde » bolchevique. Des milliers de suspects sont arrêtés par le NKVD – ex Guépéou. Fort de 300 000 hommes, celui-ci cumule les fonctions policières et judiciaires, juge à huis clos et sans appel ; il n’a de compte à rendre à personne. Au cours des grands procès de Moscou que dirige de 1936 à 1938 le procureur Vychinski, les anciens compagnons de Lénine, brisés par les pressions psychologiques et la détention, s’accusent docilement de crimes les plus extravagants. Ces procès reflètent les exécutions et les déportations massives qui frappent la société toute entière. Les excès touchent même ceux qui les ordonnent : ancien chef du NKVD, Iagoda est fusillé en 1938.
Les purges décapitent jusqu'à l’Armée Rouge : 90 % des généraux, 80 % des colonels sont fusillés. Chef militaire brillant, héros de la guerre civile, le maréchal Toukhatchevski est lui aussi accusé de trahison et passé par les armes. La répression s’abat enfin sur les militaires les moins gradés.
Or, parallèlement à cela, en 1937, les Soviétiques sont appelés à prendre part à la liesse qui doit accompagner les manifestations officielles du 20ème anniversaire de la révolution d’Octobre ; sont également fêtés le centenaire de la mort de Pouchkine et le 125ème anniversaire de la bataille de Moskowa. Parades, expositions, conférences, inaugurations de monuments, bals et défilés, animent la capitale et les grandes villes du pays durant des mois. Le goût stalinien du grandiose confère une apparente allégresse à une réalité plus sombre. Pour les jeunes soviétiques épargnés par les purges, l’année 1937 reste une des plus terribles du régime.
Le 18 Septembre 1939, arguant du danger que constitue l’invasion allemande en Pologne, l’U.R.S.S., honorant ainsi les clauses secrètes du pacte germano-soviétique, attaque à son tour sa voisine pour s’emparer des territoires situés en Biélorussie et en Ukraine, jusqu'à la ligne de Curzon. Attaqué sur deux fronts, la pologne succombe. Le 28 Septembre, un nouveau protocole entre les deux envahisseurs fait entrer la lituanie dans la sphère d’influence soviétique.
En Juin et Juillet 1940, Staline impose à la lituanie, puis à la lettonie et à l’Estonie, des traités d’assistance mutuelle. Des élections à liste unique amènent au pouvoir des Parlements prosoviétiques, qui réclament immédiatement l’intégration à l’U.R.S.S., comme républiques socialistes. Le 28 Juin, la bessarabie, roumaine depuis 1920, et la bukovine, sont à leur tour annexées. En moins d’un an donc, Staline réussit à augmenter de 23 millions d’habitants la population de l’Union, à renforcer son glacis défensif et à effacer les conséquences de la première Guerre Mondiale sur les frontières occidentales de l’U.R.S.S.
02 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1616 - 1618
Début 1921, l’Armée rouge réprime l’insurrection des ouvriers et des marins de Kronchtadt. Au moment même où une partie du peuple russe est confrontée à ce « désenchantement », Lénine énonce la nouvelle politique de l’U.R.S.S. au Xème congrès du parti. Après sept années de conflits ininterrompus, après le « communisme de guerre », le pays est au bord de la ruine. Lénine reconnaît l’état d’épuisement de la société et propose de relever le niveau économique grâce à une « nouvelle politique économique », la « NEP », qui doit renoncer un temps au communisme.
De fait, Lénine présente la « NEP » comme un « recul tactique » destinée à renforcer la position de l’U.R.S.S. dans l’attente de la révolution mondiale. Cette nouvelle politique rompt en effet avec certains des principes les plus affirmés du communisme bolchevique. Si les moyens de production les plus importants restent entre les mains de l’Etat collectiviste, le commerce et la petite industrie privée sont désormais tolérés. Les réquisitions forcées de la production paysanne sont abandonnées au profit de la mise en place d’un impôt en nature. Beaucoup de communistes critiquent cette nouvelle orientation du régime, qui fait renaître dans le droit soviétique les disparités sociales.
Indiscutablement, la « NEP » permet au pays de se relever. En outre, cette pause économique et politique favorise une relative ouverture sur l’étranger. Les échanges économiques s’intensifient avec l’Allemagne, qui devient le partenaire privilégié des soviétiques. L’isolement diplomatique de l’U.R.S.S. est moins affirmé. Et en 1924, la france et la grande-Bretagne reconnaissent le gouvernement soviétique.
Dès lors, la société soviétique se stabilise et se développe ; le jeune Etat trouve enfin ses assises, mais c’est au prix d’une situation paradoxale. Alors qu’il a voulu supprimer les différences de classe, le régime bolchevique favorise l’essor des inégalités. Les nouveaux riches, baptisés « nepmen » parce qu’ils profitent de la libération des échanges, semblent narguer les ouvriers censés être à l’avant garde de la société. Tandis que la spéculation bat son plein et permet aux plus audacieux de s’enrichir contre les règles de la morale communiste, les prolétaires ne voient guère venir le fruit des conquêtes pour lesquelles la révolution à versé tant de sang.
Mais, plus que la naissance des « nepmen », c’est le développement du groupe social des fonctionnaires qui joue un rôle prépondérant. Anciens héros de l’Armée rouge, nouveaux citadins en quête d’assise sociale, fraîches recrues du parti et même anciens fonctionnaires du tsar ils jouissent d’un statut relativement privilégié. Comme ils doivent tout au parti, ils comptent parmi ses plus fidèles sujets. Mais c’est la puissance et la stabilité du nouvel Etat, et non son idéologie, qui leur valent cette promotion sociale : ils sont donc bientôt un facteur d’immobilisme et de conservatisme.
Malgré tout, la « NEP » a également un temps d’innovation et de mise en acte des utopies. Les clubs ouvriers se développent, offrant à leurs membres des cours d’instruction ; bientôt, 51 % de la population – hommes et femmes – sait lire et écrire. Un vaste réseau scolaire de « centres de liquidation de l’analphabétisme » est érigé. Un effort particulier est consacré aux régions reculées de l’Asie qui n’ont jamais connu de système éducatif. Les responsables de la création de ces infrastructures favorisent la fixation des langues locales et leur développement littéraire. Des bibliothèques, des centres de formation et d’activités artistiques se créent. Dans les usines, on débat du statut de la femme et des nouvelles libertés de l’individu. L’avènement du communisme a des partisans actifs qui créent des « communes », ces appartements collectifs où s’applique la règle du « chacun pour tous ». Aux yeux des communards, la disparition de la conscience de propriété constitue une aspiration fondamentale et déjà mise en action.
Or, symbole vivant de la révolution, autorité suprême et incontestée du parti et de l’Etat, mais malade, Lénine ne participe plus au gouvernement à partir de 1922. Son retrait favorise les intrigues et les spéculations sur sa succession. C’est alors que s’amorce, de son vivant, la lutte pour le pouvoir suprême. Trotski et Joseph Staline briguent la direction du parti et de l’Etat soviétique. Trotski a pour lui l’immense prestige que lui a conféré son rôle à la tète de l’Armée rouge. Ses talents de stratège, de politicien et de théoricien font de lui le membre le plus brillant du parti. Mais la prudence et la patience de Staline lui donnent déjà un réel pouvoir. Secrétaire général du parti, il domine l’appareil bureaucratique. Militant obscur, Staline est avant tout un organisateur de génie qui s’est hissé au sommet en se chargeant des tâches qui ont le plus rebutées ses camarades révolutionnaires. En montant les factions les unes contre les autres, avec son out immodéré pour les intrigues, cet homme, qualifié par Trotski de « plus éminente médiocrité de notre parti », s’empare bientôt du pouvoir.
Car, en Janvier 1924, Lénine meurt. Le pays prend le deuil, et Staline orchestre une véritable sanctification du héros disparu. En même temps, il s’affirme comme le premier disciple de Lénine. Fort de cet héritage, il dirige ses attaques contre Trotski, qui veut mettre fin à la « NEP » et reprendre la construction du socialisme : trois ans plus tard, ce dernier est expulsé. Ayant ainsi frappé à gauche, Staline reprend à son compte les thèses de Trotski et fustige ceux qui prônent la poursuite de la « NEP ». La droite est à son tour éliminée. Staline rallie alors la majorité du parti à son programme : industrialisation massive du pays et collectivisation accélérée des terres. C’est pour cette dernière opération que Staline inaugure l’ère des grandes purges : plusieurs millions de paysans, riches et pauvres, récalcitrants ou non, sont tués par les armes et par la famine.
De même, le décret d’expulsion d’un certain nombre d’intellectuels, signé par Staline, témoigne de ce climat. Les personnalités concernées sont, pour la plupart, des progressistes qui, à l’instar de Nicolas Berdiaev, ont combattu le régime tsariste et mis en avant leur sympathie au socialisme. Mais on compte aussi des intellectuels liés à la religion, comme le théologien Serge Boulgakov.
En 1929, l’U.R.S.S. organise des manifestations grandioses en l’honneur du cinquantième anniversaire de Staline, le « Petit Père des Peuples ». Le culte de la personnalité a commencé.
01 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1615 - 1616
La création de l’Armée rouge par Trotski a permis d’envisager une riposte militaire, grâce au rétablissement de la discipline. Sur le plan politique, la mise en place de la dictature du prolétariat doit aller de pair, estiment désormais les bolcheviks, avec la poursuite des opposants : la police politique, la « Tcheka », succède à l’Okhrana tsariste et devient bientôt aussi tristement célèbre que la précédente. Ses effectifs sont vite augmentés à 31 000. Des tribunaux spéciaux sont également institués pour juger les opposants – S.R., mencheviks, libéraux, « ennemis de classe » divers – qui sont jetés en prison, sommairement jugés et exécutés. Le parti bolchevique devient parti unique, fait le plein d’adhérents pour prendre le contrôle de tous les leviers de la société : il compte alors 600 000 adhérents à cette date.
De fait, l’économie, désorganisée et ruinée passe entièrement sous la coupe de l’Etat : les grandes entreprises industrielles sont nationalisées, les banques, le commerce intérieur et extérieur subissent le même sort. Pour nourrir la population, des pouvoirs extraordinaires sont attribués au Commissariat du peuple au Ravitaillement. Seul producteur et distributeur de la richesse nationale, l’Etat conquiert un tel monopole par la terreur. En effet Lénine veut faire disparaître la monnaie, symbole capitaliste, au profit du troc - des céréales contre des produits industriels -. Il envoie donc des « comités de paysans pauvres » - ou « bedniaks » - réquisitionner les récoltes. Mais la paysannerie s’oppose à ces prélèvements forcés en dissimulant leurs grains, voire le bétail. Les surfaces cultivées diminuent. De plus, l’échange avec des produits industriels est un échec, car l’industrie russe désorganisée n’atteint pas 15 % de son niveau d’avant guerre.
Cette centralisation abusive pèse sur les populations. Le rationnement tient compte du principe de lutte des classes et privilégie les ouvriers aux dépens des bourgeois et des intellectuels, jugés oisifs. A son tour, la classe ouvrière déchante : les « samedis socialistes » - activité bénévole et en principe volontaire – et le travail pendant les jours fériés deviennent vite obligatoires. Le climat politique se durcit : le gouvernement bolchevique ne cache pas sa volonté de « répondre à la terreur blanche par la terreur rouge ».
Or, les mesures prises par les bolcheviks ne sont pas seulement motivées par le souci de sauver le régime. Il s’agit aussi de manifester la rupture avec l’ordre ancien. Le calendrier grégorien est adopté, les dettes et les emprunts – comme « l’emprunt russe » - sont rayés d’un trait de plume, la séparation de l’Eglise et de l’Etat est proclamée ; le code de la famille est promulgué. Il est préparé par Alexandra Kollontaï, première femme à devenir commissaire du peuple. Soucieuse de briser le cadre traditionnel de la famille et de libérer la femme, elle introduit le divorce par consentement mutuel, organise le partage de l’autorité parentale, abolit toute différence entre enfants naturels et légitimes. Si Lénine la soutient sur cette voie- car la femme libérée des obligations domestiques est disponible pour construire l’économie socialiste -, il est en revanche très hostile à la théorie de l’amour libre que prône Alexandra Kollontaï ; celle-ci finit donc par démissionner.
Certes, le prestige du chef bolchevique est renforcé, mais les difficultés s’accumulent : les récoltes tombent à 74 millions de tonnes en 1916 à 18 millions en 1920. Une terrible famine tue 5 millions de personnes. La misère est générale. Et la grande famine de la fin de l’année est à l’origine d’un vaste mouvement de solidarité, d’abord national, puis international.
En effet, le chef de l’Eglise Orthodoxe « oublie » bientôt ses griefs contre le gouvernement pour soutenir, aux cotés de Maxime Gorki, l’appel lancé à tous les « honnêtes gens » du monde entier. Faute de moyens, la commission gouvernementale qui coordonne l’aide aux zones sinistrées décide de s’adresser à la nation américaine. Celle-ci envoie alors des vivres et des médicaments en grand nombre. Puis, c’est au tour de la croix Rouge d’intervenir. Partout, en France en particulier, les campagnes de solidarité se multiplient.
Par ailleurs, en 1920 est fondée l’A.K.H.R.R. – ou « Association des peintres de la russie révolutionnaire » - ; très vite, elle définit ainsi la fonction sociale de l’artiste : « Reproduire d’une façon artistique et documentaire les grands moments de notre histoire dans leur dimension révolutionnaire à la place des abstractions fantaisistes qui discréditent notre révolution devant le prolétariat international. ».
De fait, engagé mais libre, radical et nouveau, l’art issu de la révolution manifeste une rupture et un défi aux règles classiques et normatives. Des metteurs en scène comme Meyerhold, des écrivains et des poètes comme Maïakovski, des peintres comme Chagall, promu commissaire aux Beaux-arts de Vitebsk, s’engagent corps et âme dans l’avènement du monde nouveau.
Les artistes décorent donc les tableaux de propagande et cherchent à représenter les aspirations que l’immense bouleversement a fait naître. Cette période marque donc la poursuite de ce mouvement de régénérescence et d’engagement.
Meyerhold et Foregger cherchent à faire participer les « arts mineurs » au théâtre, en promouvant sur la scène les techniques du cirque et du music-hall. Le cinéma, art neuf destiné à la multitude, fait son apparition avec les premiers films d’Eisenstein et de Dziga Vertov. La production littéraire reste diversifiée et critique. Les architectes et créateurs voient dans leur conception de l’urbanisme le caractère utopique du mouvement : projets de villes vertes, maquettes d’ensembles architecturaux ou de bâtiments – comme la spirale Tatline conçue pour la 3ème Internationale.
31 octobre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1613 - 1615
Les négociations avec les autorités allemandes pour mettre fin au conflit débutent en Décembre 1917. Jusqu’au 3 Mars, date de la signature de la signature du traité de Brest-Litovsk, les bolcheviks tergiversent et sont divisés sur la conduite à adopter. Les revendications formulées par le gouvernement allemand paraissent inacceptables à certains ; de plus, nombreux sont ceux qui, comme Trotski, comptent sur une vague révolutionnaire en Europe. Au contraire, Lénine défend le principe d’une paix à tout prix. La nouvelle offensive allemande contre Petrograd, en Février 1918, met fin aux hésitations et la position de Lénine l’emporte. La signature de la paix est assortie d’un lourd tribut : la russie doit abandonner toute prétention sur la finlande, les pays Baltes, l’Ukraine ; elle dit céder Kars, Ardahan et Batoumi à la turquie et verser une importante indemnité de guerre.
L’acceptation du « diktat » allemand provoque l’opposition des S.R. de gauche, seul parti à avoir appuyé jusque-là le gouvernement bolchevique. A droite, l’annonce d’une paix séparée avec l’Allemagne comportant la perte de plus de 800 000 km² de territoire soulève un tollé général. De nombreux officiers démobilisés rejoignent dans le Sud la petite unité de l’armée de volontaires formée en Novembre 1917 par le général Kornilov, et appellent leurs soldats à les suivre. L’opposition entre « blancs » et « rouges » divise désormais le pays : la paix n’a été qu’une illusion.
Parallèlement, le transfert de la capitale à Moscou, envisagé par Kerenski, est finalement effectué par Lénine, en Mars 1918, à quelques jours de la signature de la paix. L’abandon de Petrograd, citadelle de la révolution, est jugé par Trotski comme une trahison, et beaucoup d’ouvriers petersbourgeois ressentent amèrement cette décision que Lénine justifie par des raisons stratégiques. La cité du Nord paraît effectivement trop exposée à une éventuelle agression extérieure pour pouvoir abriter le siège du gouvernement. Mais, au-delà des motifs géopolitiques, la décision du chef du parti paraît guidée par le souci d’asseoir le nouveau pouvoir au centre historique de la russie. L’abandon de Petrograd marque un tournant dans la politique de Lénine, qui cherche désormais à faire de la révolution bolchevique une révolution nationale, et en appelle au sentiment patriotique des Russes. Par une nuit sans lune, le gouvernement quitte l’Institut Smolnyï, son refuge historique, et abandonne clandestinement Petrograd pour Moscou, où, trois jours plus tard, le transfert de la capitale est solennellement décrété. Le Kremlin des tsars moscovites devient la forteresse du pouvoir ouvrier et paysan, proclamé par les bolcheviks.
Fonctionnaires tsariste, aristocrates et bourgeois, dont les vies sont menacées par les bolcheviks, se réfugient au Sud de l’Ukraine et en Crimée, fiefs des contre révolutionnaires. Le ravitaillement défectueux entraîne des départs massifs vers les campagnes ou les pays limitrophes, Finlande ou Estonie. Les conditions d’hygiène et d’alimentation se dégradent et causent de graves épidémies : le typhus décime le reste de la population.
Dès lors, la géographie des rapports de forces politiques se dessine assez clairement. Les bolcheviks contrôlent le Nord et le centre du pays jusqu'à la volga moyenne ; ils sont également maîtres de quelques grandes villes importantes du Sud, comme Bakou, et d’Asie, comme Tachkent. En revanche, le Sud échappe à leur influence. L’Ukraine indépendante accepte la protection de l’armée allemande, qui entre à Kiev le 1er Mars. La géorgie est aux mains des mencheviks. Les cosaques du Don et du Kouban se soulèvent au printemps. Un troisième front se développe le long du Transsibérien lorsque la légion Tchèque, autorisée à traverser le pays pour rejoindre les Alliés, prend parti contre les bolcheviks. Ces 30 000 soldats, soutenus par les S.R., qui constituent un comité « pour les libertés », se rendent maîtres de la sibérie occidentale.
Outre ces trois grands fronts, les bolcheviks doivent également faire face à l’intervention étrangère, dès Mars 1918 : l’arrivée des Français et des Britanniques au Nord, à Mourmansk et Arkhangelsk, et au Sud, à Odessa, est d’abord motivée par la volonté de contrer l’occupation allemande dans des territoires riches en matières premières et de maintenir un front à l’Est dans la grande Guerre. S’ils soutiennent les généraux blancs, c’est avec l’espoir que ces derniers contribuent en premier lieu à lutter contre les armées des puissances centrales. Cependant, à partir de Novembre 1918 et de l’arrêt des combats à l’Ouest, l’intervention alliée change de sens et elle est exclusivement orientée vers la lutte contre le pouvoir bolchevik.
Trotski est alors nommé commissaire à la guerre et est chargé de mettre en place une nouvelle armée qui ne compte à ce moment là que quelques milliers de volontaires et de gardes rouges. Pourtant, il décrète bientôt la mobilisation générale : l’armée rouge compte ainsi rapidement près d’un million d’hommes ; et il n’hésite pas à faire massivement appel aux plus anciens cadres de l’armé tsariste pour assurer le commandement et institue une discipline de fer pour lutter contre les nombreuses désertions.
Dès lors, les compensations sont importantes : les soldats y apprennent à lire et sont invités à entrer au parti, avec la promesse d’une promotion sociale.
Mais, les blancs ont pour eux la compétence des cadres de l’armé tsariste. En Ukraine, le général Denikine remporte des succès importants : se proclamant « chef des forces armées du Sud de la russie », soit 150 000 hommes, il s’empare de Kharkov en Juin 1919, Kiev, Koursk, Orel et menace même Moscou. A l’automne 1919, les troupes contre révolutionnaires sont au maximum de leur avance. Mais les blancs, divisés, ne savent pas se concilier les paysans et les opposants aux bolcheviks. Leur coalition est d’autant plus fragile que la disparition du tsar a laissé un vide politique. Nicolas II et sa famille – la tsarine, le tsarévitch Alexis et les quatre grandes duchesses – ont en effet été exécutés par un groupe de bolcheviks, dans la nuit du 16 au 17 Juillet 1918, alors qu’ils se trouvaient en résidence surveillée à Iekaterinbourg : l’impérialisme est bien mort. De plus, les volontaires blancs, soutenus par les Alliés et contraints de s’appuyer sur les groupes allogènes séparatistes, apparaissent comme les agents de l’étranger alors que les bolcheviks, au contraire, sont les défenseurs de la patrie russe : un contraste que la propagande socialiste ne manque pas d’exploiter. L’armée rouge contre attaque, reprenant Kharkov et Kiev en Décembre 1919. En Février 1920, l’amiral Koltchak, qui dirige les contingents tchécoslovaques de Sibérie occidentale, est capturé et exécuté. Enfin, en Novembre de la même année, la défaite du général Wrangel, successeur de Denikine, marque l’échec définitif de la contre révolution.
A partir de 1920, Lénine est perçu comme un visionnaire, même parmi ses opposants au sein du parti ; il s’affirme dès lors comme le premier dirigeant russe. Des rues et des places portent ainsi son nom. Mais, tout en déplorant que sa personne soit mise en avant, le chef du parti ne peut l’empêcher.
30 octobre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1611 - 1613
De fait, afin de calmer les esprits échauffés par ce discours, le chef du gouvernement, le prince Lvov, se voit contraint de partager le pouvoir avec les socialistes.
Le nouveau gouvernement de coalition comprend désormais sept modérés et six socialistes, les uns sociaux-révolutionnaires, les autres, membres du groupe menchevik. Sa première tâche est de prendre une décision au sujet de la poursuite de la guerre, dont l’impopularité auprès de la population devient chaque jour plus manifeste. Le principe d’une paix sans annexions ni compensations, ardemment soutenue par le soviet, est repris, mais sans succès. Les Alliés refusent radicalement de prendre en compte un point de vue qui, selon eux, relève de la pure utopie. Le ministre de la guerre, Kerenski, suggère d’engager une nouvelle offensive sur le front pour renforcer la position de la russie face aux Alliés et obliger ces derniers à entériner les propositions russes. C’est du moins ainsi qu’il justifie, aux yeux de la nation, la nécessité de fournir un nouvel effort de guerre. Son stratagème réussit et une offensive est lancée le 18 Juin. Après quelques succès initiaux, elle se trouve cependant stoppée faute de matériel.
Cet échec sur le front révèle l’état de désorganisation du pays et l’incapacité des dirigeants à y remédier. Aux problèmes économiques et sociaux s’ajoutent les revendications nationales, en particulier celles de l’Ukraine, qui exige à partir de Juin la reconnaissance de son indépendance. Par l’intermédiaire de Kerenski, le gouvernement tente d’étouffer le contentieux naissant en laissant la possibilité de toute décision en la matière à la future Assemblée Constituante. Malgré l’accroissement des tensions, le 1er congrès panrusse des soviets, tenu en Juin, exprime à une très vaste majorité sa confiance au gouvernement. Seuls les bolcheviks et les S.R. de gauche réclament les pleins pouvoirs aux soviets, s’attirant la réprobation des représentants des autres partis.
Mais, au début de Juillet, la nouvelle de la préparation d’une attaque allemande sème le trouble parmi les soldats de la capitale, bien décidés à ne pas retourner sur le front. Les ouvriers se disent solidaires de l’armée et se tiennent prêts à manifester avec les soldats. Dans ce climat d’effervescence, le comité local du parti bolchevik, contre l’avis de Lénine et de Trotski, croit le moment venu de provoquer une insurrection qui renverserait le gouvernement. Une première grande manifestation est organisée le 3 Juillet ; le lendemain, soldats et ouvriers sortent à nouveau dans la rue, mais ils se trouvent aux prises avec trois régiments restés fidèles au soviet. Après un violent affrontement, ces derniers parviennent à rétablir l’ordre. Les bolcheviks, tenus pour responsables des troubles, sont réprimés. Leur parti est interdit, leurs chefs sont arrêtés et Lénine doit de nouveau fuir en Finlande.
Le prince Lvov charge Kerenski, promu Premier ministre, de réorganiser le gouvernement. Celui-ci se heurte violemment avec les K.D. – parti constitutionnel-démocrate -, qui conteste la participation trop importante des socialistes au nouveau pouvoir. En ce mois de Juillet, face au risque de débordements révolutionnaires, les K.D. cherchent appui auprès des forces conservatrices qui, reconstituées au sein de différents mouvements, militent en faveur du rétablissement de l’ordre et de la poursuite de la guerre jusqu'à la victoire finale. La promotion, le 1er Août 1917, du général Kornilov au titre de généralissime traduit ce rapprochement entre libéraux et conservateurs. Critiqué tant à gauche qu’à droite, Kerenski tente d’arbitrer, non sans peine, les rapports de force sur la scène politique. Cherchant à accroître son autorité, il organise à Moscou, du 12 au 15 Août, une conférence consultative d’Etat réunissant tous les représentants des partis et des unions civiques où, pense-t-il, la majorité soutiendrait ses positions. En réalité, cette conférence témoigne surtout de la popularité du général Kornilov parmi les libéraux et les modérés.
En cet été 1917, le généralissime catalyse l’espoir d’un prompt rétablissement de l’ordre et de la discipline dans l’armée. Soutenu par les K.D. et les conservateurs, il tente, à la fin du mois d’Août, un coup de force pour renverser le gouvernement de Kerenski. Celui-ci fait alors appel au comité exécutif des soviets afin qu’il use de son autorité sur les cheminots et les soldats pour contrer l’offensive de Kornilov. Le 30 Août, la tentative de putsch est déjouée et le général est arrêté deux jours plus tard, mais les conséquences sur la vie politique de cette insurrection manquée sont importantes. Les K.D., discrédités dans l’opinion par leur complicité avec la « réaction », démissionnent du gouvernement. Kerenski a vaincu, mais avec l’aide des révolutionnaires : sa marge de manœuvre est réduite, car il doit désormais compter avec eux. Enfin, le putsch achève d’ébranler la confiance des soldats dans leurs officiers. Si Kerenski apparaît comme le défenseur de la révolution face aux putschistes, il reste néanmoins très isolé dans un pays en pleine ébullition.
Car, comme en 1905, la révolution entraîne une libération de parole qui se manifeste par d’importantes revendications. Les paysans exigent que la terre revienne à celui qui la travaille et les plus pauvres attendent de la commune villageoise qu’elle procède à une redistribution des parcelles. Mais les mois passent sans qu’aucune décision du gouvernement ne soit prise en leur faveur. Le parti S.R., qui, depuis le début du siècle, soutient la cause de la paysannerie, obtient des prérogatives conséquentes au gouvernement lorsque l’un de ses chefs, Victor Tchernoff, devient ministre de l’Agriculture en Juillet. Mais, face à la montée des soulèvements de l’été, ce dernier se contente de rappeler que seule la future Assemblée Constituante sera habilitée à réformer le système de la propriété et il exhorte les paysans à faire preuve de patience.
Phénomène majeur de l’année 1917, la politisation de l’armée russe se concrétise par la participation des soldats aux soviets, ce qui cadre mal avec la discipline. Préoccupés par la signature rapide de la paix et inquiets devant l’obstination du gouvernement à poursuivre la guerre, nombre d’entre eux se rallient aux mots d’ordres bolcheviks ; les désertions se multiplient. L’effervescence sociale touche aussi le monde ouvrier. En dépit de quelques conquêtes importantes, le prolétariat est la première victime de la crise qui paralyse l’industrie. Les problèmes de ravitaillement, la diminution des commandes d’Etat entraînent une recrudescence du chômage et ne baisse générale des salaires qui ne suivent pas le rythme de l’inflation. L’idée du contrôle ouvrier des entreprises, défendue par les bolcheviks, gagne en popularité et apparaît à beaucoup un remède à la passivité du gouvernement.
Sortis de la clandestinité à la faveur de la tentative de putsch de Kornilov, les bolcheviks renforcent donc leurs positions à la fin de l’été. La radicalisation générale de la société crée désormais un terrain propice à leur propagande. Le 31 Août, les bolcheviks obtiennent une première victoire au soviet de Petrograd en faisant adopter le principe de la constitution d’un gouvernement sans participation « bourgeoise » et, le 9 Septembre, ils deviennent majoritaires au comité exécutif du soviet. Une semaine plus tard, persuadé que le moment est venu de prendre le pouvoir, Lénine se prononce pour la préparation d’une insurrection armée. A la fin du mois, il réitère son appel dans un article intitulé « la crise est mûre ». Mais sa prise de position ne fait pas l’unanimité. Plusieurs dirigeants, à l’instar de Kamenev et de Zinoviev, estiment que la situation n’est pas favorable à l’instauration du socialisme en Russie et, fort du succès remporté au soviet de Petrograd, ils prônent plutôt la conquête progressive et légale des institutions par le parti. Cependant, l’autorité de Lénine s’impose peu à peu face aux partisans du légalisme révolutionnaire. A la mi-octobre, l’insurrection est reconnue « à l’ordre du jour », et les dirigeants commencent à préparer des groupes insurrectionnels. La menace d’une attaque allemande contre Petrograd légitime la création d’un « centre militaire révolutionnaire » pris en charge par les bolcheviks. De son coté, Trotski fonde au soviet de Petrograd un comité militaire, auquel se joint le 21 Octobre la garnison de la capitale.
Or, dès la mi-octobre, l’annonce de la préparation d’une insurrection circule dans la presse de Petrograd, mais personne ne prend l’information vraiment au sérieux ; bien que des hommes d’affaires fuient la ville et se réfugient à Moscou. Kerenski ne s’alarme pas, se croyant assuré de la fidélité de la garnison au gouvernement et du soutien des S.R. Dans la nuit du 24 au 25 Octobre, les gardes rouges du soviet sont postés sur les ponts et le long des axes stratégiques de la capitale. Le 25 au matin, le gouvernement, replié au palais d’Hiver, fait appel en vain à l’état major de l’armée. A la fin de la journée, le comité militaire révolutionnaire adresse à ce dernier un ultimatum de reddition. Quelques échauffourées éclatent entre les défenseurs du palais et les gardes rouges qui, tard dans la nuit, assaillent le bâtiment. Le gouvernement se rend sans résistance, à quelques heures de l’ouverture du congrès des soviets. Mencheviks et S.R. de droite y condamnent « la conspiration militaire » et quittent l’Assemblée où ne siègent plus que les bolcheviks et les S.R. de gauche. Lénine fait immédiatement voter une motion attribuant tout le pouvoir aux soviets qui, de fait, e trouvent désormais entre les mains des bolcheviks. Avant de se séparer au matin, le congrès approuve les décrets sur la nationalité de la terre et sur le principe d’une paix immédiate, qui constituent les deux premières mesures du nouveau gouvernement.
Mais, si la prise du palais d’Hiver ne fait que six victimes, l’instauration du nouveau pouvoir suscite en revanche plus de résistance, notamment à Moscou : le Kremlin n’est pris que le 3 Novembre, après de violents combats. Dans le climat troublé de la fin de l’année 1917, le gouvernement réagit en prenant une série de mesures pour asseoir sa crédibilité et engager une véritable révolution. Dès le 26 Octobre, Lénine proclame le principe du « contrôle ouvrier » dans les entreprises, exercé non par les employés, mais par le biais de conseils locaux rattachés aux soviets. Le 2 Novembre, les droits des nationalités sont proclamés. Le 14 Décembre est signé le premier décret sur la nationalisation des entreprises industrielles. Parallèlement à ces mesures révolutionnaires, le gouvernement se montre soucieux de légalisme. Après avoir accusé le gouvernement provisoire de retarder la convocation de l’Assemblée Constituante, les bolcheviks décident de réunir cette dernière et organisent en Décembre des élections législatives. Les suffrages révèlent la grande popularité des S.R. de droite, qui sortent vainqueurs du scrutin, remportant à eux seuls plus de la moitié des sièges. Le 18 Janvier 1918, jour de l’ouverture de l’Assemblée, les députés rejettent la motion bolchevique définissant les compétences de la nouvelle institution et ils élisent le S.R. Tchernoff à la présidence. Défiant ce pouvoir concurrent, les gardes rouges font évacuer l’Assemblée le lendemain. La démocratie parlementaire est mort-née.
29 octobre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1609 - 1611
L’Allemagne déclare la guerre à la russie le 1er Août 1914. La france mobilise le lendemain et se voit notifier la déclaration de guerre allemande le 3. Aussitôt, les troupes de Guillaume II pénètrent sur le territoire belge, en violation du traité de neutralité de 1831. Cet acte décide la grande-Bretagne à déclarer la guerre à l’Allemagne, le 4 Août. Une déception attend pourtant les Empires centraux : l’Italie estime que l’invasion de la belgique la dégage de ses obligations d’alliée.
La mobilisation de la russie est l’objet de manifestation de piété et de loyauté dynastique. La foule brandit des icônes et des portraits du tsar, les popes bénissent les soldats. Les succès escomptés raffermissent le pouvoir. Malgré les pénuries en armes et munitions, la faible densité du réseau ferré, la confiance règne : le généralissime, le grand duc Nicolas, est très populaire. On crie : « les Cosaques à Berlin ».
Or, dès le début de la guerre, les armées du tsar subissent de sérieuses défaites en Prusse-Orientale et en Pologne. Malgré l’abnégation des combattants, elles sont refoulées de la galicie prise aux Austro-Hongrois. Seul le front secondaire du Caucase, ouvert contre les Turcs, donne satisfaction. En 1915, le tsar Nicolas II quitte Petrograd pour le front ; il laisse les rênes du pouvoir civil à la tsarine Alexandra, impopulaire de par ses origines allemandes et par la protection qu’elle accorde au moine débauché Raspoutine. Car ce dernier exerce une influence politique néfaste. Le mécontentement gagne donc la bourgeoisie et les milieux conservateurs de la cour ; le 30 Décembre 1916, le prince Youssoupov et le grand duc Dimitri assassinent Raspoutine pour mettre fin au discrédit qui frappe la famille impériale.
Par ailleurs, l’Hiver 1916 est dominé par l’espoir secret de finir la guerre. Sous l’influence du défaitisme et du pacifisme, l’armée russe se désagrège. Les troupes refusent de monter en ligne ou désertent. A l’arrière, la perspective de retour à la normale « sans annexions ni contributions » soulève l’enthousiasme naïf des foules, qui croient pouvoir conserver l’intégrité territoriale de 1914.
Mais, à cette date, malgré quelques conciliabules à la « Douma », aucune faction politique n’est capable d’envisager une alternative crédible à cette véritable décomposition du pouvoir. C’est donc la rue qui joue bientôt le rôle de détonateur, révélant l’ampleur de la crise sociale et la disparition du consensus autour de la personne du tsar.
Le 23 Février 1917 – selon le calendrier orthodoxe, en retard de treize jours sur le calendrier grégorien -, le rationnement drastique et le manque de charbon, dus à l’incurie administrative, provoquent des grèves aux usines Poutilov et des manifestations à Petrograd ; le lendemain, 200 000 grévistes réclament du pain. De son quartier général, le 25 Février, Nicolas II ordonne au gouvernement de faire cesser les troubles. Mais, dans la nuit du 26 au 27 Février, les troupes chargées du maintien de l’ordre fraternisent avec les manifestants, s’emparent de l’Arsenal et prennent le Palais d’Hiver, qui n’oppose aucune résistance.
Le succès inattendu de cette émeute surprend toute l’opposition. Les mencheviks sont les premiers à réagir et forment un soviet de délégués ouvriers, comme en 1905. Craignant un débordement révolutionnaire, les députés de la « Douma » créent un Comité exécutif provisoire, dont les hommes les plus en vue sont le libéral Milioukov et le socialiste Kerenski.
Dès le 1er Mars, le Comité de la « Douma » et le soviet de Petrograd négocient ; le second accepte de se subordonner au premier, à condition qu’il respecte ses objectifs fondamentaux : convocation d’une Assemblée Constituante, proclamation des libertés civiles, amnistie des condamnés politiques. Un gouvernement provisoire est constitué le 2 Mars sous la direction d’un constitutionnel-démocrate – K.D. -, le prince Lvov, qui occupe également le poste de ministre de l’Intérieur. Ce dernier envoie deux émissaires au tsar. Lâché par ses généraux, Nicolas II accepte d’abdiquer au profit de son frère, le grand duc Michel. Celui-ci refuse de lui succéder dans ce chaos : la chute de la dynastie Romanov est consommée.
Deux autorités de fait s’opposent : si certains membres du gouvernement provisoire souhaitent rompre avec le soviet de Petrograd, qui exerce un contrôle constant sur leur action, d’autres optent pour la conciliation. Une grave crise éclate fin Avril : tandis que le soviet propage l’idée, très populaire, d’une paix imminente et organise des soviets de soldats, ce qui réduit à néant l’esprit combatif de l’armée russe, le ministre des Affaires Etrangères Milioukov promet aux Alliés que la russie reste à leurs cotés. Le soviet de Petrograd, par une imposante manifestation d’ouvriers et de soldats, se dresse contre le gouvernement et Milioukov doit démissionner.
Dès lors, le soviet de Petrograd, qui se définit comme une « citadelle prolétarienne » dans une « révolution bourgeoise », représente tous les partis révolutionnaires – S.R., S.D. et marxistes, eux-mêmes divisés en mencheviks et bolcheviks – qui disposent chacun de deux sièges au comité exécutif. Peu préparé à la direction du pays, il préfère en laisser la responsabilité au gouvernement provisoire, quitte à le contrer pour faire prévaloir ses décisions. Il contribue ainsi à l’adoption de l’autonomie de la finlande, la fixation de la journée de travail à huit heures, l’abolition de la peine de mort, les droits de vote et l’éligibilité des femmes.
Anarchistes et bolcheviks acceptent cette conduite du soviet, bien qu’ils annoncent la faillite inexorable de l a cohabitation des pouvoirs. Deux chefs bolcheviks, Staline et Kamenev, intègrent le soviet et préconisent l’entente avec tous les autres partis révolutionnaires. Assez vite, les bolcheviks des soviets de province proposent même l’union de tous les sociaux-démocrates.
L’adoption de cette tactique unitaire est sévèrement critiqué par Lénine depuis son exil de Zurich ; par ses « Lettres de loin », il condamne ce qu’il nomme le « défensisme révolutionnaire » et appelle à la prise du pouvoir par le soviet sous la direction des bolcheviks.
Persuadé à juste titre que Lénine peut être un facteur de troubles, le gouvernement allemand facilite son retour à Petrograd dans le fameux « wagon plombé » de la légende, alors que les Alliés s’y opposent. Arrivé le 16 Avril, Lénine expose dès le lendemain un programme qui stupéfie les bolcheviks, ses propres partisans, et indigne les mencheviks par son radicalisme : ces Thèses d’Avril refusent la collaboration avec le gouvernement provisoire, appellent à la paix immédiate et à la fraternisation avec l’ennemi, réclament l’exercice absolu du pouvoir par les soviets, la prise en main des usines par les ouvriers et de la terre par les paysans. Le vieux marxiste Plekhanov qualifie de « délire » le programme de Lénine. Toutefois, le chef bolchevik impose peu à peu cette ligne politique, qui devient bientôt le credo de son parti.
De retour d’exil en Mai 1917 Léon Trotski devient vite l’un des ténors et des théoriciens du parti menchevik. Il rejoint à Petrograd l’organisation des internationalistes sociaux-démocrates, qui se trouve en relations assez étroites avec les bolcheviks. Puis, il se rapproche bientôt de ses opposants de la veille et adhère au parti e Lénine. Et il s’affirme comme un des plus grands stratèges du Comité Central, où il côtoie, entre autres, Kamenev, Zinoviev et Staline.
28 octobre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1608 - 1609
Parallèlement, Grégory Novikh vient à Saint-Pétersbourg fin 1905, précédé d’une réputation de Saint homme, de voyant et de thaumaturge. Le tsar et la tsarine lui demandent alors de guérir l’hémophilie de leur fils, Alexis. Ayant gagné leur confiance, le « Saint homme » étend rapidement son pouvoir sur toute la famille impériale et profite de sa position pour satisfaire ses appétits sexuels, d’où son surnom de « Raspoutine », le « débauché ». Considéré par l’opinion comme le conseiller occulte du tsar, Raspoutine contribue à ternir l’image de la monarchie russe à cette époque.
Puis, début 1906, Raspoutine conduit un voyageur au couvent de Vekhotourné. Il s’y repose et discute un peu théologie avec lui. L’inconnu lui dit que ce couvent n’est pas comme les autres ; qu’il abrite les membres d’une secte appelée « Khlystis ». Et ceux-ci se cacheraient un peu partout au sein de l’Empire Russe en ayant pour devoir de garder leurs doctrines secrètes, même vis à vis de leurs parents.
A partir du milieu de l’année 1906, on assiste en Russie à une formidable explosion des courants littéraires et philosophiques, à une renaissance des beaux arts, de la danse et de la musique.
Les poètes de tendances diverses, comme Blok, Goumiliov ou Maïakovski révolutionnent les canons de l’écriture poétique. De même, les peintres Malevitch, Larionov et Kandinsky annoncent la naissance d’une expression picturale nouvelle et provocatrice. L’impact des Ballets Russes de Diaghilev sur l’Occident, les recherches de compositeurs comme Stravinsky placent la création russe à l’avant garde des expressions artistiques européennes.
Tous ces mouvements n’ont en commun que leur refus du conformisme et du réalisme. S’ils ne servent pas directement les idéaux révolutionnaires, ils les confortent par leur méprise des valeurs bourgeoises et matérialistes, et par leur dimension bien souvent eschatologique, qui traduit leur foi en un prochain bouleversement du Monde.
L’Allemagne déclare la guerre à la russie le 1er Août 1914. La france mobilise le lendemain et se voit notifier la déclaration de guerre allemande le 3. Aussitôt, les troupes de Guillaume II pénètrent sur le territoire belge, en violation du traité de neutralité de 1831. Cet acte décide la grande-Bretagne à déclarer la guerre à l’Allemagne, le 4 Août. Une déception attend pourtant les Empires centraux : l’Italie estime que l’invasion de la belgique la dégage de ses obligations d’alliée.
La mobilisation de la russie est l’objet de manifestation de piété et de loyauté dynastique. La foule brandit des icônes et des portraits du tsar, les popes bénissent les soldats. Les succès escomptés raffermissent le pouvoir. Malgré les pénuries en armes et munitions, la faible densité du réseau ferré, la confiance règne : le généralissime, le grand duc Nicolas, est très populaire. On crie : « les Cosaques à Berlin ».
27 octobre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1605 - 1608
Russie – U.R.S.S., première moitié du XXème siècle :
A l’aube du XXème siècle, le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra n’ont que des filles. Il faut attendre pour voir la naissance d’un prince héritier, le tsarévitch Alexis, dont l’hémophilie désespère la famille impériale. Celle-ci offre néanmoins à l’Europe une image exemplaire. Le tsar couvre son épouse et ses enfants de cadeaux, offrant les œufs de Fabergé. En outre, quand Nicolas et Alexandra sont séparés, ils s’écrivent en anglais, des lettres passionnées, où la tsarine recommande toujours à « Nicky » la fermeté et la rigueur.
La condition des Juifs ne cesse de se dégrader. Progressivement exclus de l’Université, des professions libérales, tolérés en nombre de plus en plus limité dans les grandes villes, les Juifs sont désormais concentrés dans des ghettos qu’ils ne peuvent quitter. Leur vie même est en danger.
En effet, pour détourner les mécontentements, le régime tsariste choisit d’attiser l’antisémitisme populaire. En 1903, le mouvement des pogroms reprend. A Kichinev, Gomel, Odessa et Kiev, on pille et on massacre selon un scénario éprouvé : le peuple se soulève « spontanément » contre les Juifs et la police n’intervient qu’au bout de longues heures, parfois plusieurs jours après, se contentant de ramasser les victimes. Les Juifs survivants émigrent alors en masse vers l’Occident.
En 1902, l’Empire Russe vit une brutale récession, qui succède à un brillant essor industriel et commercial favorisé par les capitaux étrangers. Etroitement dépendante des pays occidentaux, la russie subit les contrecoups d’une crise qui touche l’Europe et les Etats-Unis.
Dans l’industrie lourde, particulièrement touchée par le ralentissement des activités, la fermeture de plus de 4000 entreprises entraîne une importante vague de licenciements et le chômage d’une partie de la population ouvrière. Celle-ci, d’existence récente, issue du monde rural, n’ayant pas connu le servage, se montre plus frondeuse que ses aînées, d’autant plus qu’elle comprend, à la faveur de la crise, la vulnérabilité de sa position. Ainsi, dès la reprise économique, en 1903, la prise de conscience politique du monde ouvrier s’exprime à travers les nombreuses grèves qui éclatent dans l’Empire. L’agitation sociale gagne alors la paysannerie, éprouvée par deux années successives de mauvaises récoltes. Entre 1902 et 1904, 670 soulèvements contre les propriétés seigneuriales sont recensés. Ceux-ci révèlent la lente pénétration, grâce à l’école et aux moyens de communication modernes, des idéaux révolutionnaires qui, jusque là, ont été l’apanage de l’intelligentsia. Cette classe sociale intermédiaire, propre à la russie, est composée d’intellectuels qui, depuis des décennies, rêvent d’améliorer le sort du peuple.
Aux tensions intérieures s’ajoutent bientôt, à partir de Janvier 1904, les difficultés extérieures. Engagée dans une guerre contre le Japon pour le contrôle de la mandchourie et de Port-Arthur, la flotte russe accumule des défaites que l’opinion interprète comme un aveu d’incompétence du pouvoir. Loin de susciter un regain d’unité nationale, la guerre russo-japonaise contribue donc à susciter l’hostilité à l’égard du tsar.
De fait, le mécontentement populaire permet à l’opposition de se regrouper en mouvements de plus en plus nombreux et organisés. A l’extrême gauche, les marxistes russes, rassemblés dans le parti social démocrate – S.D. -, fondé clandestinement en 1898, prennent leur essor quand leurs deux chefs, Martov et Vladimir Oulianov – qui prend rapidement le pseudonyme de Lénine – quittent l’Empire. En 1900, ils fondent le journal « Iskra » - ou « l’Etincelle » -.
Lénine y développe ses premières théories sur l’organisation du parti qui, en tant qu’avant garde du prolétariat, doit regrouper une élite de militants autour d’une ligne politique unique. Beaucoup de sociaux démocrates refusent pourtant cette conception. Ils préfèrent celle de Martov, qui préconise la formation d’un grand mouvement de masse rassemblant des tendances diverses.
En 1903, le parti tient son deuxième congrès. Martov y est mis en minorité et rompt avec la tendance de Lénine. Les fidèles de Martov sont alors appelés « mencheviks » - ou « minoritaires ». Les partisans de Lénine reçoivent le nom de « bolcheviks » - ou « majoritaires ». Ceux-ci prônent dès lors le renversement du régime et concentrent leur propagande sur le monde ouvrier.
Le parti social révolutionnaire – S.R. -, est, quant à lui, l’héritier d’un mouvement exclusivement russe : le populisme. Il prêche l’émancipation de la paysannerie, qui constitue à ses yeux, le grand potentiel révolutionnaire. Les sociaux révolutionnaires se manifestent par de spectaculaires actions terroristes, dont plusieurs ministres sont victimes entre 1901 et 1904.
De son coté, l’opposition libérale et modérée commence tout juste à s’organiser. Les partisans de la monarchie constitutionnelle se recrutent surtout dans une partie de l’intelligentsia et les notables des assemblées locales et des unions professionnelles. A la faveur de la montée des mécontentements, les libéraux sont de plus en plus déterminés. En 1904, la création de « l’Union de libération » ainsi qu’une campagne de banquets popularisent leur programme. Cette action prépare la naissance du parti constitutionnel démocrate – dit « K.D. » -, qui représente à partir de 1905 les partisans de la démocratie « à l’occidentale ».
Or, des tensions sociales explosent au début de l’année 1905, à Saint-Pétersbourg, et se propagent ensuite à l’ensemble du pays. Le 3 Janvier, 12 000 ouvriers des usines Poutilov cessent le travail. En trois jours, la grève s’étend à toute la région industrielle de Saint-Pétersbourg. Le Dimanche 9 Janvier, plus de 150 000 personnes se dirigent vers le palais d’Hiver pour présenter une supplique au tsar. Le cortège, portant des icônes et chantant « Dieu sauve le tsar », est accueilli par la troupe, qui fait feu. Plusieurs centaines de morts et de blessés jonchent le pavé. Le « Dimanche Rouge » fait l’effet d’une bombe dans le pays. Il marque la rupture brutale entre le peuple et le tsar, jusque là considéré comme le père protecteur des Russes. L’image de Nicolas II, définitivement ternie aux yeux de l’opinion, devient celle d’un oppresseur sans foi ni justice. Dans les semaines qui suivent, des grèves éclatent dans l’industrie textile, parmi les cheminots et les métallurgistes. Leurs revendications sont essentiellement politiques. Inquiets, les milieux d’affaires réagissent en demandant l’abandon des mesures répressives. Nicolas II répond le 18 Février par un rescrit qui promet la convocation d’une assemblée consultative. Mais le mouvement de contestation est déjà trop radicalisé pour se satisfaire d’une proposition qui ne remet nullement en cause les fondements de l’autocratie.
Loin d’apaiser les esprits, la publication du rescrit impérial attise l’agitation, qui gagne toute l’intelligentsia. Celle-ci se mobilise en multipliant les unions professionnelles et civiques et en créant une Union des unions appelée à fédérer les actions de toutes ces associations. A l’arrivée du printemps, les contestations ouvrières et paysannes se conjuguent. Grèves et manifestations dans les villes, saccage des propriétés nobiliaires dans les campagnes concourent à accroître le désordre. Même l’armée, engagée dans la guerre avec le Japon, est gagnée par les troubles après le désastre naval de Tsushima, le 15 Mai. Un mois plus tard, l’équipage de l’unité la plus moderne de la flotte russe, le cuirassé « Prince Potemkine », se mutine devant le port d’Odessa et résiste quelques semaines. Face à la montée des troubles, l’opposition libérale rédige un « Manifeste de la nation », véritable programme politique de réformes exigeant l’avènement d’un régime constitutionnel.
Mais Nicolas II refuse le partage du pouvoir. Libéraux, radicaux et révolutionnaires sont résolus à engager l’épreuve de force. En Octobre, une grève générale paralyse tout le pays. Le mouvement débute le 19 Septembre par la grève des typographes de Moscou et, en un mois, s’étend à tout l’Empire. Au plus fort de la crise, le 13 Octobre, un conseil d’ouvriers – ou « Soviet » - se constitue à Saint-Pétersbourg. Les cadres révolutionnaires – Trotski s’y fait remarquer – y jouent un rôle important et y acquièrent un début de légitimité. Ce Soviet se revendique comme le seul représentant des travailleurs de la ville. Son audience est vite élargie par la diffusion de son bulletin, « Izvestia » - ou « les Nouvelles » -. Un autre Soviet voit le jour à Moscou et tente en vain de susciter une insurrection. A la fin de l’année 1905, une dizaine de soviets sont fondés dans les grandes villes de l’Empire.
Leur existence est éphémère, mais ils contribuent à forger une nouvelle conscience politique, marquée par l’influence des partis d’extrême gauche. L’expérience est bientôt retenue par les révolutionnaires, qui voient désormais dans le soviet la future base d’un nouveau pouvoir ouvrier.
Aussi, l’ampleur de la grève générale d’Octobre accule le tsar au compromis. Le ministre Witte, consulté sur la politique à adopter, adresse à son souverain un mémorandum le pressant d’agir « avant qu’il ne soit trop tard » et lui recommandant de mettre fin à l’arbitraire, d’accorder les libertés fondamentales à son peuple ainsi qu’un véritable régime constitutionnel. Le 17 Octobre, Nicolas II signe un manifeste impérial qui annonce l’octroi des libertés civiques – de conscience, de parole, d’association et de réunion -, la convocation d’une future assemblée législative – la « Douma » – et l’organisation d’élections. Mais le manifeste, dans sa formulation, reste imprécis sur de nombreux points. Comment l’autocratie va t’elle cohabiter avec la « Douma », alors que l’existence d’une assemblée législative contredit les fondements mêmes du régime ? Le manifeste produit l’effet escompté par le tsar : il divise l’opposition. Alors que les révolutionnaires refusent tout compromis avec Nicolas II, les libéraux radicaux rassemblés dans le nouveau parti K.D. sont réservés. Seuls les modérés et l’Union du peuple russe, parti d’extrême droite, soutiennent sans condition la nouvelle politique tsariste. Ces divisions profitent au gouvernement qui, pendant l’hiver 1905, se lance dans la « normalisation » du pays. L’écrasement du soviet de Moscou en Décembre, la répression engagée contre la mutinerie des marins du port de Kronchtadt sont suivis par l’abandon des promesses faites dans le manifeste. Le 23 Avril 1906, quelques jours avant la réunion de la « Douma », Nicolas II fait publier les lois fondamentales de l’Empire. Celles-ci dotent la nouvelle Assemblée de pouvoirs qui sont, en réalité, très réduits.
Des élections législatives sont ensuite organisées. Elles profitent surtout au parti K.D., qui sort grand gagnant du scrutin, tandis que la droite ne remporte que 10 % des suffrages. Mais la victoire les libéraux leur sert peu. Constamment en butte au conservatisme du gouvernement la première Douma est dissoute au bout de quelques mois, en Juillet 1906. Celle qui lui succède est politiquement plus radicale – les S.R. obtiennent 37 sièges et les S.D. 66 -, mais aussi beaucoup plus divisée. Elle subit le même sort que la première : elle est dissoute le 3 Juin 1907. Le gouvernement profite de ce nouvel échec pour introduire des réformes qui font perdre à la « Douma » sa représentativité politique et ses prérogatives. Après deux années de lutte difficile avec l’opposition, l’autocratie semble victorieuse.
Car, premier ministre de Nicolas II à partir de Juillet 1906, Stolypine est le grand artisan de la nouvelle politique russe, qui se veut à la fois conservatrice et moderniste. Issu d’une famille de vieille noblesse, il a exercé les fonctions de gouverneur dans les provinces de Grodno et de Saratov. Pour lui, le seul remède à la flambée révolutionnaire est le développement économique du pays. Stolypine accorde d’abord toute son attention à la question agraire, objet de fortes controverses dans les premières Doumas et préoccupation permanente du pouvoir depuis les nombreux soulèvements paysans de l’année 1906. L’innovation la plus importante du Premier ministre consiste à pratiquement supprimer l’ancien système de la commune paysanne au profit de l’exploitation privée. En créant une nouvelle classe de petits propriétaires, Stolypine contribue à l’essor du monde rural et répond partiellement à l’attente de la paysannerie russe. Préoccupé d’asseoir l’économie du pays sur son indépendance, Stolypine s’emploie également à russifier le monde des affaires en favorisant la formation de capitaux russes, le développement des exportations et la mise en œuvre d’une production de plus en plus compétitive. Période de réaction, mais aussi d’accroissement et d’enrichissement, les années 1907 – 1911 sont caractérisées par le reflux du mouvement révolutionnaire et l’épanouissement d’un nouveau nationalisme qui s’appuie désormais sur l’image d’une autocratie éclairée, en marche vers le progrès et l’assainissement social. C’est l’âge d’or du régime de Nicolas II, mais de nombreuses tensions persistent et sont brutalement mises en lumière par l’assassinat de Stolypine, le 5 Septembre 1911.
D’un autre coté, la russie est tentée de raffermir son régime par une guerre victorieuse après son échec contre le Japon, ce qui la renvoie aux Balkans, toujours en ébullition ; l’Empire Ottoman est en pleine décomposition. A partir de 1907, la perspective d’un conflit généralisé en Europe est envisagée par le gouvernement et l’Etat-major.






































