20 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1190 - 1192
Le mois d’Octobre 1789 est un mois troublé au sein du mouvement rosicrucien du Midi de la france. Malgré son emprisonnement en Italie, les derniers efforts de Cagliostro ne peuvent empêcher les Loges qui lui sont dévouées de se diluer, soit dans la franc-Maçonnerie – en effet, la magie et la maçonnerie sont progressivement devenues étroitement liées -, soit dans de petits cénacles d’Hermétistes et d’Occultistes opérant à titre individuel. Même Jakob Bohme, Sweedenberg ou le comte de Saint-Germain sont impuissants à enrayer la chute inéluctable de l’Ordre.
De fait, quelques semaines plus tard, le comte de Saint-Germain disparaît mystérieusement. Il abandonne les Loges françaises à leur sort en s’enfuyant nul ne sait où. Et, de sa cellule romaine, Cagliostro pense que lorsque le comte de Saint-Germain reviendra de son « Orient Mystique », ce sera le signe de l’anéantissement de la connaissance Traditionnelle. Cela voudra dire que l’Auguste Fraternité aura définitivement laissé la place à la franc-Maçonnerie, que son système Hermétique et Chevaleresque des Hauts Grades aura été dévoré par elle.
Fin Octobre 1789, quelques mois après la mort de Cagliostro, certaines rumeurs commencent à circuler à son sujet parmi les derniers membres de sa Loge Lyonnaise : les unes disent que lui et le comte de Saint-Germain ont, par le passé, été affiliés aux « Illuminés de Bavière » ; les autres prétendent qu’il a vécu au temps d’Alexandre le Grand et de Ponce Pilate ; qu’il fabriquait de l’or et ne se promenait jamais sans des diamants de la grosseur d’un œuf de poule.
D’Octobre à Décembre 1789, les quelques 1200 députés constituants, qui siègent à Paris, dans la salle du Manège des Tuileries, dotent la france d’un édifice administratif, politique et financier très nouveau. Dans ce contexte, les députés favorables aux aristocrates et aux « monarchiens » se placent à la droite du président de l’Assemblée, ceux qui veulent limiter les prérogatives de la monarchie siègent à sa gauche ; la majorité de l’Assemblée est pourtant composée de constitutionnels ; les « patriotes », dont Pétion et Robespierre, sont à l’extrême gauche.
En Décembre, les anciennes provinces sont remplacées par 83 départements, dont la taille permet à chaque habitant de parvenir en un seul jour au chef-lieu. A l’Assemblée, le 10 Octobre, Talleyrand propose que les biens du clergé, qu’il estime à plus de deux milliards de livres, soient « mis à la disposition de la nation ». Le projet est voté en Novembre, grâce à Mirabeau qui y a rallié le bas clergé, en stipulant qu’aucun curé ne toucherait un traitement inférieur à 1200 livres. En Décembre, les biens du clergé sont donc vendus au profit d’une « caisse extraordinaire » qui peut émettre des billets de 1000 livres, les assignats. Dès le mois d’Avril, un assignat papier monnaie est émis, gagé sur les terres et les biens du clergé. Mais la vente de ces derniers supprime peu à peu la garantie. Il s’agit là d’une bombe à retardement : alors que le nombre des assignats augmente, leur valeur diminue périodiquement.
Le 14 Juillet 1790, la fête de la fédération semble unir le roi et toutes les catégories de Français, qui, transcendant les dissensions, expriment leur foi dans l’avenir du royaume. Cependant, le malentendu est profond. Il résulte, tout d’abord, de la situation du clergé. A la suite de la vente de ses biens, cet ordre n’a plus d’existence autonome dans l’Etat ; il faut donc transformer ses membres en fonctionnaires rétribués. Le 12 Juillet 1790, l’Assemblée établit la constitution civile du clergé, qui décrète l’éligibilité des prêtres ; le pape Pie VI riposte par un refus catégorique. Le 27 Novembre, le clergé est requis de prêter serment de fidélité à la révolution. Dès lors, les « jureurs », ou constitutionnels, condamnés par Rome, s’opposent aux « réfractaires », auxquels Louis XVI et une partie de ses sujets demeurent fidèles. Le roi, quant à lui, prisonnier de la capitale, hostile aux mesures prises par l’Assemblée, quitte Paris en secret avec sa famille le 21 Juin 1791. Reconnu à Sainte-Menehould, Louis XVI est arrêté à Varennes puis ramené à Paris. Pour le peuple, le souverain a voulu rejoindre les troupes étrangères et reprendre le pouvoir par les armes. Le 17 Juillet, des pétitionnaires se rendent au Champs de Mars et réclament la république, tandis que la fayette ordonne à la garde Nationale de tirer sur les manifestants.
Le 26 Août, la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, conformément à l’esprit des Lumières, proclame les droits naturels et imprescriptibles de chaque individu. L’idée force est la liberté : liberté physique des personnes, d’opinion, de culte, d’expression, de réunion, d’association. Vient ensuite l’égalité, une égalité « naturelle », juridique, rejetant tout privilège de naissance. La souveraineté nationale, proclamée par les articles 3 et 6, est imitée du système anglais. Enfin, la propriété est définie comme « inviolable et sacrée ». Mais la déclaration confie à la loi le soin de définir les « bornes » de la liberté et d’en réprimer les abus. Elle fixe également des limites à l’égalité, en reconnaissant les « distinctions sociales » dès l’article premier, tandis que l’article 6 sépare les hommes suivant leurs « capacités, vertus et talents ». Le droit d’association est circonscrit aux groupements non professionnels, car le texte est l’œuvre de bourgeois, las des règlements des métiers et corporations.
Puis, le 27 Août, l’Empereur Léopold II d’Autriche et le roi de Prusse confirment l’opinion populaire en signant la déclaration de Pillnitz, dans laquelle ils menacent les révolutionnaires d’une intervention militaire. Quand la constituante se sépare le 30 Septembre 1791, la guerre semble inévitable.
Tous savent pourtant que la monarchie constitutionnelle n’est qu’une fiction. L’Assemblée législative, élue pour deux ans au suffrage censitaire, est sans expérience puisque la constituante a décidé qu’aucun député sortant ne pourrait s’y faire élire. Elle doit agir illégalement, en exerçant une partie du pouvoir exécutif, car Louis XVI, qui refuse d’assumer ses fonctions, utilise systématiquement sont droit de veto.
Le débat sur la guerre précipite les événements. Les Jacobins sont partisans d’une intervention militaire contre l’Europe des rois. Le conflit, pensent t’ils, vont détourner la fureur populaire vers l’étranger. Louis XVI veut également l’affrontement, car il croit que les Français, vaincus, vont revenir à lui, leur médiateur naturel avec les monarques – ses parents. Malgré les avertissements de Robespierre, l’Assemblée déclare la guerre à l’Autriche, à la hongrie et à la bohème, le 20 Avril 1792. Rapidement, les défaites s’accumulent, des généraux passent du coté des étrangers et des émigrés ; le roi et la reine agissent secrètement en faveur des monarchies européennes. Le 11 Juillet, l’Assemblée décrète « la patrie en danger » : tout citoyen a désormais le droit de porter les armes.
Une grande agitation règne donc à Paris et les Jacobins sont soumis à de fortes pressions. Un mouvement politique indépendant de l’Assemblée joue un rôle essentiel : il s’agit des sans-culottes, dont les revendications sont sociales, patriotiques et populaires. Ils demandent des mesures d’urgence : la taxation contre la hausse des prix, l’arrestation des contre-révolutionnaires et des curés réfractaires. Le 20 Juin, le peuple envahit les Tuileries, oblige Louis XVI à coiffer le bonnet rouge et à boire à la santé de la révolution. Le 1er Août, le manifeste du duc de Brunswick enflamme la capitale : la déclaration menace Paris, en cas d’agression contre le roi, d’être livrée « à une exécution militaire et à une subversion totale » ; les patriotes, fous de rage, votent la déchéance de Louis XVI. Le 10 Août, les sans-culottes donnent l’assaut aux Tuileries.
La farouche résistance des gardes suisses, défenseurs de la famille royale, ne suffit pas : cette dernière se réfugie tout d’abord auprès de l’Assemblée, avant d’être incarcérée au Temple, le 13 Août. Le roi est suspendu, la france, menacée de toutes parts, doit se doter de nouvelles institutions.
19 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1187 - 1190
Mi-Avril 1789, le comte de Saint-Germain se trouve en Suède ; il prévient le roi Gustav III des dangers qui le menacent. Puis, il revient en France. Il donne rendez vous à une de ses amies à Paris, mademoiselle d’Adhémar, devant l’église des Recollets quelques jours avant que ne débutent les Etats Généraux. Le soir, celle-ci note dans son journal : « Le comte semble toujours avoir un peu plus de 40 ans. Il m’a affirmé que je dois le revoir encore cinq fois. ».
Dès l’ouverture des Etats Généraux, à Versailles, et devant le roi, les événements se précipitent :
L’abbé Grégoire se rallie aux idées révolutionnaires. Il prend parti pour l’émancipation des juifs de France. Il se fait alors bientôt connaître par des sermons en forme de réquisitoires, ainsi que par des écrits non moins incisifs. Il consacre également à la question de l’esclavage un volumineux ouvrage « De la littérature des Nègres ».
Précurseur dans ce domaine et témoignant d’une grande érudition, il démontre que tous les hommes sont égaux et que les Noirs ont su élaborer des cultures mais aussi des arts, des techniques et des connaissances scientifiques équivalant à ceux des autres nations. Son livre, traduit en anglais, fournit aux Noirs d’Amérique les arguments nécessaires à la lutte contre l’esclavage.
Le 5 Mai, la séance inaugurale se déroule dans la salle des Menus-Plaisirs, une pièce immense à l’acoustique très mauvaise. Profonde déception ce jour là : Louis XVI, par l’entremise de son garde des Sceaux, dénonce dans un discours maladroit « les innovations exagérées » et ne fait aucune allusion au principal objet du litige, le vote par tète ou par ordre.
Le lendemain, la séance est consacrée à la vérification des mandats. Les députés du Tiers Etat refusent de vérifier séparément, ce qui abolit, de fait, la distinction entre les trois ordres. La discussion sur ce sujet piétine pendant un mois. Tout se précipite le 10 Juin, lorsque l’abbé Sieyès appelle les membres du Tiers à passer à l’action. Le 17 Juin, ces derniers prennent deux décisions révolutionnaires : considérant qu’ils représentent « les 96 centièmes au moins de la nation », ils déclarent qu’à eux seuls, ils forment l’Assemblée Nationale ; dans le même temps, ils se proclament souverains en matière d’impôts, dépossédant ainsi le roi de l’une de ses prérogatives. Deux jours plus tard, la majorité du clergé décide de s’unir au Tiers. Le refus de la noblesse de se rallier et les exhortations de son entourage convainquent Louis XVI d’adopter une attitude ferme.
Le 20 Juin, le roi ordonne la fermeture de la salle des Menus-Plaisirs. Les députés se réunissent alors dans la salle du Jeu de Paume et s’engagent par serment « à ne jamais se séparer et à se rassembler partout où les circonstances l’exigent, jusqu’à ce que la constitution soit établie ». A l’envoyé de Louis XVI, qui demande au Tiers de se retirer, le comte de Mirabeau rétorque : « Allez dire au roi que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». Le 27 Juin, Louis XVI capitule, la majorité de la noblesse et le reste du clergé s’étant joint au Tiers. L’Assemblée prend le nom « d’Assemblée Nationale » et commence à discuter d’un plan de Constitution. Beaucoup pensent que la révolution est désormais terminée.
La révolution parisienne vient pourtant renforcer la révolution juridique. Le mécontentement est d’autant plus grand que des rumeurs circulent sur la situation des députés à Versailles : on parle de complot aristocratique, d’un possible bain de sang. Le roi, hostile à l’Assemblée, multiplie les erreurs. Il concentre des régiments autour de Versailles et de Paris, et, le 11 Juillet, il renvoie Necker. Deux jours plus tôt, le 9 Juillet, l’Assemblée s’est proclamée « Assemblée Nationale Constituante ». L’effervescence est vive dans les jardins du Palais-Royal, où des orateurs improvisés, comme Camille Desmoulins, incitent le peuple à s’armer. La nuit du 13 Juillet est marquée par l’incendie des barrières de l’octroi et par la constitution d’une nouvelle municipalité, dirigée par l’astronome Bailly. Des notables se joignent aux échevins pour maintenir l’ordre – tant pour prévenir les débordements des troupes du roi que ceux du petit peuple. La municipalité décide d’abord de créer une milice, qui prend bientôt le nom de « Garde Nationale » ; ses membres, sous les ordres de la fayette, héros de la guerre de l’Indépendance américaine, portent une cocarde rouge et bleu, aux couleurs de Paris.
Dans la nuit du 13 au 14 Juillet, ordre est donné de dresser des barricades dans la ville afin de résister au roi. Au matin du 14, le prix du pain est au plus haut. Le bruit court que Louis XVI veut faire tirer sur le peuple depuis la bastille, inquiétante forteresse qui domine le quartier populaire du faubourg Saint-Antoine. Un rassemblement a lieu devant le vieux château, qui, converti en prison d’Etat depuis Louis XIII, symbolise l’arbitraire royal. Les tentatives de conciliations échouent, et des coups de feu sont tirés sur la foule. La bastille est finalement prise, grâce à l’intervention des gardes françaises qui se joignent aux manifestants. La foule s’empare des milliers de fusils de la forteresse, qui viennent s’ajouter à ceux pris auparavant aux Invalides ; les sept prisonniers de la bastille sont libérés. Le gouverneur de Launay ainsi que le prévôt des marchands sont décapités et leurs tètes promenées sur des piques.
Le 15 Juillet, le roi annonce à l’Assemblée – que, pour la première fois, il qualifie de « Nationale » - le retrait des troupes de Paris. Necker est rappelé le 16 et le roi se rend dans la capitale le lendemain. Il y arbore, sur le perron de l’Hôtel de Ville, la cocarde, devenue tricolore – le blanc du roi s’est intercalé entre le rouge et le bleu de Paris. Dès lors, nombre d’aristocrates prennent comme le comte d’Artois – frère de Louis XVI -, le chemin de l’exil.
Peu à peu, la confusion régnant ne permettant pas aux forces de l’ordre de faire régner l’ordre, à tout moment, les « ennemis du peuple », réels ou supposés, sont mis à mort sans procès. Pour exécuter un suspect, le moyen le plus commode est alors de le pendre à un réverbère de la voie publique. Ensuite, la tète de la victime est généralement promenée au bout d’une pique.
La nouvelle de la prise de la bastille suscite en province de vibrants mouvements d’enthousiasme populaire. A l’exemple de Paris, dans toutes les villes, les « patriotes » prennent le contrôle d’une « révolution municipale » qui chasse les agents du roi.
De fait, la crise frumentaire s’amplifie. Les mois de Juillet et d’Août sont toujours sensibles. Les moissons seront t’elles suffisantes pour faire baisser les prix ? Les rumeurs les plus folles courent à propos des événements parisiens ; elles se cristallisent bientôt sur la peur du « complot » des aristocrates – accusés de stocker le blé pour affamer le peuple ‘, complot des « brigands » - la crise jette sur les routes chômeurs et pauvres hères. De bouche à oreille, on colporte d’étranges nouvelles : des bandes armées de vagabonds et de mendiants, payées par les nobles, dévasteraient villages et récoltes. Ces bruits naissent en même temps dans des foyers différents, tels le pays nantais, Ruffec – en Charente – le Beauvaisis, la champagne, la région du Mans, la franche-Comté. Du 20 Juillet à la mi Août, tout le royaume est touché, à l’exception de la bretagne, de la lorraine et de la guyenne. Une fois raisonnée, la panique fait place à une attitude offensive contre les seigneurs. Alors, les paysans se rendent au château, exigent la destruction des archives, brûlent le colombier, assassinent parfois. Ce mouvement de subversion, incontrôlable, ne peut laisser indifférents les députés.
Car beaucoup de députés, propriétaires, s’inquiètent vivement pour leurs domaines à l’annonce des émeutes. Une séance est prévue pour en débattre dans la nuit du 4 Août. Une minorité, regroupée dans le « club breton », refuse toute répression. Des aristocrates libéraux proposent l’abolition de tous les privilèges fiscaux. Au terme d’un vote quasi unanime, la dîme est les privilèges sont supprimés. A deux heures du matin, quand les députés se séparent, l’écroulement de l’Ancien Régime est consommé, mais la féodalité n’est pas tout à fait morte. Quelques jours plus tard, en effet, les décrets atténuent le sens de cette extraordinaire nuit. Ils distinguent des droits de « féodalité dominante » et de « féodalité contractante ». Les premiers – droits honorifiques de pèche, de colombier, etc. – sont supprimés ; les seconds, découlant d’un contrat entre le seigneur et ses tenanciers – cens, champart, rentes – sont rachetables à un prix qui équivaut à vingt fois leur valeur annuelle. Or, seuls les plus riches peuvent avancer de pareilles sommes.
Pendant ce temps, à Versailles comme à Paris, la tension ne cesse de croître. Louis XVI hésite sans cesse : il a rappelé Necker, mais il refuse de reconnaître les décisions des députés. Dans la capitale, les rumeurs de « complot » s’amplifient. Les récoltes n’ont pas apaisé la crise des subsistances et, dans les quartiers populaires, le chômage s’aggrave. Les journaux et pamphlets, multipliés depuis le printemps, attisent l’effervescence. Si le roi venait à résider à Paris, commence-t-on à penser, il cesserait d’être soumis à l’influence mauvaise des aristocrates. C’est dans ce contexte que la nouvelle arrive : Louis XVI et Marie-Antoinette viennent d’assister à un banquet de soldats où la cocarde tricolore a été foulée aux pieds. L’émotion populaire est vive. Une manifestation se forme, le 5 Octobre, devant l’Hôtel de Ville pour réclamer du pain. Le soir, 6000 à 7000 personnes se retrouvent à Versailles. Le lendemain, un long cortège où les femmes sont nombreuses, ramène à Paris, outre des chariots de blé et de farine, le roi, la reine et le Dauphin – « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » -.
L’arrivée de Louis XVI aux Tuileries ne résout pourtant pas les problèmes de la crise économique, de la vacance du pouvoir, en passant par la soumission de toute autorité à l’action populaire. En effet, la rue est à présent une force politique majeure.
18 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1185 - 1187
De fait, à partir du moment où Louis XVI convoque les Etats Généraux, l’effervescence de l’opinion est à son comble. A Paris, depuis « l’Affaire du Collier », la reine est détestée. Des pamphlets l’accusent toujours de ruiner le pays par ses dépenses inconsidérées : on lui reproche de s’être fait construire le Hameau de Versailles, de doter trop richement ses meilleures amies et d’aimer à l’excès les robes, les fêtes et les bals. Mais si l’opinion publique est unanime à détester la reine, la question du mode de représentation aux Etats Généraux la divise bientôt et fait apparaître un clivage irréductible entre les privilégiés et les autres Français. Les 23 Septembre 1788, le Parlement de Paris accepte que soient convoqués les Etats Généraux pourtant, précise t’il, ceux-ci doivent mètre « composés suivant la forme observée en 1614 », c’est à dire que chacun des ordres qui constituent traditionnellement la nation française disposera du même nombre de représentants. Le troisième ordre – ou Tiers Etat -, qui comprend la plupart des sujets du royaume, aura alors autant de députés que la noblesse ou le clergé : largement majoritaire dans le pays, il est donc condamné à la minorité.
Hier encore, le Parlement de Paris prétendait agir au nom de la « nation » tout entière. Ce revirement provoque une prise de conscience politique décisive et le débat change de face. C’est une lutte entre le Tiers Etat et les privilégiés qui s’engagent. La crispation conservatrice du Parlement contribue à dessiner, par opposition, un « parti national et patriote » dont le discours est de plus en plus revendicatif. Bientôt, ce mouvement trouve un soutien dans l’explosion typographique de cette année si particulière : plus de 140 journaux voient le jour, amplifiant la voix de l’opinion, cette nouvelle et imprévisible source de légitimité.
Pourtant, au début, les publications tentent surtout de donner une image cohérente de la société et de justifier sa division en « ordres », c’est à dire en catégories sociales fondées sur le statut juridique des personnes et non sur la fortune. Les nobles, seuls à être « bien nés », s’estiment destinés à commander. Aristocrates de cour immensément riches ou pauvres hobereaux de province, tous ont en commun des valeurs guerrières et chevaleresques, un mode de vie qui impose de ne pas déroger en travaillant de ses mains, et des privilèges qui les distinguent légalement des roturiers. Certains de ces avantages sont purement honorifiques – comme le droit de porter des talons rouges -, mais d’autres sont bien réels. Ainsi, les aristocrates condamnés à mort sont décapités, au lieu de subir les affreux supplices du temps. Censés servir le roi en combattant pour lui, ils sont exemptés du principal impôt, la taille. Conseillers du roi au Moyen-Age, les nobles regrettent que des roturiers puissent devenir ministres, ils déplorent aussi d’avoir perdu la plus grande partie de leurs pouvoirs féodaux au profit de l’Etat.
Malgré tout, en Janvier 1789, le pamphlet de Sieyès affirme que le Tiers Etat est la nation à lui tout seul. Celui-ci est le premier à se présenter comme le héraut de la lutte contre les privilèges de la noblesse. Le plan de cet écrit est, somme toute, assez simple : « Nous avons trois questions : 1) Qu’est ce que le Tiers Etat ? Tout ; 2) Qu’a t’il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ? Rien ; 3) Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose.
Le clergé est l’autre ordre privilégié du royaume. Il a son propre droit, ses propres tribunaux et, comme ses biens ne sont jamais divisés pour héritage, il est très riche. Ce sont les grandes familles du royaume qui donnent à l’Eglise ses plus hauts prélats, que ceux-ci aient ou non une vraie vocation religieuse. Ils mènent grand train, manquent souvent aux devoirs de leur charge et scandalisent le bas clergé. Les simples prêtres, foule de roturiers obscurs mais instruits, sont souvent réduits à la « portion congrue », cette partie des revenus de la paroisse abandonnée par le curé au vicaire qui remplit réellement sa charge.
En grande majorité rural, représentant plus de 90 % de la population, le Tiers Etat est aussi divers que peut l’être un peuple. Grands bourgeois vivant comme des nobles et paysans exaspérés par la réaction féodale, marchands des villes et ouvriers à domicile, maîtres de corporation et colporteurs, chirurgiens-barbiers, savants renommés et charbonniers des forêts, maîtres d’école et jeunes épousées qui déclarent ne pas « savoir signer », tous appartiennent au même ordre. Pour la première fois depuis 175 ans, ces Français vont avoir la parole.
De fait, la circulaire royale du 24 Janvier 1789 présente la convocation des Etats Généraux. Si le but principal est toujours de résoudre la crise financière, le roi donne à cette mesure une portée bien plus grande. La lettre dit qu’il faut redresser « les abus en tous genres et établir un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur des sujets ». Très vite, cette perspective l’emporte dans l’esprit desdits sujets, qui préfèrent bouleverser l’Etat plutôt que d’y renoncer.
Le printemps de l’année 1789 est un moment d’extraordinaire effervescence dans toute la france. Des millions d’hommes, jusque là condamnés à la passivité politique, prennent alors la parole. « Etre né Français », « avoir vingt-cinq ans », « être compris dans les rôles – registres – des impositions », telles sont les conditions nécessaires et suffisantes pour prendre part aux délibérations qui préparent les Etats Généraux. Pendant deux mois, dans les 40 000 paroisses du royaume, les curés invitent leurs ouailles à choisir leurs représentants et à composer des cahiers par lesquels ils vont pouvoir faire connaître au roi leurs doléances. Dans toutes les communautés de France, les hommes se réunissent donc, discutent et désignent des mandataires pour les assemblées de bailliage. Là, on élit les députés qui vont faire le voyage jusqu'à Versailles ; ils vont y apporter un document qui reprend et synthétise les doléances de la région.
Théoriquement, la parole est libre. En réalité, elle est souvent confisquée, détournée et censurée, car dans la plupart des villages, les seigneurs ou les hommes de ville, avocats ou notaires, imposent leurs doléances et poussent à une grande modération dans le choix des demandes et dans la formulation. Pourtant, dans beaucoup de paroisses, un discours revendicatif émerge, met en question le principe même des droits seigneuriaux, critique les abus des propriétaires, dénonce le poids et l’inégalité des impôts royaux.
Parce qu’ils sont rédigés pendant la crise de l’hiver 1788-1789, des dizaines de milliers de cahiers disent les malheurs des temps, les aspirations multiples et contradictoires des Français. Ils expriment aussi l’immense confiance que ses sujets de province continuent à placer en Louis XVI, leur « père ». On pense que le roi peut empêcher les seigneurs de chevaucher dans les blés mûrs, peut supprimer la gabelle et les gabelous, réorganiser les provinces et même favoriser des réformes utopiques de l’armée ou de l’instruction.
Au terme de cet apprentissage de la parole politique, 1315 députés de toutes les provinces du royaume se dirigent vers Versailles. 654 sont du Tiers Etat, car celui-ci a obtenu que le nombre de ses représentants soit presque doublé. Plus de la moitié des députés du Tiers Etat sont avocats ou hommes de loi ; il y a quelques gros fermiers, et les autres sont négociants ou entrepreneurs. Les artisans et le petit peuple, qui forment l’essentiel du Tiers Etat, sont totalement absents de la députation. C’est par d’autres biais qu’ils prennent bientôt la parole et jouent un rôle politique fondamental. Grâce à la pression de la rue, au cours de ces émeutes si fréquentes en 1789 et aggravées par le prix du pain, ce sont eux qui tiennent la première place.
Car, dès Janvier, des combats de rue opposent la noblesse et le Tiers Etat de la ville de Rennes. En Mars, à Reims, une foule de miséreux attaque des convois de blé. En Avril, à Besançon, on pille et on vide de leurs stocks de blé les hôtels des parlementaires, et, à Adge, c’est la menace populaire qui obtient la baisse du prix du pain. Mais c’est à Paris qu’ont lieu les troubles les plus graves. Dans le faubourg Saint-Antoine, le sieur Réveillon, qui est le patron d’une grosse manufacture de papiers peints, provoque la colère de ses employés en prononçant des mots que ceux-ci interprètent mal. Il dit « qu’un ouvrier pourrait vivre avec 15 sous par jour ». Le 27 Avril 1789, au cri de « Mort aux riches », « le pain à deux sous » et « A bas la calotte », plusieurs centaines d’hommes se mettent en marche derrière l’effigie de Réveillon et d’un autre manufacturier, dont on saccage la maison. Le lendemain, la protestation s’amplifie et la troupe intervient. L’émeute Réveillon est la « journée » la plus meurtrière de l’année, car, même si la police n’avoue que 35 morts, en fait, il y en a eu plus de 300.
Dans cette ambiance tendue, des députés de toute la france se réunissent à Versailles. La philosophie est à la mode, on ne parle que de réformes du royaume, de liberté et de nation, et les Etats Généraux, qui n’ont pas été convoqués depuis près de deux siècles, devraient se contenter, dans l’esprit du roi, de réformer la fiscalité.
Mi-Avril 1789, le comte de Saint-Germain se trouve en Suède ; il prévient le roi Gustav III des dangers qui le menacent. Puis, il revient en France. Il donne rendez vous à une de ses amies à Paris, mademoiselle d’Adhémar, devant l’église des Recollets quelques jours avant que ne débutent les Etats Généraux. Le soir, celle-ci note dans son journal : « Le comte semble toujours avoir un peu plus de 40 ans. Il m’a affirmé que je dois le revoir encore cinq fois. ».
Dès l’ouverture des Etats Généraux, à Versailles, et devant le roi, les événements se précipitent :
L’abbé Grégoire se rallie aux idées révolutionnaires. Il prend parti pour l’émancipation des juifs de France. Il se fait alors bientôt connaître par des sermons en forme de réquisitoires, ainsi que par des écrits non moins incisifs. Il consacre également à la question de l’esclavage un volumineux ouvrage « De la littérature des Nègres ».
Précurseur dans ce domaine et témoignant d’une grande érudition, il démontre que tous les hommes sont égaux et que les Noirs ont su élaborer des cultures mais aussi des arts, des techniques et des connaissances scientifiques équivalant à ceux des autres nations. Son livre, traduit en anglais, fournit aux Noirs d’Amérique les arguments nécessaires à la lutte contre l’esclavage.
17 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1183 - 1185
Un autre événement vient aggraver la crise que traverse le royaume : fin 1785, Marie-Antoinette, à cause des difficultés financières, renonce à acquérir un superbe collier. Une aventurière, la comtesse de la motte, convainc Louis de Rohan, cardinal-archevêque de Strasbourg, de l’acheter secrètement pour la reine, afin de rentrer en grâce auprès d’elle. Le crédule cardinal achète le collier et obtient un rendez vous avec la reine, de nuit, à Versailles. Mais la femme à qui il donne le bijou est une prostituée qui ressemble vaguement à Marie-Antoinette et qui remet le collier à Madame de la motte. Le cardinal ne pouvant payer la première traite, les joailliers s’adressent donc à la reine, et le scandale éclate. C’est le Parlement de Paris qui, en Septembre 1786, juge les protagonistes. Le cardinal, enfermé à la bastille, est acquitté, et Madame de la motte, reconnue coupable, est marquée au fer rouge d’une fleur de lys. Mais l’opinion, convaincue que les petites gens ont payé pour les gaspillages de la cour, est plus que jamais hostile à Marie-Antoinette.
De fait, endetté, affaibli, usé par les pamphlets et les libelles, l’Etat royal ne parvient pas à répondre aux attaques de plus en plus vives de l’opinion. Les hommes se succèdent au poste de contrôleur général des Finances sans pouvoir faire autre chose que multiplier les emprunts. Charles Alexandre de Calonne, qui est nommé en 1783, n’échappe pas à l’impuissance générale. En 1786, le déficit des finances royales atteint cent millions de livres, et les arriérés de la dette dépassent deux cents cinquante millions. Pour éviter la banqueroute et afin de « reprendre en sous-œuvre l’édifice entier pour en prévenir la ruine », Calonne propose, à la suite de Turgot, une série de réformes radicales permettant, entre autres, de lever des impôts sur les classes privilégiées du royaume.
Calonne sait très bien que les Parlements vont s’opposer à ses propositions. Il décide donc d’en demander l’approbation à une assemblée de notables. Les 144 membres choisis par le roi se réunissent à Versailles, le 22 Février 1787. Ce sont presque tous des privilégiés et Calonne leur demande de réduire les privilèges. Les notables refusent la plupart des réformes, et le ministre, le 8 Avril 1787, est congédié par Louis XVI qui, une fois de plus, cède à la pression de son entourage. Loménie de Brienne qui succède à Calonne, se heurte à la même hostilité : les notables déclarent n’avoir aucun pouvoir de décision en matière d’impôts nouveaux. Ils évoquent alors l’idée d’une convocation des Etats Généraux. Cette assemblée des trois ordres ne s’est plus réunie depuis 1614, car, organe consultatif hérité du Moyen-Age, elle est contraire à l’Etat absolu. Proposer de réunir les Etats Généraux, c’est souhaiter soumettre le roi au contrôle de ses sujets.
De fait, Brienne congédie l’assemblée des notables le 25 Mai 1787. Pour faire triompher les projets financiers qu’il a repris de Turgot et de Calonne, il n’y a plus qu’une seule solution : s’en remettre au système traditionnel de l’enregistrement des édits par le Parlement. C’est précisément ce que Calonne a voulu éviter en convoquant l’assemblée des notables. Les Parlements reprennent le flambeau de la résistance avec d’autant plus de détermination que l’opinion publique les soutient dans leur lutte contre le pouvoir royal et que la conjoncture est devenue particulièrement critique : la crise économique frappe alors plusieurs provinces. Louis XVI se résout à tenir un lit de justice solennel devant le Parlement de Paris, le 6 Août 1787. Loin de se soumettre, comme l’y obligent les lois du royaume, le Parlement annule les décisions prises ce jour là. En punition, tous ses membres sont exilés à Troyes.
La province s’agite aussi. Le 7 Juin 1788, la population de Grenoble manifeste avec violence pour empêcher l’exil du Parlement du Dauphiné, qui a refusé d’enregistrer les édits royaux. Pendant cette « journée des Tuiles », les deux régiments royaux de la ville, bombardés de projectiles, sont tenus en échec. L’ambiance générale est à la contestation ouverte, d’autant plus qu’une crise économique de grande ampleur s’abat alors sur le royaume.
Les difficultés économiques viennent en effet s’ajouter aux tensions sociales. La crise accroît les déséquilibres, exacerbe les mécontentements, éveille les consciences. Elle frappe de façon inégale : les régions littorales – Nantes, Marseille – sont généralement épargnées, mais les autres provinces souffrent.
Pour protéger leurs revenus et compenser les effets de la baisse des prix agricoles, beaucoup de propriétaires nobles cherchent à augmenter les redevances dues par les paysans. Ils chargent alors des spécialistes du droit féodal d’étudier les terriers, les registres contenant le détail des droits et devoirs du seigneur, afin de revivifier des charges tombées en désuétude. Dans de nombreuses provinces, les propriétaires empiètent sur les terres communales et restreignent les droits d’usage sur celles qui leur appartiennent. Le ressentiment antiseigneurial, resté modéré pendant plusieurs décennies, s’intensifie. En 1785, après une disette fourragère, une partie du cheptel est décimée par la maladie. Or, le bétail est souvent le seul capital des paysans, leur ultime sécurité, et l’épidémie accroît encore leur colère.
Comme l’agriculture est en crise, la demande des produits artisanaux et manufacturés s’effondre. Le secteur du textile est le plus touché ; la draperie lilloise, les toileries normandes et bretonnes, les manufactures de Lodève et de Carcassonne, toutes perdent des emplois. La situation est encore aggravée par le traité de libre échange signé avec l’Angleterre en 1786. En 1787, l’inflation s’ajoute aux perturbations, et, en 1788, les mauvaises récoltes provoquent une hausse des prix particulièrement brutale.
Les Parlements contestent les pouvoirs du roi ; les paysans, les privilèges du seigneur. L’Etat est incapable de rembourser ses dettes, il est impuissant devant les difficultés économiques ; l’agriculture s’appauvrit et les industries font faillite. C’est au cœur de cette crise multiforme que le 8 Août 1788, après avoir longtemps hésité, Louis XVI convoque enfin les Etats Généraux.
16 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1181 - 1183
Né Guiseppe Basalmo, Alessandro de Cagliostro prend le titre de comte par l’intermédiaire de sa marraine en Juillet 1785. En effet, a l’âge de 20 ans, alors qu’il était encore jeune homme, il a eu l’occasion de faire un séjour prolongé à Malte. Il y a rencontré le Grand Maitre de « l’Ordre des Chevaliers de Malte » ; lequel, étant Alchimiste et Rosicrucien, l’a Initié à l’Occultisme.
Dès lors, pendant longtemps, Cagliostro s’est passionné pour l’Occultisme ; il est devenu Alchimiste. Un peu plus tard, tandis qu’il a résidé à Londres, il a été admis dans une Loge Franc-Maçonne. Il s’est ainsi rallié à la « Loge de la stricte Observance Templière » de Gerrard Street, et dont le Grand Maitre était Von Hund. Il a ensuite parcouru l’Europe, vivant surtout en Allemagne pour y rechercher la « Connaissance perdue des Templiers » ; et c’est là qu’il a pour la première fois croisé la route des « Illuminés de Bavière ». C’est là aussi, qu’un jour, dans les environs de Francfort plus exactement, il a trouvé l’entrée d’un souterrain énigmatique : il l’a exploré pendant une bonne dizaine de jours. Il y a découvert un parchemin vieux de 470 ans. Et il a été éberlué lorsqu’il a constaté que son nom y brillait en lettres de sang.
Puis, le lendemain, Cagliostro a été interpellé en pleine rue par deux individus vêtus de noir. Ceux-ci lui ont demandé de les suivre ; mais pour cela, ont t’il dit, ils devaient lui bander les yeux. Cagliostro a été intrigué ; il s’est laissé faire. Et, dès lors, pendant près d’une heure, il a été conduit vers un endroit qu’il ne connaissait pas ; bien qu’il lui a semblé finalement vaguement reconnaître une pièce du Temple Maçonnique de Francfort lorsqu’on lui a ôté son foulard.
Là, plusieurs personnes habillées de la même manière étaient rassemblées en silence. Elles lui ont montré quantités de documents placées dans un coffre. Le parchemin le plus significatif étant signés : « Nous, les Grands Maîtres du Temple ».
Quand il l’a lu, Cagliostro a compris que le coffre contenait les promesses de personnalités connues pour prendre part à la destruction de tous les despotes du Monde. Peu après, toujours sans un mot, les Inconnus ont fait signe aux deux geôliers de Cagliostro de lui couvrir de nouveau les yeux. Puis, il a été ramené à l’endroit exact où ils l’avaient accosté ; avant de disparaître de sa vue en un éclair.
A la suite de cette étrange entrevue, Cagliostro a décidé de se rendre en France pour y fonder une Loge Franc-Maçonne à Lyon. En chemin, pourtant, il a été informé que d’importants groupes Occultes ont subitement vu le jour en Languedoc ; et que ceux-ci se sont ralliés à des sociétés rosicruciennes du Midi. Durant sa tournée, il est d’ailleurs parvenu à en convaincre un certain nombre qu’il était en Quête de Savoirs Occultes incroyables. Ensuite, il s’est dirigé vers l’Italie. Il s’est arrêté à Rome et à Milan, les deux villes où sont exposées les œuvres graphiques de l’artiste Piranèse. Il a attentivement examiné ses toiles afin d’y déceler les Messages énigmatiques qu’elles dissimulaient. Il y a cherché à déterminer si leurs représentations étaient liées à l’Egypte et à ses Mystères. Et, enfin, il a visité le pays des Pharaons pendant un an afin d’en ramener des preuves des Secrets qu’il prétendait vouloir sauvegarder.
En 1785 donc, alors qu’il revient en France, Cagliostro écrit à l’un de ses correspondants : « En Afrique, j’ai visité une ville dix fois plus grande que Paris ; mais elle est désormais ensevelie sous les sables du désert. C’est à cet endroit que j’ai discerné le Passé, le Présent et l’Avenir. Dans ses ruines, je me suis également entretenu avec les morts. D’ailleurs, ce sont eux qui m’ont expliqué que c’est là que je suis venu au monde il y a des siècles ; qu’autrefois, j’y ai été Magicien et Evocateur de Démons. ».
Peu à peu, au cours du voyage, à force de mettre sur papier ce qu’il croit discerner au cœur de cette cité oubliée, Cagliostro est amené à rédiger un corpus auquel il donne le titre de « Arcana Arcanorum » - ou « Secret des Secrets » -. Et il y décrit la forme originelle de la maçonnerie, telle qu’elle a existé en Egypte pendant les règnes des Pharaons. Il y déclare également être lui même Franc-Maçon de Rite Egyptien.
Après avoir débarqué à Marseille, Cagliostro décide de transmettre ses Enseignements aux membres de sa Loge Lyonnaise. Quand il arrive devant eux, il souligne que sa Loge a pour devoir d’être l’héritière des Ecoles Hermétiques de l’Antiquité. Il prétend détenir le « Manuscrit de Voynich » ; un livre Alchimique rédigé anonymement 450 ans plus tôt, et qui contient 272 diagrammes Alchimiques. Il dit qu’à la dernière page de cet ouvrage, il est écrit : « Tu m’as ouvert de nombreuses Portes ». Il insiste sur le fait que les « Mystères d’Osiris » doivent à tout prix être préservés. Il leur révèle que le Sanctuaire d’Abydos est à considérer comme la première Grande Loge Franc-maçonne du Monde. Il leur déclare que ses Adeptes Primordiaux ont appartenu à une Confrérie de Mages, d’Architectes, et d’Artisans. Il leur explique que ceux-ci se sont jusqu'à présent transmis de génération en génération par l’intermédiaire des Traditions Egyptiennes, Hébraïques, de la gnose, du Manichéisme, de l’Alchimie, du Mouvement Templier, et enfin, des Rosicruciens : « Nous pouvons ainsi proclamer l’authenticité de notre Ordre Initiatique, parce que celui-ci remonte, non seulement à Salomon, mais encore, aux Pharaons d’Egypte, qui ont eux mêmes été les détenteurs d’une Tradition beaucoup plus ancienne. ». Et il leur affirme que le Symbolisme de la grande Pyramide contient, dans ses proportions, l’un des Secrets de l’ordre Cosmique du Monde.
Par ailleurs, Cagliostro insiste sur le fait qu’il leur faut rapprocher la tradition Nordique de la révélation Egyptienne. Il leur démontre que leurs Rites ont été perpétués à travers les Ages, grâce aux Enseignements Esotériques de plusieurs groupes Occultes qui se sont éparpillés partout en Occident à partir du Vème siècle ; tels les Esséniens, les membres de la secte d’Eleusis, de Zoroastre, ou d’Arius. Il leur prouve encore que le Mystique Egyptien Ormus, converti au Christianisme avec six de ses compagnons en 46 par Saint-Marc, a été de Tradition Maçonnique. Il leur démontre que, par la suite, celui-ci a fondé une Confrérie où il a mêlé des principes Esotériques Maçons, avec de plus anciennes Croyances. Il leur pose la question demandant si, au cours des siècles suivants, en dehors de Zoroastre, d’Arius, ou d’Ormus, il n’y a pas eu d’autres associations ou d’autres individus dont les œuvres et les idées ont paru très avance sur leur temps, et qui ont peut-être été Initié à ces mêmes Traditions ? Mais, il omet de leur décrire les multiples narrations Mythiques empruntées à l’Ancien Testament, afin de conforter sa doctrine auprès d’eux.
Puis, après ce long discours, Cagliostro désigne plusieurs de ses Initiés en tant que « Maîtres Maçons ». Au cours de leur cérémonie d’investiture, il se met donc à jouer le rôle d’Osiris. Il murmure à l’oreille de chacun de ses Adeptes le Nom Secret d’Osiris au moment où il a été réanimé par Isis. Il leur rappelle qu’ils sont censés être assassinés, puis, ramenés à la vie grâce aux efforts conjugués du « Vénérable de la loge » et des deux « Surveillants » qui interprètent respectivement Horus et Anubis. Il se réfère à Hiram en tant que « Grand Architecte du Temple de Salomon ». Et il prononce devant eux la « Parole Perdue » qu’ont en vain cherché les Rose-Croix dans le passé.
Quelques mois plus tard, Cagliostro se rend une fois encore en Allemagne ; il est en effet convié à Leipzig pour un banquet Maçonnique. Or, au cours du repas, devant tous les invités, il menace le Vénérable de la loge. Il lui dit que s’il n’adopte pas le Rite Egyptien, il allait bientôt sentir peser sur lui la main de Dieu. Et, de fait, deux jours après, l’homme se suicide ; et tous les membres de la loge de Leipzig sont convaincus que la prophétie de Cagliostro s’est accomplie.
Ensuite, Cagliostro retourne en France, et pendant un certain temps, son étoile brille au zénith. En effet, outre ses ambitions Occultes, il est mêlé à « l’Affaire du Collier de la reine » ; le cardinal de Rohan, qui est un de ses amis les plus proches, est dupe de l’escroquerie de la comtesse Motte Valois. On juge d’ailleurs Cagliostro pour complicité, mais il est aussitôt acquitté. C’est juste son comportement absurde au cours du procès, ainsi que la ridicule « Histoire de ma vie » qu’il y lit à voix haute devant la cour, qui font de lui un objet de risée pendant plusieurs mois.
Enfin, le pape l’autorise à venir à Rome pour poursuivre ses recherches Esotériques. Mais à son arrivée dans la ville, il est arrêté par l’Inquisition. Il est condamné à la réclusion à perpétuité, et meurt dans une cellule de la forteresse de San Léo.
14 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1179 - 1181
Mozart s’installe à Paris de Septembre 1778 à Janvier 1779, accompagné de sa mère. Après le triomphe fait au petit prodige lors de sa première tournée, en 1766, le second voyage est bien décevant.
C’est à Paris que s’achève aussi l’amour du jeune homme pour Aloysia Weber, que meurt sa mère – enterrée à Saint-Eustache -, qu’il se voit évincé des milieux musicaux et est abandonné par son protecteur, le baron Grimm.
Pourtant, les œuvres que Mozart compose prouvent que c’est à Paris qu’il acquiert son style définitif, concis sans être sec, élégant, refusant toute emphase. Deux de ses principaux opéras, « les Noces de Figaro » et « Don Giovanni », sont inspirés du théâtre français.
De même, en 1787, le peintre Hubert Robert met à la mode les paysages de ruines – le pont du Gard -. La nature, la solitude et le rêve brisé, les grands thèmes du romantisme germent. A la fin du siècle, la france donne d’autres sujets de méditation aux romantiques : une révolution, des guerres sanglantes, un Monde qui « périt et qui passe » réellement.
Tandis que Christophe Philippe Oberkampf, graveur puis coloriste à la manufacture de l’Arsenal à Paris, obtient le brevet royal pour créer une entreprise de tissage de coton à Jouy-en-Josas. La technique d’Oberkampf est originale, et les motifs de ses tissus remportent un succès immédiat. Les toiles de Jouy sont imprimées très rapidement grâce à des planches de cuivre gravées. Elles sont lumineuses, gaies, bon marché et permettent de décorer son intérieur selon le goût du jour. La mode est à la nature, et les dessins représentent des bergers, des chevaux, des scènes champêtres et des petits métiers. Le succès est tel que les bénéfices de la manufacture d’Oberkampf croissent de manière spectaculaire et que celle-ci est bientôt érigée en manufacture royale.
Avec l’avènement de Louis XVI, les années 1780 sont marquées par une série de déstabilisations. La crise est générale, idéologique et politique autant qu’économique. Elle rend possible la critique, voire la transgression, de l’ordre établi. Dès le début du règne de Louis XVI en effet, l’échec des audacieuses tentatives de réformes de Turgot aggravent les difficultés financières. L’engagement de la france dans la guerre de l’Indépendance Américaine les augmente encore, puis créent un courant de sympathie pour la révolte et la liberté.
Mais, bien avant la signature d’un traité d’alliance avec les treize colonies américaines, beaucoup de jeunes Français s’enthousiasment pour le conflit. La fayette ou Pierre Charles L’Enfant – qui va être l’architecte de la ville de Washington – en sont les exemples les plus frappants. Ces hommes cherchent à soutenir les idéaux de liberté et d’indépendance conformes à l’esprit des Lumières, mais ils veulent aussi venger la france de la défaite que l’Angleterre lui a infligée en 1763. Beaumarchais reçoit l’autorisation de vendre des munitions aux Américains.
Bientôt, Louis XVI signe avec Benjamin Franklin un traité d’amitié et d’alliance avec les « Provinces Unies d’Amérique ». A partir de cette date, la monarchie aide officiellement les « Insurgents » américains contre l’Angleterre. Sur mer, où ils prennent le contrôle des « îles à sucre » anglaises, mais aussi sur terre – ils sont 8000 à la bataille décisive de Yorktown, en Octobre 1781 -, les Français apportent un réel appui à l’armée de Georges Washington. Cependant, après la victoire, il faut se rendre à l’évidence et constater que le conflit a coûté très cher à la france. Parce qu’elle a été presque uniquement navale et coloniale, la guerre a obligé le roi à des opérations financières complexes mettant en jeu les grandes places internationales. L’Etat français a dépensé près d’un milliard de livres dans le conflit. La dette publique est désormais disproportionnée par rapport aux revenus de la couronne et elle pèse lourdement sur toutes les décisions politiques.
Au même moment, une forte réaction nobiliaire, à la fois sociale et économique, politique et « professionnelle », vient ternir l’image de l’aristocratie. Alors que beaucoup de jeunes hommes ont vibré pour la cause américaine et rêvent de faire carrière dans les armes, le règlement du 22 Mai 1781 ferme aux roturiers l’accès au commandement dans l’armée. Il impose à presque tous les candidats à la sous-lieutenance d ans l’infanterie, la cavalerie et les dragons de prouver quatre degrés de noblesse. Le 17 Mars 1788, une ordonnance renforce encore cet édit. Beaucoup de ces jeunes gens, qui sont la force vive du pays, éprouvent de la rancœur contre cette monarchie qui ne sait pas les intégrer.
Parallèlement, une découverte majeure est faite. En vantant les vertus de la pomme de terre, Antoine Parmentier obtient le prix de l’Académie de Besançon. Il a découvert ce légume quand il était prisonnier de guerre à Hanovre : le médecin féru d’hygiène et soucieux de prévention est devenu un spécialiste de l’alimentation, qui se consacre alors à promouvoir sa trouvaille.
En 1785, Parmentier fait garder un champ de pommes de terre par des soldats et en interdit l’accès. Mais les gardes ont les yeux volontairement bandés, et, comme prévu, la curiosité des gens est telle qu’ils s’empressent de voler le précieux tubercule pour le goûter. Parmentier vient de faire découvrir la pomme de terre à ses compatriotes.
De même, au cours de cette période, Arthur Young, agronome et romancier, parcourt la france durant six mois, ce qui lui fournit la matière d’un livre, publié peu de temps après, « Voyages en France ». L’Anglais y décrit les auberges, les monuments, la cuisine et les routes. Il fait un tableau détaillé mais sévère de la vie des paysans français qui, en dépit des expériences des physiocrates, sont, dans certaines régions, très en retard sur les Anglais : l’aristocratie de désintéresse de ses domaines, il n’y a pas de prairies artificielles, peu de champs sont fumés, de grandes surfaces sont en friche, la misère est souvent apparente.
A cette date également, Léonard, le coiffeur de Marie-Antoinette, et Rose Bertin, sa modiste, imposent à la reine, puis à la cour, les costumes et les coiffures les plus extravagants. Mais si l’on voit les élégantes arborer un vaisseau toutes voiles dehors, sur un savant échafaudage de vrais cheveux et de postiche, c’est aussi pour un motif hautement patriotique. La cour célèbre ainsi la victoire de Brest, de la frégate « la belle Poule » sur le navire anglais « l’Arethuse » à la tète d’une escadre de vingt bâtiments au cours de la guerre d’Indépendance américaine.
En 1785, le but déclaré de Diderot et de d’Alembert, les maîtres d’œuvre de cet immense ouvrage qu’est « L’Encyclopédie », est de rassembler les Connaissances éparses en un système cohérent, pour l’instruction et le bien être des générations à venir. Les 150 rédacteurs des articles – Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Quesnay, Turgot… - cherchent à offrir aux lecteurs un fidèle reflet des idées nouvelles et à faire partager leur foi dans le progrès humain.
Environ 25 000 exemplaires sont vendus dans toute l’Europe. Au fil des éditions, le format, le nombre de planches illustrées, la qualité du papier diminuent, permettant de réduire le prix et d’élargir le cercle des acquéreurs.
De son coté, Beaumarchais écrit « le Mariage de Figaro ». Sa pièce est acceptée par la comédie Française ; mais elle est si hardie que Louis XVI l‘interdit.
Pourtant, le 13 Juin 1785, la pièce doit être enfin jouée devant la cour. Hors, la représentation est annulée au dernier moment. Celle-ci a tout de même lieu dans la propriété de Gennevilliers, en présence du comte d’Artois, frère du roi, et de la duchesse de Polignac, la meilleure amie de la reine. Sous la pression de protecteurs éminents, Louis XVI se résout à autoriser la pièce en Octobre 1785. C’est alors un des plus grands succès de l’histoire de la scène française. Le héros, Figaro, est spirituel, intelligent et audacieux, mais il n’est que valet. Son maître est un aristocrate débauché, que son entourage manœuvre comme un enfant. Beaumarchais prône le droit à la justice, à l’égalité, et fait le procès d’une société corrompue.
Quelques jours plus tard, le comte de Saint-Germain – qui se dit alors être un envoyé de la rose-Croix – se trouve à Versailles, aux cotés de Marie-Antoinette. Celle-ci écrit alors le soir dans son journal qu’il lui a prédit des évènements révolutionnaires pour bientôt ; et elle regrette de ne pas avoir noté plus précisément ses propos.
13 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1177 - 1179
Enfin, le mobilier évolue aussi. Désormais, on aime les meubles légers – guéridons, tabourets – qu’on peut déplacer au gré des conversations, on apprécie les fauteuils confortables, aux accoudoirs bas, pour supporter les « paniers » de robes des jeunes femmes élégantes.
Car les lourdes robes serrées du temps de Louis XIV sont maintenant remplacées par des toilettes plus amples et plus légères, qui laissent voir la gorge et les jambes. Mais, chaque saison, la mode parisienne dicte ses lois, pour le plus grand profit des quatre milles « couturières et tailleurs d’habits. Tout un peuple de perruquiers, gantiers, chausseurs, brodeuses, blanchisseuses ou « revendeuses à la toilette » vit de la mode, et on s’arrache les plus renommés.
Fin Novembre 1774, Nicolas Flamel et dame Pernelle sont vus à l’Opéra de Paris, sortant d’une représentation théâtrale particulièrement réussie.
Puis, début Décembre 1774, à Lyon, un Temple Maçonnique, ainsi que la loge qui lui est affiliée, s’installe dans la rue du Parfait Silence. Et à Orléans, la crypte de l’une des églises de la ville est ornée des mêmes sculptures symboliques que celui-ci.
De même, plusieurs fois au cours des mois suivants, les Francs-Maçons de Lyon, d’Orléans, de Paris, etc., se réunissent dans une petite grotte non loin du village d’Appeville. Pour cela, ils empruntent un passage creusé au XVIème siècle proximité de son église. Puis, ils longent l’aqueduc souterrain menant à une caverne nommée « la salle de Marbre ». Et enfin, arrivés là, ils s’installent pour perpétrer un certain nombre de Rites Maçonniques que seuls les Initiés de haut grade peuvent effectuer.
Le 17 Janvier 1775, une statue de Charles de Lorraine – le Grand Maitre du Prieuré de Sion – est inaugurée à Amiens. Et il ne semble pas que ce soit un hasard puisqu’il est également « Grand Maitre de l’Ordre Teutonique des Flandres » depuis 1761.
En 1776, le marquis de Sade se réfugie quelques semaines aux abords du village de Lacoste. Il s’installe alors dans le château dominant les hauteurs du bourg. Puis, il s’enfonce au plus profond de ses cryptes, où il cache bon nombre de documents confidentiels concernant les structures secrètes de la franc-Maçonnerie en France.
Et en 1777, à Dieppe, un dénommé Jacques Barbeuf trouve à terre un jeton appartenant à la loge Maçonnique, dite « Vénérable » ; laquelle a été dissoute un certain nombre d’années auparavant. Sur une de ses faces, le jeton possède l’inscription suivante : « Jeton de la société des Loges, réunie à Dieppe en 1774 ». Sur l’autre est écrit : « Via unita fortia – la force Unie -, E.F.U., 1766 ».
Moins de trois semaines plus tard, Jacques Barbeuf part pour Laval. Arrivé dans la cité, il se rend immédiatement dans l’église Saint-Venerand. Il examine attentivement certaines parois intérieures de l’édifice. Et, au bout d’un moment, parmi les reliefs, il découvre une croix portant une croix plus petite, incrustée dans un disque. Jacques Barbeuf reconnaît là un signe Maçonnique portant l’initiale du Grand Maitre de la loge Vénérable.
Par ailleurs, aux alentours de Aups, adossé à trois montagnes et dominant la plaine d’Uchanne, apparaît un amphithéâtre. Celui-ci est couronné par les ruines du château des ducs de Blucas. Non loin de là se discerne le jardin d’une maison appelée « la fabrique ». C’est là qu’habite un homme au savoir encyclopédique.
Un jour, en 1778, cet individu, qui se dit affilié aux Rose-Croix, décide de faire ériger une colonne très étrange au centre de sa demeure. Puis, une fois le pilier terminé, il fait graver sur ses parois ce qu’il considère comme un résumé des Connaissances, dans tous les domaines du Savoir humain. De fait, des noms mystérieux et des dates s’y distinguent, des dessins occultes et des plans s’y aperçoivent. Mais, apparemment, les noms sont plus nombreux que le reste des inscriptions.
Par contre, au milieu de l’obélisque se glisse un globe terrestre ; c’est une véritable merveille. A ses cotés se trouvent un cadran solaire et un cadran lunaire.
Puis, un autre jour, ce personnage excentrique choisit de faire fabriquer un carrelage pour son salon. C’est là qu’il fait ensuite dessiner une carte de l’Europe ayant Aups pour centre.
Encore en 1778, des cadavres vidés de leur sang sont retrouvés dans les environs de Saint Flour du Mercoire. La rumeur enfle rapidement ; elle prétend bientôt que c’est un monstre qui a perpétré ces meurtres. Elle se répand d’autant plus vite qu’en trois mois, vingt cinq personnes sont déchiquetées de la même façon : leurs poitrines sont dévorées et leur sang est sucé jusqu'à la dernière goutte.
Au bout de quelques temps pourtant, une description de la créature est faite : elle est grosse comme un veau ; ses pattes de devant sont plus courtes que celles de derrière ; ces dernières ont des sabots, tout comme un cheval. Son dos est couvert de poils rougeâtres ; une raie noire, large de quatre doigts, partage celui-ci de son col jusqu'à sa très longue queue. La créature possède aussi d’énormes griffes. Mais le plus repoussant est sa tète car elle se termine – comme pour le porc – par un groin ; tandis que sa gueule est énorme et pourvue de dents tranchantes. Enfin, ses oreilles sont droites, à la manière de petites cornes. Le monstre, paraît t’il, fait des bonds de dix mètres pour se déplacer.
Des sorcières de la région sont dès lors soupçonnées. Une battue gigantesque est ordonnée après l’assassinat de la 63ème victime. Et les gens se demandent longtemps quel peut être cet animal qui meurt, ressuscite, et disparaît comme par enchantement.
Toujours en 1778, un compagnon de Cook, établi en France le théologien Johann Reinhold Forster, affirme dans ses observations, que les îles hautes de Polynésie sont les vestiges d’un continent submergé. Il prétend même, qu’anciennement, celui-ci a communiqué avec l’Asie, dont cette dernière a tiré sa population. Mais, un jour, il y a très longtemps, cet ancien territoire s’est affaissé et a disparu dans les eaux de l’océan Indien.
Bailly, l’Astronome, lui, s’intéresse à l’énigme de l’Atlantide. Il en fait la clef de voûte de la « Première Histoire de l’Humanité ». Mais, c’est un de ses confrères, le professeur Marie Pinchetle qui, le premier, situe le Continent en plein Antarctique. Il le voit sous territoire enseveli sous les eaux gelées de l’océan nordique ; dont les habitants venus du Nord auraient fondé le royaume d’Akkad au centre de la mésopotamie 7000 ans avant J.C. Sa colonie nord Africaine étant en outre la fabuleuse « Croix des Terres », entre les mers Caspienne, Noire et Méditerranée. Il écrit à ce propos :
« Il est vraisemblable que nous retrouverons en Palestine et en Canaan les restes de villes et de royaumes contemporains à ces événements. Car ces Atlantes apparurent, venus de la mer du Nord, il y a près de 9000 ans. Ils étaient blancs, de grande taille, avec des yeux bleus et des cheveux sombres. Ils savaient tailler la pierre, connaissaient l’art de marteler les métaux. Ils édifièrent donc de grandes maisons, ainsi que de belles constructions. Ils importèrent également le cheval et la musique. Et ils percèrent des très grands et de très larges puits environnés de galeries souterraines. ».
Ailleurs : « L’impression qu’on en retire est celle d’un rapport indirect, peut-être par l’intermédiaire d’une Civilisation beaucoup plus ancienne, dont l’influence se serait étendue à cette époque là, à la fois sur l’Euphrate et sur le Nil. Les savants modernes ont tendance à vouloir ignorer la possibilité d’une émigration vers ces deux régions depuis un pays hypothétique, et dont la localisation est encore incertaine. L’existence de cette Civilisation dont l’héritage se serait transmis indépendamment à l’Egypte et à la mésopotamie, fournirait pourtant la meilleure explication des points communs et des différences fondamentales entre ces deux sociétés. ».
Plus loin : « Mais il n’est pas dit que les documents – l’un Maya et conservé à Londres, et l’autre Chaldéen, et protégé dans un monastère du Tibet – auxquels je me suis référé, soient des originaux, car il semble qu’ils aient été recopiés à l’époque babylonienne et apportés dans les Bibliothèques de la cité en vue de leur préservation. Je suppose donc que ce n’est pas pour rien qu’Israël et Babylone en Asie Mineure, ou le Mexique en Amérique du Sud, ont conservé cette même foi envers leurs Ecritures Sacrées. ».
Et encore plus loin : « Une autre Tradition explique que la tâche de civiliser les Hommes a été confiée à un monstre mi-homme mi-poisson nommé Oannès. Ce Mythe pourrait signifier que les habitants de la mésopotamie ont été éduqué par des gens venus d’au-delà des mers ; car ce Symbolisme du poisson se retrouve également en Asie Centrale à la même époque. Il n’est ainsi pas interdit de supposer qu’il soit issu de la tradition Primordiale qui a donné naissance aux doctrines de l’Inde et de la perse. J’en suis encore plus convaincu lorsque je me rapporte à cette autre Légende décrivant comment le dieu Bel a, un jour, déclenché un déluge pour punir les Hommes de leur impiété ; et comment ceux-ci ont tous été noyés, sauf le roi Utnapishtim et sa femme, qui sont restés dans une arche jusqu'à la fin de l’inondation.
Par ailleurs, la bible elle aussi conserve un souvenir précis de ce déluge. Et je suis persuadé qu’il s’agit du même souvenir d’engloutissement des cités humaines par les eaux qui a été transmis de génération en génération jusqu’au peuple Hébreu par l’intermédiaire de la civilisation Mésopotamienne. ».
Malgré tout, un autre professeur, M. Berlioux, réfute rapidement cette théorie. Et il propose sa propre version des faits. Ce ne sont pas les Akkadiens, mais les Libyens, qui sont les descendants les plus directs des Atlantes.
12 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1175 - 1177
De même, à cette date, Paris voit la réalisation de nombreux projets conformes au nouvel idéal des architectes, de plus en plus impliqués dans les problèmes posés par la population, la santé, l’éducation et l’économie. Elle participe à la grande entreprise de rationalisation des activités humaines, de domestication de la nature, de régénération morale, dans le cadre de la croyance en un progrès infini de l’esprit humain. Elle voit aussi naître des plans de bâtiments et de cités idéales, régis par les lois d’une pure géométrie fondée sur l’articulation entre des formes simples, merveilleuses d’harmonie et porteuses de sens politique et moral.
Il s’agit en fait pour les architectes d’aménager l’espace à des fins économiques et politiques. L’archétype de la ville philosophique, géométrie pure conçue pour le bonheur de ses habitants, est donc la ville-usine d’Arc et Senans, à la chaux.
Erigée par Nicolas Ledoux pour des ouvriers des salines, Arc et Senans forme un cercle symbolique autour de la maison du directeur, qui s’impose à tous par sa dimension et son élévation. La disposition des bâtiments permet un parfait fonctionnement économique et social d’une ville pouvant prospérer de façon autonome. Cette nouvelle architecture est liée à une conception morale et politique de l’art, qui préconise la construction de monuments publics destinés à tous et non plus au seul prince.
Parmi les constructions parisiennes, par contre, il y à la place Louis XV, conçue et réalisée par Jacques Ange Gabriel ; puis, la première pierre de l’église Sainte-Geneviève est posée. La halle aux blés, dont la rotondité évoque le Colisée, est bientôt achevée. Enfin, le cimetière des Innocents est fermé. Cette fermeture symbolise le triomphe des théories des hygiénistes, qui militent pour une ville « pure ». Et, une déclaration royale interdit l’inhumation des morts dans les églises et ordonné le déplacement des cimetières hors des villes.
De même, après l’incendie, Philippe d’Orléans, petit fils du Régent, entreprend de grands travaux au Palais Royal. Outre un théâtre, dû à Victor Louis, il fait construire trois rangées d’immeubles de rapport dont le rez-de-chaussée est formé de galeries couvertes et de boutiques. Les emplacements sont loués à 266 commerçants, pour le plus grand profit du prince.
Mais la police ne se hasarde que très rarement sur le territoire du duc d’Orléans, qui sert dès lors souvent de refuge aux prostituées et aux malfrats de tout acabit.
Enfin, l’édifice le plus étrange de cette période est construit par le duc de Choiseul. Celui-ci fait en effet ériger un château en pleine forêt. Aussitôt les plans dessinés, le duc de Choiseul demande à son architecte d’y intégrer une salle circulaire à coupole partant du rez-de-chaussée, traversant les six étages de sa demeure, et atteignant le plafond. Il exige aussi qu’une des galeries du bâtiment soit entièrement recouverte de dalles de marbre noir gravées d’inscriptions chinoises signifiant « Renaissance et Fraternité ». Enfin, il veut que toutes ses fenêtres soient orientées comme une rose des vents et qu’une flèche octogonale couronne le monument.
Après la mort de Louis XV, les personnalités en vue se retrouvent volontiers dans les salons de Julie de Lespinasse, de Madame du Deffand, ou de Madame Helvétius. Certains salons ont une spécialité : la duchesse de la rochefoucauld reçoit les physiocrates, Quesnay, Mirabeau, Dupont de Nemours.
A cette époque, le philosophe René Descartes est le grand maître de tous les adeptes des idées nouvelles : sa « méthode pour bien conduire sa raison » et surtout son recours systématique au doute pour se délivrer des préjugés et des erreurs sont, pour ses disciples et ses successeurs, les principes clefs d’une réflexion libre qui fait progresser l’esprit critique. La raison devient l’impératif suprême : en inspirant le libre examen, elle écarte les préjugés reçus par les générations précédentes. Eclairée par la connaissance, la raison permet donc d’opérer une transformation positive du Monde, capable d’assurer le progrès, la régénération et le bonheur du genre humain.
De fait, l’éloignement des guerres, repoussées en France loin des frontières du royaume, la fin des grandes crises démographiques, une réelle amélioration des conditions de vie quotidienne contribuent à justifier la conviction suivante, que beaucoup partagent : « Le fanatisme, l’erreur et les préjugés ont régné longtemps sur la terre, puisse le règne de l’instruction et les principes de philosophie, de morale et de politique, éteindre les guerres nationales et les divisions intestines, régler les devoirs des souverains et des citoyens, et ramener le calme, la paix et le bonheur dans le cœur des hommes et dans leurs foyers. ».
Le savant ou le « philosophe » - nombre d’hommes de lettres revendiquent ce terme comme un titre de gloire – veut jouer un rôle dans ce mouvement de diffusion des Connaissances : le désir d’instruire remplace alors celui de séduire et de servir les intérêts d’un grand souverain. Certes, les rapports entre le « despotisme éclairé » et les philosophes ne manquent pas d’ambiguïté et engendrent bien des désillusions. Mais, à présent, ce sont les représentants de la raison qui honorent la cour de leurs hôtes royaux et qui répondent à leurs sollicitations. Voici le philosophe engagé hardiment dans la vie publique, avec le souci d’aider et « d’éclairer le peuple », d’assurer « le bonheur du plus grand nombre des hommes », comme le proclame Necker, ministre de Louis XVI.
Cette perspective érige donc l’utilité sociale en critère fondamental de toutes les réformes discutées et proposées. Car les progrès de la raison doivent produire des institutions nouvelles. Mais la contestation de l’autorité – politique, religieuse, sociale – prend une autre forme : elle n’emprunte plus nécessairement les voies de la révolte. Les idéaux proclamés par les philosophes dépassent en effet un cercle étroit d’initiés. L’information circule d’autant plus que la soif de Connaissance progresse. Les gazettes, la correspondance privée, souvent abondante, les voyages, sont des moyens efficaces de diffusion.
Mais le pouvoir royal ne reste pas sans réaction devant cette contestation. La censure veille, et les plus grands écrivains n’échappent pas à sa vigilance. Quand un ouvrage est trop hardi pour obtenir un « privilège » - autorisation officielle de parution -, il est édité à l’étranger : l’Angleterre et surtout la hollande sont des refuges de la pensée libre. Une contrebande lucrative diffuse ces écrits sous le manteau.
Car la liberté de la presse est un des combats des philosophes. Les progrès de l’alphabétisation – surtout dans les villes – et la hausse du niveau de vie augmentent le lectorat potentiel. Les cabinets de lecture et les cafés mettent à la disposition de leurs clients plusieurs titres. Les journaux officiels : La gazette, le Journal des Savants, le Mercure de France sont strictement contrôlés et patronnés par le pouvoir. Leur contenu – compte rendu d’ouvrages nouveaux, littéraires ou scientifiques, écho de la vie mondaine, nouvelles de la france ou de l’étranger – n’est pas sans intérêt, mais leur obédience gouvernementale limite leur liberté de parole. D’où des concurrents plus « engagés », dont le « Journal de Trévoux » et « l’Année Littéraire ». Enfin, les « feuilles d’opposition, ou hérétiques », circulent clandestinement.
Paradoxalement, peu de philosophes sont ouvertement athées, mais beaucoup critiquent le conservatisme de l’Eglise, accusée de refuser le libre examen du dogme ou de l’Ecriture. Le problème de la tolérance et de la relativité morale intéresse d’autant plus que l’on découvre, avec les voyages et les explorations, des religions nouvelles et des peuples différents. Voltaire met tout son talent à défendre, dans un climat de passion fanatique, le protestant Calas, injustement accusé du meurtre de son fils. Diderot lance une virulente attaque contre les couvents dans son roman « la religieuse », et Rousseau fait scandale avec « La profession de foi du vicaire savoyard », d’inspiration déiste, insérée dans « l’Emile ».
11 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1173 - 1175
En 1764 encore, Louis XV confie un certain nombre de missions secrètes concernant les différentes cours européennes au comte de Saint-Germain. Celui-ci se rend alors à la haye pour négocier, au nom de la france, un emprunt auprès de l’Autriche ; ce dernier doit en effet financer une nouvelle guerre contre l’Angleterre. Et c’est là que le comte de Saint-Germain rencontre Casanova pour la première fois et qu’il se met à dos le duc de Choiseul. Celui-ci croit ainsi découvrir que le comte de Saint-Germain travaille en fait à une alliance entre la grande-Bretagne et la france.
Convaincu de trahison, il s’enfuit donc dans les Provinces-Unies. Il vit deux ans à la cour des Pays-Bas. Il ouvre un laboratoire Alchimique dans lequel il se livre à de nombreuses expériences sur le magnétisme animal ; il distribue aussi gratuitement un élixir de santé aux pauvres du pays en se faisant appeler « comte de Saint-Surmont ». Puis, au bout de quelques mois, après avoir réalisé un bénéfice de 100 000 florins, il émigre dans les Flandres et prend le nom de « marquis de Montferrat ». Il y monte un nouveau cabinet. Il y effectue d’autres observations scientifiques. Mais, ensuite, il finit par disparaître sans laisser de traces.
Pourtant, en 1764, les Parlements ne s’attaquent pas qu’au roi ; ils se considèrent comme les ennemis de la compagnie de Jésus refusant le désir d’autonomie de l’Eglise gallicane. La lutte contre les jésuites permet surtout aux Parlements d’affirmer leur propre puissance.
Une faillite financière conduit un certain Antoine de la valette devant les tribunaux. Mais ce la valette est un père jésuite, et le Parlement de Paris prend prétexte de cette banale affaire privée pour attaquer la compagnie de Jésus tout entière. La chambre, estimant que certains règlements jésuites sont incompatibles avec les lois du royaume, demande à examiner en détail toutes les constitutions de l’Ordre et rend un arrêt qui déclare la compagnie de Jésus « inadmissible par sa nature dans tout Etat policé ». Au terme de cet arrêt, le Parlement ordonne donc l’expulsion des jésuites de sa juridiction.
Louis XV cherche d’abord à arranger l’affaire et à adoucir la sentence. Mais, exaspéré par les pressions du pape Clément XIII et soucieux de se concilier le Parlement dont il a besoin pour combler le déficit, il finit par ratifier la décision d’expulsion. En Juin 1764, un édit supprime la compagnie de Jésus, qui est purement et simplement bannie du royaume de France en 1767. Cette fois encore, Louis XV cède.
Malgré cela, la crise parlementaire s’aggrave encore davantage. Le roi tente de lever des taxes en Bretagne, contre l’avis du Parlement de Rennes, auquel on refuse ainsi l’exercice de l’une de ses principales prérogatives, le contrôle de l’impôt. L’emprisonnement de l’un de ses membres provoque la démission du Parlement tout entier, bien entendu soutenu par le Parlement de Paris. En 1766, pour affirmer son autorité, le roi tient un lit de justice devant les parlementaires parisiens. Au cours de cette cérémonie traditionnelle, il fait prononcer un discours programme qui défend de manière spectaculaire les principes de la monarchie absolue, mais son intervention énergique reste sans lendemain. En 1769, il est obligé de capituler et d’accepter la réinstallation du Parlement rennais.
Sans cesse attaqué, Louis XV se décide finalement à frapper un grand coup. Il confie la mise au pas des parlementaires à son chancelier, Maupéou. En 1770, une fois de plus, le Parlement de Paris est en grève : Maupéou l’expulse sans plus attendre. Puis, par trois édits de Février 1771, il décide que le nouveau Parlement ne sera plus composé de juges ayant acheté leurs charges mais de magistrats choisis par le roi pour leurs talents et leurs capacités. C’est, au sens propre, une révolution. Avec la suppression de la vénalité – c’est à dire de l’achat des places de magistrat -, les juges deviennent des fonctionnaires. Ils perdent leur indépendance, mais la justice devient gratuite et l’opposition de ce corps turbulent est anéantie.
Une vague de critiques suit la réforme : vaudevilles, libelles et satires se multiplient tandis que Louis XV meurt trois ans après, détesté de son peuple.
Alors que Louis XV décède, dans l’aristocratie ou dans la haute bourgeoisie, il est habituel de confier les jeunes filles à un couvent pour qu’elles préparent leur première communion : les futures mères doivent être pieuses. Les maisons les plus réputées sont tenues par les visitandines, les ursulines et les religieuses de la congrégation Notre-Dame. Les pensionnaires apprennent les bonnes manières, l’art de se tenir en société – connaissances fort utiles aux dames qui reçoivent -, la danse, les arts d’agrément – musique, dessin -. Il n’y a ni cursus ni matières scolaires, comme pour les garçons. De retour chez elles, les jeunes filles reçoivent ensuite des leçons particulières, dispensées par des maîtres spécialisés.
Les femmes du peuple, elles, travaillent. A la campagne, elles participent avec leurs époux aux travaux agricoles, et la basse cour est leur domaine réservé : elles s’occupent des volailles, du potager et de la fabrication des laitages. En été, elles aident à la moisson et doivent ravitailler les immenses tablées de moissonneurs ou de vendangeurs. Les citadines, quant à elles, sont boutiquières ou domestiques, exercent de « petits métiers » : porteuses d’eau, vendeuses de rubans. A la ville comme à la campagne, beaucoup travaillent à domicile, pour le compte de gros entrepreneurs. Elles sont brodeuses, dentellières, fileuses.
Mais toutes les femmes ne sont pas si pauvres : les bourgeoises tiennent souvent serrés les cordons de la bourse, les paysannes se constituent des pécules en vendant les produits de la basse cour. Même dans les milieux populaires, le mariage est précédé d’un contrat qui énumère les biens de l’épouse, sa dot, sa part e succession paternelle, et lui réserve souvent un douaire, en cas de décès de l’époux.
Pourtant, travailler en ville est souvent difficile quand on doit également s’occuper de sa famille. Les citadines qui le peuvent confient donc, dès leur naissance, leurs bébés à des nourrices de la campagne. Coutume meurtrière, nombre d’enfants meurent à l’âge de quelques jours, pendant le voyage. Il est, malgré tout, de bon ton de nourrir soi même son enfant, et telle grande dame aime être vue au théâtre en train de donner le sein.
De fait, le regard porté sur l’enfance change beaucoup. La créature faible et inachevée qu’il faut dresser en « l’emmaillotant », en l’élevant strictement, devient un être attendrissant, qu’on cajole, et sur les progrès duquel on s’extasie, quand on en a le temps.
Il existe une catégorie de mères et d’enfants vivant à la marge de la société traditionnelle : ce sont les filles mères et les enfants illégitimes, dont le nombre ne cesse de croître. La société villageoise tolère assez bien les amours prénuptiales, pourvu qu’elles soient suivies d’un mariage. On convole tard, en effet : les filles vers vingt-cinq ans, les garçons à trente. C’est qu’il faut attendre un « établissement », et donc, le plus souvent, la mort d’un des parents. Parfois, il arrive que les « promis » fassent « Pâques avant les Rameaux » : nombre de mariages sont suivis très vite d’une première naissance, les autres se succédant dans des intervalles compris entre vingt-quatre et trente-six mois. Les familles et les voisins ferment les yeux sur ces accrocs à la morale, sauf si le mariage est impossible, parce que les milieux sont trop différents ou parce que le père est déjà marié.
Femme de chambre ou fille de ferme, mais parfois dame de condition, la future mère quitte alors le village pour accoucher dans l’anonymat de la grande ville. Là, elle peut être assistée d’une sage femme, ou, parfois, d’un médecin. Elle peut ensuite abandonner son enfant dans le tour d’une institution charitable.
Enfin, des milliers de prostituées exercent leur activité dans toutes les grandes villes de France. La police tolère la prostitution tant qu’il n’y a pas de scandale, d’autant plus que certaines filles ont des « protecteurs ». Les maisons sont souvent gérées par des maquerelles, proposant les charmes de ses pensionnaires. Il en coûte douze livres, c’est à dire l’équivalent de douze jours de salaire d’un artisan. Car les maisons sont, en général, raffinées et bien tenues : les filles ont des femmes de chambre, des maîtres de danse et de musique, et des chirurgiens viennent même les visiter.
10 novembre 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1170 - 1173
France, seconde moitié du XVIIIème siècle :
En 1751, Paracelse se trouve en possession d’un document qui, selon lui, aurait appartenu au roi Salomon ; il contiendrait la clef des Grands Mystères. Et, ce n’est qu’ensuite qu’il croise la route de Cornélius Aggripa, et qu’ensemble, ils étudient le parchemin en profondeur.
D’un autre coté, en 1752, Cornélius Aggripa et Paracelse fondent une nouvelle Science : « la pansophie ». Ils deviennent rapidement membres de la rose-Croix. Ils tentent courageusement de ressusciter les composantes les plus Esotériques du Gnosticisme. Ils commencent à considérer la science Alchimique en tant que composante Religieuse. Ils relisent les textes où il est écrit que cet Art est fondé sur l’étude des Nombres ; où il est souligné que les Architectes du Temple l’ont manipulé en se servant de la gnose afin de définir le degré de Perfection de sa Géométrie.
Cette idée les secoue et les bouleverse ; à tels point qu’ils se laissent dès lors influencer par les notions Gnostiques de tolérance, d’harmonie naturelle, que l’Eglise s’acharne à décrire comme hérétiques.
En 1753, Martinez de Pasqually surgit d’on ne sait où ; on le rencontre partout, mais on ne peut le saisir nulle part : en 1760, il est à Toulouse et fréquente l’une des Loges de Saint-Jean. L’année suivante, il se trouve à Foix, ville dans laquelle il fonde une société secrète bientôt appelée « les Vrais Chevaliers Maçons Elus de l’Univers » ; et pour la diriger, il recrute Louis-Claire de Saint-Martin – 1743 – 1803. Louis-Claire de Saint-Martin étend alors l’influence du nouvel Ordre à Bordeaux, Avignon, Toulouse, Marseille et Libourne ; tandis qu’un jour, Martinez de Pasqually disparaît subitement comme il est venu, et allant chercher à Saint-Domingue une mort inexpliquée.
Dans l’un des écrits que l’on retrouve sur son cadavre, il explique : « Je suis l’un des principaux chefs des Douze Etendards du Monde ».
De fait, après son décès, de nombreuses rumeurs commencent à courir à son encontre : l’une dit qu’il a aidé Louis XV à prendre une décision importante pour l’avenir du royaume. Une autre prétend qu’il était soit Juif, soit Chrétien, soit Français, soit Allemand, soit Espagnol. Une autre encore révèle qu’il a laissé derrière lui une immense œuvre doctrinale et spirituelle ; « qu’il détenait des joyaux Mystiques qui brillaient d’un éclat immortel parmi les décombres de la connaissance ». Pourtant, malgré tout, chacune s’accorde à reconnaître que les 40 ou 50 premières années de sa vie sont recouvertes de ténèbres ; jusqu’au moment où il se révèle à tous pour débuter sa carrière de Mystagogue, d’Apôtre et d’Initiateur.
En 1756, dans le cimetière d’Allichamps, des ouvriers mettent à jours un étrange sarcophage. Grâce aux récits que l’un d’eux – plus intéressé que les autres par cet objet mystérieux – glane peu après, on découvre qu’à l’origine, ce cercueil se trouvait être une borne gallo-romaine ; laquelle a été taillée en forme de tombe au IVème siècle. On apprend aussi qu’auparavant, la borne passer pour marquer le centre de la france.
En 1758, lorsqu’il revient en France – à Paris -, le comte de Saint-Germain possède toutes les caractéristiques d’un gentilhomme élégant et raffiné. On lui donne alors 45 ans. Il participe bientôt à des conférences secrètes en compagnie de personnes ressemblant en tous points à des Templiers ; il a avec elles des conversations sur des sujets mystérieux et obscurs. Il fait ensuite la connaissance du maréchal de Belle Isle, qui l’introduit à la cour de Versailles. Puis là, tout à coup, un soir, il parvient à ressusciter une amie de la marquise de Pompadour, victime d’un empoisonnement par des champignons vénéneux.
Dès lors, le comte de Saint-Germain acquiert une grande notoriété ; il possède vite de nombreuses admiratrices. Pourtant, de toutes celles qui l’entourent, c’est certainement la maréchale de Mirepoix qui est la plus vive, la plus intrépide et la plus sincère.
Quelques temps plus tard, le comte de Saint-Germain finit par rencontrer Louis XV ; il conquiert alors son amitié en remettant en état un diamant possédant un défaut. Or, lorsque le souverain l’interroge sur les rumeurs qui lui sont parvenues en ce qui concerne ses liens avec un Alchimiste dénommé Maitre Dumas, ainsi qu’avec des Satanistes, le comte de Saint-Germain lui répond : « Je crois plutôt que c’est Maitre Dumas qui allait voir le Diable. Mais je ne peux pas en dire plus à sa Majesté, à moins qu’elle ne fasse Rose-Croix. Il y a là de terribles Secrets. ».
Malgré tout, peu de jours après cette étrange conversation, le roi accepte de lui ouvrir une aile du château de Chambord, afin qu’il puisse y installer un laboratoire, complet autant que discret. Le comte de Saint-Germain pratique ainsi à l’intérieur de celui-ci l’Alchimie et la spygirie. Il y réalise diverses préparations, parmi lesquelles un élixir de santé – ou « Or potable » - fort prisé.
Choiseul, soutenu par la marquise de Pompadour, la maîtresse du roi, entre au gouvernement de Louis XV en 1758. Sans en avoir le titre, il devient vite son principal ministre. Il se consacre aux affaires étrangères, à la guerre et à l’armée, dont il réforme les structures et modernise l’équipement. De son coté, le contrôleur des Finances Bertin encourage les propriétaires de terres et les fermiers, à faire des efforts pour augmenter leurs travaux et les produits des bien-fonds. Il les pousse aussi à répandre plus d’engrais sur les terres, par la multiplication des bestiaux, ou en défrichant des terres incultes.
En même temps, Louis XV est attaqué de toutes parts. Les Parlements, cours de justice et d’enregistrement des lois, commencent une politique d’obstruction quasi systématique. Ces critiques permanentes minent l’autorité de tous les agents du roi, car leur action est entièrement dépendante du monarque et de son Conseil : intendants, contrôleurs, ingénieurs des Ponts et Chaussées, tous sont l’objet de censures et de calomnies. Le gouvernement du royaume devient de plus en plus difficile.
A ce contexte de fronde parlementaire s’ajoute un événement beaucoup plus spectaculaire, l’attentat dont Louis XV est la victime. Un jour, un peu avant six heures, alors que le souverain s’apprête à monter en carrosse pour se rendre de Versailles à Trianon, un certain Robert François Damiens, âgé de quarante-deux ans, surgit de l’ombre et frappe le roi d’un coup de canif ; la blessure est d’ailleurs superficielle.
Mais le roi a eu peur. Or, Damiens a servi comme domestique chez plusieurs conseillers au Parlement de Paris. C’est là qu’il a appris que « le roi était un méchant parce qu’il n’a pas écouté son Parlement et que c’était un devoir que de l’en punir ». Damiens est un bouc émissaire tout trouvé, il est donc condamné à la peine des régicides, qui n’a plus servi depuis Ravaillac : il est écartelé en place de Grève. Cette peine disproportionnée fait scandale, et la fronde parlementaire s’en trouve fortifiée.
Car, affaibli dans son pouvoir symbolique de juge suprême et impartial, contesté par ses Parlements, Louis XV subit, en outre, les conséquences d’une politique économique trop audacieuse. Le 27 Mai 1763, une déclaration royale, complétée un an après, instaure la libre circulation des « grains, farines et légumes ». Cette décision, inspirée des théories des penseurs physiocrates sur la liberté du commerce, est très mal accueillie par la population. Le gouvernement est accusé de privilégier les monopoles et les spéculateurs ; on parle de « pacte de famine » et l’on prétend même que les ministres et le roi sont impliqués dans ces opérations spéculatives. Quelques émeutes éclatent alors dans les villes de France.
En 1764, les récoltes sont mauvaises et on impute la hausse des prix à la liberté de circulation. La même année, le Parlement de Rouen rétablit de son propre chef la réglementation sur les grains. Il est bientôt suivi par les Parlements de Paris et de Dijon. Une fois de plus, l’autorité royale est bafouée.
En 1764 également, plusieurs Francs-Maçons siégeant à Paris émettent l’hypothèse selon laquelle les fondements de leur Ordre sont à mettre en parallèle avec un certain nombre de Traditions Druidiques. Ils évoquent ainsi les ressemblances qui existent entre les Rites Maçonniques qui concernent la transmutation accessoire du Plomb en Or, avec ce que les Prêtres Celtes définissaient en tant que « Pierre Philosophale ». Ils soulignent d’ailleurs que cette « Panacée Universelle » a effectivement existé au sein de la religion Druidique, mais, en y ayant pris l’apparence du gui. Ils considèrent aussi que cette plante miraculeuse a jadis été regardée comme un des rares végétaux rescapé du Déluge. Ils en concluent que, puisque celui-ci a survécu aux différentes phases de l’Evolution de la vie sur Terre – et, tout particulièrement à des Epoques où les conditions d’Existence n’étaient pas du tout les mêmes qu’aujourd’hui – il a acquis une Capacité d’Adaptation Phénoménale ; à l’instar de la pierre Philosophale permettant la transmutation du Plomb en Or.






































