08 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1169 - 1170
Italie, seconde moitié du XVIIIème siècle :
En 1765, soutenue par ses princes, l’économie italienne n’en est pas plus brillante pour autant. Quelques manufactures sont fondées, mais leur nombre est modeste ; les corporations et les douanes intérieures héritées du passé sont autant de freins à un véritable développement commercial et industriel. Comme la noblesse préfère le luxe des productions venues de l’étranger et qu’elle se désintéresse de ses terres tout en accablant les paysans d’impôts, l’artisanat de l’Italie se développe peu et son agriculture périclite.
En 1771, le comte de Saint-Germain est à Venise, où il se fait appeler « marquis de Montferrat ». Le musicien Rameau et madame de Cergy l’y croisent d’ailleurs au cours d’une soirée déguisée. Et, à ce moment là, il offre à cette dernière un élixir « qui, lui dit t’il, vous permettra pendant très longtemps, et sans la moindre altération, d’apparaître sous les traits d’une femme de 25 ans. ».
Pendant que les Bourbons et les Hasbourg font et défont les Etats Italiens, les puissances locales traditionnelles s’effacent peu à peu. Médicis et Farnèse s’éteignent, la souveraineté du Saint-Siège est constamment bafouée et la république de Venise, sclérosée, renonce à toute politique italienne. C’est le mouvement des Lumières qui affaiblit le pouvoir temporel du pape en même temps qu’il s’attaque à l’autorité spirituelle de l’Eglise catholique. Car, si la situation économique et financière catastrophique des Etats du pape est un indiscutable facteur d’affaiblissement, c’est la suppression de la compagnie de Jésus, en 1773, qui montre que la papauté doit désormais se soumettre aux exigences des monarchies catholiques.
Quant à Venise, qui a si longtemps dominé économiquement la péninsule, en 1773 ? Elle n’est plus l’ombre que d’elle même. Son système de gouvernement archaïque date du Moyen-Age, elle n’intervient plus dans les affaires italiennes, se coupe du mouvement de réformes qui anime l’Italie et l’Europe et ne doit plus son renom qu’à la magnificence de son Carnaval.
En effet, pendant les festivités, la population de la ville double. A la fin de l’hiver, depuis l’Epiphanie jusqu’au début du Carême, le Carnaval bat son plein et tout le monde est déguisé. On porte des loups noirs ou des masques blancs, on s’habille en personnage de la commedia dell’arte, en Turc ou en abbé. Pendant le Carnaval, tout est permis et, si sous le masque, on peut mentir et séduire, il est aussi possible de critiquer. Le peuple descend dans la rue, danse et va au spectacle. On joue à être un prince, on peut même assister au banquet offert par le doge. Le République de Venise offre ainsi à ses enfants la possibilité d’oublier, pour un temps, l’inégalité de leurs conditions sociales.
En 1780, bien qu’elle n’ait plus l’initiative des grands courants artistiques, l’Italie connaît un renouveau culturel indéniable. Tartini améliore la facture du violon, Stradivarius est reconnu comme le meilleur luthier d’Europe et Cristofori introduit une véritable révolution dans l’histoire de la musique en inventant le pianoforte. Grâce à ses marteaux de bois, cet instrument permet de modifier l’intensité des sons, ce que ne peut pas faire le clavecin.
L’Italie a aussi ses virtuoses et ses grands compositeurs : Vivaldi, Albinoni, Scarlatti. Toute l’Europe joue leurs œuvres ou s’en inspire, et Mozart compose ses plus grands opéras en langue italienne.
Enfin, la commedia dell’arte est fondée à ce moment là sur l’improvisation des acteurs à partir de canevas préétablis. Féconde à l’origine, cette technique se sclérose vite et les spectacles deviennent stéréotypés. Carlo Goldoni, en reprenant certains des personnages de la tradition – Arlequin, Pantalon, etc. – veut pourtant renouveler la scène italienne. Ses comédies sont écrites intégralement et s’inspirent de la vie de Venise. Critiqué par ceux qui l’accusent de trahir le théâtre italien, Goldoni s’installe à Paris, où il écrit des pièces en français et devient précepteur des princesses royales.
Pour la peinture, le plus grand maître de l’époque est Tiepolo ; celui-ci se consacre alors à un style essentiellement décoratif et renoue avec la tradition de Véronèse, le grand Vénitien du XVIIème siècle. A l’apogée de l’exubérance baroque, il travaille la lumière pour obtenir des effets de trompe-l’œil. Le succès de Tiepolo est international : il peint à Milan, à Udine, à Würzburg, à Madrid, où il meurt.
Parmi ses compatriotes, des peintres découvrent ainsi le réalisme. Antonio Canale, surnommé le Canaletto, et son neveu Bernado Bellotto peignent de nombreuses vues de Venise. Canale est un homme des Lumières et, bientôt, abandonnant les ressources du clair-obscur, il entreprend d’utiliser une chambre optique pour reproduire le plus exactement possible la réalité.
De plus, toujours en 1780, sous l’influence des autres pays d’Europe, elle participe, elle aussi, au Siècle des Lumières, à sa passion pour la philosophie et à sa conception d’un Monde décentralisé par les découvertes physiques. Raison et Sciences progressent en Italie, mais la péninsule n’est le théâtre d’aucune des grandes découvertes de la période.
La pensée des philosophes étrangers séduit, Voltaire est lu et commenté, et des penseurs italiens, comme Beccaria, prennent position contre la torture et la peine de mort. Le courant physiocrate trouve des adeptes parmi les économistes qui rêvent de réformes monétaires et sociales. Ainsi que partout en Europe, les salons et les colonnes des journaux, de plus en plus nombreux, servent de relais aux idées des Lumières et ces idées mêmes entrent dans le gouvernement des Etats. Certains souverains, soucieux d’efficacité et de justice, se font ainsi, avec l’aide de philosophes, despotes éclairés. Autrichienne, la lombardie bénéficie des idées avancées de Marie-Thérèse. Quant à la sardaigne, c’est à Charles-Emmanuel III qu’elle doit sa modernisation économique et ses universités.
15 septembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1032 - 1035
Italie, seconde moitié du XVIème siècle :
En 1555, alors que la contre-réforme bat son plein, une certaine méfiance se fait jour à l’encontre de la kabbale ; ce qui n’empêche pas certains auteurs de continuer d’éditer d’importants ouvrages concernant l’Esotérisme Chrétien. Par exemple, Laurent de Brindes s’associe avec Joannes Pistorius et s’enthousiasme en découvrant ses secrets. Le cardinal Federigo Borromeo – le fondateur de la bibliothèque Ambrosienne de Milan -, s’il publie le « De cabalisticis inventis » - ou, « les Inventions des Kabbalistes » -, collectionne également nombre de textes obscurs par l’intermédiaire des scriptores de la bibliothèque Vaticane. Plusieurs Convertis travaillent à « la casa dei neofit » - ou, « la maison du Néophyte ». A. Findi édite son « Oedipus gyptiacus », dans lequel il propose des explications en ce qui concerne les Mystères Egyptiens. L’Evêque Joseph Ciantes, qui a traduit Saint-Thomas en Hébreu, tente de prouver les Enigmes de la trinité et de l’Incarnation en s’appuyant sur la kabbale. Et G. Bartolocci enfin, lui, collabore à la fameuse « Bibliotheca magna rabbicana ».
A partir de 1560, Rome n’est plus cette Babylone de perdition qu’ont tant vitupérée Savonarole et Luther ; elle retrouve prestige et majesté. Les papes sont en effet désormais soucieux de faire rayonner le catholicisme ; ils embellissent « le domicile de la chrétienté » et font progresser les réformes.
Ces papes sont aussi les chefs d’un Etat qui, comme les autres Etats de la péninsule italienne, manifeste sa volonté centralisatrice. Aux cotés du souverain pontife, le « cardinal-neveu » fait office de Premier ministre, et les hauts fonctionnaires sont des ecclésiastiques dociles, tout dévoués au Saint-Père.
Œuvre de Sixte Quint, les congrégations romaines gèrent la vie temporelle de l’Etat : le ravitaillement, la police, les routes, la fiscalité. Il faut lutter contre le banditisme pour protéger les pèlerins et mater les révoltes paysannes, provoquées par la disette. Mais ces congrégations ont aussi des pouvoirs spirituels : elles font appliquer les décrets du concile de Trente et veillent à l’orthodoxie. C’est que, depuis la rupture entre les Eglises, chacune d’elles a redéfini sa doctrine. Réorganisée par le concile de Trente, l’Eglise catholique et romaine a mis en place un système autoritaire et hiérarchique, où l’autorité épiscopale exerce un contrôle étroit sur les activités des clercs et des laïques.
Par ailleurs, le catéchisme officiel est publié sous le pontificat de Pie V. Missel, bréviaire et martyrologe sont rénovés. Avec le concours des bénédictins, Sixte Quint fait établir une nouvelle édition en latin de la bible à partir de la septante ; elle remplace celle de Saint-Jérôme. Mais le travail, hâtif, ne satisfait pas les exégètes, et il est repris sous Clément VIII. La bible sixto-clémentine paraît.
En même temps, des conflits de juridiction peuvent naître, du fait de l’intrication entre pouvoir religieux et pouvoir civil, à propos de la propriété ecclésiastique, de la fiscalité ou du statut des prêtres. Ces tensions deviennent parfois de véritables conflits entre Rome et les Etats : ainsi, Paul V excommunie le doge et le sénat de Venise.
Pourtant, l’autoritarisme pontifical et les résistances qu’il rencontre n’empêchent pas l’Eglise de poursuivre avec succès, dans les diocèses d’Italie, la mise en œuvre des réformes du concile de Trente. Elle est servie, en cela, par des prélats d’exception, qui font entrer dans la réalité une Eglise « virtuelle », redéfinie à la fin du concile, en 1564.
C’est ainsi que l’archevêque de Milan, Charles Borromée, mène de 1565 à 1581 une action exemplaire – consignée dans ses « Actes de l’Eglise de Milan » - en ce qui concerne la formation des prêtres, l’organisation des séminaires, l’obligation de résidence, l’instruction des fidèles, la tenue de registres paroissiaux, les visites pastorales, l’œuvre législatrice, la réunion de conciles provinciaux et de synodes diocésains. D’autres figures de saints viennent enrichir la spiritualité catholique : Philippe Néri, qui crée à Rome l’Ordre de l’Oratoire, et propose une formule inédite, entre le cloître et le Monde ; ou Joseph Calasanz, qui se consacre à l’éducation des enfants pauvres de Rome, et organise les premières écoles populaires gratuites, les écoles « pies ».
En Musique, c’est au cours de leurs 24ème et 25ème sessions que les Pères du concile de Trente mettent en cause la musique religieuse. Ils accusent les chants fugués de ressembler à des « grognements inaudibles », voire à des miaulements de chats. Face à ces critiques, l’archevêque de Milan, Charles Borromée, fait appel au maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure, Palestrina. Ce dernier rend bientôt à la musique « à capella » limpidité et intelligibilité. Sa célèbre « Messe du Pape Marcel » à six voix, exclut toute fioriture, en déployant une harmonie et une clarté absolument neuves, tandis que le style noble de ses motets prend des inflexions chaleureuses et sensibles.
Malgré tout, plusieurs formes de contestation s’efforcent de briser le carcan de l’autorité. Contestation politique, comme à Venise, où le théologien officiel, Sarpi, publie un pamphlet contre l’autorité du pape. Controverses théologiques : Baïus soutient que le péché originel a mutilé la nature humaine, tandis que les jésuites Lessius et Molina enseignent qu’il l’a seulement privée de la grâce surnaturelle. Critique philosophique, enfin : l’essor de la science favorise le progrès de la raison et entraîne les hommes à douter du droit de l’Eglise à détenir seule la vérité.
Et au cours de son pontificat, l’objectif de Grégoire XIII est de rétablir la concordance entre année liturgique et année civile. En effet, le calendrier Julien – en vigueur depuis l’Antiquité – fixe l’année à 365 jours un quart, ce qui donne une année bissextile tous les quatre ans. L’année astronomique étant, en fait, de 365 jours, 5 heures et 48 minutes, il en résulte un décalage croissant, qui atteint dix jours à cette époque.
Pour corriger cet écart et pour serrer de plus près la réalité, le pape décide de retrancher de dix jours à l’année en cours, et de supprimer trois années bissextiles séculaires sur quatre : on ne conserve plus comme séculaires que les années 1600, 2000, 2400…
Le calendrier grégorien est mis en place le 4 Octobre 1582. Désormais, en Europe, il faut que tous les pays catholiques fêtent Noël à la même date.
Vers 1590, le nouveau visage de l’Eglise catholique se lit également dans l’art. La pudibonderie qui a voilé les nudités de la chapelle Sixtine fait désormais place à un « dirigisme esthétique » qui s’appuie sur les règles du concile de Trente : la puissance et la beauté doivent être au service du dogme et permettre le déploiement solennel de la liturgie. Consacrée, l’église romaine de Gesù – la première de l’Ordre Jésuite – en est l’illustration : la nef spacieuse et claire, à l’acoustique soignée, la chaire monumentale, l’autel brillant d’or et de marbre, sont conçus pour que les fidèles méditent sur la grandeur du mystère sacré.
Désormais, deux styles se partagent l’architecture des temps nouveaux. Le premier, sobre et harmonieux, obéit aux règles classiques formulées par Palladio, que Fontana exploite bientôt pour Sixte Quint. Le second met l’accent sur le mouvement, l’émotion, l’expressivité qui avivent la ferveur religieuse : il s’agit d’un art baroque, où la profusion de statues et d’images tourbillonnantes exprime la gloire de l’Eglise triomphante, et qui réussit une synthèse remarquable entre vitalité et harmonie, mouvement et équilibre.
En 1591, la peinture, l’esthétique maniériste devient intensité dramatique chez Tintoret ; la gamme claire de Véronèse et la vérité expressive des Carrache tendent à un art contrôlé.
Refusant le monde clos d’Aristote, et adepte des théories de Copernic, Giordano Bruno paie de sa vie sa conviction que l’infini recèle une pluralité des mondes. Jugé en 1592, il est bientôt brûlé vif.
Pour Tommaso Campanella, auteur de l’essai utopiste « la cité du Soleil », les sens sont la seule voie d’accès à la connaissance. Ayant proposé une explication du monde empreinte de magie, et surtout l’instauration d’une religion universelle unique, il passe vingt-sept ans de sa vie en prison.
France, seconde moitié du XVIème siècle :
En 1555, la campagne commence à se modifier insensiblement, car, si la culture des céréales demeure l’activité prédominante, d’autres productions commencent à se développer. Dans le Sud du pays, on se consacre aux cultures mixtes en plantant côte à côte vignes et oliviers. Dans le Nord, on découvre la culture industrielle avec le lin dans les Flandres, la chanvre en Bretagne et le pastel sur les bords des l’Atlantique. Des terres supplémentaires sont ouvertes à l’agriculture grâce aux polders, aux digues et au traditionnel défrichement. De nouvelles espèces végétales, venues d’Amérique ou d’Orient, apparaissent sous nos climats : haricots blancs, maïs, tomates, sarrasin.
Le transport par route, sur des chariots, permettent de couvrir trente à quarante kilomètres par jour. Mais, pour les marchandises, on utilise de préférence les transports par voie fluviale, et l’importance de l’axe constitué par le Rhin, le Rhône, la meuse et l’Escaut contribuent au développement des villes qu’ils traversent : à l’embouchure de l’Escaut, Anvers en offre un exemple impressionnant.
L’industrie est également en plein essor. Le textile bénéficie des progrès des moulins actionnés mécaniquement, et la métallurgie profite du rendement des hauts fourneaux. L’imprimerie, la verrerie et les industries de précision ne sont pas en reste et favorisent aussi l’expansion des villes à coté desquelles elles sont implantées. Enfin, l’usage de la monnaie se généralise, même si les campagnes restent encore fidèles au troc.
L’activité n’est pas uniforme et dépend de la conjoncture politique. La france profite de la paix avec l’Italie du Nord, mais ne peut commercer avec les Pays-Bas, qui souffrent de la répression religieuse des Espagnols.
En même temps, de nouveaux réseaux d’échanges se mettent en place, et le trafic maritime sur l’Atlantique, puis sur le Pacifique, vers l’Extrême-Orient, ne cesse de se développer. La france – de même que le reste de l’Europe – importe par cette voie des perles, du sucre, de l’indigo, du bois de teinture, de la cochenille et des épices. Mais ce sont surtout les métaux précieux d’Amérique, l’argent en particulier, qui, grâce à leur forte valeur sous un faible volume, suscitent l’intérêt des marchands.
Mais, malheureusement, avec l’entrée dans les guerres de Religion, la france voit s’achever cette période de prospérité dès 1559. Elle s’enfonce ensuite dans une ère beaucoup plus sombre, où la croissance tend à s’essouffler. Le pays connaît une flambée des prix aux causes multiples. Les oscillations climatiques de la décennie provoquent de mauvaises récoltes, des négociants font faillite, les paysans se révoltent contre le poids accru de l’impôt.
Toutes ces perturbations rompent les grands équilibres économiques, provoquant une crise qui présente plusieurs aspects. Né du commerce, le « capitalisme » est fortifié par la croissance de l’Etat. Or les dépenses de celui-ci sont essentiellement somptuaires, et les guerres qu’il mène interrompent le cours normal du commerce, accroissent fortement son endettement, et entraînent aussi de nombreuses faillites privées. De plus, le marché de l’argent est encore étroit, et le système bancaire, particulièrement vulnérable. Avant la création des banques publiques, les clients retirent en effet leurs dépôts à la première menace.
A Lyon, où une « Aumône Générale » est fondée pour aider les miséreux, est en proie aux « rebeynes » du peuple, qui se révolte contre la cherté du pain. Paris ne connaît pas les mêmes convulsions sociales que Lyon, mais les violences religieuses ne cessent d’y accroître le nombre des vagabonds et des déracinés sans emploi. Dans toutes les provinces françaises, des bandes armées terrorisent les populations.
Sous le règne d’Henri III, le roi cherche à rétablir l’ordre par des ordonnances et des règlements de police, qui organisent l’ouverture des marchés et l’administration des hôpitaux.
04 septembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 997 - 1000
En 1535, le pape Paul III, élu récemment, est un homme modéré et tolérant par nature. Il propose donc à Erasme le rang de cardinal, et fait entrer au Sacré Collège les humanistes italiens Sadolet et Bembo, partisans d’une stratégie non violente face aux Protestants.
Ainsi, la plupart des chrétiens placent leurs espoirs dans la réunion d’un concile capable d’éclairer les indécis. Mais la papauté craint d’y voir remettre en cause son autorité, et refuse d’admettre les thèses luthériennes ; de plus, elle ne mesure pas encore la rapidité et l’importance de la diffusion des idées protestantes. De son coté, pressé de rétablir la paix religieuse dans l’Empire par des mesures disciplinaires, Charles Quint encourage le projet, alors que François Ier, qui tire profit des difficultés de son rival, n’est pas mécontent de ce retard. Le pape Clément VII – 1523 – 1534 – a promis la convocation du concile, mais n’a pu concrétiser ce projet ; son successeur, Paul III, s’y engage à son tour en 1536 ; cependant, les guerres et les hésitations du pape font différer la décision. Ce retard est fatal, car la position des uns et des autres se durcissent.
En attendant le concile, et sur l’initiative de Charles Quint, une politique de « colloques » se développe en Allemagne à partir de 1540, offrant l’occasion d’un débat doctrinal entre théologiens catholiques et protestants ; cette politique reçoit l’appui des cours princières, et la première « dispute » se déroule à Francfort en 1539. Elle est suivie par le colloque de Worms. Le Saint-Siège y envoie un nonce – agent diplomatique -, tout en désapprouvant ce genre de réunions ; la « Confession d’Augsbourg » sert de base aux discussions, et un accord semble possible sur la doctrine de la justification. Mais le débat est renvoyé au colloque de Ratisbonne, qui se tient en 1541 ; là, le désaccord est total. Si elle n’aboutit pas sur le plan religieux, la diète de Ratisbonne se termine cependant par un marché politique : Charles Quint doit maintenir les protestants dans les positions qu’ils ont acquises, à condition qu’ils fournissent des renforts contre l’offensive turque. L’Empire Ottoman est en effet devenu la première puissance d’Europe et de la méditerranée.
En 1541, l’Ordre des Jésuites naissant témoigne du renouveau et de l’ardeur de l’Eglise ; car, à cette époque, d’autres familles religieuses voient également le jour : les théatins, clercs réguliers réunis autour de Gaétan de Thiène ; les barnabites, religieux de l’Ordre de Saint-Paul, et les capucins, branche de l’Ordre des franciscains. Ils ont en commun un grand dessein, ranimer la foi du peuple chrétien.
C’est encore en 1541 qu’Ignace de Loyola, le fondateur de la compagnie de Jésus, est reconnu à la fois en tant que mystique, en tant que grand penseur et en tant qu’homme d’action. Blessé au siège de Pampelune, il découvre la vie spirituelle au cours d’une retraite forcée près de l’abbaye de Montserrat. Bientôt, un pèlerinage à Jérusalem le convainc de reprendre ses études. Ignace de Loyola séjourne en Espagne, puis à Paris ; c’est là, au collège Sainte-barbe, que cet étudiant-apôtre regroupe autour de lui quelques compagnons, et leur propose ses « exercices spirituels » - retraites solitaires au cours desquelles chacun doit réfléchir à l’orientation de sa vie -. Un jour, à Montmartre, ils prononcent ensemble le vœu solennel de se rendre à Jérusalem pour combattre les infidèles et de se dévouer au bien des âmes. Mais Paul III destine ces hommes à une tâche plus vaste. La bulle « Regimini militantis » approuve leur règle, et les « Compagnons de Jésus » - comme ils se nomment eux mêmes – font profession le 25 Décembre 1541 ; aux vœux traditionnels de chasteté et de pauvreté évangélique, ils ajoutent celui d’obéissance au père Ignace, élu préposé général de l’Ordre. Lié au pape par un vœu spécial d’obédience, le petit groupe ne porte pas de vêtement distinctif, ne vit pas à l’ombre d’un cloître, ne chante pas d’office commun et doit être disponible à toute heure. Par contre, il leur donne pour obligation de se disperser dans le Monde entier. Paul III leur assigne vite plusieurs missions : certains sont envoyés en Allemagne, tandis que quelques uns demeurent à Rome. Leur succès va croissant.
La formation chrétienne est un enjeu pressant, aussi le père Ignace se hâte t’il de fonder à Gandie un collège destiné aux novices ; puis, celui de Messine, en Italie, admet pour la première fois des élèves qui ne se destinent pas à entrer dans l’Ordre. En tout, du vivant du fondateur, une quarantaine d’établissements s’ouvrent en Europe. Les jésuites s’efforcent également d’organiser séminaires et universités pour les prêtres. A la mort d’Ignace de Loyola, en 1556, la compagnie de Jésus compte 1000 membres et une centaine de fondations.
Parmi ses membres les plus illustres, François Xavier, ordonné prêtre, répond à la demande du roi du Portugal, qui cherche des missionnaires pour les Indes. Le jésuite s’embarque pour Goa. « Donnant sa journée au prochain et sa nuit à Dieu », il se dévoue aux exclus de la société coloniale naissante, sans cesser d’évangéliser la population. Son périple le conduit donc de Goa à Cochin, puis à Malacca et en Malaisie. Il aborde la cote du Japon, mais les bonzes s’opposent à la pénétration chrétienne. François Xavier retourne à Goa pour préparer un voyage en Chine : au cours de la traversée, il meurt dans l’île de Sancian, terrassé par la fièvre.
C’est toujours en 1541 que Paul III annonce de nouveau la convocation du fameux concile ; le pape souhaite qu’il se tienne en Italie, tandis que les protestants préfèrent qu’il se déroule en Allemagne. Le choix de Trente, ville italienne située sur les terres de l’Empire, paraît un bon compromis. Mais beaucoup restent sceptiques sur la capacité de l’Eglise à se réformer, et sur les intentions de la curie ; aussi la réunion est t’elle une nouvelle fois ajournée. En 1542, inquiet devant la progression des idées luthériennes en Italie, le pape cède aux pressions et crée la congrégation de la suprême Inquisition, qui va devenir le Saint-Office : six cardinaux, dont l’impitoyable Carafa – futur Paul IV -, sont nommés Inquisiteurs généraux ; aussitôt, une vague de répressions s’abat sur l’Italie. L’année suivante, en 1543, le pape décide la création de l’Index : des listes de livres jugés pernicieux sont dressées dans plusieurs diocèses, et des mesures très sévères frappent les libraires et les imprimeurs.
Pourtant, Paul III ne renonce pas au concile, et ses efforts finissent par aboutir : le 13 Décembre 1545 a lieu, à Trente, la cérémonie d’ouverture ; vingt-huit évêques sont présents, dont une majorité d’Italiens. Les laïques, représentés par des ambassadeurs, n’ont pas le droit d’intervenir dans les délibérations. Ce n’est donc pas un concile général, libre et ouvert, qui s’annonce.
Parmi les théologiens présents au colloque de Worms et de Ratisbonne se trouve le père Fabre, un compagnon d’Ignace de Loyola ; trois autres de ses disciples assistent aux séances du concile de Trente.
Le concile de Trente s’achève, après bien des vicissitudes, qu’en 1563. En effet, dès 1547, les assemblées sont transférées à Bologne, puis ajournées en raison de la peste ; la réouverture a lieu en 1551, mais pour un an seulement. Les pères ne reprennent donc leurs séances qu’en 1562. Cependant, malgré ces retards et en dépit de la prédominance italienne, l’Eglise vit une très grande transformation, même si beaucoup de décisions sont arrêtées en présence d’un nombre réduit de votants. Les positions protestantes est réformistes sont repoussées lors de la quatrième session. La vulgate, traduction latine de la bible par Saint-Jérôme, est déclarée seule version authentique, sans qu’il soit tenu compte des efforts critiques d’Erasme ou de Lefèvre d’Etaples. Les « bonnes œuvres » restent nécessaires pour faire son salut, et les positions protestantes de la seule justification par la foi sont condamnées, la foi étant une condition nécessaire mais non suffisante. De ce fait, les sacrements conservent toute leur importance, car ils confèrent la grâce. L’eucharistie implique bien la présence réelle du Christ, et le concile réaffirme la transsubstantiation – transformation de toute substance du pain et du vin en corps et en sang de Jésus-Christ -.
Par ailleurs, les pères du concile, animés d’un véritable souci pastoral, s’attachent à définir les devoirs des prêtres et la responsabilité des prélats : rédaction d’un catéchisme, affirmation du devoir de résidence pour les évêques et création de séminaires pour former les prêtres sont les meilleurs fruits des dernières sessions, sous le pontificat de Pie IV – 1559 – 1565 -. Le concile, en clarifiant la doctrine, donne ainsi naissance à un nouveau clergé plein d’ardeur, mais son refus de dialoguer avec les protestants va contribuer à renforcer les divisions religieuses en Europe.
France, première moitié du XVIème siècle :
En 1505, Guillaume Budé publie des « Annotationes » - commentaires sur le droit romain – et un traité de mesure des monnaies, tandis que le théologien Lefèvre d’Etaples, vicaire général de Meaux, travaille à promouvoir le grec, donne des « Commentaires sur les Epîtres de Saint Paul », et corrige la vulgate – traduction officielle en latin de la bible. Comme Erasme, Lefèvre d’Etaples n’épargne pas la société. Porté par l’exigence d’une religion moins soumise aux dogmes et aux rites, il affirme que la vraie piété dépend de la diffusion des Ecritures en langue « vulgaire ».
En 1510, c’est avec la publication du « Marteau aux Maléfices » que commencent les premières véritables persécutions de Mages en France. On découvre en effet à ce moment là avec stupéfaction que les crises de possession ne sont pas rares dans les couvents de femmes proches des lieux où ils ont élus domicile. Et on se met à les pourchasser et à les brûler à tout va.
Fils de Charles d’Orléans et de Louise de Savoie, François Ier est âgé de vingt et un ans lorsqu’il succède à son cousin Louis XII. Personnage chevaleresque et prodigue, il poursuit avec courage et énergie l’entreprise de ses prédécesseurs en Italie.
Le début de son règne est marqué, en Septembre 1515, par la brillante victoire, à Marignan, des Français sur les Suisses, alliés de la sainte Ligue, qui a chassé Louis XII d’Italie : les Français sont de nouveau maîtres de Milan, de Parme et de Plaisance. Le jeune roi d’Espagne, Charles Ier – futur Charles Quint -, qui succède à Ferdinand d’Aragon, reconnaît dès 1516 la domination française. Le pape Léon X s’y résigne et conclut avec la france le concordat de Bologne. L’équilibre des forces est néanmoins fragile.
Dès lors, les techniques guerrières se transforment, et l’artillerie française, en particulier, modifie les conditions du combat. François Ier dispose d’une armée de 30 000 fantassins, de 10 000 cavaliers et de 72 canons. Cette batterie de canons, suivie d’une ligne d’arquebusiers et de piquiers, assure de nouvelles techniques d’affrontement.
En 1518, Claude de Seyssel publie « la grande Monarchie de France », un essai qui tente d’établir et de rationaliser les bases théoriques de la monarchie. D’une certaine façon, tous les Etats sont violents, dès que le prince veut « durer » et parvenir à infléchir le cours de la « fortune ».
03 septembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 994 - 997
A cette date également, beaucoup d’Italiens croient en l’Astrologie, en l’observation des Augures et ont confiance dans les Oracles ; beaucoup de gens ont également foi en ceux qui savent adjurer les Démons et les Fantômes. Enfin, beaucoup d’individus se fient à la science qui fait naître la haine ou l’amour, qui provoque la maladie ou la mort.
C’est pour toutes ces raisons que les Mages sont bien accueillis dans toutes les cours de la péninsule ; jusque chez le pape, qui est entouré d’ecclésiastiques nécromants. Les Mages pratiquent en effet, à la demande des seigneurs qui les protègent, leur Science expérimentale. Ils accumulent des Connaissances livresques, qu’ils utilisent ensuite pour leurs recherches. Puis, ils effectuent des observations nouvelles, avec les risques plus ou moins mesurés que ces dernières comportent.
Pourtant, paradoxalement, à cette époque, les procès en Sorcellerie se multiplient. En effet, d’après les théologiens, les Sorcières tiennent leurs pouvoirs du Démon, un Démon saisi de rage car la fin du Monde approche : dans un livre – qui connaît rapidement plusieurs rééditions -, intitulé « la nef des Fous », l’auteur, Sébastien Brant, associe ainsi l’imminence de l’Apocalypse et la violence des attaques du Diable. Et dans le même temps paraissent de nombreux traités de Démonologie, dont le plus célèbre est « le Marteau des Sorcières ».
Au même moment encore, quelques cartographes anonymes se fondent sur des dessins très anciens pour effectuer des descriptions précises de la planète. Ils ont entre les mains une vingtaine de planisphères d’origines divergentes. Et, dans un premier temps, ils les compilent. Ils les datent, et se rendent compte qu’elles sont issues de l’Antiquité la plus reculée ; c’est à dire au moins d’avant la dernière période Glaciaire ; un de leur collègue du siècle précédent – Piri Reiss – qui les avait lui aussi étudié, les ayant évalué à 11 000 avant J. C.
Ils les examinent ensuite longuement et s’aperçoivent qu’elles sont dressées en vue cavalière. Figurées de haut, elles montrent en effet avec précision les cotes de l’Antarctique complètement découvertes de glaciers ; avec des grands fleuves charrient des sédiments fins. Tandis que l’une d’entre elles se penche plus particulièrement sur les cotes d’Amérique du Sud ; qui viennent à peine d’être reconnues par le premiers Explorateurs du Nouveau Monde. Ses tracés désignent, bien sur, ses bordures orientales, la cordillère des Andes ; représentent tout l’Ouest du Continent alors qu’il n’a pas encore été exploré. Ils suivent avec une exactitude inouïe le fleuve Amazone prenant sa source dans des montagnes qui ne seront décrites que bien plus tard. Ils longent aussi l’embouchure de celui-ci se confondant inévitablement avec le Rio Para. Par contre, la grande île de Majaro – non loin de lui – n’apparaît pas ; mais les îles Fakland sont à leur place habituelle. Quant à l’Orénoque et son delta, ils n’y sont pas non plus.
L’élément le plus surprenant d’une autre de ces cartes est la désignation d’une grande île au milieu de l’Atlantique. Il s’agit d’une terre située à l’Est des cotes de l’Amérique du Sud ; là où aucune masse semblable n’existe aujourd’hui. Elle se place juste au-dessus de la grande Dorsale médiane sous-marine. Au nord de l’Equateur et à 1200 km du Brésil, elle est évoquée là où émergent actuellement les deux minuscules rochers de Saint-Pierre et Saint-Paul.
Une dernière a la particularité de montrer très distinctement une bande de terre large de plus de 1500 km reliant l’Alaska à la sibérie. Un tel pont terrestre a bien existé à l’emplacement de l’actuel détroit de Béring. Mais il a été submergé à la fin de la dernière période Glaciaire. Ce qui est plus intriguant, par contre, c’est que de l’autre coté du Monde, la carte présente une Europe et une Afrique du Nord où les Glaciers sont beaucoup plus au Sud de la suède et de l’Angleterre. Elle expose en effet l’état de la méditerranée, de l’Adriatique et de la mer Egée bien avant leur relèvement. Le niveau de ces dernières étant beaucoup plus bas puisque des îles qui n’existent plus s’y distinguent.
En 1501, les cours italiennes sont encore les foyers d’une culture intense. Les princes se font mécènes, et encouragent les poètes comme l’Arioste, l’auteur du « Roland Furieux ». On cultive l’art de la conversation, on brille dans les jeux de l’esprit, on parle d’amour et de beauté sous l’œil bienveillant des dames, on fait de la musique et on joue aux échecs.
La langue toscane, quant à elle, s’affine peu à peu, jusqu'à rivaliser d’élégance avec la langue latine.
Quant aux traités sur l’éducation, très nombreux à la fin du siècle précédent, ils sont traduits ; ils soulignent avec force les devoirs des pères et des maîtres envers les enfants. Erasme, Rabelais et bien d’autres consacrent des pages aux vertus morales de l’instruction. Ces ouvrages parlent moins de l’éducation des filles, qui relève des mères, même si certains auteurs, comme l’Espagnol Vives dans son livre « De l’Instruction des Femmes Chrétiennes », recommande qu’elles soient instruites elles aussi.
L’enseignement est également un enjeu religieux : les jésuites ouvrent des collèges de garçons dans les pays catholiques, tandis que les Etats luthériens et calvinistes développent des Académies protestantes.
A la mort du pape Alexandre VI, en 1503, c’est son rival, le cardinal della Rovere qui le remplace, sous le nom de Jules II ; c’est lui qui est le créateur de l’Etat pontifical moderne.
Car, la conscience critique, associée à l’étude des langues anciennes, fournit les outils de la réflexion historique et philosophique. C’est elle qui va rénover l’Eglise : les nouvelles études religieuses soumettent peu à peu les textes sacrés à une révision philologique, et peuvent donc affronter la théorie traditionnelle.
Puis, Léon X lui succède. De tempérament pacifique, c’est un homme d’Eglise médiocre qui ne mesure pas le poids du défi lancé par Luther et songe plus à embellir sa ville qu’à lui répliquer efficacement. Sous son pontificat, la peinture et l’architecture sont représentées au Vatican par deux grands artistes, Raphaël et Bramante. Le premier décore les célèbres salles du Vatican. Le second est sollicité pour la reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Pour financer ce projet grandiose, Léon X invite les chrétiens à faire des aumônes extraordinaires en échange d’indulgences.
De même que Léonard de Vinci, son Mentor, plusieurs dizaines d’années auparavant, Raphaël peint son « Ecole d’Athènes » - 1509 – de manière énigmatique. En effet, dans son tableau, le vénérable Platon lève le doigt de façon identique à Jésus dans « la cène ». Mais la référence n’est pas aussi mystérieuse qu’elle pourrait le laisser paraître puisque le Platon de Raphaël a les traits de Léonard de Vinci.
Le mouvement réformateur et la volonté de s’attaquer aux abus apparaissent au sein de l’Eglise avant la révolte de Luther – 1517 -, mais leur urgence s’impose face aux divisions de la chrétienté et à l’extension du Protestantisme : Calvin à Genève, Zwingli à Zurich, Martin Bucer à Strasbourg. Les conflits portent autant sur des questions doctrinales que disciplinaires, et concernent aussi bien la justification par la foi, les sacrements, que l’autorité romaine. En cette grande période de crise des années 1520-1540, la plupart des théologiens, des fidèles et des souverains appellent alors de leurs vœux un grand concile général, que la curie romaine n’a pu, jusqu’a présent, réunir. Les humanistes chrétiens dans la mouvance d’Erasme tentent, de leur coté, de réconcilier les familles religieuses. En effet, malgré l’intransigeance de Luther, beaucoup de ses proches regrettent le temps de l’unité.
Ami de Luther et d’Erasme, Philippe Melanchthon est chargé de rédiger une profession de foi luthérienne pour la diète d’Augsbourg de 1530 ; il y présente les dogmes nouveaux d’un ton volontairement mesuré, et s’efforce de gommer tout ce qui pourrait heurter les théologiens catholiques. Mais, après six semaines d’examen, sa « Confession d’Augsbourg » est rejetée par les Catholiques, qui lui reprochent ses silences et ses imprécisions.
L’Alsacien Martin Bucer, un ami d’Erasme qui s’est laissé gagner par le luthéranisme en 1518 et qui organise la réforme à Strasbourg, brûle également du « zèle de la concorde ». Il veut concilier non seulement Luther et les autres réformateurs, mais aussi la chrétienté dans son ensemble ; aussi, propose-t’il dans la « Confessio tetrapolitana », envoyée à la diète d’Augsbourg au nom de quatre villes, une formule acceptable par tous : la foi justifiante est celle qui est efficace par charité. Mais les divergences ressurgissent sur la question de l’autorité de l’Eglise.
Les positions dogmatiques des uns et des autres paraissent d’ailleurs incertaines, et nombreux sont ceux qui hésitent encore. Les principautés de l’Empire allemand, l’entourage de l’Empereur Charles Quint et la cour de Ferdinand Ier, roi de Bohème et de Hongrie, sont des foyers de la pensée érasmienne. En France, le « Cénacle de Meaux » réunit autour de Guillaume Briçonnet, évêque de la ville, plusieurs humanistes chrétiens soucieux de réformes : son vicaire Lefèvre d’Etaples, les frères du Bellay ou la reine Marguerite de Navarre refusent autant l’intransigeance de Luther que le fanatisme catholique du fameux syndic de la sorbonne Noël Beda.
En 1528, Machiavel mène, quand il rédige « le Prince », une carrière diplomatique à Florence. C’est de l’étude des historiens de l’Antiquité que Machiavel tire les leçons et les principes de l’art de gouverner qu’il enseigne à son prince – leçons revues et corrigées selon son expérience concrète des fréquentes dissensions florentines.
Mais les échecs de sa carrière aigrissent Machiavel. Et, tout en suivant apparemment les règles du genre il détourne ce qui devrait être une morale de l’éducation pour en faire une apologie de la ruse, du réalisme, et de la lucidité chez l’homme d’Etat : ce dernier s’emploiera à maîtriser le hasard et la fortune, et à conserver le pouvoir, quelles que soient les circonstances. Et, précisément, le livre est écrit à une époque où sont remises en cause toutes les légitimités.
La vision de Machiavel est celle-ci : l’homme est méchant et peureux. Il s’agit, pour le prince, d’orienter vers le bien commun ces mauvais penchants ; d’abord, il doit se faire craindre : la fin justifie les moyens – « Ce que l’on considère, ce sont les résultats », écrit expressément Machiavel.
Sa conception du pouvoir se réclame de valeurs terrestres. Elle repose sur la représentation d’une histoire cyclique, qui ignore le progrès mais qui doit gérer rationnellement l’équilibre des ressources et des énergies. César Borgia sert de modèle au « Prince » : homme politique ambitieux et habile, dépourvu de scrupules, il se rend, un moment, maître de l’Italie centrale.
La publication du « Prince » suscite de part et d’autre de violentes réactions ; car c’est une époque où presque tous les Etats évoluent vers un pouvoir croissant et centralisateur, et, de nombreux ouvrages s’emploient à étayer la notion d’autorité et à repenser les principes fondamentaux de la vie politique.
De son coté, gentilhomme raffiné et parfait homme de cour, Baldassarre Castiglione publie la même année un ouvrage où il dresse le portrait du courtisan modèle : le célèbre « Livre du Courtisan » est dès lors constamment traduit et réédité. Ce courtisan voit le jour sous les traits du duc de Guidobaldo, à la cour d’Urbino. Mais il aurait pu naître à Ferrare ou à Mantoue.
21 août 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 950 - 955
Encore un peu plus au Sud, Milan contrôle Pavie, Côme, Parme et Plaisance, et en même temps qu’émerge un nouveau patriotisme, la carte se simplifie avec la paix de Lodi qui consacre l’équilibre entre les « Grands ». Enfin, des hommes nouveaux, de fortes personnalités s’imposent, qui n’appartiennent pas forcément à la noblesse héréditaire. Leur légitimité ne relève que de leur valeur – leur « virtù » - et de leur renommée. Ces réussites personnelles, dans la politique ou la culture, alimentent donc la confiance en l’homme artisan de son destin. Peu à peu cependant des alliances princières, la transmission aux enfants de situations acquises, la création de cours, figent cette mobilité.
Mais Galéas-Marie, fils aîné de François Sforza, hérite de la couronne du duché milanais en 1466, mais il meurt dix ans plus tard, en 1476. Il laisse le pouvoir à un petit garçon de huit ans, Jean-Galéas, au nom duquel gouverne sa mère, Bonne de Savoie, aidée de son conseiller Simonetta.
Toujours plus au Sud, le royaume de Naples, qu’Alphonse d’Aragon reprend aux Angevins se consolide lentement.
Jusqu'à présent, les cités sous la juridiction de Naples ont glorifié l’activité militaire, qui a permis aux hommes de gagner du prestige et de la renommée. Le métier des armes a aussi permis aux seigneurs ambitieux de s’enrichir : ils ont recruté des troupes et ont loué leurs services à un prince ou à un Etat, selon un contrat, « la condotta ». La mission remplie, le seigneur a retrouvé son indépendance vis à vis de son commanditaire, qui a renouvelé – ou non – son contrat et a récompensé son associé en lui accordant honneurs, plais, nobles mariages.
Or, en 1492, dans le Milanais, Ludovic Sforza fait assassiner Simonetta, et Bonne de Savoie n’a pas d’autre choix que de nommer cet oncle assassin tuteur de l’enfant. Il occupe dès lors le trône napolitain en son nom, après en avoir chassé René d’Anjou ; tandis qu’à Rome, un nouveau pape, Rodrigo Borgia – le futur père de Lucrèce et de César – est élu sous le nom d’Alexandre VI en Août 1492.
Mais, en même temps, les princes italiens se méfient des ambitions de leurs proches voisins – et donc de celles de Ludovic Sforza -, qu’intéressent nécessairement la région la plus riche et la plus avancée d’Europe. En 1492 précisément, le jeune roi de France Charles VIII de Valois fait valoir ses droits sur la couronne de Naples, comme héritier de la maison d’Anjou. Or, Ludovic Sforza, offre son alliance au roi de France, avec le libre passage de ses troupes par le territoire milanais : ainsi lui ouvre-t-il toutes grandes les portes de l’Italie. Charles VIII se prépare donc à l’expédition, avec l’intention de reprendre par les armes le royaume de Naples et d’en faire la base de départ de la croisade vers la grèce. Désirant d’abord assurer la paix sur ses frontières, il propose au roi d’Angleterre Henri VII Tudor, débarqué à Calais pour récupérer Boulogne, une alliance perpétuelle et 745 000 écus d’or. En Décembre, il restitue le Roussillon et la cerdagne au souverain Espagnol, Ferdinand II le Catholique, contre sa neutralité. A Maximilien d’Autriche, il cède l’Artois et la franche-Comté, à la condition implicite que son mariage soit reconnu : lorsque Charles VIII contraint Anne de Bretagne à l’épouser, celle-ci est en effet déjà mariée par procuration à l’Empereur Germanique. Parallèlement à cette offensive diplomatique, le roi met sur pied une armée de 28 000 hommes, Français et mercenaires.
Parti d’Amboise le 13 Février 1494, Charles VIII franchit donc les Alpes au Mont-Genèvre au début du mois de Septembre, et il descend sur Pise. Il y est accueilli en libérateur : la ville, sous la tutelle de Florence depuis 1406, retrouve en effet grâce à lui son indépendance. A Florence, sa venue entraîne la chute de Pierre de Médicis et le rétablissement de la république. Le pape Alexandre VI lui ouvre grandes les portes de Rome, tandis que les troupes napolitaines reculent sans combattre : la voie est libre jusqu'à Naples ; la conquête du royaume se fait au mois de Février 1495, en moins d’une semaine, et la noblesse contraint le roi Alphonse II, successeur de Ferrante, à abdiquer en faveur de son fils. Mais le pape fait soudain volte-face et rassemble en Mars une Sainte Ligue, dont font partie Milan, Venise, ainsi que les souverains Ferdinand II d’Aragon et Maximilien d’Autriche, pour enrayer la trop facile victoire française. Charles VIII, qui ne veut pas se laisser enfermer dans Naples, remonte alors vers le Nord avec une armée que décime la syphilis. Les coalisés l’attaquent à sa sortie de l’Apennin, mais les Français forcent le passage à Fornoue, en Juillet 1495. Cependant, le royaume de Naples est perdu, car les contingents laissés sur place sont défaits par les troupes espagnoles venues au secours du petit-fils de Ferrante. L’expédition n’est pourtant pas tout à fait un échec : elle va donner un modèle d’opération au prochain Valois.
Car, Louis XII, qui succède à son cousin Charles VIII, mort accidentellement en 1498, prend d’emblée les titres de roi de Naples et de duc de Milan. En effet, outre ses prétentions sur le royaume napolitain, Louis XII aspire à faire reconnaître ses droits sur Milan, légués par sa grand-mère, Valentine Visconti. Nouvelle conquête, nouvelles alliances : le pape Alexandre VI soutient à présent la france, tout comme Venise, qui veut s’agrandir aux dépens du Milanais. La puissante armée française se rend en Lombardie et occupe Milan, tandis que Ludovic Sforza se réfugie auprès de l’Empereur Maximilien d’Autriche : mais il est battu et capturé à Novare en 1500, puis envoyé à Loches, où il meurt en 1508.
Louis XII ne se contente pas de ce succès et descend jusqu'à Naples. En 1500, pour éviter la malheureuse expérience de son prédécesseur, il propose au souverain espagnol Ferdinand II le Catholique de partager les dépouilles. Mais les relations se gâtent vite entre les nouveaux alliés, et la guerre éclate. Malgré les exploits de Bayard sur le pont de Garigliano en 1503, Louis XII doit capituler. L’armistice est rapidement signé : le roi de France abandonne Naples et garde le Milanais, obtenant ainsi une puissance prépondérante en Italie.
France, XVème siècle :
Quand Charles V meurt, après avoir délivré le royaume des Anglais et des Grandes Compagnies, Charles VI n’a que douze ans. Son père a bien prévu que le pouvoir serait exercé par ses fidèles conseillers qui ont l’expérience des affaires administratives et de la gestion financière. Mais, juste après sa mort, ce sont les oncles du roi, les ducs de Bourbon, de Bourgogne, de Berry et d’Anjou qui se répartissent les honneurs et les profits du pouvoir. En 1388, Charles VI, qui « voit faire ses oncles choses qui sont plus au profit d’eux et d’autres particuliers que du bien public », remercie ses tuteurs et entreprend de gouverner seul. Mais, le 5 Août 1392, alors qu’il chevauche dans la forêt du Mans, un homme surgit devant lui. Le roi, pris d’un accès de démence, se jette alors sur son escorte, tuant ou blessant plusieurs personnes. La surprise, la chaleur, aggravent son déséquilibre, accentué par une vie épuisante de combats et de fêtes.
Désormais, les crises violentes alternent avec les périodes d’abattement et les remissions de plus en plus courtes. La cour accomplit de longs pèlerinages, les médecins proposent saignées et décoctions magiques, la reine et les ducs organisent des fêtes, on tente de distraire le roi avec les premières cartes à jouer, mais rien n’y fait, et chaque accès de folie jette dans les rues des processions de Parisiens éperdues.
Les ducs, qui ont été évincés du pouvoir pour un temps, réapparaissent donc. Ecartant les conseillers du roi, qu’ils nomment par dérision les « Marmousets », ou « figures grotesques » -, les oncles reprennent leur place au Conseil. L’affrontement entre le plus puissant d’entre eux, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et le frère du roi, Louis d’Orléans, détermine alors la politique du pays. C’est à qui place ses pions et tire profit des finances royales.
En 1398, Nicolas Flamel préside désormais aux destinées du Prieuré de Sion. Or, au cours de sa magistrature, il découvre dans les archives de l’Ordre plusieurs documents se référant à la magie de l’Ancien Monde. Ceux-ci semblent être passés entre les mains des Cathares qui se sont enfuis de Montségur juste avant que la forteresse ne se rende aux croisés. Ils font référence au « Rex Mundi » - ou « Roi du Monde ». Ils lui révèlent aussi que le « Rex Mundi » a été l’un des Symboles Majeurs des sectes Gnostiques ayant existées au début de l’Ere Chrétienne. Ils l’informent que la tradition Gnostique dont les Parfaits ont été les détenteurs, se rattache au Manichéisme, à l’Alchimie, ou aux Templiers. Et il comprend qu’ils ont jadis permis à des Organisations Religieuses Démoniaques, de naître et de préserver les « Mystères d’Osiris ».
Il écrit alors : « Les Profanes l’appellent le Diable ; pour les Hermétistes, c’est le dieu Pan ; mais, pour notre Ecole Philosophique, il s’agit du dieu des théurges de la confrérie d’Alexandrie. Or, malgré tout, il est aussi le dieu des Ecoles Gnostiques Primitives, l’Archimage des Perses, le Typhon des Egyptiens, le Serpent des Hébreux, et le Baphomet des Templiers. ».
Quand Nicolas Flamel interroge certains Hermétistes affiliés au Prieuré de Sion à propos de ses trouvailles, ces derniers lui expliquent aussitôt uniquement ce qu’ils savent au sujet du Maitre de l’Argatha. Ils lui disent qu’au cours de l’Ere précédente, les entrées souterraines de son royaume étaient indiquées à l’aide de figures monstrueuses dissimulées aux quatre coins du Monde Connu. Nicolas Flamel est impressionné par ces révélations inattendues.
En même temps, les recherches de Nicolas Flamel lui permettent de faire aboutir ses expériences Alchimiques ; elles lui donnent enfin l’occasion d’invoquer et de converser régulièrement avec des défunts.
Lorsque Philippe le Hardi meurt, en 1404, Louis d’Orléans réduit de moitié les finances de son successeur, Jean sans Peur. Celui-ci, engagé dans une politique ambitieuse et coûteuse aux Pays Bas, ne peut l’admettre. Faute d’être entendu, il fait assassiner en 1407 Louis d’Orléans et s’enfuit de Paris. La guerre civile est alors inéluctable entre les « Bourguignons » et ceux qu’on appelle « Armagnacs », Charles d’Orléans, fils de Louis, pouvant compter sur les mercenaires gascons de son beau père, le comte d’Armagnac.
En 1408, les Hermétistes qui ont jadis répondu aux questions de Nicolas Flamel suivent la construction de l’église de la madeleine Arrangue à Aix en Provence sur ses ordres. Au terme de son édification, ce sont d’ailleurs eux qui ancrent sur l’un des murs de sa sacristie un tableau représentant l’Annonciation. Et ils le parsèment d’innombrables détails d’inspiration blasphématoire et diabolique.
Puis, étrangement, à moins d’un an de là, d’autres Frères à son entière dévotion se mettent à parcourir la france toute entière. Un peu partout, ils bâtissent des paroisses décorées de façon mystérieuse. A Rochecorbon par exemple, ils érigent une forteresse sur les hauteurs du bourg. Au même moment, ils creusent plusieurs habitations dans la vallée ; tandis qu’ils taillent un escalier menant des souterrains du château à ces dernières. A Bordeaux, par contre, ils rasent l’église Saint-André afin d’élever à sa place la tour Saint-Michel. C’est d’ailleurs à ce moment là qu’ils déterrent 70 cadavres desséchés et momifiés dans les caves de la paroisse. Ailleurs encore, à Abbeville plus exactement, ils fondent l’église Saint-Valfan. Mais ils l’orientent mal : ils ouvrent sa façade au Nord, et non à l’Ouest. A chaque fois pourtant, les dessins et les bas reliefs qui sont ancrés sur leurs monuments sont très allégoriques ; ils se réfèrent tous à l’Annonciation et au Démon.
Dès 1410, les partis Armagnac et Bourguignon se constituent : héritiers des « Marmousets », les Armagnacs veulent renforcer les prérogatives royales, les pouvoirs des officiers et l’efficacité de l’administration. Les Bourguignons réclament des réformes, l’allègement des impôts et s’élèvent contre les malversations des officiers, dont ils demandent la condamnation. Dans Paris, acquis aux Bourguignons, hommes de main et opportunistes profitent de ces rivalités pour multiplier pillages et atrocités. C’est ainsi qu’en 1413, un écorcheur de bêtes, Caboche, fait régner la terreur avec la complicité de Jean sans Peur, détachant la bourgeoisie marchande et l’université du parti bourguignon.
D’un autre coté, sollicité par les deux partis, le roi d’Angleterre, Henri V, décide de mettre à profit la querelle des Armagnacs et des Bourguignons pour revendiquer l’héritage de Guillaume le Conquérant et des Plantagenêts, confisqué au fil des années par les rois de France. Le 13 Août 1415, la flotte anglaise aborde en Normandie. Le 25 Octobre 1415, l’armée se porte à sa rencontre à Azincourt ; elle n’est composée que d’Armagnacs malgré la trêve conclue avec les Bourguignons. Quoiqu’ils aient choisi une position très différente de celles de Crécy et de Poitiers, les chevaliers français subissent une défaite plus grave encore. Massés sur un étroit plateau, ils dominent les Anglais, bien moins nombreux, retranchés derrière une palissade. Henri V, habile stratège, dispose son armée en formation souple et mobile, utilisant au mieux ses brillants archers. Les Français, empêtrés dans leurs lourdes armures, et trop serrés pour manœuvrer, doivent mettre pied à terre et sont alors criblés de flèches. Les coutiliers anglais achèvent le massacre, égorgeant les prisonniers, n’épargnant que les princes, dont ils peuvent tirer une forte rançon. La noblesse est décapitée sur le champ de bataille d’Azincourt : de ce fait, les trois quarts des lignées nobles du royaume de France ne peuvent plus avoir de descendance du coté des hommes.
Dès 1417, Henri V, convaincu que sa victoire est un jugement du Ciel, entreprend une conquête systématique de « son » royaume. Effrayé par l’avance anglaise, Jean sans Peur cherche à se rapprocher du Dauphin, Charles, et de son entourage. Une entrevue est organisée à Montereau. Sur le pont qui traverse l’Yonne, les chefs des deux partis marchent à la rencontre l’un de l’autre, quand, un membre de la suite du Dauphin, Tanguy du Châtel, tue le duc de Bourgogne d’un coup de hache. La haine de son fils, Philippe le Bon, envers Charles, est désormais inexpiable et cimente son alliance avec l’Angleterre.
Un jour de Novembre 1418, alors qu’il a plus de 90 ans, Nicolas Flamel recommande expressément au comte Gabbalis – un de ses plus fidèles Conseillers au sein de l’Ordre -, qu’à l’instant de sa mort, on mette son précieux « Livre d’Abraham le Mage », enveloppé d’une toile poissée, dans sa tombe. Il veut l’emmener dans d’Au-delà avec lui, lui dit t’il.
Pourtant, quelques semaines après son décès – en Janvier 1419 -, et bien que son ami ait suivi ses recommandations, l’ouvrage disparaît mystérieusement de l’endroit où Nicolas Flamel a été enseveli.
Puis, en Mars de la même année, d’étranges rumeurs concernant l’Alchimiste commencent à circuler. Certaines prétendent en effet que la pierre Philosophale qu’il détenait serait cachée dans l’une de ses anciennes demeures. On se met dès lors fébrilement à fouiller celles-ci ; à tel point qu’il ne reste bientôt plus qu’un tas de pierres de l’une d’entre elles. D’autres, par contre, affirment que Nicolas Flamel et dame Pernelle seraient toujours vivants. Dame Pernelle se serait réfugiée en Suisse tandis qu’une simple bûche aurait été placée dans son cercueil ; Nicolas Flamel, lui, aurait pris les mêmes dispositions vis à vis de ses propres funérailles ; car, pense t’on, il aurait découvert le Secret de l’Immortalité.
En 1420, le traité de Troyes conclut une période désastreuse en livrant la france aux Anglais. Le signataire du traité, Charles VI, admet « être empêché la plupart du temps » et ne pouvoir « vaquer en personne aux besognes du royaume ». Henri V épouse Catherine de France, fille de Charles VI, et devient ainsi « fils » du roi et « droit » héritier de son royaume. A la disparition de Charles VI, Henri VI, son héritier, lui succède pourtant. Quant au soi-disant Dauphin, accusé de naissance illégitime à la suite des bruits que sa mère, la frivole Isabeau de Bavière, fait courir, il n’a aucun droit sur cet héritage.
Il y a donc désormais trois France : la france anglaise, qui comprend la normandie, la guyenne et Paris ; la france du duc de Bourgogne, qui ajoute à ses possessions la champagne, la brie et la picardie et s’étend jusqu’aux Pays Bas ; la troisième, la plus faible, est celle du Dauphin Charles, qui prend Bourges pour capitale, et semble incapable de toute initiative, mais suscite de solides fidélités.
En 1420 également, Sainte-Colette de Corbie, en Alsace, demeure un lieu énigmatique. Une rumeur prétend en effet depuis longtemps que celui-ci a un lien Secret avec l’ancien Ordre du Temple.
C’est à cette date que la future « Pucelle » - qui n’a qu’une dizaine d’années – affirme que la sainte qui a donné son à cet endroit, lui a remis un anneau appartenant à Saint-Jean l’Evangéliste. Elle reçoit d’ailleurs rapidement deux autres de sa part ; laquelle lui dit alors qu’ils sont les gages qui vont lui permettre d’accomplir la future mission sacrée à laquelle elle est destinée.
Mais, en 1422 meurent successivement le vainqueur d’Azincourt, Henri V, et le vaincu, Charles VI, le roi fou. Entre les possessions des Anglais et celles du duc de Bourgogne, le domaine du Dauphin, Charles VII, est limité à Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry sur la loire, et à quelques îlots de résistance : le Mont Saint Michel, entre Normandie et Bretagne, de petits fiefs en Lorraine, le comté de Foix. Charles VII dispose d’un gouvernement à Bourges et d’un parlement à Poitiers ; par ailleurs, ses finances sont en bon état, son armée est forte, mais il semble incapable de toute initiative. En 1428, Orléans est investie : la prise de la ville ouvre aux Anglais l’accès des domaines de Charles VII.
Rien ne paraît donc devoir sauver Orléans. L’armée de secours française est mise en déroute par celle de sir John Fastolf, lors de la « Journée des Harengs », en Février.
20 août 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 945 - 950
A cette date, à Florence, les humanistes s’adonnent à la politique, à la poésie, à la philosophie, aux arts qui célèbrent la beauté, la sensualité, l’amour de la nature et de la raison, et s’intéressent à la place éminente accordée à l’Homme dans l’Univers. Ils ont des rapports ambivalents avec les Anciens, ils reprennent les idéaux de l’Antiquité en les conciliant avec les valeurs chrétiennes.
Les lettrés se mettent en quête de manuscrits grecs et latins, et les Seigneurs italiens encouragent les études platoniciennes. Grâce à l’imprimerie, les traités sont largement diffusés, soumis à la critique philologique et aux commentaires. Le goût de l’antique touche l’archéologie, et l’amour des statues grecques et romaines alimente les premiers musées.
Un des centres de la vie culturelle de l’époque est l’académie de Careggi, dont l’animateur est Marsile Ficin, helléniste, latiniste, esprit curieux et enthousiaste. La villa de Careggi, offerte par Cosme de Médicis, accueille des poètes, des juristes, des philosophes, bref, tout homme cultivé qui cherche à concilier le message biblique et la pensée antique, Platon et l’Evangile.
Pic de la mirandole rejoint cette élite mystique. Il étudie l’hébreu, et, en particulier, la théosophie juive. La « somme » des 900 thèses qu’il présente à partir de ses lectures lui vaut une condamnation du pape, et seule la protection de Laurent le Magnifique le sauve de la prison. Pic cherche l’unité de l’esprit et l’harmonie du Monde dans la variété des doctrines, et son ouvrage principal, « la dignité de l’Homme » est un hymne optimiste à l’esprit humain.
L’influence néoplatonicienne imprime aussi sa marque sur les arts, sur la musique et sur la peinture. Les grands maîtres de la génération précédente sont morts : Fra Angelico ; Filippo Lippi ; Andréa del Castagno ; ainsi que Paolo Uccello, peu représentatif de son temps, avec ses grandes compositions de batailles qui réduisent l’Univers à une maquette géométrique. Les nouveaux sont Piero Della Francesca, qui a quitté Florence très jeune. Quant à Léonard de Vinci, après avoir étudié chez Verrocchio, il se rend à Milan.
Mais, en fait, c’est Botticelli qui incarne les visions et les rêves poétiques de Careggi. Le « Printemps » ; la « Naissance de Vénus », sont inspirés par Ficin. L’art de Botticelli est un art nerveux, délicat, irréel, qui rompt avec les préoccupations plastiques du temps – alors concentrées sur la perspective et le paysage -. Un art « maniériste » aussi, qui exprime les tourments d’une âme inquiète, émue des prédications d’un Savonarole.
Enfin, l’architecture et la sculpture de Bunelleschi, la géométrie de Manetti et le traité intitulé « De la peinture », de l’humaniste Alberti, marquent la naissance d’un nouvel espace. Cet espace homogène est soumis à des règles mathématiques, déterminé par des rayons visuels qui forment un cône à partir de l’œil et se projettent sur la surface plane ; tous les rayons parallèles qui croisent perpendiculairement le plan de l’image convergent vers un seul point, dit « point de fuite ». La perspective éloigne ainsi le spectacle dont le peintre a la maîtrise des lointains infinis resserrés sur le plan du tableau et des raccourcis, où l’artiste italien Mantegna réussit des effets saisissants.
Par ailleurs, cette période favorise l’essor de la technique et le développement industriel. Des savants mettent au point toutes sortes de procédés et de machines pour alléger le travail humain. Leurs inventions ou les perfectionnements techniques qu’ils introduisent sont spectaculaires et modifient profondément la vie des hommes.
En fait, les hommes héritent leurs techniques du Moyen Age et ils étudient les traités anciens, que diffuse l’imprimerie. Mais, quel que soit ce remarquable essor, il ne faut pas le surestimer : le métal ne remplace que lentement le bois dans la fabrication des machines, l’esprit d’invention n’implique pas encore l’effort d’abstraction et de rationalisation capable de formuler les lois. Sauf en Astronomie, la finalité des ouvrages reste essentiellement pratique. Ainsi, le traité de L. Pacioli, « Summa de arithmetica » permet surtout à l’arithmétique commerciale de s’améliorer. En généralisant la notion du nombre négatif, il rend possible la comptabilité en partie double, qui permet d’éviter les erreurs de calcul et de tenir compte des paiements différés. En fait, l’algèbre ne joue aucun rôle dans le développement de la science. Reste que ces recherches préparent un nouveau regard. L’Humanisme naissant remet en question beaucoup de données, et en particulier les théories d’Aristote qui a conçu un Monde fini : un penseur tel que Nicolas de Cues propose la notion d’Univers illimité et affirme le rôle central des mathématiques ; en abandonnant le géocentrisme traditionnel qui veut que le Soleil, les planètes et les étoiles tournent autour de la terre, il ouvre la voie à Copernic et à Galilée. De la même façon, le traité de Regiomontanus sur la trigonométrie, sert aux calculs astronomiques compliqués.
Le Siennois Francesco di Giorgio, sculpteur, architecte et peintre, lui, maîtrise à peu près toutes les techniques de son temps. Par son savoir, il est le type même de l’ingénieur de la renaissance. A Urbino, il impose sa renommée : il construit les plus belles parties du palais et une série de forteresses. Son « Traité d’architecture civile et militaire » comporte une partie sur l’urbanisme, une sur les fortifications et une sur les machines.
Ce traité des machines est des plus originaux, avec des dessins de moulins à vent, une turbine hydraulique, des études d’armement naval, des grues et différents mécanismes d’engrenage. Il imagine même un véhicule original à quatre roues directrices et motrices.
Brunelleschi, lui, réalise une prouesse architecturale : sans échafaudage ni contrefort, il élève vers le ciel une extraordinaire coupole à base octogonale, le dôme de la cathédrale florentine. Avec Alberti, l’architecture est promue au rang des arts libéraux. Il propose un idéal mathématique et un vaste programme d’urbanisme – palais, villas, aqueducs – adaptés à l’art de vivre. Comme son ami Brunelleschi, Donatello, sculpteur, puise à la source des Anciens. Il donne à « David » une expression d’émotion et de sensibilité toute personnelle. Il travaille avec Ghiberti, qui fabrique les portes du baptistère de Florence. Verrocchio, de son coté, à la fois sculpteur, peintre et orfèvre, il s’intéresse aussi à l’architecture. Il reprend certains thèmes de Donatello, et les embellit.
Les Florentins ont déjà inventé la lettre de change au siècle précédent, puis la comptabilité en partie double, - faisant apparaître en même temps la situation de l’acheteur et celle du vendeur -. Ils développent au cours de cette période un système d’assurances destiné à répartir les risques entre les marchands et les navigateurs. Le préteur – l’assureur – déclare acheter au capitaine – l’assuré – un lot de marchandises qu’il s’engage à payer dans un délai déterminé. Mais le prix ne vas être versé que si les marchandises sont perdues : l’assureur ne paie donc qu’en cas de sinistre, mais il reçoit une prime à chaque voyage.
Plus de 200 contrats de ce type sont souscrits. Puis, les assureurs couvrent plusieurs expéditions, répartissant les risques et touchant une prime à chaque opération. La prime ne figure pas toujours dans les contrats, car l’Eglise interdit le prêt à l’usure – c’est à dire le prêt à intérêt -.
Le succès de Florence est donc lié à des changements qui agitent toute l’Italie. Dans l’ensemble de la péninsule, en effet, on observe la même évolution : les institutions médiévales, liées aux libertés communales, tendent à céder la place à un régime de principat ou de seigneurie personnelle, tandis que les cités-Etats se regroupent en unités territoriales plus importantes.
De fait, l’ascension des Médicis se fait progressivement, dans le respect des lois. C’est Jean de Médicis –1360 – 1429 -, dit « Giovanni di Bicci », qui fonde la dynastie. Ce banquier de Rome spécule habilement sur la victoire de la papauté romaine, puis s’installe à Florence en 1397. Libéral, ami du peuple, sans ambition politique, il n’inquiète en rien l’oligarchie lorsqu’il devient « gonfalonier de justice » - magistrat suprême de la cité – en 1421.
Son fils Cosme, en revanche, renforce de façon décisive la puissance de la compagnie Médicis et son crédit politique. Il s’assure une immense popularité auprès du « popolo munito » - ou « le petit peuple » -, au point d’effrayer les familles dirigeantes : en 1433, il est banni pour dix ans. Cosme s’installe alors à Venise, où il développe le rôle international de la compagnie Médicis, tout en regroupant autour de lui un parti d’opposition. En 1434, il est rappelé à Florence par la seigneurie – l’instance dirigeante de la ville, qui comprend le gonfalonier de justice et huit prieurs -. Et, sans jamais paraître au premier plan, il devient le maître de Florence.
Pour permettre à plus de citoyens d’accéder au pouvoir, le Seigneurie est renouvelée six fois par an, par tirage au sort sur des listes. Cosme de Médicis n’est que trois fois gonfalonier, mais il fait établir des listes à l’avance. Aux conseils existants, il ajoute des commissions spéciales qu’il contrôle. Ainsi, sans heurter de front l’esprit démocratique, il vide les institutions de leur substance.
Mais, en même temps, la compagnie Médicis continue son ascension. Elle possède, à Florence, des fabriques de draps de soie ; elle vend des produits variés – huile, épices, fourrures – et détient un quasi-monopole de l’alun, indispensable aux teintures. Enfin, et surtout, elle contrôle des banques en Italie et dans le reste de l’Europe – Avignon, Genève, Lyon, Bruges, Londres -. Chacune de ces filiales est gérée par des « associés mineurs », qui présentent leurs comptes une fois par an. « Associés majeurs », les Médicis se réservent toutes les décisions importantes.
Cosme a l’habileté de maintenir les traditions démocratiques en évitant d’exhiber ses propres privilèges, et il s’assure les faveurs de la population par un généreux mécénat.
Il fait reconstruire l’église Saint-Laurent, édifier un palais que décore Gozzoli, consacre 40000 florins à la réfection d’un couvent de San Marco, qu’il dote d’une Bibliothèque, et où, Fra Angelico peint ses fresques. Verrocchio travaille pour lui.
Cosme n’est pourtant pas le seul mécène de la ville. Les familles riches, les Strozzi, les Pazzi, les Brancarri, en font autant. Les humanistes participent à la vie politique et de nombreuses fêtes associent le peuple à l’essor de la ville.
A la mort de Cosme, en 1464, l’autorité morale des Médicis est si grande que son fils Pierre peut diriger Florence sans quitter sa demeure. Laurent, le fils aîné de Pierre, succède à celui-ci en 1469. Mais l’opposition n’a qu’un but : reprendre le pouvoir aux Médicis. En 1478, une conjuration est montée par des membres de la famille Pazzi, avec le soutien du neveu du pape. Laurent échappe de peu aux meurtriers, mais son frère Julien est tué. La répression est impitoyable.
Laurent reprend et durcit la stratégie de son grand-père. Son gouvernement tend vers l’absolutisme : les Conseils recrutent leurs membres parmi les fidèles des Médicis, et ceux-ci sont reconduits dans leurs charges.
Par son mariage, Laurent s’apparente à la plus ancienne noblesse romaine, celle des Orsini, et par celui de sa fille, au pape. Son fils Jean est nommé cardinal. Une diplomatie prudente permet à Laurent de maintenir la paix en Italie.
Laurent de Médicis est un homme complexe, lucide, versatile, le prototype de l’homme de la renaissance, ouvert à toutes les expériences. Les affaires ne l’intéressent guère. La banque familiale, qui prête trop, fait de grosses pertes. De 1477 à 1479, des filiales ferment, tandis que le conflit avec le pape, provoqué par la conjuration des Pazzi, fait perdre un important marché d’alun. Malgré ces déboires, Laurent, justement surnommé « le Magnifique », dépense toujours davantage, pour célébrer sa gloire et accroître le prestige de Florence.
La figure ascétique du moine prêcheur Savonarole est liée aux derniers beaux jours des Médicis. Et, appelé par Laurent lui même, Savonarole, prieur au couvent de San Marco, lance alors de terribles imprécations, exhortant la ville au repentir, si elle ne veut pas périr.
Au Nord, la république vénitienne doit faire face à la concurrence de Gènes, à la rivalité des Aragonais en Adriatique et bientôt, à la découverte portugaise d’une nouvelle route du Cap, menace pour le lucratif trafic des épices. La guerre contre les Turcs – 1469 – 1479 – la prive de ses points d’appui en Morée et en Epire. Cependant, elle prend sous sa protection Chypre et Salonique et consolide ses possessions de Terre ferme. Elle aménage aussi les terres marécageuses entre Brenta et Pieve pour améliorer les débouchés de ses fleuves. Enfin, elle dispose du plus important arsenal de la méditerranée.
Or, les luttes prolongées entre Milan et Venise font désormais connaître des Seigneurs tels que Sigismondo Malatesta ou Federico de Montefeltro. Le premier – 1417 – 1468 -, prince de Rimini, combat en Morée contre les Turcs. Le second – 1422 – 1482 -, est un des humanistes précurseurs, prudent, versé dans les arts et les lettres, qu’il cultive à Urbino, en exerçant un mécénat généreux.
Plus au Sud, après bien des péripéties ayant entraîné le Grand Schisme au cours du siècle précédent, un concile se réunit à Pise en 1409 ; celui-ci élit Alexandre V. Désormais, trois papes se disputent donc la légitimité : « le Pisan » Alexandre – puis, dès 1410 son successeur Jean XXIII - à Rome ; le « clémentin » Benoît XIII en Avignon ; et « l’urbaniste » Grégoire XII, réfugié à Naples, seul pape légitime aux yeux de l’Eglise.
Un nouveau concile se réunit. Mais cette fois, l’Empereur germanique, Sigismond de Luxembourg, fait jouer son autorité. Il le convoque sur ses terres, à Constance, en 1414. Il obtient aussi que l’on vote par nation, non par tète, ce qui diminue le poids des Italiens mais aussi de la france, divisée entre Armagnacs et Bourguignons.
Le concile qui se tient à Constance à donc les mains libres pour déposer les trois papes. Jean XXIII et Grégoire XII sont contraints de se soumettre, et se retirent Benoît XIII, lui, résiste jusqu'à sa mort, en 1423 ; mais il est abandonné de tous.
Surtout, les pères du concile comprennent que le Schisme est la conséquence du développement excessif de la « monarchie pontificale » : pour reconquérir leurs Etats italiens, les papes exilés en Avignon ont mis en place une fiscalité et une bureaucratie énormes, sacrifiant ainsi la direction de la chrétienté à leurs intérêts temporels.
Prise dans le jeu diplomatique et militaire des puissances européennes, la foi des fidèles s’intériorise. Les courants mystiques progressent. Une nouvelle évolution, qui accorde une grande place à la lecture, la prière individuelle, et la méditation, se développe. Des Ordres, comme ceux des Observants ou des Chartreux, qui prônent une foi austère, dépouillée, et l’engagement personnel, apparaissent. Ces mouvements affaiblissent le contrôle du clergé sur les laïques, et favorisent la propagation d’hérésies.
Parmi les nouveaux dissidents, Jan Hus est un étudiant à l’université de Prague ; il y découvre la remise en cause radicale de l’Eglise établie. Prédicateur renommé, il dénonce les abus et la richesse excessive de l’Eglise. Son influence grandit, au point d’inquiéter le Concile de Constance. Hus s’y rend, grâce à l’Empereur Sigismond, pour expliquer sa position. Malgré cela, il est condamné, et brûlé vif en 1415. Il devient alors un héros national.
Les pères entendent donc à la fois remédier aux dangers les plus graves et proposer un nouveau mode de gouvernement de l’Eglise, où le monarque – le pape – et son conseil – les cardinaux – seraient épaulés et contrôlés par un « parlement » - le concile -. Le concile fait donc, en priorité, adopter les décrets « Haec Sancta » - ou « supériorité du concile sur le pape » et « Frequens » - ou « réunion du concile à date fixe ». Ensuite, seulement, il accepte d’élire un nouveau pape : la désignation de Martin V, en 1417, met un terme au Grand Schisme.
Toutefois, en 1419, un dernier sursaut de l’hérésie naît à Prague : les hussites – de tendances diverses – se révoltent. Sous la conduite de leurs chefs, Jan Zizka, puis Procope le Chauve, ils résistent victorieusement aux offensives de Sigismond et de la papauté. Ce n’est que bien plus tard qu’un compromis est trouvé, qui leur laisse une certaine autonomie.
Puis, conformément au décret « Frequens », deux conciles se réunissent : à Sienne, en 1423, et à Bâle, en 1431. La papauté a le temps de reconstituer ses forces. Le nouveau pape, Eugène IV, craint les discussions sans fin. Il juge dangereuses les volontés de réforme des « universitaires », de plus en plus nombreux au concile – au détriment des « pasteurs », qui répugnent à quitter trop longtemps leur diocèse.
Le conflit ne tarde pas à éclater. D’abord contraint de reconnaître la légitimité du concile, Eugène IV finit par obtenir son transfert à Florence : il veut organiser une rencontre avec les orthodoxes, que l’avance turque contraint à nouer, à tout prix, alliance avec les chrétiens d’Occident. Le succès du concile de Florence, en 1439, achève de déconsidérer les dissidents, restés à Bâle. Ces derniers provoquent un schisme en élisant pape le duc de Savoie, qui prend le nom de Félix V. Mais les pays d’Europe soutiennent Eugène IV, et le schisme tourne court ; Félix V se soumet en 1449.
Car la nouvelle papauté romaine modifie ses relations avec les Etats, et conclut avec la plupart d’entre eux des concordats qui fixent clairement les prérogatives des uns et des autres. Délivré de cette tutelle, libérée du contrôle conciliaire, le pape peut réaffirmer sa puissance.
Dès lors, les Etats italiens de la papauté sont réorganisés et repris fermement en main. Rome développe une nouvelle bureaucratie et une nouvelle fiscalité – sous prétexte, notamment, d’organiser des croisades, d’abord contre les hussites, puis contre les Turcs.
A Rome aussi, l’Eglise inaugure une ère de grands travaux de constructions magnifiques, particulièrement au Vatican : il s’agit de symboliser aux yeux de tous les pouvoirs et les splendeurs retrouvées de la papauté, guide et rempart des chrétiens. Les papes renoncent donc à leur traditionnelle résidence du Latran, qui a été incendiée. Ils s’installent près du Vatican. Et en 1450, Nicolas V – 1447 – 1455 - entreprend la construction du nouvel édifice, en même temps que la reconstruction de la gigantesque basilique Saint Pierre.
L’ère de conciles est close. Les papes humanistes du milieu du siècle, Nicolas V, aussi fondateur de la bibliothèque vaticane, et Pie II – 1458 – 1464 -, préservent la dignité de la papauté. Malheureusement, leurs successeurs se laissent accaparer par les luttes des Etats italiens. Détournant les richesses de l’Eglise, ils dotent leurs familles – Borgia, Riaro, Della Rovere – de principautés territoriales, tandis que se développe autour d’eux une cour d’un luxe inouï. Aux yeux de la plupart des fidèles, la papauté de la renaissance apparaît ainsi, à son tour, comme un intolérable scandale.
Malgré tout, un prêcheur dominicain exalté, Savonarole, revient un temps à des conceptions religieuses beaucoup plus archaïques ; en 1491, il devient prieur du couvent de Saint Marco. Puis, en quelques semaines, ses sermons enflammés subjuguent Florence. Prophète inspiré, il presse la foule de se convertir et de réformer ses mœurs. Sa parole suscite l’émotion – d’où le nom de « pleureurs » donnés à ses partisans. Ses prêches entraînent des réformes politiques, des lois contre l’usure et des « bûchers de vanités » où sont jetés bijoux, miroirs, jeux de cartes, images de nudité et instruments de musique.
D’un autre coté, bientôt, Rodrigo Borgia est élu pape en Août 1492, contre le cardinal della Rovere : il succède à Innocent VIII. Sa débauche et son amour du luxe, déjà notoires, s’accompagnent alors d’une vie dissolue connue de tous. Il excommunie tout de même Savonarole, qui se heurte à la lassitude des florentins et à l’hostilité des franciscains. Celui-ci est arrêté pour avoir refusé de se soumettre au « jugement de Dieu », et est finalement condamné au bûcher.
21 juillet 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 810 - 815
Nombre de foyers de réforme sont apparus dans la première moitié du XIème siècle. Pierre Damien – un ermite devenu, en 1057, cardinal-évêque d’Ostie – stigmatise violemment les mœurs du clergé et compare l’Eglise à Gomorrhe. D’autres dénoncent la simonie et considèrent comme invalides les sacrements conférés par les clercs simoniaques.
Peu à peu naît l’idée que pour sortir de la crise, l’Eglise doit échapper à l’emprise des laïques. Cela a été déjà cette volonté qu’a exprimée, au Xème siècle, la fondation de Cluny. L’Eglise doit retrouver sa liberté, et la condition de celle-ci est une nette séparation entre clercs et laïques, dans leurs fonctions et dans leur vie. Aux laïques est réservé le mariage, qui devient, à la fin de ce siècle, une véritable institution ; aux clercs, consacrés au service de Dieu, le célibat. Le genre de vie de ces derniers doit s’inspirer de celui des moines, fondé sur la pauvreté et la vie en communauté.
Il est nécessaire, en outre, que la réforme de l’Eglise soit générale, et qu’elle parte du pape, représentant du Christ sur Terre. Depuis 1046, les Empereurs nomment des papes de qualité, issus du milieu réformateur. Moralement irréprochables, ceux-ci ne sont cependant pas encore libres.
Alors, le pape Nicolas II promulgue un décret selon lequel seuls les cardinaux de l’Eglise romaine ont le droit d’élire le pape. Libéré de la tutelle impériale, la papauté peut s’attaquer à la réforme de l’Eglise, et d’abord au recrutement des évêques.
Ce rôle est assigné à un ancien moine, Hildebrand, devenu archidiacre de l’Eglise romaine et, pendant 15 ans, conseiller des papes réformateurs : porté sur le trône pontifical, il prend le nom de Grégoire VII. Personnalité autoritaire, entièrement soumis au service de Dieu – il se fait appeler « serviteur des serviteurs de Dieu » -, il pense que la liberté de l’Eglise exige notamment une direction unique et ferme.
En Février 1075, il promulgue un décret qui interdit à quiconque de recevoir d’un laïque un évêché ou une abbaye. Il réunit des conciles présidés par ses légats, qui pourchassent et déposent les évêques simoniaques. C’est l’application du décret qui déclenche le conflit avec Henri IV, roi de Germanie depuis 1056. Celui-ci n’entend pas renoncer à recruter les évêques, dont il fait les agents de son pouvoir. De leur coté, les prélats sont attachés aux droits politiques, qui font d’eux des princes d’Empire.
Le bras de fer s’engage donc en 1075, lorsqu’Henri IV installe son chapelain comme archevêque de Milan. Grégoire VII excommunie le roi. Henri fait déposer le pape. Grégoire fait déposer le roi à son tour…
Parallèlement, effrayés par les Normands, les princes Lombards et le pape Léon IX font appel à l’Empereur germanique en 1052. Pourtant, ces Normands remportent la victoire et capturent le pape en 1054. C’est l’année du schisme qui sépare définitivement les Chrétientés Byzantine et Latine et où la querelle des investitures oppose le Saint Empire Romain Germanique et la papauté. Celle-ci est condamnée à s’entendre avec les Normands : en 1058, le pape Nicolas II s’allie aux plus puissants d’entre eux, Richard d’Aversa et Robert Guiscard, que le concile de Melfi investit respectivement des duchés de Capoue et de Pouille en 1059.
Cette nouvelle légitimité ne freine pas pour autant l’expansion Normande. Le plus jeune des Hauteville, Roger, conquiert la sicile musulmane en trente ans – 1060 – 1091 -, et Guiscard s’empare en 1071 de Bari et de Brindisi, derniers vestiges de l‘Italie Byzantine, puis, en 1076, du dernier Etat Lombard, la principauté de Salerne. Se sentant à nouveau menacée, la papauté excommunie Guiscard, mais, face à la gravité de la menace germanique, le pape Grégoire VII finit par s’entendre en 1080 avec les Normands. Et quand l’Empereur Germanique Henri IV se fait couronner à Rome et remplace Grégoire VII par un antipape plus docile, c’est Guiscard qui reprend la ville en 1084, au cours d’un sac violent.
Pendant cette période, les rapports entre les nouveaux maîtres de la sicile et Byzance ne sont pas toujours mauvais. En effet, Byzantin et Normands se connaissent et s’apprécient. Mercenaires prêts à tout, les chevaliers Normand continuent d’ailleurs de se louer au plus offrant. En 1070, par exemple, Roussel de Bailleul se met au service de l’Empire d’Orient et mène les armées impériales contre les Turcs, sans pouvoir empêcher le désastre de Mantzikert.
Malgré tout, dans la tète des Normands, tenir le détroit de Corfou, qui ferme l’Adriatique, c’est tenir la plus somptueuse des proies : Constantinople. Guiscard profite de la crise que traverse Byzance après la défaite de Mantzikert face aux Turcs en 1071. Il envoie son fils Bohémond en Epire. Victorieux, les Normands s’attaquent ensuite à la macédoine puis à la thessalie. Venise, à qui Byzance accorde des privilèges commerciaux si elle défend le détroit, cherche alors à éviter que les deux rives de l’Adriatique ne soient sous domination Normande. La destruction de la flotte vénitienne, en 1084, ne permet cependant pas aux Normands d’atteindre Byzance. La mort de Guiscard, en 1085, met un terme aux attaques sur l’Epire, et l’homogénéité de son duché ne lui survit pas. En 1109, l’expédition de Bohémond en Epire est un désastre. Le bouclier vénitien s’avère dès lors efficace, et Byzance sait résister aux multiples attaques de ses successeurs.
L’île de Malte, quant à elle, devient au cours de cette période la plaque tournante de l’esclavage en Méditerranée, car ses ports servent de base de départ aux corsaires qui pillent les rivages Chrétiens et y capturent de quoi alimenter les harems orientaux. En 1090, Roger, fils de Tancrède de Hauteville, s’empare de l’île et met fin à ce trafic. Les communications maritimes sont donc coupées entre les Etats musulmans d’Occident et leurs bases d’Egypte et de Syrie. Mais la conquête Normande laisse les musulmans libres de pratiquer leur religion et de parler leur langue.
Le 24 Janvier 1076, les évêques germaniques, qui sont réunis à Worms, déposent finalement le pape Grégoire VII. En Février, ce dernier dépose à son tour le roi Henri IV et délie ses sujets de leur serment de fidélité. Mais cette situation ne prend pas ce tour dramatique du jour au lendemain : le bras de fer entre Grégoire et Henri marque l’apogée d’un conflit qui, depuis un certain temps, oppose la papauté au Saint Empire.
Car, depuis la fin du Xème siècle, le déclin de l’autorité centrale et la montée des féodalités entraînent des conséquences graves pour l’Eglise. En échange de leur protection, les puissants accaparent les biens ecclésiastiques, exploitent à leur profit abbayes ou évêchés, ont la haute main sur le recrutement des prélats qu’ils choisissent très souvent dans leur famille… L’Eglise toute entière tombe aux mains des laïques.
De leur coté, certains hommes d’Eglise cèdent à l’attrait des jouissances matérielles et apprécient telle ou telle fonction selon ce qu’elle peut leur rapporter. Ils n’hésitent pas à acheter ou vendre une charge épiscopale, voire à faire payer l’administration des sacrements : cette pratique est connue sous le nom de « simonie ».
La qualité des vocations s’effondre. Beaucoup de prêtres sont mariés ou vivent en concubinage, et l’archevêque de Reims, Manasès, regrette que sa charge le contraigne à dire la messe. La papauté elle même est devenue l’objet de rivalités entre familles romaines. Pendant quelques années, un sénateur – Théophylacte – et sa fille – Marozie – font et défont les papes. Un peu plus tard, les Crescent et les Tusculum se disputent le trône papal jusqu'à ce que l’Empereur Henri III vienne y mettre bon ordre et chasse les papes rivaux.
Puis, en Mars de la même année, sont rédigés les « Didactus papae », où, sous une forme concise et brutale, Grégoire VII affirme la suprématie pontificale et justifie son programme. Pour lui, seule l’Eglise romaine a été fondée par le Christ. Vicaire du Christ, le pape a donc un pouvoir absolu et universel. Le pape manie le « glaive » spirituel et délègue le « glaive » temporel aux princes laïques. Il peut donc soumettre les princes à son jugement, ou déposer les Empereurs s’ils s’opposent à la volonté de Dieu et aux droits de l’Eglise.
Dès lors, les princes allemands songent à abandonner le roi et envisagent de le remplacer. Henri IV est donc contraint de se soumettre. Il se rend en pénitent au château de Canossa – un village des Apennins en Italie du Nord -. Là, en Janvier 1077, Grégoire lui accorde l’absolution et lève l’excommunication.
Henri s’empresse alors de reprendre la lutte. Grégoire renouvelle l’excommunication et reconnaît le nouveau roi que se sont donnés les princes allemands. Si bien, que les évêques allemands déposent encore une fois Grégoire et élisent un « antipape », Clément III. Henri IV s’empare de Rome, où Clément III le couronne Empereur, tandis que Grégoire VII s’enfuit ; et meurt à Salerne.
En même temps, Venise garde ses liens avec Byzance : lorsque les Normands de Robert Guiscard menacent celle-ci, l’Empereur Byzantin obtient l’appui décisif de la flotte vénitienne. En échange, en 1082, il octroie à Venise des privilèges qui font passer entre les mains des Vénitiens l’essentiel du commerce byzantin. La seule arme pour Byzance contre des Vénitiens devenus trop puissants, est alors de favoriser leurs rivaux de Pise et de Gènes.
A cela s’ajoute l’impact des croisades, dont les italiens sont les principaux transporteurs. Rapidement, ils essaiment tout autour de la méditerranée. Ils ont leurs quartiers – avec comptoirs et églises – à Constantinople, Alexandrie, dans les villes de Terre Sainte et jusqu’en Petite Arménie et en Mer Noire – Caffa, La tana, Trébizonde – au débouché des routes continentales qui rejoignent la chine. D’Orient, les galères vénitiennes et « galées » génoises apportent soies, épices, produits précieux et l’alun, nécessaire pour teindre les draperies, tandis qu’elles exportent bois, métaux et draps.
Languedoc, France du Sud, XIème siècle :
Dès 1020, les Bogomiles comment à s’infiltrer dans tout le Sud de l’Europe Orientale. Ils prennent d’abord pied en Italie ; certains Vénitiens, en effet, font du commerce avec la dalmatie et Byzance ; des échanges intellectuels sont entrepris. L’hérésie Y à un grand succès, où ses adeptes sont nommés « paritains », par assimilation aux révoltés du siècle précédent.
Ensuite, leurs Principes se répandent en Occitanie, puis remontent jusque sur le Rhin. Le Languedoc est, de ce fait, très vite abordé par leurs missionnaires ; ils y répandent leurs Doctrines dans les nombreuses grottes des montagnes de la région. Ils se concentrent ensuite dans la région d’Albi. Dès lors, ils sont appelés « Albigeois ».
A cette époque, les doctrines des Albigeois sont fondées sur un dualisme manichéen, fortement teinté par les théories platoniciennes ou par le gnosticisme. Par exemple, les écrits qu’ils amènent avec eux font souvent référence au « Soleil du Graal, qui est le vecteur des Traditions dont nous sommes les porteurs. ». D’autres parlent de Légendes multimillénaires, comme celle des Magiciennes de Thessalie qui commandaient autrefois au Soleil du Graal : « Elles savaient contrarier la course des Etoiles, priver la lune de sa lumière – ou la lui rendre – à volonté. Elles assombrissaient le Ciel ; transformaient le feu en glace ; ou encore, se métamorphosaient en jeunes filles, puis en vieillards en haillons, changeaient les pierres en animaux, amortissaient leurs sens ou leur bonne nature, lorsqu’elles l’ordonnaient. ».
Ils puisent également leur inspiration dans une lecture originale de la bible : Dieu, source du Bien et de la lumière, ne cesse de lutter contre Satan, principe du Mal et des Ténèbres, enraciné dans la matière. L’Homme, qui était bon à l’origine, a été corrompu par Satan ; en lui se livre un combat entre le Bien, l’Esprit, et le Mal, qui vient de ce qui est temporel et instable. Pour atteindre le septième Ciel réservé aux purs Esprits, l’Homme doit s’affranchir de la matière, se détacher du Monde périssable en soumettant son corps à une ascèse rigoureuse. Pour se libérer de la prison qu’est la chair, les Cathares - « purs », en grec – refusent le mariage et la procréation.
Ces derniers se réunissent chaque Dimanche pour prier et consommer ensemble le pain consacré. Après une instruction qui dure trois ans, le fidèle peut recevoir le sacrement du « consolamentum », premier sacrement cathare, qui fait de lui un « parfait », voué à la chasteté, refusant de tuer, même pour se défendre, et suivant en tous points les préceptes du « Sermon sur la montagne ». Les « parfaits ne mangent jamais de viande, de fromage ou de lait et respectent des jeûnes rigoureux. Cette vie n’est donc pas à la portée de tous, et la masse des fidèles, les « bons hommes », ne reçoit le consolamentum qu’au moment de mourir.
C’est dans le massif de Sabarthèz, en Ariège, que leur implantation est la plus forte au cours de cette période. Les Albigeois s’y rassemblent régulièrement. Ils se donnent rendez-vous dans des cavernes, autour de pierres rectangulaires posées sur de gros galets. Au cours de leurs réunions, ils figurent parfois d’énormes pentagones qu’ils taillent dans le roc alentours ; ces deniers, paraît t’il contient le Nombre d’Or et plusieurs autres Mystères liés à leur Foi. D’autres fois, leurs Prêtres s’étendent sur le sol pour prier. Au Solstice d’Eté, ou au Solstice d’Hiver – lorsque le Soleil s’arrête juste au-dessus des tables dolmeniques pour les éclairer – ils se couchent tous ; tandis qu’au Midi exact, l’ensemble des pentagones sont entourés d’un halo lumineux et éblouissant. Lequel finit par disparaître au bout de quelques instants dans une gerbe d’étincelles multicolores. A ce moment précis, la ferveur des Bogomiles est à son maximum. Ils nomment d’ailleurs cet instant Magique : « Chemin des Etoiles ».
D’Ussat au Razès, leur popularité ne cesse désormais de croître. Raymond IV de Saint-Gilles, le comte de Toulouse, les accueille donc avec bienveillance. Il leur permet de s’installer sur ses terres. Il est pourtant intrigué par la démarche évangélisatrice de ses hôtes. Il rencontre quelques uns de leurs plus hauts dignitaires à plusieurs reprises ; et leur demande de lui expliquer la nouvelle Foi qu’ils professent auprès de ses Peuples ; son origine autant que ses motivations. Raymond IV de Saint-Gilles découvre alors avec stupéfaction que celle-ci véhicule d’anciennes Croyances se référant à de vieux textes ayant jadis transité par Toulouse. Il exige de voir les documents auxquels les Bogomiles se rapportent. Il les lit avec attention, et ses soupçons se trouvent vite confirmés.
En effet, quelques uns de leurs textes parlent de Secrets perdus ou disparus au fil des Ages. Et d’après l’un d’eux, ceux-ci auraient peut-être autrefois été cachés un moment dans la capitale de sa Province. Raymond IV de Saint-Gilles prend peur. Il comprend rapidement que les nouveaux venus détiennent certainement de grands Pouvoirs si ils connaissent de tels Secrets ; qu’ils sont éventuellement capables de lui nuire si il n’y prend pas garde. Il ne peut pas les chasser de ses terres ; d’autant moins qu’ils ont déjà acquis nombre de villages à leur cause et à leurs croyances.
Raymond IV de Saint-Gilles décide donc de s’allier à eux. Il leur offre toute l’assistance qui leur est nécessaire pour s’installer dans les meilleures conditions possibles. Il leur donne des domaines paroissiaux, des terrains vierges pour qu’ils puissent bâtir des églises en toute tranquillité. Il facilité leurs démarches Spirituelles en disant à ses peuples d’écouter leur Sagesse ancestrale.
Mais, en même temps, d’étranges rumeurs commencent à circuler. On dit que malgré l’édification des églises, parfois, ils continuent à se réunir dans des grottes alentours. On dit aussi que des Bogomiles se font emmurer vivant au cours de certaines cérémonies mystérieuses ; ou bien qu’ils s’y couchent en cercle en attendant de mourir.
A partir de 1050, les liens entre les diverses Eglises Bogomiles – désormais nommées Cathares – se raffermissent. Elles ne se rompront plus jamais. Tout le long des années qui suivent, leurs foyers cristallisent les nombreuses poussées Spirituelles des populations locales.
Par ailleurs, dès cette date, les premiers textes littéraires en français vulgaire sont composés. Leurs auteurs sont des troubadours, « ceux qui trouvent » ; ils ont pour noms Guillaume, comte de Poitiers, Bernard de Ventadour, Raimbaud, comte d’Orange, Jaufré Rudeil. Ils chantent l’aventure et les miracles, les dames et la guerre.
Les troubadours du Midi inspirent les trouvères du Nord, le pays de langue d’oïl ; Gauthier d’Epinay, Conon de Béthune, le comte Thibaut de Champagne, les « Minnesänger » allemands. Les poèmes des troubadours sont chantés dans les fêtes et les châteaux par des jongleurs, qui s’accompagnent d’instruments de musique.
Outre les chansons de geste, qui célèbrent les exploits des preux et les amours impossibles, les troubadours composent des chansons de croisade, des pastourelles, des chansons de toile, et inventent « l’amour courtois » du chevalier entièrement dévoué à sa dame.
En 1094, Bernard de Clairvaux – ou, Saint-bernard –appartient depuis longtemps à la confrérie du Prieuré de Sion. Et c’est cette année là que ceux-ci l’envoient en Bretagne afin de s’Initier pendant plusieurs mois à un certain nombre d’anciennes Cérémonies Druidiques. De fait, un peu plus tard, Saint-Malachie écrit à ce sujet : « C’est dans la forêt, et non dans les Livres, que tu trouveras la vie Supérieure. ».
Puis, Bernard de Clairvaux revient en Languedoc pendant trois mois. Il y parfait ses Connaissances. Il y visite les pics Pyrénéens au sommet desquels quelques Communautés Cathares se sont établies. D’ailleurs, il se rend à Montségur et dans ses environs. Il parcourt les rives du « Lac des Druides », dont le nom, par déformation, est en train de devenir « Lac des Truites ». Il y découvre la tradition selon laquelle les Tectosages – une tribu Celte qui a jadis pillée le Trésor de Delphes – aurait jeté son or à cet endroit. Il y apprend également que les Rois Mérovingiens auraient été des Adeptes des Sciences Occultes et de toutes les formes d’Esotérisme qui existent. Il lui y est révélé que ce sont les derniers d’entre eux qui auraient accueilli les premiers Bogomiles dans la région. Il lui y est dit que les Parfaits auraient transmis les Doctrines et les Mythes Druidiques en leur possession, à ces Souverains. Et, il commence à se demander si les Mérovingiens n’auraient pas été en contact avec les Celtes Arcadiens – les Ancêtres des Bogomiles -, qui ont gagné le Danube, traversé le Rhin, et qui se sont établi en Germanie Occidentale, au début de l’Ere Chrétienne ?
C’est ainsi que Saint-bernard est ensuite amené à habiter la forteresse de Foix pendant une semaine. A l’intérieur de cet autre bastion du Catharisme, il est alors informé qu’avant que la citadelle ne soit bâtie, la tribu Celte des Sotiates y avait érigé un oppidum. Et, il se met dès lors peu à peu à comprendre quel lien unit la place forte de Montségur à celle de Foix.
Mais, c’est aussi à ce moment là que la puissante famille Languedocienne de Godefroy de Bouillon décide de faire courir le bruit selon lequel ses origines remontent à Lohengrin. Car, Saint-bernard, autant qu’elles, savent bien que, dans la tradition Celte, celui-ci est considéré comme le fils du héros du Graal, Parzival. Tout en faisant peu cas du fait que le troubadour Raoul de Gael déclame de son coté, à son de trompe, que c’est la forêt de Brocéliande qui a été le théâtre des exploits des Chevaliers de la table Ronde partis à la recherche du Graal.






































