24 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1258 - 1260
En 1852, les types de propriété et l’organisation du monde rural sont en pleine mutation, la propriété paysanne devenant peu à peu l’idéal auquel aspire chaque agriculteur. En France, la terre est plus morcelée qu’ailleurs. S’il y existe une minorité de 100 000 très gros propriétaires, qui disposent de 33 % du sol, trois millions de paysans français se partagent difficilement 17 % des territoires disponibles. Malgré ce déséquilibre flagrant, nombre de petits propriétaires peuvent espérer augmenter la superficie de leur domaine, car l’acquisition des terres n’est pas entravée par des règles juridiques contraignantes.
Dans le Sud, ce sont en effet les grandes propriétés de type latifundiaire, qui dominent. La revendication paysanne du droit à la terre se renforce et commence à porter ses fruits. La généralisation de l’économie monétaire et l’entrée du monde rural dans les circuits du capitalisme aident au démantèlement naturel des grandes propriétés foncières. Peu à peu, la petite propriété agricole se répand, sans pour autant se généraliser.
La modernisation des techniques ne progresse pas non plus partout à un rythme identique. Si elle est plus rapide dans les grandes et moyennes propriétés des plaines et des bassins alluviaux que dans les zones montagneuses, elle est cependant inéluctable. La mécanisation progressive du travail bouleverse la production, même si l’introduction des machines dans les campagnes est lente. Les engrais d’origine minérale et chimique concurrencent très vite les engrais naturels : on découvre les phosphates, la potasse fait son apparition peu après et un nouvel engrais venu d’Amérique du Sud, le « guano », fait l’objet d’un commerce important.
La modernisation technique a des effets spectaculaires sur la production agricole. En effet, les disettes récurrentes qu’ont connues les économies de l’Ancien Régime disparaissent peu à peu. La première moitié du XIXème siècle connaît néanmoins cinq graves crises alimentaires, mais celle de 1853 – 1855 est la dernière dont souffre l’hexagone. La production agricole réussit ainsi à s’affranchir en grande partie de la répétition des accidents climatiques grâce à la modernisation technique. La plus grande efficacité des circuits commerciaux et la spécialisation régionale des cultures jouent aussi un rôle important dans le rééquilibrage de la production et dans la constitution d’économies agricoles stables.
Pourtant, la mécanisation de la production a ses revers : les besoins en bras sont de moins en moins importants. En outre, pour beaucoup de paysans, l’acquisition de terres est un but impossible à atteindre, surtout s’il faut investir dans des machines modernes. L’appel de la ville et de l’étranger apparaît alors comme un moyen de compléter et d’entretenir le patrimoine ou de s’installer définitivement dans un autre milieu. Que l’émigration soit saisonnière ou de longue durée, elle s’organise autour des solidarités familiales, villageoises ou régionales, qui subsistent fortement dans les grandes villes. Il y a celle des milliers de tisseurs flamands qui viennent s’installer à Lille et dans ses alentours ; elle bouleverse l’équilibre démographique de la région ; il y a aussi celle des maçons Limousins. Mais, la migration saisonnière la plus vive est celle des Savoyards qui, durant les mois d’hiver, assurent le ramonage des cheminées des immeubles parisiens et reviennent dans la ferme familiale au printemps pour relancer l’exploitation.
De fait, la population paysanne tend à diminuer peu à peu. Elle reste cependant majoritaire, même si elle décroît de manière constante ; le phénomène est d’ailleurs ressenti comme inéluctable. En 1780, 80 % des Français étaient paysans, en 1850, ils ne sont plus que 65 %. Cependant, le monde paysan est encore le premier secteur économique, il fournit des bras à l’industrie et des soldats pour les nombreuses guerres continentales et coloniales.
Le monde paysan est aussi bien encadré politiquement. En effet, le traumatisme de la révolution a fait naître chez lui deux types de sensibilité. L’une est conservatrice et reste fidèle à ses élites traditionnelles, nobles et prêtres ; l’autre est de tradition républicaine et jacobine, attachée au culte de Napoléon. Il faut pourtant attendre les élections au suffrage universel pour que le monde paysan ait droit de vote. Apparaît alors un net clivage entre une droit et une gauche paysannes, cette dernière étant essentiellement concentrée dans le Midi et dans le Centre tandis que l’Ouest vendéen demeure contre-révolutionnaire.
Mais, à gauche comme à droite, les paysans qui ont accédé à la propriété grâce à la révolution, redoutent les « partageux ». Ils préfèrent également confier la défense de leurs intérêts à des notables locaux plutôt qu’à des cultivateurs qui ne représentent, qu’1,8 % d’élus aux Conseils généraux.
En même temps, la classe bourgeoise, elle, a profité des soubresauts politiques de la révolution pour faire fortune. Les plus riches de ces nouveaux notables sont propriétaires fonciers, d’autres sont à la tète des premières grandes entreprises industrielles. A ces fortunes traditionnelles vient s’ajouter la nouvelle classe des grands commis de l’Etat.
Certains bourgeois développent bientôt des « utopies », des modèles de fonctionnement de société idéale. Ils placent leurs espoirs dans la transformation de la société industrielle pour en faire une notion de « prolétariat ».
Cette dernière est mise au jour, pour la première fois, par le socialiste Constantin Pecqueur. Pour lui, le prolétariat rassemble tous ceux qui ne possèdent rien, mis à part leur force de travail. Sans attache avec le monde juridique, exigeant la réalisation des principes égalitaires, le prolétariat est le sujet révolutionnaire qui doit jouer le rôle de Messie dans la régénérescence sociale et morale de l’Humanité.
Après lui, plusieurs écoles ou tendances socialistes utopiques naissent. Ces tendances illustrent les différents traits – le pragmatisme, la radicalité fondée sur une réflexion philosophique et sur une vision romantique, l’opportunisme politique -, mais aussi des influences culturelles et des états de développement inégaux de la classe ouvrière. En outre, elles s’enrichissent grâce aux expériences et aux réflexions d’auteurs aussi divers que Saint-Simon, Fourier et Blanqui, sans oublier Considérant, Proudhon, Cabet et Dézamy. La multiplicité des tendances tient en effet autant à la diversité des personnalités qui conduisent à l’effritement de certains courants, comme celui des saint-simoniens ou celui des icariens, qu’à leurs différentes perspectives : régénération morale, réforme politique ou sociale.
De fait, le socialisme utopique regroupe à la fois des pères de l’anarchisme, comme Proudhon et Dézamy, qui établissent une critique sévère de tout Etat, et des hommes nourris d’esprit scientifique, tels les saint-simoniens qui croient dans les vertus d’un progrès soumis à un socialisme étatique et s’appuyant sur les producteurs industriels.
Mais l’aspect le plus significatif du socialisme utopique reste la survivance des valeurs religieuses. Le rôle de sauveur est dévolu à des maîtres qui forment des communautés où les valeurs individuelles sont censées contribuer à l’harmonie sociale. Ainsi, Charles Fourier ou Etienne Cabet instituent la société parfaite.
Car, publiant ses projets de réforme sociale dans « la théorie des quatre mouvements et des destinées générales », Charles Fourier analyse avec férocité la société bourgeoise et expose sa « loi de l’attraction personnelle », qui régit les relations entre les êtres. Par ailleurs, dans une œuvre considérable – dont « le Nouveau monde industriel » -, il se fait le héraut d’une société idéale constituée de phalanges regroupant 1600 individus dans des phalanstères, ou unités architecturales, sociales et productives autonomes. Chaque membre est actionnaire du phalanstère, dont la direction est élue ; les bénéfices sont répartis entre le capital, le talent et le travail. L’organisation de l’Humanité en phalanstères aurait pour résultat « l’harmonie universelle ».
De son coté, Etienne Cabot publie un roman philosophique, « le Voyage en Icarie », qui connaît un grand succès. Dans cet ouvrage, il décrit une colonie égalitaire et communiste qui, par son aura sans violence, réformera l’Humanité. Cabet se réfère à l’Evangile pour justifier sa volonté d’instaurer une société nouvelle régie par un communisme chrétien.
Enfin, Auguste Comte, après une formation scientifique à l’Ecole Polytechnique, est un collaborateur du socialiste utopique Saint-Simon. Ayant rompu avec son maître, il cherche à fonder une doctrine philosophique sur laquelle asseoir le progrès de l’Humanité dont rêvent les utopistes. Dans « le Cours de Philosophie Positive » qu’il donne à Paris, il distingue trois états successifs de l’Histoire Humaine : le stade théologique, le stade métaphysique, au cours duquel les divinités sont remplacées par des entités abstraites, et le stade positif, où, libéré par la science et l’industrie, l’homme peut améliorer le Monde grâce à la compréhension des règles qui le régissent.
De fait, dénonçant la société capitaliste en voie de formation comme productrice d’inégalités sociales, individuelles et collectives, le socialisme utopique est à la recherche d’alternatives le plus souvent concrètes, mais aussi à caractère messianique. Cette perspective se heurte aux enjeux de la lutte ouvrière et sociale qui s’imposent. A cette date, Marx et Engels publient « le Manifeste du parti Communiste », où ils exposent les principes d’un socialisme matérialiste et scientifique, qui affirme dépasser le socialisme utopique.
23 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux :
En 1840 également, certains écrivains exaltent à travers les paysans les valeurs de la paix sociale et du travail qui respecte les rythmes naturels. Pourtant, ce monde idéalisé que les artistes affectent de découvrir est en train de disparaître, remplacé par l’univers urbain et industriel.
Car les livres de George Sand dépeignent des propriétaires aisés ; ceux des romanciers régionalistes cévenol et quercynois, Ferdinand Fabre et Léon Cladel, mettent en scène des hommes bons, attachés à leur lopin de terre et durs au travail. Cette apologie de la vie rurale s’accompagne d’un refus du changement et d’un rejet de la ville. Pour beaucoup, l’ordre rural devient le modèle idéal d’un monde sans convulsions, en harmonie avec les seules transformations admises, celles de la nature. Mais « la terre » de Zola, montre au contraire l’âpreté de paysans prêts au crime pour augmenter leurs lopins.
En 1842 Eliphas Lévi vit uniquement par l’intermédiaire de ses études de dessin et de ses travaux de peinture. C’est à cette époque qu’il décore les murs intérieurs de l’église de Choisy le Roi.
En 1844, plusieurs Archéologues amateurs décident d’inspecter les environs de Menthou sur Cher. Ils commencent ainsi à examiner le site apparaissant non loin de la fontaine aux Meilleurs. Ils scrutent ensuite le « Menhir de Guépéan ». Ils se rendent compte que celui-ci est enchâssé dans les fondations du château s’élevant au sommet d’une colline proche. Ils sont amenés à s’aventurer à l’intérieur des souterrains de la forteresse. Et, finalement, ils constatent que cette dernière à été bâtie à l’emplacement d’un ancien Sanctuaire Celte.
Puis, à quelques semaines de là, l’occasion leur est offerte de visiter le bourg de Huisson. De fait, ils y explorent le lieudit « la chapelle aux Druides ». Ils y découvrent ce qu’ils nomment, sa « Roche Branlante ». Ils font le rapprochement entre celle-ci et celle qui est représentée en peinture sur un des murs de l’église Sainte-Geneviève, à Paris. Ils la dépassent, s’en éloignent de plusieurs centaines de mètres, et parviennent dans le périmètre d’un second monolithe. Tout en examinant minutieusement ce dernier, ils discernent une demi-douzaine de sculptures en partie effacées sur une de ses parois. Et, finalement, ils se disent que ces évocations primitives ont certainement désigné des divinités Celtes inconnues.
Pendant plusieurs années, la france est calme et prospère. Mais une grave crise économique frappe le pays à partir de l’automne 1846 et donne à l’opposition républicaine l’occasion de se manifester de nouveau. En 1847, celle-ci organise dans toute la france une série de banquets au cours desquels les orateurs réclament de nombreuses réformes. Cette campagne est un succès, mais le pouvoir n’en perçoit pas le danger. Or, le 22 Février 1848, à Paris, une manifestation de rue réclame le renvoi de Guizot. Le 23 Février, la troupe tire sur la foule boulevard des Capucines et tue 16 personnes. Les insurgés entassent les cadavres sur un chariot et les promènent dans Paris. Le 24 Février, des barricades se dressent dans la capitale, le peuple occupe l’Hôtel de Ville et Louis-Philippe, d’abord indécis, finit par abdiquer en faveur de son petit fils, qui n’a que neuf ans. Le très populaire fils de Louis-Philippe, le duc d’Orléans, est en effet mort en 1842. Le 25 Février 1848, la république est proclamée sur la place de l’Hôtel de Ville, à Paris, et Louis-Philippe s’exile en Angleterre.
En 1848, quelques semaines après la chute de Louis-Philippe, un Anglais dénommé Vamdam aperçoit le comte de Saint-Germain à Paris. Il raconte :
« Celui-ci se faisait appeler « Major Fraser » et était l’un des hommes les mieux vêtus de la capitale. Il vivait seul, ne parlait jamais de sa famille. Il était toujours prodigue de son argent, encore que les sources de sa fortune fussent un mystère pour tout le monde. Et nul mieux que lui connaissaient les pays d’Europe. Sa mémoire était vraiment incroyable ; chose singulière, souvent, il laissait entendre qu’il en avait pris les éléments ailleurs que dans les livres. ».
A ce moment là également, des femmes journalistes participent activement à la révolution parisienne et affichent leurs revendications dans des publications qui, à l’image de la « Voix des Femmes », réclament le droit de vote.
Cette presse touche alors de nombreuses lectrices, mais elle souvent étouffée ou interdite par les autorités de la 2ème République qui se met bientôt en place. Il existe par ailleurs une presse féminine classique, qui donne de la femme une image très conventionnelle.
Le nouveau gouvernement de 1848, improvisé, est une assemblée hybride dans laquelle le poète Lamartine côtoie les modérés Arago, Ledru-Rollin et Crémieux, les socialistes Louis Blanc et Albert, le premier ouvrier à devenir ministre. Leurs premières mesures témoignent d’un idéalisme généreux : l’esclavage est aboli, la peine de mort est supprimée pour les condamnés politiques, la liberté de la presse et de réunion est garantie et le suffrage universel, instauré. Enfin, pour lutter contre le chômage, le gouvernement crée les « ateliers nationaux », qui emploient les inactifs à des travaux d’utilité publique.
Il est alors prévu d’embaucher 15 000 hommes et de les payer deux francs la journée. Or, rapidement, 130 000 chômeurs s’inscrivent. L’Etat est incapable de les occuper tous ; certains d’entre eux sont employés à des tâches inutiles, pavant et dépavant les rues, et leur paye passe de deux francs à un franc.
Cette « illusion lyrique », souvent utopique, n’a donc qu’un temps. L’Assemblée constituante, élue en Avril, porte au pouvoir des républicains plus modérés. Leur décision de supprimer les ateliers nationaux provoque à Paris, en Juin 1848, un soulèvement ouvrier insurrectionnel, que le général Cavaignac réprime dans le sang. Ces terribles batailles de rue, qui font 1500 morts parmi les séditieux, marquent la fin de la révolution sociale de 1848 et le triomphe de la classe bourgeoise.
Finalement, la brève IIème République aboutit à l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la république, au coup d’Etat du 2 Décembre 1851 et à la naissance du Second Empire.
22 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1254 - 1256
En 1831, un an après les Trois Glorieuses, Delacroix est enrôlé avec d’autres artistes pour garder les collections du Louvre, car on craint qu’elles souffrent de la révolution. Mais le peintre, qui fréquente les libéraux depuis longtemps, se réjouit des événements. Pour commémorer ces journées, il entreprend de peindre une allégorie de la liberté. Delacroix entend célébrer le peuple des barricades, celui qui prend sa liberté en main, quitte à sacrifier sa vie.
Delacroix décrit donc les trois sortes d’ouvriers parisiens de l’époque : l’artisan ou le chef d’atelier porte un fusil ; celui qui brandit un sabre porte un béret et un tablier protecteur comme les employés des manufactures ; l’homme agenouillé aux pieds de la liberté, enfin, représente les manouvriers temporaires, venus de la campagne : il a la ceinture rouge des travailleurs de force. Mais la figure principale est la liberté : sa poitrine nue rappelle l’iconographie de la victoire, et cette représentation permet d’élever la figure au dessus de la réalité prosaïque. Le cadavre au premier plan est un autre élément allégorique : il évoque, par sa pose, le Troyen Hector traîné par le char d’Achille, sujet fréquemment traité dans les Académies. Le cadavre apparaît donc ici comme le symbole du guerrier héroïque.
En même temps, Ingres peint un Orient presque irréel dans ses « Odalisques », et c’est à cette date qu’il découvre l’Orient véritable. Les récits de la campagne d’Egypte et la popularité de la guerre d’Indépendance de la grèce renouvellent les images de l’Est de la méditerranée ; désormais, Ingres et ses confrères ont à cœur de représenter fidèlement ces terres exotiques. Un genre nouveau naît alors en peinture : l’orientalisme. Les paysages désertiques brûlés par le Soleil, les quartiers des villes arabes avec leurs foules cosmopolites, les couleurs éclatantes du Moyen-Orient sont rendus avec un grand réalisme par des peintres qui, pour la plupart, ont effectué le « voyage en Orient ». Decamp, Champmartin ou Marilhat rapportent de leurs séjours en Turquie, au Liban et en Egypte des scènes qu’ils ont prises sur le vif. De même, pendant longtemps, la récente conquête de l’Algérie est une source inépuisable d’inspiration exotique.
Daumier, lui, est surtout célèbre pour ses nombreuses caricatures. Engagé en 1831 par Charles Philipon – l’auteur de la fameuse série des « Poires » - pour son nouveau journal, « la caricature », le jaune marseillais d’origine modeste trouve enfin sa voie. Mais la loi sur les délits de presse, très peu favorable à la liberté d’expression, l’oblige à délaisser la caricature politique. Daumier se tourne alors vers le croquis satirique, prenant en particulier la bourgeoisie pour cible.
Observateur attentif et impitoyable, il rend à merveille le souci de respectabilité, la bêtise et la suffisance des nantis, piliers de la monarchie de Juillet. D’un trait de crayon incisif, il exprime le cynisme ou la peur que le contact avec les « classes laborieuses » provoque chez les plus favorisés. Attentif à l’actualité, il se gausse également des « Femmes Socialistes » ; et malgré ses opinions libérales, il se montre en cela assez proche de ses modèles.
Egalement en 1831, un paysan nommé M. Gaudoix remarque un étrange phénomène dans les environs de Lucheux : il a l’impression que la « Pierre de Haraveon » qui y est implantée subit des éclipses. Il lui paraît que ce dolmen environné de cupules à sacrifices, orné de deux rainures, et entouré de caractères inconnus – autrefois dédié à Teutatès – disparaît parfois de la surface du Monde.
En 1832 également, le choléra arrive à Paris et tue 18 400 habitants de la capitale. La médecine se révèle alors à peu près impuissante pour enrayer le fléau.
En 1832 toujours, inspirées par le Saint-Simonisme, qui veut ouvrir tous les emplois aux femmes, deux ouvrières créent « la femme Libre », un journal qui appelle leurs consœurs à se révolter contre la suprématie masculine. D’autres revues empruntent bientôt la même voie. Le « Journal des Femmes » est destiné aux bourgeoises et « la gazette des Femmes » publie une charte des droits et des devoirs de la femme.
Ce n’est qu’à partir de 1832 qu’un premier réseau ferroviaire se constitue en France : il est bientôt de 800 kilomètres, et passe rapidement à 12 000. C’est alors l’âge d’or de la construction de chemins de fer avec l’application de la décision de réaliser le réseau en étoile, dont Paris occupe naturellement le centre.
Deux hommes contribuent également de façon décisive à sauver le patrimoine architectural français. Le premier, Prosper Mérimée, est déjà un écrivain connu lorsqu’il est nommé inspecteur de l’Administration des Monuments Historiques. Plusieurs tournées lui permettent de faire l’inventaire des édifices les plus menacés. C’est donc au jeune Eugène Viollet-le-Duc qu’il confie la restauration de la basilique de la madeleine, à Vézelay. Ainsi débute une longue carrière qui fait bientôt de cet architecte et historien une figure importante et controversée.
En effet, sa pratique de la restauration, fondée sur des conceptions historiques et esthétiques personnelles, aboutit parfois à une « réinterprétation » abusive.
Le régime de Louis-Philippe subit les feux de trois groupes d’opposants, ce qui donne paradoxalement à la résistance à la royauté l’occasion de renforcer son pouvoir. Tandis que, rangés derrière la duchesse de Berry et restés fidèles au petit fils de Charles X, les légitimistes récusent le titre royal de Louis-Philippe, les bonapartistes soutiennent le prince Louis Napoléon Bonaparte, qui tente, sans succès, de renverser le régime. L’opposition républicaine est plus dangereuse, car elle profite d’une forte agitation sociale. En 1832, les funérailles du général républicain Lamarque donnent lieu à de violentes émeutes. Le 15 Avril 1834, une insurrection se solde par le massacre de tous les habitants de la maison d’un insurgé, dans la rue de Transnonain, à Paris.
En 1834, le jeune Eliphas Lévi écrit le « Transcendantal Magic », ouvrage dans lequel il lie le jeu de Tarots à la kabbale juive. Puis, en 1836, il rencontre Flora Tristan, la grand-mère du futur peintre Gauguin ; la même année, il fait la connaissance de Balzac. Bientôt, il rejoint l’abbaye de Solesmes. Il y passe des heures enchantées à étudier de vieux livres oubliés aux fins fonds de la bibliothèque de l’édifice. Il y découvre en effet d’anciens manuscrits, ainsi que des ouvrages Esotériques et Hermétiques, qui le passionnent ; il se plonge donc à corps perdu dans une Initiation en autodidacte sur les sujets qu’ils lui dévoilent.
En 1834 encore, l’hygiène médicale commence également à faire son apparition et l’utilisation de l’eau oxygénée devient de plus en plus courante. Cependant, l’hygiène des soins n’est pas réellement respectée et les amorces des progrès sont encore insuffisantes. Elles sont en tout cas impuissantes devant la dernière grande épidémie, le terrible choléra qui s’abat sur la france cette année là.
Ainsi, les préoccupations et les orientations scientifiques ne varient plus, et la découverte totale de l’univers corporel et physique est à l’ordre du jour. C’est une communauté scientifique en pleine mutation qui se charge de développer ce programme, car les savants commencent, eux aussi, à changer. Ils se dotent des indispensables outils de vulgarisation et de communication que sont les revues, les institutions et les universités. Ajoutés au développement de la scolarisation, ces outils permettent à un nouveau type d’individu d’accéder à la science. A cette époque, la majorité des savants appartient encore, par la naissance, à l’élite de la société, voire même à la noblesse. Mais, à son milieu, apparaissent des hommes pour qui la science est un métier, et non plus une source de pure satisfaction intellectuelle.
En Juillet 1835, Louis-Philippe échappe de peu à un attentat qui tue 18 personnes, et le gouvernement profite de l’occasion pour faire voter des lois qui répriment sévèrement les délits de presse. Il devient désormais interdit de se dire républicain.
A partir de 1836, la politique de répression semble porter ses fruits. Le parti de la résistance commence à jouir de la stabilité du régime, tandis que plusieurs tendances se dessinent en son sein. Dirigé par Adolphe Thiers, le centre gauche est favorable à une orientation plus parlementaire. Le centre droit de François Guizot considère, au contraire, comme pleinement légitime l’autorité royale dans la conduite des affaires. En 1840, Thiers est, pendant quelques mois, le président du Conseil, mais il est rapidement renvoyé et François Guizot, bien qu’il n’en n’ait pas le titre officiel, devient le véritable chef du gouvernement français. A partir du mois d’Octobre 1840, le ministère Guizot se fait le défenseur des intérêts de la bourgeoisie à laquelle il propose de « s’enrichir par le travail et par l’épargne » pour assurer la prospérité du pays.
21 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1252 - 1254
Parallèlement, le 25 Février 1830, à la comédie Française, Victor Hugo présente son nouveau drame, « Hernani ». La soirée est capitale pour lui, mais aussi pour ses bouillants amis romantiques. Car il s’agit d’un véritable coup d’Etat orchestré contre l’esthétique néoclassique, dans laquelle le conservatisme politique et culturel se reconnaît. Heureusement, Hernani échappe à l’interdiction qui, un an auparavant, a frappé « Marion de Lorme ».
Le 25 Février, on se presse donc dans une salle surchauffée, où des bataillons de « barbares » - Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Balzac… - prennent position et multiplient les incartades. Sifflements et applaudissements, rires et acclamations ponctuent la pièce, jusqu’au triomphe final.
L’année 1830 est également marquée par le culte du héros. Victor Cousin écrit son « Introduction à l’histoire de la philosophie ». On exalte fréquemment les vertus guerrières et l’esprit de conquête. Mais le temps n’est plus où les jeunes au sang bouillant pouvaient risquer leur vie sur les champs de bataille. Aussi la rhétorique ampoulée du romantisme apparaît t’elle souvent comme une compensation. Napoléon conserve encore un grand pouvoir de fascination et fait l’objet d’un véritable culte. On l’admire d’avoir exporté les principes de 1789 et d’avoir lutté pour l’indépendance de la france.
En 1830 également, les ouvriers se rapprochent encore plus d’une partie des classes moyennes et bourgeoises. Tous partagent le même idéal politique : la renaissance de la république. Ainsi, les ouvriers jouent t’ils un grand rôle pendant les journées révolutionnaires, qui portent Louis-Philippe au pouvoir. Ce particularisme de la france explique que les luttes sociales se confondent longtemps avec les combats politiques. Pourtant, le mouvement ouvrier connaît ses propres difficultés et ses gloires à partir de ce moment là. La révolte des canuts, les tisserands de Lyon, est réprimée dans le sang. Dans tout le pays, l’ouvrier devient ainsi un être à part dont l’économie moderne a besoin, mais qui fait trembler les tenants de l’ordre établi.
Car, à cette date, la france ne connaît toujours pas de véritable démarrage économique. Malgré l’augmentation des surfaces cultivables, l’absence d’innovations techniques et la faiblesse des gains de productivité rendent l’agriculture vulnérable. L’industrie, protégée par des barrières douanières, reste prisonnière des cadres du XVIIIème siècle. Le textile est toujours rural, au sein du système de la fabrique. La métallurgie, très dispersée, souffre du manque de progrès techniques, de la faiblesse des investissements et d’un marché limité.
En 1830 toujours, le temps des pionniers de l’industrie moderne est révolu. L’économie capitaliste s’installe durablement en France. Les profonds bouleversements qu’elle entraîne modifient radicalement la vie politique et sociale du pays tout entier.
Outre la nouvelle répartition géographique des richesses, les modifications économiques bouleversent les politiques. Les produits manufacturés, toujours plus nombreux, ont besoin d’un marché en expansion. Hors, traditionnellement, les gouvernements sont protectionnistes, mais les nouveaux producteurs font pression pour que soient levées les barrières douanières.
L’Etat s’inquiète alors de la diffusion des revendications sociales et du développement de nouvelles formes d’organisations ouvrières et industrielles. Elles sont considérées comme un problème sérieux, et la question sociale fait l’objet d’enquêtes commandées par les autorités, soucieuses d’appréhender une réalité en pleine évolution. Ainsi, l’Académie des Sciences Morales et Politiques demande au médecin Louis-René Villermé de rédiger une étude sur la classe ouvrière. Les premiers résultats de ses travaux sont diffusés. Bientôt, son rapport complet est édité sous le titre « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie ». Cette enquête, tout en rendant publique la misère des salariés de l’industrie, demande à l’Etat et au patronat de prendre en compte les doléances de ceux qu’ils considèrent trop souvent comme une « classe dangereuse ». Ainsi que beaucoup de travaux de ce type, l’enquête de Louis-René Villermé explique le mal social surtout par des causes morales et entrevoit relativement peu ses racines économiques. Elle joue cependant un rôle essentiel dans la prise de conscience d’une partie des élites, qui commence à réclamer des réformes sociales importantes.
C’est pour cette raison que rapidement, l’Etat fixe à douze heures le temps de travail quotidien des enfants de 8 à 12 ans. Malheureusement, ces lois sont tragiquement modérées, car rien n’est prévu pour leur contrôle et réprimer leur non-application. De plus, les syndicats sont toujours interdits.
L’avènement de Louis-Philippe ne change pas fondamentalement le régime politique instauré par la restauration, et la charte de 1814 est simplement modifiée par quelques lois qui abaissent le cens électoral, augmentent le nombre des électeurs et prévoient qu’une partie des conseils municipaux doit être désignée par voie électorale. Le nouveau pouvoir est avant tout soucieux de prendre un certain nombre de mesures symboliques, censées réconcilier les Français autour des principes de modération. Louis-Philippe consent à prendre le titre de « roi des Français » - et non « de France » -, que la constitution de 1791 avait attribué à Louis XVI. Il adopte le drapeau tricolore, supprime la censure et accepte que le catholicisme cesse d’être une religion d’Etat. Le roi a également soin de cultiver une simplicité bonhomme qui le rend populaire. Bon mari et bon père de famille, il fait disparaître l’étiquette solennelle de la cour, se promène bourgeoisement dans les rues de Paris son parapluie à la main et salue les passants avec affabilité. Cette bonhomie apparente cache en fait une réelle ambition politique qui le pousse rapidement à intervenir dans les décisions de ses gouvernements et à choisir personnellement ses ministres.
En effet, au début de son règne, afin de ne pas trop décevoir les espoirs que la révolution a donnée aux républicains et aux bonapartistes, il laisse un certain nombre de personnalités libérales, comme la fayette ou le banquier Laffitte, graviter autour du pouvoir. Brièvement, ce parti dit « du Mouvement » est chargé de gérer la politique du pays, mais une série d’émeutes l’affaiblissent. En Octobre puis à la fin de 1830, le procès des ministres de Charles X provoque de violentes manifestations. En Février 1831, l’archevêché de Paris est mis à sac.
Cette agitation républicaine inquiète le nouveau régime, et le roi décide, en Mars 1831, de se séparer des hommes du Mouvement. Il leur préfère le parti dit « de la résistance », qui considère que la monarchie de Juillet est un régime déjà parfaitement satisfaisant. Ennemi des réformes, ce parti se fait alors le champion d’une politique ferme et autoritaire. Louis-Philippe choisit en son sein le nouveau président du Conseil, Casimir Perier, dont le ministère marque un tournant important. Face à l’émeute, Perier choisit la répression. En Novembre 1831, les canuts de Lyon, ouvriers de l’industrie de la soie, se soulèvent pour réclamer une augmentation de salaire. Le gouvernement réagit immédiatement par la violence et charge l’armée de rétablir l’ordre. La mort de Casimir Perier, en 1832, ne met pas fin à cette politique, et le parti de la résistance devient peu à peu l’inspirateur unique des gouvernements de Louis-Philippe.
20 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1250 - 1252
En 1823, les toiles imprimées de Christophe Oberkampf sont aussi à l’honneur. On installe par ailleurs des hauts fourneaux pour moderniser l’industrie métallurgique et l’Etat encourage les initiatives les plus varies par ses commandes et ses subventions. Dans le domaine alimentaire, ce sont les premières applications des découvertes d’Appert sur les conserves. La photographie est mise au point par Niepce, tandis que la machine à coudre est inventée par Thimonnier.
D’un autre coté, l’évolution des techniques, la complexité grandissante des machines, contraignent à des investissements de plus en plus importants. Elles transforment aussi le paysage social. Jusque là, le travail s’est surtout fait à domicile ou dans des ateliers et des fabriques de taille restreinte. L’augmentation de la production ne fait pas disparaître ces établissements, mais elle exige une centralisation de la main d’œuvre et provoque l’apparition d’unités de production plus importantes : les usines. Les nouvelles technologies mises en place n’utilisent plus les compétences des métiers urbains. C’est donc dans les zones rurales, loin du contrôle des corporations urbaines, qu’est recrutée la nouvelle main d’œuvre. Anciens paysans, femmes, enfants, sont encadrés par des ouvriers professionnels et astreints à une discipline de travail très exigeante. Les journées sont longues, les salaires particulièrement maigres. Cependant, aussi bas qu’ils puissent être, ces salaires assurent l’entrée de nouvelles couches sociales dans l’économie monétaire.
Dans le même temps, ces groupes sociaux changent de nature et forment peu à peu la classe ouvrière. Ceux qui en font partie prennent lentement conscience d’être une catégorie particulière, quoiqu’hétérogène. Pour produire, l’industrie a besoin d’une main d’œuvre à la fois nombreuse, peu chère et docile.
En 1823 également, Victor Hugo écrit un poème intitulé : « l’Enfant ». A un jeune Grec qui pleure la mort du peuple de Chio, le poète propose les plus sublimes objets pour le consoler. La réponse de l’enfant est celle-ci : « Ami, dit l’enfant aux yeux bleus ; Je veux de la poudre et des balles ».
Delacroix présente au Salon de 1824 une grande toile où les horreurs du carnage de Chio, au cours de la guerre de l’Indépendance de la grèce, sont représentées dans un style réaliste et brutal.
A la mort de Louis XVIII, peu après, c’est son frère qui monte sur le trône sous le nom de Charles X. Mais le roi semble bien loin de comprendre les aspirations de son peuple. Après avoir longtemps vécu en exil, il est devenu le chef du parti « ultra », composé de royalistes intransigeants qui rêvent de rétablir la monarchie de droit divin. Charles X est nourrit de romantisme, celui des années 1820, marqué par le culte du passé et de la sensibilité religieuse. Mais le conservatisme du régime cadre mal avec les bouleversements sociaux et culturels de cette période.
Dès 1825, Charles X heurte de front les libéraux en instituant la répression du blasphème puis en promulguant la li dite « du milliard des émigrés », qui permet d’indemniser certaines victimes de la révolution. Un autre projet de loi, dite plaisamment « loi de justice et d’amour » prévoit d’imposer à la presse des obligations et des taxes si lourdes qu’il aurait été très difficile d’éditer un journal indépendant. Mais la chambre des pairs repousse ce projet. Les erreurs de Charles X permettent aux libéraux de sensibiliser l’opinion aux risques encourus, avec un tel monarque, par la société civile. Chateaubriand lui même, ardent royaliste et ancien ministre de Louis XVIII, entre dans l’opposition. Le parti du roi ayant perdu les élections de 1827, Charles X doit appeler à la tète du gouvernement un royaliste libéral, Martignac, qui s’empresse d’abroger certaines dispositions ultracléricales et s’efforce d’apaiser les tensions.
En 1827, les sciences de la vie sont à un tournant majeur. Les zoologistes et les botanistes commencent à se poser le problème de l’Evolution. Un débat virulent oppose les partisans du fixisme à ceux du transformisme : pour Georges Cuvier, qui est le premier à étudier systématiquement les fossiles, les espèces sont « fixes » ; pour Jean-Baptiste Lamarck, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, elles se « transforment » en fonction de leur milieu. Ces derniers estiment en effet que, au sein d’une même espèce, l’action du milieu naturel peut modifier un ou plusieurs individus.
Mais, à cette époque, la science dont les avancées ont le plus de conséquences sur la vie quotidienne est bien évidemment la médecine. Les techniques d’observation du patient s’améliorent : René Laennec, un spécialiste des affections pulmonaires, invente le stéthoscope, qui permet d’écouter à travers le thorax. Cet appareil facilite l’auscultation et rend plus fiable le diagnostic. Les progrès des autres sciences profitent à la médecine, qui utilise de nouvelles substances chimiques à des fins thérapeutiques. La chirurgie bénéficie des recherches de Velpeau, de Dupuyrien et de Lisfranc. L’isolation de la morphine permet de lutter contre la douleur.
Par ailleurs, la france construit de nouveaux hôpitaux et, grâce à une exceptionnelle génération de médecins, elle est le premier pays d’Europe à se donner les bases d’un système de santé efficace. Cette conjonction de talents médicaux baptisée « l’Ecole de Santé de Paris » a de brillants représentants : ainsi, le baron Jean Corvisart pose les bases scientifiques de la médecine clinique.
Charles X patiente deux ans, puis, persuadé d’être confronté à un complot libéral, il chasse Martignac et le remplace par le prince Jules de Polignac. L’homme est médiocre et étroitement mystique. Polignac confie le ministère de l’Intérieur à la bourdonnais. Quant au nouveau ministre de la guerre, il n’est autre que le général de Beaumont, qui a trahi l’Empereur à Waterloo. C’en est trop, et la presse bonapartiste sonne la charge ; certains menacent de faire la grève de l’impôt, les pamphlets se multiplient. En 1829, la chambre, par une « adresse » signée par 221 de ses membres, exige du roi qu’il respecte la volonté des députés. Elle est dissoute mais se retrouve encore plus forte lors des élections de Juin 1830. Le 25 Juillet, Charles X tente un coup de force et promulgue quatre ordonnances : l’une muselle la presse, l’autre dissout la chambre fraîchement élue, une troisième modifie la loi électorale au seul profit des grands propriétaires fonciers, la quatrième, enfin, fixe la date des nouvelles élections.
Ces ordonnances sont une provocation de trop, d’autant plus que la situation sociale contribue à exaspérer les passions : hausse des prix du blé, chômage, pillages et émeutes témoignent de la gravité des tensions. A Paris, le coup de force de Charles X suscite une réaction immédiate et radicale. Pendant les journées des 27, 28 et 29 Juillet – les Trois Glorieuses -, le peuple se soulève. Les 27, ouvriers, étudiants et journalistes dressent des barricades ; le 28, tout l’Est de Paris, qui abrite les quartiers populaires, est mobilisé et se révèle imprenable : 2500 soldats de l’armée royale sont tués ainsi au cours d’assauts répétés, tandis que la garde Nationale rallie les insurgés ; le 29, le Palais Bourbon, puis le Louvre sont investis par le peuple de Paris. Charles X retire alors ses ordonnances, mais il est trop tard : le peuple est victorieux. Cependant, les libéraux n’entendent pas lui abandonner le pouvoir : le 30 Juillet, le duc d’Orléans, neveu de Charles X, que sa simplicité « bourgeoise » a rendu populaire, entre dans Paris et devient, le 9 Août, Louis-Philippe Ier, roi des Français par la volonté des deux Chambres.
19 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1246 - 1250
En 1822 toujours, un autre romantique, un dénommé Etienne Guitard, fait paraître un livre presque passé inaperçu, dans lequel il retranscrit de nombreuses Légendes Françaises anciennes. En voici quelques unes :
Pour la bretagne, une petite ville maritime des bords de l’Atlantique est, encore aujourd’hui, l’objet d’une histoire effrayante ; celle-ci aurait été bâtie sur l’Enfer. Tous ses lavoirs seraient hantés. Tous les habitants de son cimetière se déchaîneraient dans les rues la nuit venue ; et passé minuit, nul n’oserait s’aventurer à l’intérieur des ses passages mal éclairés. Cette histoire dit même que jamais petite bourgade de province n’a compté autant de suicidés, pareilles légions de sorciers et de sectes lucifériennes.
D’après Etienne Guitard, la pointe du Raz possède, elle aussi, une Légende à peu près équivalente. Dans ses environs, on dit que d’énormes excavations creusées par la mer traversent le site de part en part. C’est pour cela que les habitants des villages proches voient en lui les portes de l’Enfer. En effet, renchérissent t’ils, parfois, ils entendent à cet endroit la plainte des hommes en détresse dans l’Autre Monde.
Puis, Etienne Guitard explique ensuite que le village de Botmeur a sa propre version de ce conte. Ses agriculteurs signalent qu’autrefois, les Bretons situaient les portes des Abysses non loin du hameau. Et encore à l’heure actuelle, les feux follets déambulent dans ses parages, comme jusque dans le voisinage des mégalithes proches. Les agriculteurs rajoutent en outre qu’une quinzaine de pierres levées semblent toujours hantées ; essentiellement par des fées ; et que trois autres – incrustés de profondes rainures – paraissent cacher des hommes en noir dans une chambre dissimulée sous la terre.
Etienne Guitard se réfère alors bientôt au domaine de Locmariaquer, à une demi-douzaine kilomètres de là. On y voit beaucoup de rochers épars aux formes étranges. Et on dit que jadis, les « Kérions » - les nains -, logeaient dedans. Ces pierres ont d’ailleurs toujours eu la réputation de croître comme des arbres ; de même que le dolmen de roches plates de Kancereuk, à moins de deux cents mètres de là ; ou celui de Quenequan, qui passe pour abriter des Korrigans.
Toujours à Locmariaquer, le cromlech de Mané Juguan, lui aussi, est censé être une tanière à Korrigans. On dit qu’ils préparent leurs bouillies dans ses cupules au cours des nuits de clair de lune. Par contre, celui à la périphérie du bourg est réputé pour avoir été planté là par eux.
Le menhir de Saint-Siméon, de son coté, a été, à une certaine époque, hanté par des fées. Celui de Nethau a emprisonné un Génie qui avait le pouvoir d’appeler les tempêtes et de précipiter sur les plaines des orages, de la pluie et de la grêle. Le menhir de Saint-Viatre a eu la réputation de tuer les hommes qui s’en approchaient de trop près. Celui de Pierrefite a été tourmenté par un être maléfique qui a terrifié la région pendant des années. Et un témoin relate qu’en 1729, les gens du voisinage ont asséché l’étang de Luhac pour en exhumer un menhir. Ils se sont alors souvenu que de mystérieux individus étaient, peu de temps auparavant, venu sur ses rivages afin d’y vénérer des forces surnaturelles. Ils se sont alors également rappelé que le lieu a longtemps été considéré pour abriter des esprits malfaisants.
Ensuite, Etienne Guitard parle du village de la meilleraye. Une tradition du hameau veut que son dolmen, dit « du Perron », sonne parfois comme un carillon. Il parle aussi du château de Moulineaux : celui-ci appartenait autrefois à Robert le Diable, et on peut encore y entendre l’écho d’un puits gallo-romain profond de plus de 100 mètres résonner sans raison apparente. A Sainte-Sabine, au lieudit « Porombel », par contre, on garde en mémoire l’emplacement d’une pierre ronde consacrée au dieu gaulois Belen, qui, raconte t’on, était un jour tombée du Soleil. Et à Batz sur Mer, on croit que les menhirs sont doués de vie et qu’ils s’enfoncent progressivement dans le sol.
Un peu plus loin à l’intérieur des terres, au croisement de l’un des chemins menant au village de Périgné, se trouve la grosse pierre appelée « l’Aoge des Chats ». Les paysans prétendent qu’il n’y a pas si longtemps, des sorciers s’y donnaient rendez vous pour aller à leurs Sabbats nocturnes. Et la même histoire se répète à Tincourt Bourcly : là, la coutume veut que pendant la nuit de la saint-Jean, les démons se réunissaient autour de la « Fosse à Goudron » avant de se rendre à leur charivari. Etienne Guitard suppose donc qu’il s’agissait là d’une ultime survivance des offices druidiques qui se déroulaient au « Bois des Prêtres ».
Quelques pages au-delà, et Etienne Guitard décrit une histoire assez différente se référant au comté d’Ardun : près de la métairie de la touche existe une mare appelée « le Marchais Lond ». Elle est réputée sans fond et ayant autrefois été surmontée par un temple antique. Les fidèles de la région s’y réunissaient au Solstice d’Eté, allumaient des feux, puis effectuaient des sacrifices d’animaux. On dit qu’un jour, le sanctuaire est tombé dans l’Abîme. Mais, aujourd’hui encore, les ruines de celui-ci recèleraient toujours le veau d’or qui y était vénéré. On dit aussi qu’on pourrait accéder à ses vestiges par la toute proche « Tour de Mariac » car plusieurs de ses souterrains rejoindraient les restes de l’édifice. La seule difficulté, c’est que les six chambres constituant les catacombes de la tour de Mariac se seraient éboulées il y a peu de temps. Et elles seraient actuellement ensevelies sous la mer, à proximité de la « Grotte de l’Autel » et de la « Cheminée du Diable »
Pourtant, l’une des anecdotes les plus incroyables auxquelles Etienne Guitard fait allusion, se réfère aux « Temps d’Avant ». D’après celle-ci, à la suite de l’engloutissement de l’Atlantide, un groupe d’hommes de serait réfugié sur la plaine de Cau. Là, ils se seraient installés quelque part sur son étendue de galets et de graviers. Puis, ils auraient invoqué de puissantes forces élémentaires ; lesquelles se seraient retournées contre eux. C’est pour cette raison que ces hommes auraient dégénéré, se seraient réfugié sous terre, et y auraient bâti une ville extraordinaire.
Après ces Légendes bretonnes, Etienne Guitard entame son chapitre concernant l’Aquitaine. Et, revenant un moment sur ces récits fantastiques de cités disparues, il explique immédiatement que la ville de la rochelle, elle aussi, aurait été érigée sur le site d’une métropole ayant porté le nom de Chatelaillon. Plusieurs textes des débuts de l’Ere Chrétienne parlent d’ailleurs de son port et des nombreux petits villages qui l’entouraient. Un autre récit, plus tardif, décrit l’un d’eux : Trizac. « En effet, dit t’il, dans le bois de Marlhieu, on voit encore les restes d’habitations de pierres sèches et de formes quadrangulaires ; ceux-ci sont toujours largement ceinturés de fortifications. ». Le texte appelle ces demeures « cases de Cotteughe » ; tandis qu’un second déclare que les fondations de son temple s’y trouveraient toujours, et qu’on pourrait y accéder par un escalier en colimaçon.
Puis, Etienne Guitard s’éloigne un peu de la rochelle. Il s’arrête au hameau de Pitié. Il déclare alors que son origine préhistorique est nettement établie, et que celui-ci comporte de nombreux lieudits énigmatiques.
Ainsi, près de la « Forteresse des Mottes » apparaissent deux buttes. L’une passe pour être le tombeau d’un chef gaulois, l’autre est un tumulus qui n’a jamais été ouvert. Le puits du village, lui, cacherait une Bête monstrueuse ; elle s’emparerait parfois de la personne qui se penche trop imprudemment sur sa margelle. Quant à la « Grotte de Colleville », toute proche – fermée par un mur de pierre et des barreaux de fer -, elle aurait été la prison de Satan à une certaine époque.
Un peu plus au Sud, Etienne Guitard retranscrit dans son livre le message taillé sur les parois de la butte d’Eures : « Entré pé Méou et Marron la vaco d’Oli les encaro » ; ce qui veut dire : « Entre la montagne du pied du Mulet et la montagne de la marre, la vache d’Huile y est encore ». Ce texte serait la clef de considérables richesses dissimulées sous l’un des nombreux sommets peu élevés de la région. Puis, il relate ceci : les ruines de l’abbaye de Jumièges cacheraient, elles aussi, un trésor. Il y aurait été enterré pendant la révolution. Tandis que Malicorne recèlerait une magnifique émeraude de la taille d’un cœur humain. Enfin, il fait ressurgir du passé un conte de Gerzat, que les mères narrent souvent à leurs enfants pour leur faire peur ; il s’agit de celui d’un Croquemitaine ressemblant à une Bête Noire et fantastique appelée « le Barbo ».
Bordeaux et ses alentours possèdent également beaucoup de secrets. Etienne Guitard rappelle dans un paragraphe exclusivement consacré à ce territoire, qu’autrefois, l’île de Croix se nommait « l’île de la sorcière ». Il évoque donc l’époque où celles-ci y menaient Sabbat. Par ailleurs, il dit que les rochers de Cenitz, non loin de là, contiennent du cristal possédant des vertus magiques quand on les détache du bloc par une nuit sans Lune. Il parle de Mayet la montagne, ce bourg dans lequel des paysans vénèreraient toujours des pierres à cupules qui passent pour avoir servi d’autels du temps des Druides. Il décrit la rue Saint-Paul, à Poitiers, et sa maison hantée. Il explique à son sujet qu’il y a longtemps, un percepteur y aurait été assassiné, qu’elle serait ensuite restée des années inoccupées, et qu’aujourd’hui, elle serait le théâtre de fréquents fracas, hurlements et explosions mystérieuses. Et enfin, il s’exprime sur le cas de l’abbaye de Rosière : ses ruines sembleraient crier leur souffrance à la face de la destinée.
Bientôt, Etienne Guitard s’attache à raconter un certain nombre d’histoires intéressant l’Aquitaine profonde. Il relate la légende de Saint-Raphaël ; elle apprend que l’ancienne Tour des Templiers est, une fois l’an – en Décembre -, environnée d’une luminosité inexplicable ; laquelle est alors visible depuis Fréjus. Il développe aussi celle d’Itza la magicienne, qui réunissait jadis des sorcières dans une cavité de la montagne de Saverne, pour ensuite les entraîner vers Bysthery et son Sabbat. D’un autre coté, il montre que les gorges d’Ayrielles sont réputées pour être la demeure du Diable : au Moyen-Age, on affirmait en effet qu’elles étaient habitées par des princes des Enfers et des Mages. On affirmait également que le manoir de la grande Rhée, à Vouvante, possédait un souterrain secret qu’un baron aurait fait murer afin d’effacer les traces de tous ses crimes. On affirmait enfin que le Puy était un Sanctuaire parce que personne n’osait y habiter, de peur de profaner ce site sacré.
Etienne Guitard raconte encore qu’une Tradition de la province justifie le nom de « Val d’Or » donné à l’un de ses hameaux. Celui-ci aurait en effet longtemps été – comme la vallée l’entourant – le domaine des chercheurs d’or. Il décrit ensuite l’entrée de son église, dite de Saint-Maurice. Il dit que le visiteur sera probablement intrigué par le crocodile empaillé accroché au sommet de son confessionnal. Lequel est là pour rappeler la présence du Dragon de la dive dans les environs.
Après toutes ces descriptions du Sud de la france, Etienne Guitard se penche sur les Légendes du Nord du pays. Et pour cela, il commence par l’Alsace.
Dès lors, il se passionne pour les épaisses forêts des Ardennes. Il explique d’abord que celles-ci ont jadis couvert une partie de l’Allemagne, de la belgique, du Grand Duché du Luxembourg, et qu’elles ont étendu leurs tentacules jusqu’aux confins de la champagne. Pendant longtemps, elles ont jalousement gardé le secret de leur histoire. C’est pour cette raison qu’Etienne Guitard s’arrête plus particulièrement sur ses sites les plus étranges, ceux dont les récits populaires révèlent qu’ils ont souvent été peuplés par des êtres surnaturels. Ce n’est pas par hasard, évoque t’il, si les Celtes ont choisi d’élire domicile sur ce territoire, il y a plus de trois milles ans, avant de s’enfoncer plus profondément vers l’intérieur de l’Occident. Aujourd’hui encore, ce dernier est encore profondément marqué par leur passage.
De fait, au Nord de Strasbourg, dans la forêt d’Haguenau, subsistent toujours près de 500 tertres funéraires Celtes. A quelques dizaines de mètres du lieudit, le mur païen du mont Saint-Odile et les gigantesques rochers de Taennchel sont visibles. A Nasbinals, le lac Saint-Abdéol – au fond duquel est supposé reposer une ville engloutie -, est depuis longtemps considéré comme sacré par les habitants du bourg. D’ailleurs, d’innombrables vestiges préhistoriques sont éparpillés sur ses rivages. A Nevache, « l‘Etang de Cristal » est vénéré ; autrefois, dans ses parages apparaissait un temple dédié au Soleil. On y adorait l’astre de jour sous le nom de « Guion ». Et parfois, les cérémonies se déroulaient, à la fois au Sanctuaire, et à la fois sur les bords de l’étang.
Dans le même genre, un ancien récit parle du sommet Saint-Brice. Jadis occupé par une abbaye, il aurait auparavant abrité un temple idolâtre de forme elliptique. D’après le texte, une gravure du XVIIème siècle, disparue aujourd’hui, attestait de l’existence d’une chapelle ronde portée par six colonnes de pierre, et entourée de cromlechs.
Des contes à peu près semblables à ceux du Midi se répandent aussi dans tout l’Est : au plus profond du bois d’Hulgoff, un escalier descend à l’intérieur d’un gouffre – « la grotte du Diable ». C’est à cet endroit que la rivière Hel se précipite et disparaît. Puis, lorsqu’elle touche le sol, son eau devient tout à coup teintée de sang sans que personne ne sache pourquoi. La « Table du Diable », elle, est connue parce que Satan est supposé quelquefois la visiter : il vient s’asseoir au sommet du dolmen pour présider au Sabbat des sorcières de la région. Un jour, il y a même laissé les empreintes de ses ongles crochus.
Les hauts fonds du lac de Ballon, de leur coté, dissimuleraient, selon les uns, le carrosse d’or d’Attila, selon les autres le chariot de pierres précieuses du dieu Wotan. Ce qui est certain, c’est qu’à quelques centaines de mètres de là, des ossements humains auraient été mis à jour il y a plusieurs années.
Strasbourg également est l’objet d’une étrange Légende. On y dit qu’au Moyen-Age, le château de Kindelsbrunen aurait communiqué avec un lac souterrain de soufre et de bitume, par l’intermédiaire d’un gouffre. Ce dernier se serait trouvé dans la cave d’une maison située en face de la cathédrale de la cité. Mais, ceux qui ont essayé d’explorer les lieux, n’auraient jamais reparu.
Plus au Sud de Strasbourg, à Quarré les Tombes, les gens font allusion aux 2000 sarcophages sculptés de figures démoniaques et enterrés autour de l’église du village au XIIème siècle ; à l’heure actuelle, il n’en subsisterait plus qu’une centaine. Quant à ceux de Sturzelbronn, ils relatent l’histoire des moines de l’abbaye voisine ; lesquels auraient enfoui un trésor sous le Gleckenfelsen – des galeries souterraines attenantes au hameau.
Plus au Sud encore, Etienne Guitard décrit les fantastiques rochers d’Orgon, qui tirent leur nom d’Orcus, la divinité infernale ; et qui portent malheur à celui qui les touche. Cette divinité se rattache aussi au village d’Orpierre, qui est traversé, dit la légende, par des filons d’or que personne n’a jamais réussi à découvrir. Puis, il traite le cas d’Ouchamps, le lieu au cœur duquel serait enseveli au fabuleux trésor ; il serait protégé à l’intérieur d’anciens souterrains partant du château de Savonnière et allant vers les « Montils ». Il dit qu’à Pont Ruan, la tradition veut qu’en suivant l’aval de l’Indre, on parvient aux abords d’un coteau abrupt. Au sommet de ce coteau se distingue un ensemble d’abris sous roches ; lesquels s’ouvrent sur des tunnels accolés au château de la chevrière. Un magot y serait enfermé depuis longtemps car les galeries se seraient effondrées sur elles mêmes il y a plusieurs siècles.
A Pontigné, par contre, c’est quelque part autour de l’église du village qu’une mirifique fortune serait enfouie. A Pontivy, c’est un menhir de quatre mètres de haut encastré dans le mur du cimetière qui désignerait l’emplacement d’une cassette contenant beaucoup de pièces d’or. Tandis qu’un coffre rempli d’écus aurait été abandonné dans une caverne reliant le château de Vaudry à celui de Tracy au cours de la guerre de Cent Ans. Enfin, il y a le trésor de Villequier. Il serait, semble t’il, inhumé dans un bois proche du village. C’est la pierre mégalithique baptisée « le Pain Béni » - à deux cents mètres du château de la martinière – qui indiquerait son emplacement. Mais il serait toujours protégé par d’effroyables monstres.
18 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1245 - 1246
Au même moment, le Compagnonnage connaît une nouvelle jeunesse. La société des Compagnons est une structure toujours très hiérarchisée qui encadre les ouvriers selon leur métier. Elle est divisée en deux grands Rites : « les Compagnons du Devoir » et les « Compagnons du Devoir de Liberté ».
En fait, les sociétés de Compagnonnage de cette époque agissent comme des groupes d’entraide, se chargeant de répartir le travail entre leurs membres. Elles assurent la formation des jeunes ouvriers qui, pendant deux à sept années de « tour de France », apprennent leur métier chez plusieurs patrons. Dans chaque grande ville, la société de Compagnonnage, qui dispose d’une maison, loge le Compagnon, le nourrit et se charge de lui procurer une embauche.
Mais les ouvriers d’usine font une rude concurrence aux Compagnons. La renaissance de ces derniers ne doit pas faire oublier que le système économique en train de se mettre va bientôt leur être fatal : on va avoir de moins en moins besoin de main d’œuvre très qualifiée.
A cette date, ce sont les Salons qui reviennent à la mode. Chaque ville possède le sien, mais c’est Paris qui donne le ton. Comme en province, la société s’y divise en deux clans : le faubourg Saint-Germain, où domine la noblesse de cour ; le faubourg Saint-honoré, plus proche des milieux de la haute finance et de la politique.
Les salons se distinguent alors par les personnes qui y sont reçues. Le plus littéraire est celui de Madame Ancelot, qui accueille la jeune société romantique. On y vient en frac à partir de sept heures du soir, on parle, on écoute de la musique ou la lecture du dernier écrit du jour. La milabran, l’une des plus célèbres cantatrices y chante ; Delphine Gay, « la muse », y déclame des poèmes.
Les salons politiques, eux, sont plus exclusivement consacrés à la conversation. Celui de la duchesse de Duras, dont le mari occupe une charge importante à la cour, est très royaliste, alors que celui de Madame de Staël est plus libéral. Mais les salons sont aussi des lieux où l’on s’amuse, voués, après minuit, à la jeunesse et à la danse, selon la mode anglaise du « raout ».
En 1822, le comte de Saint-Germain rencontre une cinquième et dernière fois madame d’Adhémar à Paris ; la veille de l’assassinat du duc de Berry. Et lors de leur conversation, il lui révèle qu’il se trouvait également en France en 1815 et en 1820. « Car, lui explique t’il, entre ces deux dates, j’étais en prison dans le Midi ; l’archéologue Anglais Groslay m’y a croisé plusieurs fois. ».
Quelques semaines plus tard, le comte de Saint-Germain visite madame Lenormand, une célèbre cartomancienne de la capitale. Elle constate : « Comme un Initié, il jouit du privilège immuable de revoir ses amis, mais sous la forme et les traits d’un adolescent. ».
En 1822 encore, deux ouvrages contribuent fortement à forger la légende Napoléonienne : le « Mémorial de Sainte-Hélène », rédigé par le comte de Las Cases, secrétaire de l’Empereur, et « la voix de Sainte-Hélène », publié par O’meara, un chirurgien Irlandais qui a également fait parti de l’entourage de l’exilé. De plus, grâce à ses vers populaires sur ce Mythe naissant, Béranger est salué du nom de « poète national », tandis que Chateaubriand ou Lamartine font de Napoléon le Prométhée des temps modernes.
17 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1243 - 1245
Après le Congrès de Vienne, la france est désormais gouvernée par Louis XVIII. Mais le rétablissement des Bourbons sur le trône, après vingt cinq ans d’exil, n’est pas un retour à l’Ancien Régime. Il marque, au contraire, la naissance de la france moderne. Louis XVIII octroie une Charte Constitutionnelle, qui instaure un régime monarchique, tempéré par deux assemblées : une Chambre des Députés, élue par les hommes de plus de trente ans payant au moins 300 francs d’impôt foncier – 100 000 électeurs sur une population de 29 millions - ; un Chambre des Pairs nommés par le roi.
En 1816, Goethe, lui, s’inspire du Mythe de Thulé pour écrire un récit assez particulier : « la ballade du Roi de Thulé ». Quelques mois plus tard, Gérard de Nerval, un de ses amis, traduit le texte en vers français, et lui fait prendre un sens ésotérique échappant au profane :
« Il était un roi de Thulé. A qui son amante fidèle. Légua en souvenir d’elle. Une coupe d’or ciselé. C’était un trésor plein de charmes. De son amour se conservait. A chaque fois qu’il y buvait. Ses yeux se remplissaient de larmes.
Voyant ses derniers jours venir. Il divisa son héritage. Mais il excepta du partage. La coupe, son cher souvenir. Il fit à la table royale. Asseoir les barons dans sa tour. Debout et rangée à l’entour. Brillait sa noblesse loyale. Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence. Il boit, frissonne et sa main lance. La coupe d’or au flot amer. Il la voit tourner dans l’eau noire. La vague en s’ouvrant fait un pli. Le roi penche son front pali. Jamais plus on ne le verra boire. ».
Puis, peu après avoir adapté ce texte, dans un court récit rédigé sur une feuille imprégnée de sucs de plantes, et titré « Aurélia », Gérard de Nerval fait part d’une étrange vision qui l’a envahit à ce moment là ; elle concerne l’histoire Symbolique de la création de l’Univers par les sept Elohims des Origines. Ainsi, il marque : « Encore faut t’il que ces Esprits ne soient pas mauvais ; car l’Obscurité qui caractérise le Monde d’en Bas est propice aux confusions. ».
Plus loin : « Celui qui en savait trop, on l’a retrouvé pendu à un réverbère, rue de la vieille Lanterne, à Paris. Il n’a pas fait attention à l’Alphabet Magique, aux Hiéroglyphes Mystérieux, qui nous sont arrivés incomplets et complètement faussés. Car, soit le Temps, soit ceux qui ont intérêt à notre ignorance, les ont tués. Retrouvons donc la lettre perdue ou le Signe effacé ; recomposons la gamme dissonante. Alors, nous prendrons force dans le Monde des Esprits. ».
Dans un autre de ses textes Symboliques : « Mon front est rouge du baiser de la reine. J’ai rêvé de la grotte où nage la sirène » ; plus loin : « Je n’ai jamais vu la reine du Midi telle qu’elle a été décrite dans l’Apocalypse de l’Apôtre Saint-Jean. » ; et plus loin : « Et j’ai, deux fois vainqueur, traversé l’Achéron. Modulant tour à tour la lyre d’Orphée, j’ai entendu les soupirs lancés à la sainte, ainsi que les cris de la fée. ». Avant de marquer à propos de la reine de Saba : « J’entends la comtesse de Balkis dans un cabaret de Strasbourg. Scintillante d’escarboucles, issue de l’île de Palaesimonde, d’émeraudes et de brocarts, elle disparaît à cloche pieds dans le désert. ».
De son coté, en 1818, le jeune Victor Hugo – il a dix huit ans – fonde deux feuilles littéraires d’inspiration royaliste, « le Conservateur littéraire » et « la muse française », codirigée par Alfred de Vigny, officier dans la garde Royale. L’allégeance de Victor Hugo à la monarchie est alors totale. Pensionné du ministère de l’Intérieur, il écrit des vers à l’occasion de grands événements du régime : la mort du duc de Berry, et la naissance du duc de Bordeaux.
Jean-Jacques Rousseau a également légué beaucoup de motifs littéraires aux romantiques. Il leur a, entre autres, donné le goût du paysage naturel qui est le décor obligé du nouveau lyrisme. La nature devient le lieu et l’inspirateur de l’expérience existentielle de l’homme, qui, désormais, éprouve le sentiment de l’infini à la montagne et celui de la mort et de l’agonie pendant l’automne. Reçue elle aussi de Rousseau, la passion autobiographique hante les romantique qui, à la forme des classiques « Mémoires », préfèrent celle de la « Confession », où le cheminement capricieux des sentiments et de l’âme se substitue volontiers à la trop morne succession chronologique. Enfin, abandonnant l’austère et pâle raison, la génération romantique ne jure plus que par les états extrêmes de la conscience humaine. L’amour doit être fou, la jalousie maladive, les passions névrotiques, et même la religion doit se vivre sur un mode de fulgurance.
Après le retour des Bourbons au pouvoir, Louis XVIII consacre les grands acquis de la révolution – égalité et liberté – dans une Charte. Les lois libérales sur la presse de Mars 1819 favorisent ainsi la formation d’une opinion publique, ainsi que l’apprentissage politique des élites issues de la révolution et bridées sous l’Empire. Cette France nouvelle, celle de la bourgeoisie du talent et du mérite, du commerce et de la manufacture, est reconnue par la charte. Et la question des biens nationaux est bientôt réglée par une loi d’indemnisation, dite « du milliard des émigrés ».
De fait, la charte concentre dans les mains du roi tous les pouvoirs de l’Etat : exécutif, législatif et judiciaire. Mais la période de la restauration est celle d’une montée en puissance des Chambres par le biais de la discussion parlementaire, qui consacre des pratiques comme le droit de pétition, d’amendement, de la responsabilité des ministres devant les Chambres.
Cette évolution politique ne se fait pourtant pas de façon continue. Selon les ministères et le jeu des forces en présence – ultraroyalistes, constitutionnels, indépendants ou libéraux -, la restauration connaît des ères « progressistes », et « conservatrices ». Par ailleurs, deux problèmes restent en suspens : la mise entre parenthèses du peuple, qui ne prend aucune part à la vie politique de la nation ; et la persistance d’une administration très centralisée, héritée de l’Empire.
En même temps, la charbonnerie, une société secrète libérale, devient très active dans tout le pays. Divisée en « ventes » - groupes locaux – civiles et militaires, elle inspire plusieurs complots. Celui de la rochelle est l’occasion d’un procès retentissant : quatre sergents du 45ème de ligne, tous membres de la « vente du régiment », sont exécutés en place de Grève, le 21 Septembre 1822. Leur héroïsme, leur patriotisme, leur abnégation soulèvent une grande émotion.
D’un autre coté, à l’extérieur, la france opère un redressement spectaculaire. Après Waterloo, Louis XVIII et son ministre, le duc de Richelieu, doivent signer un traité très défavorable pour le pays : lourde indemnité de guerre, retour aux frontières de 1789, occupation militaire. De plus l’Angleterre, la russie, l’Autriche et la prusse forment une alliance contre la france, jugée dangereuse. En Novembre 1818, Richelieu obtient la libération du territoire et l’entrée de la france dans l’alliance européenne.
En 1820, Jean Cadaux – un Occultiste illustre habitant le village de Gentioux – décide de faire fabriquer sa propre pierre tombale. Sur un de ses cotés, il fait sculpter une femme voilée siégeant parmi des animaux monstrueux. Sur l’autre, il modèle une seconde femme, allaitant un enfant tandis que des masques grimaçants l’entourent.
En 1820 encore, les efforts de Louis XVIII créent à terme les conditions d’un décollage économique : expositions industrielles ; développement de l’enseignement technique ; amélioration des voies fluviales. Les premières concentrations industrielles apparaissent : le Nord, l’Alsace et la normandie pour la filature du coton ; l’Alsace et la bourgogne pour la métallurgie.
16 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1241 - 1243
Mais l’édifice Napoléonien est fragile. Parmi les peuples annexés, les nationalismes, signes annonciateurs d’une crise grave, commencent à s’éveiller. Les Français, si prompts à admirer le génie militaire de leur Empereur pendant les premières années de son règne, se lassent des guerres perpétuelles et des enrôlements répétés des conscrits. Ceux que la stabilité napoléonienne a rassurés commencent à rechigner. Les industriels et les commerçants voient aussi d’un mauvais œil le Blocus Continental paralyser l’économie, et les catholiques ne pardonnent pas à Napoléon son attitude à l’égard du pape. L’Empereur refuse cependant de modifier sa ligne de conduite : « Moi seul sais ce que je dois faire ».
En réalité, faute de fondations saine, l’Empire menace de s’effondrer. La campagne de Russie précipite les choses. Depuis 1807, l’alliance franco-russe s’est lentement relâchée. Les motifs de heurts entre le tsar Alexandre Ier et Napoléon ne cessent d’augmenter. Le Blocus Continental est particulièrement dur à supporter pour les Russes et, trahissant ses promesses, le tsar reprend des relations commerciales avec l’Angleterre, ce qui constitue déjà en soi une rupture de l’alliance avec la france. En Avril 1812, la russie exige que les Français évacuent la prusse et la poméranie suédoise. Cet ultimatum déclenche aussitôt la réplique de Napoléon, qui attaque la russie.
La grande Armée est forte de 600 000 hommes, dont seulement 200 000 Français : les autres soldats proviennent des différents Etats annexés par la france, ce qui vaut à ces troupes cosmopolites le surnom « d’armée des vingt nations ». Bien qu’hétérogènes, ces forces sont importantes. Le tsar ne dispose que de 150 000 hommes. Pour pallier cette infériorité numérique, ses généraux adoptent une tactique imparable : ils appliquent la politique de la terre brûlée, se retirent devant les troupes françaises et refusent tout véritable combat.
Pendant sa marche vers la russie, la grande Armée perd 150 000 hommes, malades et déserteurs. Le 7 Septembre 1812, près de la moskowa, elle livre sa première bataille, qui est une hécatombe : 50 000 morts chez les Russes, 10 000 chez leurs adversaires. Pourtant, cette journée meurtrière ouvre la voie vers Moscou. Alors, à l’annonce de l’approche de la grande Armée, le gouverneur de Moscou, Rostopchine, fait évacuer la ville. Des matières combustibles sont entassées dans différents quartiers et des détenus, mis en liberté, sont chargés d’y mettre le feu à l’arrivée des Français. Rostopchine lui même quitte Moscou le 14 Septembre, en emportant avec lui les pompes à incendie.
C’est dans une ville déserte que défilent les troupes napoléoniennes. Dans la nuit du 15 au 16 Septembre, des foyers s’allument simultanément et, attisé par un vent violent, l’incendie fait rage pendant quatre jours. Seul le Kremlin et environ 2000 demeures échappent aux flammes. L’Empereur attend alors que le tsar lui fasse une proposition de négociation. Rien ne vient. Napoléon est vainqueur, mais faute de vivres en quantités suffisante, il donne l’ordre de la retraite le 19 Octobre 1812.
La retraite des Français à travers les plaines glacées de la russie est une épreuve terrible. Décimée par le froid et le manque de nourriture, une armée de spectres en guenilles, harcelée par des unités de cosaques, avance dans les bourrasques et les neige. Grâce à l’héroïsme du général Eblé et de ses pontonniers, elle peut traverser en Novembre la bérézina. Lorsqu’elle arrive enfin au Niémen, près de 400 000 hommes ont disparu. Il n’y a plus de Grande Armée : le « général Hiver » a provoqué un des plus graves désastres militaires de l’Histoire.
Dès lors, la catastrophe de la campagne de Russie fait lever un vent de révolte dans tous les pays sous domination française. L’Italie, les Pays-Bas, la belgique et la suisse sont en effervescence. En Espagne, la guerre tourne à la débâcle. La prusse, alliée officielle de la france, déclare alors la guerre à l’Empereur. La russie n’est plus seule.
Cependant, l’Aigle n’a pas encore entièrement capitulé et il reconstitue son armée. En l’absence de l’Empereur, mais à sa demande, l’Impératrice Marie-Louise ordonne l’enrôlement de très jeunes conscrits. Agés de dix huit ans à peine, ils ne devraient combattre qu’en 1814 ou en 1815. Ces jeunes appelés, surnommés les « Marie-Louise » en l’honneur de l’Impératrice, viennent grossir l’armée de Napoléon. En Mars 1813, les Prussiens et les Russes sont battus à Lützen et à Bautzen. L’Autriche propose alors sa médiation, mais le congrès qui se tient à Prague n’aboutit à aucun accord.
En Août 1813, trois armées alliées se mettent en marche vers la saxe. Schwarzenberg est à la tète des Autrichiens, Blücher dirige des troupes russo-prussiennes et Bernadotte, prince héritier de Suède, commande l’armée du Nord, formée de Russes et des Suédois. Le grand affrontement se déroule à Leipzig du 16 au 19 Octobre. Au bout de trois jours, la « bataille des Nations » consacre la victoire des coalisés. Napoléon se retire sur le Rhin. Malgré sa défaite, il espère encore pouvoir préserver la france de l’invasion.
Mais les trois armées des Alliés déferlent déjà sur la france. Au Sud, les troupes anglaises de Wellington franchissent les Pyrénées. Malgré son infériorité numérique, Napoléon renoue avec la stratégie de la rapidité qui a fait sa force au début de sa carrière et « chausse les bottes du général de l’armée d’Italie ». Du 10 au 14 Février, les Prussiens sont vaincus à Champaubert, Montmirail, Château-Thierry et Vauchamps et, du 16 au 18, ce sont les Autrichiens qui sont mis en déroute à Momant, Nangis et Montereau. Les Alliés renforcent leurs liens par le pacte de Chaumont et reprennent l’offensive en Mars. Tandis que Napoléon se porte vers la lorraine pour bloquer le ravitaillement des Alliés, ceux-ci se dirigent vers Paris. La capitale n’est pas en état de se défendre. Le 31 Mars 1814, le tsar, le roi de Prusse et Schwarzenberg, à la tète de leurs troupes, défilent solennellement dans les rues de la ville qui a conquis l’Europe.
Sentant le vent tourner, Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères de Napoléon, négocie alors la déchéance de l’Empereur et le rétablissement des Bourbons sur le trône. Napoléon est contraint de signer un acte d’abdication. Puis, il est abandonné par tous les siens tandis que l’Impératrice et son fils sont entre les mains des Alliés. Seule la vieille Garde lui reste fidèle.
Aussi, lorsqu’au matin du 30 Avril, l’Empereur s’apprête à prendre le chemin de l’exil, c’est à elle qu’il réserve ses adieux. Dans la cour du Cheval Blanc, à Fontainebleau, appuyé par le roulement des tambours, Napoléon adresse à ses soldats éplorés ses derniers remerciements. Il embrasse leur chef, le général Petit, puis, prenant le drapeau dans ses mains, il y dépose un baiser. Sans regarder personne, l’ex souverain marche alors rapidement vers le carrosse qui le conduit vers son destin ; il est en fait exilé sur l’île d’Elbe. Le maître de l’Occident devient le roitelet d’un îlot proche de la corse. Par le premier traité de Paris du 30 Mai 1814, la france est ramenée à ses frontières de 1792.
Au même moment, à Angers, disparaît mystérieusement l’une des plus célèbres tapisseries du Moyen-Age. En effet, il s’agissait d’un véritable chef d’œuvre de l’iconographie de cette époque puisqu’elle illustrait l’Apocalypse en 70 tableaux.
En Juin 1814, Louis XVIII, le frère cadet de Louis XVI, monte sur le trône de France. Cette première Restauration ne suscite d’abord aucune résistance, mais le nouveau pouvoir commet de nombreuses maladresses. Les émigrés revenus avec les Bourbons exigent la restitution de leurs biens, le clergé se venge des affronts subis pendant la révolution et les officiers napoléoniens, mis d’office à la retraite avec une demi-solde, commencent à réclamer le retour de leur Empereur.
A l’île d’Elbe, Napoléon est informé du retournement de l’opinion publique en sa faveur. La situation lui semble alors favorable pour revenir en France. Le 1er Mars 1815, il débarque au golfe Juan avec 700 hommes. Par la route des Alpes, en vingt jours, il remonte jusqu'à Paris sans rencontrer d’obstacles. Les villes et les généraux se rallient sans hésiter. Comme l’écrit lui même Napoléon, « l’Aigle, avec les couleurs nationales, vole de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. ». Louis XVIII s’enfuit à Gand et Napoléon est accueilli triomphalement aux Tuileries le 20 Mars 1815.
Mais l’Empereur comprend vite qu’il doit libéraliser le régime pour rassurer les Français sur ses intentions. Il fait rédiger un texte constitutionnel qui confie le pouvoir législatif à deux assemblées. La nouvelle alliance entre la france et Napoléon est scellée à Paris par une fête solennelle, le Champ de Mai, célébrée le 1er Juin. Tous les soldats font le serment de donner leur vie pour sauver la patrie. L’Empereur en a besoin car, quinze jours plus tard, la guerre reprend.
En effet, les Alliés refusent toute négociation avec Napoléon. Wellington et Blücher, avec les armées anglaises et prussiennes, sont en Belgique : l’Empereur va à leur rencontre. Il remporte d’abord une victoire sur les Prussiens à Ligny. Enfin, le 18 Juin, le combat s’engage contre les Anglais dans la plaine de Waterloo. La bataille commence d’abord à l’avantage des Français, mais le maréchal Ney commet quelques erreurs tactiques et, surtout, l’armée de secours dirigée par Grouchy arrive trop tard. La déroute des troupes françaises est totale. Autour de l’Empereur, il ne reste plus que la vieille Garde, qui préfère mourir sur place plutôt que de se rendre.
Le 21 Juin, Napoléon est de retour à Paris pour organiser la défense du territoire. Encouragés par Fouché, ministre de la police, ainsi que par la fayette, héros de la révolution, les députés somment Napoléon de renoncer.
L’Empereur abdique en faveur de son fils. Il propose de se retirer en Amérique, mais on le contraint à se rendre au gouvernement anglais. Il est déporté dans l’île de Sainte-Hélène, au large de l’Afrique.
15 décembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1239 - 1241
En 1812, les ingénieurs renforcent le réseau routier, ouvrent de nouveaux canaux et impressionnent l’Europe en créant quatre voies carrossables qui traversent les Alpes.
Des projets grandioses doivent aussi changer la face de Paris. L’arc de Triomphe de l’Etoile, et celui du Carrousel proclament bientôt au Monde que la capitale de la france est devenue le centre de l’Europe. Quant à la colonne Vendôme, ses deux architectes, Gondouin et Lepère, s’inspirent de l’antique colonne Trajane, à Rome. Les 1200 canons pris à l’ennemi lors de la campagne de 1805 fournissent le bronze de revêtement, et les faits d’armes glorieux des troupes napoléoniennes sont rappelés par la frise des bas-reliefs qui s’élève en spirale jusqu’au sommet de l’édifice, à plus de 43 mètres du sol. Une statue de Bonaparte en Empereur couronne le tout.
Enfin, Napoléon signe l’acte officiel de la constitution de la comédie Française. Napoléon, en la dotant d’un règlement, lui rend son existence. Il donne à la troupe nationale ce statut unique en France, qui permet aux comédiens français de se charger eux mêmes du recrutement des acteurs ainsi que du choix des spectacles et leur confie la mission de sauvegarder le patrimoine théâtral du pays.
En province, c’est la même chose : à Rennes, est définitivement détruite la dernière tour de l’ancienne abbaye de Saint-Georges. Hors, dans un premier temps, les architectes désignés pour cette opération auscultent les restes de l’édifice primitif. C’est à ce moment là qu’ils croient discerner des influences égyptiennes dans ses formes. Ils supposent donc qu’avant d’être transformé en monastère, ce bâtiment à dû être un temple dédié à Isis ou à Cirès. Et ce qui les laisse perplexes, car dans ce cas, c’est que ses prêtres étaient établis dans le voisinage de l’antique forêt de Rennes ; là où habitaient depuis longtemps des Druides Celtes. Ils se demandent alors si ceux-ci ne communiquaient pas avec par l’intermédiaire de souterrains situés sous la cité dès cette époque.
Puis, des maçons creusent les sous sols de quelques rues de Limoges ; ils retrouvent alors de nombreux vestiges de forts vitrifiés à deux mètres de profondeur. Et le plus étrange, constate un apprenti, c’est que l’un d’eux ressemble aux ruines d’un temple souterrain.
L’apprenti mesure les décombres ; elles ont une forme rigoureusement sphérique de 14 mètres de diamètre. Elles ont été taillées dans le roc le plus dur. Mais leurs voies d’accès ne sont pas dégagées.
Quelques semaines plus tard, celles-ci le sont. Et à la périphérie de ce qu’ils supposent être un Sanctuaire, les ingénieurs voient apparaître l’emplacement d’un amphithéâtre Romain. Un peu plus loin, ils déblayent l’entrée d’une galerie ; d’après leurs calculs, elle semble s’étendre sur plus de vingt kilomètres. Ils en déduisent donc que cet ensemble a formé une ville cachée à plusieurs étages, aux abris spacieux, et à laquelle on accédait depuis la surface grâce à des escaliers en colimaçon.
Sous l’Empire, la reproduction des chefs d’œuvres gréco-romains, l’importance accordée à la rectitude du dessin et à la composition géométrique deviennent les grandes bases du style de l’époque. Trois artistes symbolisent les caractéristiques de cette doctrine : le peintre David et les architectes Percier et Fontaine. Ce n’est pas un hasard si Napoléon choisit le premier pour brosser la grande fresque de son sacre dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, transformée en temple romain par les deux derniers.
Ce retour à l’antique est également très sensible dans la décoration : la marqueterie disparaît pour laisser place à des meubles rectiligne, en acajou, en citronnier ou en loupe de bois fruitier, richement ornés de bronze ou de sculptures dorées représentant des sphinx, des griffons, des Victoires ailées ou des couronnes de lauriers. Les abeilles, prises comme emblèmes par Napoléon, constituent aussi un élément important de ce décor, parfois solennel jusqu’à la lourdeur.
Le même goût de l’Antique se remarque dans l’habillement des dames, dont les fourreaux à taille très haute et les cheveux coupés à la « Titus » veulent rappeler la tenue des élégantes Romaines.
A cette époque toujours, en littérature, le goût de l’Egypte des Pharaons est nourri par le livre de Vivant Denon, qui participe à l’expédition de Bonaparte dans ce pays. De retour en France, celui-ci décrit en détail les curiosités archéologiques et ethnographiques qu’il a pu observer. Le succès étonnant de ce livre incite même Napoléon à envoyer en Egypte deux commissions de savants chargés de faire le relevé de tous les monuments existants. En neuf volumes de textes et onze de planches dessinées, cette vaste « Description ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte » dresse un état complet de tout ce que les Français ont découvert dans le pays depuis qu’ils y ont posé le pied.
Mais, à cette époque, le romantisme n’est pas un mouvement cohérent, c’est plutôt une sensibilité mal définie, dont les expressions sont très variées. L’œuvre de Jean-Jacques Rousseau remet à l’honneur le goût pour la « sensibilité », la nature sauvage et l’introspection ; son influence sur les premiers romantiques est décisive.
De fait, c’est au cours de cette période que le mot « romantique » entre dans le vocabulaire esthétique français. Madame de Staël, qui est l’égérie des premiers romantiques français, en donne une définition significative : « le nom de romantique a été introduit nouvellement en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été à l’origine, celle qui est née de la chevalerie et du christianisme. ».
A la suite de Madame de Staël, il s’abreuve à la source germanique et, sous l’influence de Chateaubriand, à celle du christianisme et du mythe de l’Europe médiévale. Car Chateaubriand doit sa célébrité à l’éclatant succès du « Génie du Christianisme », et, à sa suite, le premier romantisme reste très attaché à la religion chrétienne. Seul Etienne Senancour fait exception dans son roman autobiographique « Oberman ».
En 1812 enfin, Napoléon convoque un concile religieux à Paris, par lequel il fait modifier le mode de désignation des évêques ; néanmoins, le concile subordonne sa décision à l’accord du pape, qui refuse. Napoléon ordonne alors l’arrestation ou l’exil des prêtres français, espagnols et italiens.
La même année, Pie VII est transféré à Fontainebleau ; épuisé et gravement malade, il accepte quelques concessions, qui sont bientôt publiées, sous le nom de « Concordat de Fontainebleau » et qu’il désavoue rapidement.






































