10 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 144 - 150
Asie, Fin de l’Age de la transition :
Les clans d’Atlantes implantés dans le Sud-Est Asiatique, et métamorphosés en Etres Humains à part entière donnent donc naissance à de nouvelles sortes de Populations. En effet, peu à peu, des différenciations se font jour entre celles qui habitent au Sud, et celles qui se sont fixées au Nord de la chine. Elles se spécifient davantage lorsqu’elles se mettent à inventer de Cultures Inédites à l’intérieur des zones Ecologiques nées après la fin des dernières Grandes Glaciations.
C’est à ce moment là que certaines de leurs tribus – désormais appelées « Aryennes » se dirigent vers l’Inde. Elles y pénètrent, conduites par un chef énergique, Rhaÿm, et accompagnées par l’Objet Mythique que celui-ci détient depuis qu’il a fui l’Argatha. Elles font ensuite la guerre au peuple des Dasas, une communauté humaine qui s’y est établie depuis quelques temps. Puis, elle le vainc sur les bords de la rivière Ravi ; détruisant grâce à un grand feu sacré, sa capitale Narmini. Mais, quand ils prennent des femmes chez les populations conquises, leur sang vénérable se mêle à celui des Dasas. Et, enfin, ils se propagent plus profondément dans la région.
Au cours de leur avancée en Inde, les Aryens rencontrent plusieurs fois sur leur route de grands monticules de terre ; ils s’imaginent alors que ceux-ci désignent les emplacements des tombeaux des Géants ayant autrefois habité le Monde. A force de les rencontrer, et d’être au contact de l’Artefact, les souvenirs les plus lointains de leurs origines remontent à la surface. Leur mémoire ancestrale se réveille. Pour ne pas les oublier, ils se mettent donc bientôt à les rédiger ; et font ressurgir ce passé nébuleux dans un ensemble de textes plus ou moins Mythiques où les Dieux et les Demi-Dieux ensevelis dans les caveaux sont les Seigneurs du Monde et les Créateurs de l’Univers. Ils nomment leurs ouvrages « Védas » - les « Livres » en Aryen - ; lesquels deviennent peu à peu les Recueils Sacrés, les témoins grandioses de ce qui est advenu des avatars et des surhommes rescapés de l’Atlantyde.
Après le décès de Rhaÿm pourtant, les Védas sont rangés avec la relique ancestrale que celui-ci a confié ses Frères ; il leur a en effet donné pour mission de poursuivre leur Marche conquérante en diffusant les Savoirs et les Mystères contenus à l’intérieur de ces derniers ; mais aussi d’utiliser avec Sagesse les Pouvoirs incommensurables de l’Objet Mythique qu’il a dérobé au Roi du Monde. Car, leur a t’il dit avant de mourir, cette Relique est toujours liée d’une manière mystérieuse aux Sciences Magiques des Géants. Certaines leur ont été de nouveau révélées parce que leurs lointains ancêtres font parti de la même famille que ceux-ci, et que leur mémoire s’est légèrement rétablie. Mais ils doivent être prudents puisqu’elles sont aussi éminemment dangereuses, destructrices si on n’y prend pas garde.
Dès lors, en même temps qu’ils colonisent l’Inde, les Aryens diffusent auprès des populations autochtones quelques Connaissances de base : ils enseignent la pratique de la lecture et de l’écriture, le minage.
Quelques centaines d’années plus tard, les Aryens repartent en quête d’autres territoires. Ils se mettent donc à parcourir les steppes orientales russes, puis à franchir les déserts d’Irak. Ils finissent par s’arrêter en Iran, dans les alentours de la future cité d’Ur. Le lieu leur semble en effet propice à l’érection d’un Sanctuaire dédié à la gloire de leurs Aïeux ; et dans lequel ils pourront déposer leur Objet Mythique et leurs Livre Sacrés. C’est ainsi que des relations commerciales commencent à s’établir entre les tribus Aryennes vivant sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, et celles habitant toujours la vallée de l’Indus.
Europe, Fin de l’Age de la transition :
Plusieurs tribus, désormais « Aryennes » quittant l’Inde et longeant les plaines du Sud de la russie se dirigent, quant à elles, vers le Caucase. Elles dépassent l’Ob, l’Oural et la baikalie. Elles longent les fleuves de l’Asie Mineure, puis s’avancent en Europe orientale. Elles arrivent finalement devant les plages bordant le grand océan Atlantique, à l’extrême pointe de la péninsule Ibérique, de la bretagne, et de l’Irlande.
Dès lors, les populations qui atteignent la péninsule Ibérique, s’y installent. Et elles se mettent à camper à l’intérieur de grottes et d’abris sous roche. D’autres continuent de suivre les troupeaux de gros mammifères qu’elles ont l’habitude de chasser – rennes, loups, bisons, chevaux, lynx, ou ours brun. Elles se dispersent à travers toute l’Europe Centrale. Elles se répandent en Pologne, en Tchécoslovaquie, ou en Hongrie. Elles s’aventurent jusqu’aux pieds des Glaciers qui forment leur frontière Septentrionale. Elles parcourent les steppes arides et désertiques qui les bordent. Elles y changent peu à peu leurs mœurs alimentaires en y mangeant de la viande de rhinocéros, de cerf, d’éléphant, ou en se nourrissant d’œufs d’oiseaux, de fruits, et de baies. Elles s’y acclimatent remarquablement ; avant d’y élaborer une industrie primitive leur permettant de survivre plus aisément. Tandis que d’autres, traversent la méditerranée, avant de pénétrer dans les profondeurs du Continent Africain ; ou que d’autres, enfin, franchissent les parties émergées de la manche et de la mer du Nord reliant la grande-Bretagne au Continent proprement dit, tout en se rassasiant à l’aide de castors, de brochets, de baleines, et de merlus.
En tout cas, tous ses clans affrontent une période de grands froids, dite de Würm. Et ils voient le niveau des mers baisser aux alentours des cotes où ils se fixent.
Puis, à l’issue de cette Ere, ils sont une fois de plus obligés de faire face à de nouveaux milieux écologiques. Et ils n’ont pas d’autre choix que de développer des cultures distinctes les unes des autres. En effet, certains observent que les forêts recommencent à s’étendre, que nombre d’espèces animales sont en train de disparaître. Ils ont l’impression que le froid est moins intense, que l’océan submerge d’innombrables hauteurs autrefois très dégagées.
De fait, ils décident de multiplier les stations en plein air. Ils inaugurent des coutumes inédites, comme celle d’ensevelir les morts au cœur de sépultures familiales. Parfois, ils acceptent de creuser des nécropoles individuelles. Ils y sculptent alors des représentations schématiques. Ils y observent des Rites Cannibales en rapport avec la croyance en un Au-Delà. Ils y confectionnent des objets recouverts de Signes Symboliques tracés à l’ocre rouge. Et c’est ainsi que leur épanouissement artistique atteint son apogée.
Malgré tout, plusieurs formes de sociétés s’éteignent bientôt. La culture Taubarnienne – établie en Allemagne, en Suisse, en Tchécoslovaquie, en Dalmatie, en Roumanie, en Ukraine, en Hongrie, en Bulgarie, et en Anatolie - s’estompe ; tandis que celle de la région de Koulna et de Valdaï – dite, Moustérienne – se sédentarise, exploite de nouveaux territoires, puis s’épuise.
Or, en Allemagne, en Suisse, en Tchécoslovaquie, et en Ukraine, cette dernière ne meurt pas tout à fait : elle réussit l’exploit de muer. Grâce aux grottes montagneuses qu’ils utilisent, les hommes issus d’elle, en élaborent une autre ; nommée « Gravetienne ». Ils établissent ensuite des contacts avec des tribus plus ou moins éloignées. Ils entrent en relation avec des peuplades installées en Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie, ou en Anatolie. En leur compagnie, ils se mettent à chasser le cheval, le renard rouge, le renne, le cerf noble, le loup, le glouton, ou l’ours. Ils mêlent des rudiments de leur culture avec des doctrines nées avec la culture Taubarnienne. Puis, ils les remodèlent. Ils les métamorphosent en doctrines fondamentales d’une Société inédite : celle de Ferdermesser.
Au début du XIème millénaire avant J.C., les animaux qui se sont autrefois adaptés aux basses températures Européennes – comme le rhinocéros laineux ou le mammouth – disparaissent ; tandis que le cheval, le renne, le lièvre, les oiseaux, se mettent à y proliférer. Les hommes, eux, une fois de plus, changent aussi. Au Nord, dans les steppes du Caucase, ils commencent à chasser les bisons, les bouquetins, les saïgas, et les cerfs géants. Ceux qui se trouvent en Grande-Bretagne, en Irlande, et dans les Hybrides, se rabattent vers les ours des cavernes, les chevaux, ou les lions ; ou, ils cherchent à exploiter intensivement les produits de la mer.
Groenland, Fin de l’Age de la transition :
De leur coté, quelques Clans d’Aryens se mettent en quête de traces de leur Contrée d’origine. Et, se guidant à l’aide de vagues indications que les Livres leur ont fourni, ils quittent à leur tour l’Inde. Ils remontent à travers les steppes Mongoles, puis les déserts sibériens. Ils atteignent dès lors le Grand Nord, ses océans gelés et ses blocs de glace monumentaux.
Pourtant, au cours de leurs nombreuses pérégrinations, les Aryens ne retrouvent aucun vestige de la civilisation dont ils sont les ultimes descendants. Malgré leur passage dans des contrées qui ressemblent étrangement à ce qui leur a été décrit du pays des Géants, ils ne découvrent rien. Alors, lorsqu’ils entrent sur les territoires septentrionaux et qu’ils croisent de plus en plus de grottes et de gouffres béants sur leur trajet, ils s’y enfoncent pour les explorer ; et disparaissent à tout jamais de la surface du Monde.
Tous les Continents, Fin de l’Age de la transition :
Au cours de cette période Obscure de l’Histoire des Hommes, aucune chronique n’est écrite. En fait, pendant 5000 ou 6000 ans, les Hommes s’attachent à repeupler la terre pendant que certains changements climatiques finissent de s’opérer. Quelques soubresauts mineurs de la croûte terrestre terminent en effet les transformations de plusieurs zones géographiques localisées. Et la plupart du temps, il s’agit surtout de tremblements de terre ou d’éruptions volcaniques. Mais ce n’est rien de véritablement conséquent ; ils n’ont pas grand chose à voir avec ceux du passé. Les plus significatifs se produisant 11000, 18000 et 41000 ans après l’engloutissement de l’Atlantyde. Leurs ultimes conséquences se faisant ressentir jusqu’au cœur de l’Age actuel.
Dans l’océan Pacifique, parfois, des terres émergent entre la nouvelle-Guinée et le Nord de l’Australie. Pendant quelques centaines d’années, les deux îles sont même reliées entre elles par un pont continental.
C’est à ce moment là que des dizaines de tribus humaines se mettent à quitter l’Asie du Sud-Est. A l’aide d’embarcations légères, elles commencent par explorer les îles les plus proches de leur lieu de départ. Puis, peu à peu, elles vont de plus en plus loin. Et elles trouvent sur leurs chemins d’innombrables contrées émergées sur lesquelles elles implantent de nouvelles colonies. Tandis que, finalement, elles parviennent aux abords de l’Australie et y débarquent en deux endroits : d’une part, au Nord de Kimberley, et d’autre part, au Sud d’Ahrem. Ce n’est qu’ensuite qu’elles se séparent définitivement en plusieurs groupes ; qui se décomposent eux mêmes en bandes désorganisées.
Ces groupes pénètrent ainsi plus profondément vers l’intérieur des terres. Ils atteignent le Grand Lac. Et, après de longues pérégrinations, ils atteignent la rive opposée du Continent.
Les Cataclysmes de portée majeure s’espacent donc, puis finissent par disparaître. Dès lors, vers 10000 avant notre Ere, le dégel de la planète s’accentue. Le globe se réveille de sa période d’hibernation. Les zones gelées recouvrant la plupart de ses territoires commencent à diminuer. Leur recul s’accélère. Dans les deux hémisphères, ses calottes se retirent jusqu'à leurs emplacements actuels.
En moins de mille ans, des millions de km² de glace fondent. Et un énorme volume supplémentaire d’humidité s’accumule dans l’atmosphère. Celui-ci s’évapore bientôt, déversant des pluies diluviennes qui contribuent à élever le niveau de la mer. Très rapidement, de nombreuses régions côtières de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique ou de l’Europe se retrouvent submergées ; tels les ponts reliant l’Amérique à l’Asie, l’île de Madagascar à l’Afrique ou les îles de l’Océanie à l’Australie d’un coté et à l’Asie du Sud-Est de l’autre. Leurs habitants, ne pouvant plus revenir en arrière, vivent longtemps cette situation comme une véritable calamité : ils se retrouvent totalement isolés du reste du Monde.
Dès lors, de nouveaux, de nombreux séismes s’ensuivent : certains ravagent le bassin oriental de la méditerranée. Ailleurs, de la chaîne de l’Anti-Liban jusqu’au golfe d’Akaba, l’ultime tassement de l’écorce terrestre provoque l’affaissement de la vallée du Jourdain. D’autres terres encore, au sud de ce plateau se surélèvent ; ou, plus tard, le volcan Théra explose. Certaines cotes bretonnes sont englouties par la mer en furie.
Les répercussions de ces événements s’étendront même tout au long de l’Ere Historique puisqu’en 1639-1642 les explosions de l’Hécla et du Terror en Antarctique coïncideront avec le réveil brutal de l’Etna en Sicile ; qu’en 1721-1725, presque tous les volcans Islandais entreront en éruption au même moment ; et qu’en 1755-1756, la terre tremblera en Norvège, en Suède, en France et en Allemagne. Par ailleurs, un peu plus tard, au Portugal, la plus grande partie de la ville de Lisbonne sera rayée de la carte par des vagues atteignant dix mètres de hauteur. En 1819, un violent tremblement de terre surviendra dans la vallée de l’Indus. En 1822 et 1853, les cotes du Chili s’élèveront brutalement de neuf mètres. Enfin, en 1876, aux abords de l’archipel créole, l’île de Tuanaki sombrera avec ses 1300 habitants. En tout cas, ces mouvements finiront de bouleverser le climat et la physionomie de ces quelques territoires épars.
Paradoxalement, la fonte des glaces provoque un peu partout la renaissance subite de la végétation ; et le Continent Africain est le principal à en bénéficier. Les inondations atteignant leur maximum d’intensité l’ayant dévasté, les forêts, les savanes, les plaines reviennent prendre leurs places. Les toundras et les steppes neigeuses disparaissent peu à peu. Les feuillus et les conifères apparaissent, les animaux des temps glaciaires comme les mammouths meurent. Ses ressources alimentaires se multiplient à l’envi ; elles provoquent un rapide accroissement de la faune animale. Les Etres Humains sur son sol vivent le même processus ; et leurs populations atteignent bientôt plusieurs centaines de personnes. Car la recherche de nourriture est moins difficile. Et ils commencent à s’interroger sur la meilleure façon de capturer les proies dont ils ont besoin pour subsister.
Les tribus barbares et Aryennes d’Afrique du Nord, comme tant d’autres, se déplacent beaucoup pour chasser leur gibier ; même si elles gardent des points fixes très importants sur leur route. Mais, lentement, plutôt que de tuer leurs victimes, elles font en sorte d’en capturer certaines vives. L’animal entre alors dans leurs nouvelles conquêtes ; en le parquant un temps dans des enclos pour prévenir au manque possible de mangeaille. Le mouton, le bœuf et le bœuf leur fournissent la viande indispensable à leur alimentation quotidienne. La chèvre leur apporte un lait extrêmement nutritif. Elles se mettent aussi à les utiliser comme bêtes de somme ; tandis qu’elles domestiquent le chien pour en faire un gardien fidèle de leurs troupeaux.
En même temps, la qualité du milieu où elles vivent permet à des groupes de plus en plus structurés de voir le jour. Elles s’organisent en clans de pasteurs et de guerriers redoutables. Elles s’établissent en certains lieux propices à leur développement en moyenne pendant un demi-siècle ; la période nécessaire pour fonder de nouvelles familles au sein de la communauté. La précarité restant la règle, chaque naissance augmente leurs chances de survie. Elle est en outre un bon moyen de se prémunir des périls qui les guettent dans leur environnement quotidien.
Dès qu’une tribu dépasse une centaine de personnes, des tendances agressives voient pourtant le jour. Certains commencent à avoir du mal à se supporter. Les germes de la conquête et de la guerre se manifestent. Et, accompagnés de leurs familles et de leurs animaux domestiques, ils quittent le groupe initial. Ils partent de leur coté à la recherche d’autres territoires où habiter.
Cette demande de protection face à une nature le plus souvent hostile demande aussi une spécialisation plus prononcée qu’auparavant des personnes à l’intérieur du camp. Un embryon d’ordre social se dessine. Le couple apparaît, le système économique aussi. Des manières différentes de se comporter naissent ; par exemple quand l’Homme a ses cheptels à portée de main et qu’il est plus libre ; ou lorsque la femme, moins retenue par ses enfants ou ses travaux domestiques, s’occupe de la cueillette. De ce fait, cette dernière acquiert une connaissance très particulière du milieu végétal. En le récoltant, en l’examinant, elle se livre à des expériences. Elle use d’une sorte de bricolage horticole ; et s’aperçoit bientôt que le sol abrite des graines qui se changent en racines ; et que celles-ci font naître des plantes comestibles pour la communauté. Elle se met alors à semer, à récolter ; tandis que l’Homme s’occupe des grands travaux de déforestation ou de préparation de la terre. Rapidement, la culture du blé se met en place ; elle lui ouvre de nouveaux horizons avec la cuisson du pain ou la bouillie de céréales ; qui enrichissent désormais une alimentation carnassière et laitière fade et sans saveur.
Ces nouvelles manières de procéder tissent un lien étroit entre l’Homme et les ressources du sol. La terre et la femme procréatrice sont maintenant considérées par lui comme deux notions voisines. La première met en effet à sa disposition des graminées nourrissant la faune toute entière. La seconde est la mère absolue ; le symbole de toutes les opulences. Elles deviennent alors – progressivement et lentement - toutes deux, les divinités incarnant la fertilité et la vie. Il les représente donc tout d’abord par des figurines aux fonctions génésiques importantes ; comme des sculptures mi-humaines et mi-animales assises avec majesté, posant leurs mains protectrices sur le crâne de fauves de pierre. Puis, des Dames des Montagnes, des Déesses Oiseaux ou des Déesses Fauves apparaissent pour garantir les funérailles du personnage marquant de la tribu. Elles légitiment sa longévité et l’existence du défunt dans l’Au-delà. Elles sont donc enterrées avec lui dans des grottes isolées, le visage tourné vers l’Ouest. Avant de l’accompagner, ensuite, de tablettes aux dessins compliqués aux formes de panthères ou de léopards.
Lorsque ces représentations commencent à se multiplier, elles sont en outre peu à peu assimilées à l’antique culte de la grande Déesse Mère – appelée parfois Dana par quelques peuplades disparates d’Occident -. Celui-ci est toujours dans les mémoires. Dès lors, les attributs sexuels - les seins, le ventre, les fesses - incarnant la fécondité féminine et ses relations avec les Mythes Ancestraux de la naissance du Monde et de l’Homme, sont de plus en plus glorifiés. Souvent, la forme de l’œuf l’assiste ; il consacre la notion de commencement, de renouvellement et de continuité. Puis, quand l’élevage et l’agriculture s’imposent définitivement, l’image de la grande Déesse Mère évolue encore. Elle canalise tous les sens sacrés caractérisés par la fertilité végétale, animale et humaine.
Bien qu’il soit visible un peu partout dans le Monde sous différentes formes, le culte de la grande Déesse Mère est particulièrement ancré en Europe et au Moyen Orient. De l’Irlande à l’Egypte, de la mer Egée à la crète et à l’Asie occidentale, les populations l’identifient à leurs origines. Elles l’assimilent au principe immanent de l’octroi de la providence. Elles en peignent ou sculptent donc ses multiples aspects sous la forme d’innombrables petits personnages ; ceux-ci ayant leurs maisons, leurs rites religieux. C’est la naissance des idoles qu’on invoque pour faire appel aux âmes des Grands Ancêtres ; jusqu'à même leur sacrifier des Etres Humains ou organiser des séances d’orgies hallucinatoires ou nécromantiques en leur honneur.
Par ailleurs, le souvenir Mythique de la terre Ancestrale ne disparaît pas. Au contraire, c’est au cours de cette période nébuleuse qu’apparaissent les premières Légendes concernant celle-ci. C’est aussi à ce moment là que, peu à peu, les hommes commencent à imaginer que la déesse Mère pourrait être issue de cette contrée ; et que c’est elle qui les a sûrement engendrés. Pour eux, c’est elle qui les guide dorénavant sur la voie de l’Evolution, tandis que les Etres Surnaturels qu’elle leur envoie épisodiquement sont là pour les aider à aller de l’avant.
Ainsi, en même temps que les prémices des premières sociétés de l’Ere actuelle, naît l’idée que l’Homme est le successeur d’un Age désormais révolu. Pour lui, celui-ci est mort quelque part au-delà de l’océan qui n’a pas de limites. Selon certains de ses Frères, il s’est éteint sur « l’Ile Blanche », pour d’autres, sur la « Terre du Soleil ». En tout cas, tous sont d’accord pour dire qu’il s’est terminé à la suite d’un Cataclysme auquel a succédé un Déluge Universel. Centre suprême des « Temps d’Avant, il le confond rapidement avec la « Région des Morts ».
D’un autre coté, à cette époque, l’Homme semi-itinérant entame sa prolifération à l’endroit où il vit temporairement. La démographie croit parce que les champs demandent toujours plus de bras pour être exploités. Les campements s’agrandissent, les habitations se transforment afin de durer plus longtemps. Les bourgs s’élargissent en développant en centre commun à toute la population. Des systèmes de canaux découpés en îlots s’établissent tandis que des ports sont fabriqués quand il s’établit au bord de la mer. Par ailleurs, il taille des blocs de basalte et les dispose comme des rondins pour former de hautes murailles. A partir de ce moment là, plusieurs générations entreprennent de se succéder sur un même site avant de reprendre leur route ; tandis que d’autres s’y installent définitivement afin d’en tirer le maximum de profit. Ces derniers, domestiquant et rendant fertile leur parcelle, deviennent de ce fait les « Pères Fondateurs ». Ils permettent à l’Homme de s’établir dans un lieu destiné à devenir permanent. Ils bouleversent ses rapports avec ses congénères ; autant que lors de l’apparition des animaux domestiques et de l’élevage.
L’Homme se sédentarise donc lentement ; il modifie aussi, de fait, son décor naturel pour en faire quelque chose de totalement artificiel. Des constructions de moins en moins provisoires surgissent. De grandes fermes recouvertes de branchages se distinguent. Puis, c’est au tour de l’emploi du plâtre, de la pierre, du bois ou de l’argile de le transformer. L’Homme en érige des murs et des sols peints de fresques rupestres. Il creuse des fosses profondes dans lesquelles il jette ses détritus. Il brûle des zones de plus en plus vastes de forêts le gênant afin d’y implanter des champs à cultiver, des pâturages ou des lieux de pacage. Son environnement devient ainsi sa matière, sa chose, dont il use à satiété.
Avec l’augmentation de la taille des villages temporaires, de nouveaux problèmes internes voient le jour. Les richesses matérielles se doublent rapidement de richesses symboliques ou idéologiques. Car chacun est désigné pour cultiver un arpent de terre particulier. Les individus vénèrent toujours autant la terre pour les bienfaits qu’elle leur apporte. L’artisanat se développe bientôt pour stocker les grains, protéger la farine ou pour se projeter dans l’avenir. L’Homme peut désormais transporter ses récoltes, conserver ses denrées, préparer sa nourriture ou accomplir ses rites funéraires. Et grâce à la poterie, d’abord en terre cuite, puis en céramique, il est en outre capable de fabriquer de la vaisselle.
Les travaux s’effectuant au campement ou à sa proximité finissent par tisser de nouveaux liens entre les gens. D’autres formes d’appartenance au groupe se mettent en place. Des rapports complexes comme la propriété, le respect des défunts, le patriarcat s’éveille. Toute une palette de nouveaux sentiments – l’affection, la jalousie, l’autorité, la révolte, la compassion, etc. – se répandent. Le Père représente peu à peu la personne la plus importante au sein de la communauté villageoise ; car c’est lui qui participe, à coté de sa descendance, au travail de la terre. C’est lui qui partage ses repas avec sa famille, qui nourrit les bêtes. Sa maison protège des dangers extérieurs ; c’est le sanctuaire de sa parenté et de ses animaux. Elle est le centre de l’univers, vers laquelle chacun revient toujours. Le Père créé de cette manière, progressivement, un lien privilégié qui devient en définitive indissoluble.
Ensuite, ce sont les différences entre la richesse des terres cultivables qui accentuent les divisions. Certains Hommes commencent à échanger et à commercialiser ce qu’ils ont en trop contre ce qui leur manque. D’autres, moins privilégiés, envient leurs voisins et des conflits apparaissent. Des guerres entre populations proches se développent. Elles surgissent d’autant plus vite qu’elles ont aussi souvent pour but de se valoriser ; de montrer son courage et son adresse.
Ce sont les débuts de la civilisation telle que nous la connaissons. Au Proche-Orient, l’Homme bâtit des cités permanentes dans la zone Syrienne du Haut Euphrate et sur la cote du Levant. Il s’étend ensuite en Egypte et en Asie Mineure. En Ukraine, il forme le Peuple des Cimmériens ; lequel dessine des mains sur les murs de ses villages. En Europe de l’Est, il fait naître la société de Tartessos ; tandis que dans le Sud et l’Ouest du Continent, il est déjà depuis longtemps à l’origine de la civilisation des Mégalithes. En Inde, il introduit les langues européennes et le système des castes ; avant de se diffuser vers l’Ouest de la mongolie ou vers l’Extrême-Orient.
09 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 139 - 144
Puis, Thoÿt se marie avec une très belle humaine dont il tombe fou amoureux. Il prend ensuite le titre « d’Archiviste de l’Humanité » car il a la garde des précieux manuscrits qu’Osyrith et ses compagnons ont rédigés dans les Temps Anciens. Mais, en même temps, il redéfinit les Mythes de ses Ancêtres concernant les Origines du Monde. Et pour cela, il compose le premier tome d’un ouvrage, dans lequel il relate ses souvenirs de Pount, et les histoires que son Père lui a conté sur les « Ages d’Avant ».
Tout d’abord, il y explique que c’est Elaüs qui a fixé les rythmes quotidiens, les mouvements diurnes et nocturnes du Soleil. En effet, à l’Aube des Ages, il a divisé l’année en trois saisons de quatre mois chacune. Il l’a aussi décomposée en douze mois de trois décades de dix jours ; lesquels jours ont une durée de vingt-quatre heures. Par ailleurs, Elaüs a décidé de laisser la place à la nuit sur Terre durant douze heures. Au cours de cette période, le Créateur disparaît dans la bouche de Nout – sa Première Née – par une Porte entre les Mondes. Il épouse son anatomie stellaire. Il commence son trajet en se déplaçant le long de ses bras ; il s’agit toujours de l’instant où on perçoit les ultimes lueurs du crépuscule. Puis, il franchit le cap de sa gorge et de son buste. Et enfin, il atteint le vagin pour naître à nouveau – au matin – à l’horizon oriental du Monde.
En outre, avance Thoÿt, à l’Aube des Ages, Elaüs a laissé cinq jours en dehors de l’Equilibre Cosmique. Car, tout comme dans l’Espace organisé par le Créateur, il apparaît un moment dans le Temps, qui est rattaché à ce qu’Elaüs a engendré, et un instant qui ne l’est pas. D’ailleurs, rajoute Thoÿt, ces cinq jours doivent être considérés comme ceux de la séparation, c’est à dire de la mise au Monde des premiers Enfants d’Elaüs.
Ces premiers Descendants du Créateur sont devenus des Etoiles. Et aujourd’hui encore, ils profitent de l’Obscurité pour apparaître distinctement sur le corps de Nout. Lorsque leur Père parcourt l’Au-delà, ils se déplacent sur son tronc. La lune exceptée – c’est la deuxième Fille d’Elaüs -, ils suivent le chemin emprunté par le Soleil pendant la journée. Par contre, quand celui-ci reparaît au sein de la réalité, ils passent à leur tour par la bouche de Nout. Ils deviennent aussitôt invisibles ; tandis qu’ils sillonnent l’Autre Monde en attendant, le soir venu, de ressurgir à son Orient.
Thoÿt y parle bientôt de l’Histoire mouvementée de son peuple ; comment celui-ci s’est peu à peu éteint à la suite de deux Cataclysmes qui ont bouleversés le Monde entier. Il y déclare que ses membres sont les descendants d’une Humanité beaucoup plus vieille, originaire d’un Continent encore plus âgé que celui d’où ils se sont échappés, et qui est, comme l’Atlantyde aujourd’hui, englouti sous les eaux. Il y indique aussi qu’ils ont appartenu à une aristocratie – les Romes - possédant sa naissance des pouvoirs phénoménaux ; lesquels sont issus de la magye du Verbe Initial, autrement nommé « Mots Divins », parce que c’est avec ces derniers que le Créateur a engendré l’Univers, la terre, leur Nature, leur Réalité et les Etres Vivants qui y pullulent. Il y dit par ailleurs de quelle manière les derniers d’entre eux sont arrivés en Egypte – appelé Pount jusqu'à cette date – alors que son territoire était largement plus étendu. Il y évoque les représentants de la seconde Race Humaine – celle issue d’Atlantyde – en pleine Evolution lors de leur débarquement. Il y dessine en outre une carte, ainsi qu’une représentation imagée particulière : celle concernant l’itinéraire menant à l’ancien pays de Pount tel qu’il était autrefois, depuis l’Atlantyde.
Enfin, Thoÿt y relate l’épisode au cours duquel Osyrith a été Maudit par Setheüs et ses Mignons. Il décrit aussi les moyens que sa Mère a utilisés pour se rendre dans l’Au-delà ; quelles difficultés elle a dû surmonter pour cela. Il évoque les Gardyens qu’elle a dû affronter, les Enigmes qu’elle a dû résoudre, pour arriver jusqu’auprès de son Espryt. Il dépeint la manière par laquelle elle a sauvée son Ame Immortelle de l’anéantissement en recourant à des Charmes et à des Incantations ; comment elle l’a fait ressusciter le temps de lui donner un Fils légitime.
Dans le second tome de ce Lyvre, Thoÿt dévoile certains éléments Initiatiques. Il confie que, désormais, c’est lui qui les représente, mais qu’ils sont issus de l’ordonnance de l’Univers, et que leur transfert sur la terre d’Egypte a été réglé longtemps auparavant par les Dieux Anciens : « Une Race de Dieux a gouverné l’Egypte durant des millénaires par l’intermédiaire d’Osyrith. Ses membres étaient alors des êtres de chair et de sang, mais également, d’Essence Divine. Il s’agissait donc de la plus heureuse et de la plus noble des époques. Car c’est elle qui m’a remis le pouvoir en tant que Pharaon.
Or, moi, Thoÿt, je suis toujours en relation avec elle. Et, par extension, je suis l’ultime lien qui rattache le peuple Humain aux Premiers Temps. De fait, je suis le Gardien de l’Ordre établi et de la sagesse héritée de cet Age d’Or. ».
Puis, Thoÿt révèle d’autres messages Esotériques, sous l’aspect des nombreux combats qui ont opposés ceux qui ont suivi les voie des Commandements d’Osyrith, et ceux qui n’ont eu que le désir de Puissance pour guide. Il désigne les « Mages » Initiés qui se sont voulu « Suivants d’Osyrith », comme Symbole de la vie et de la lumière ; et ceux qui se sont voulu « Suivants de Setheüs » comme Représentants des Ténèbres, de la destruction, du Pouvoir, et de la matière. Il montre encore comment les Mages suivant Setheüs se sont acharnés à affronter les Mages suivant Osyrith, en vain ; jusqu'à ce qu’ils y renoncent, de crainte d’être anéantis eux mêmes. Il souligne que cette guerre s’est étirée sur des milliers d’années, et a continué la lutte qu’a mené Setheüs contre Osyrith. Et, enfin, il dévoile que les Humains qui ont échappé à cet anéantissement, l’ont rejoint dans la région ; et que c’est eux qu’il a nommé Grands Prêtres des Dieux Anciens.
Thoÿt rappelle par ailleurs qu’il leur a fait promettre de garder les Mystères entourant la mort, puis la résurrection, d’Osyrith, sous le sceau du Secret. Il leur a en effet demandé de choisir comme élèves, que des Mages Initiés aux Enseignements des Origines, aux Pratiques Rituelles, ainsi qu’aux Connaissances et aux Techniques permettant d’élever des Temples ressemblant à ceux de jadis.
Pour terminer, Thoÿt joint les deux volumes de son ouvrage aux autres manuscrits qu’il détient. Et il offre le tout aux Mages qui l’accompagnent sur la route de la destinée, en leur disant de les étudier attentivement ; mais aussi, de les protéger des non-Initiés par tous les moyens.
Plus tard, Thoÿt érige un Sanctuaire Primaire – sans aucun lien avec les Forces Telluriques de la terre – à la mémoire d’Osyrith, de ses Frères et de ses Sœurs. Il ancre sur ses murs, ses toits et son sol, des symboles associés aux Mots Divins et aux Temps d’Avant. Il sculpte ou peint des scènes relatives à l’époque de la grandeur de l’Empyre. Il en figure d’autres détaillant cet Age Sombre pendant lequel la province Extérieure de Pount a été livrée à elle même tandis que le Monde sombrait dans la décadence et la sauvagerie tout autour d’elle ; ce qui est toujours le cas, songe t’il en taillant la pierre.
Puis, enfin, il confie son Livre, ainsi que les lieux à des hommes sages qu’il nomme « Mages ». Il leur explique que le Temple est désormais le seul vestige encore visible de cette Ere révolue. Au cours de longues conversations, il leur enseigne les rudiments de Connaissance qu’il a en sa possession, les éléments de Magye du Verbe Initial qu’il sait être toujours plus ou moins opérant. Il leur demande de protéger le Sanctuaire par leur intermédiaire parce que lui n’en n’est désormais plus capable. Les derniers éléments de son Essence de Vie, la puissance des Mots Divins qui lui sont rattachées, sont en train de s’évanouir. Il sent le vide l’envahir de plus en plus vite. Il discerne cette immense fatigue, un épuisement tel qu’il n’en n’a jamais connu, le dévorer, l’anéantir. Il profite donc du peu de temps qui lui reste pour révéler à ces clercs ses ultimes recommandations :
Tout d’abord, il leur apprend l’existence du tombeau d’Osyrith ; bien qu’il n’ait pas le souvenir du chemin qu’il a parcouru pour s’en échapper après l’enterrement de son Père. Il leur décrit les trésors immémoriaux, les Secrets et les Mystères ancestraux, les Lyvres, les tablettes et les parchemins, qui y sont dissimulés. Il leur révèle qu’il s’agit là des seules traces des Temps d’Avant qui existent en ce Monde ; qu’il faut qu’ils soient préservés, protégés de la folie des hommes, à tout prix. Il leur fait promettre de ne jamais en révéler l’existence à quiconque. Mais, par contre, qu’ils doivent se transmettre son souvenir de génération en génération, afin, qu’un jour, lorsque l’Humanité sera prête à poursuivre son Evolution en vue du Grand Œuvre du Créateur, elle puisse y accéder. « Car, dit il, il y à là bas des Connaissances qui dépassent l’imagination la plus fertile. Il y a des Révélations sur les Ages passés et futurs, qui pourraient rendre fou celui qui n’est pas préparé à être confronté à de tels Savoyrs. C’est d’ailleurs pour cette raison que les ouvrages qui sont rangés dans les bibliothèques et les cryptes souterraines de ce lieu, sont, non seulement inaccessibles, mais aussi protégés par des entités surnaturelles venues d’au-delà cette Réalité. »
Il continue en insistant sur le fait que les Mots Divins qu’il leur a transmis aideront ceux qui, au moment voulu, entreront de nouveau dans le Sanctuaire où repose Osyrith et ses Mystères. Ils les préserveront des pièges et des Gardiens qui hantent ces couloirs. Mais, surtout, ils leur permettront de déchiffrer les Volumes qui y sont précautionneusement disposés. « C’est tout ce qui reste de l’époque bénie où les Dieux et les Demi-Dieux parcouraient le Monde de long en large, dit t’il finalement. Ces Trésors sont inestimables. ».
Pour terminer, il exprime le désir, lorsque sa fin viendra, d’être enterré au Cœur du Sanctuaire dédié à la mémoire d’Osyrith. Il veut que les Rituels soient accomplis selon les dogmes et les principes édictés par les Fils d’Elaüs. Il fait en effet comprendre aux Prêtres que ce sera la seule manière pour lui, de rejoindre ses Ancêtres. A ce moment précis, une Porte entre les Mondes s’ouvrira quelques instants, et son Ame Immortelle pourra ainsi franchir le Seuil Obscur, parcourir sans encombre le Long Voyage et les nombreuses embûches qui parsèment son trajet, et enfin, retrouver ceux qui l’y attendent depuis toujours.
Au fur et à mesure que Thoÿt parle, les Mages sont de plus en plus abasourdis par les Révélations que celui-ci leur fait. Evidemment, ils connaissent les Mythes et les Légendes concernant le Pays de Pount et ses habitants aux pouvoirs surnaturels. Certains de leurs parents s’en sont échappé après les bouleversements climatologiques et tectoniques qu’il a connu. Par eux, ils savent que des Gÿants et des hommes nés dans une contrée d’au-delà des mers, y ont vécus. Mais jamais ils n’auraient pensé que tant d’Enigmes des temps présents y sont encore rattachés d’une manière ou d’une autre. Leur curiosité s’éveille. Ils sont avides d’en apprendre davantage, bien qu’ils se rendent compte que Thoÿt est au bout de ses forces. Ils n’ont de ce fait pas d’autre choix – pour l’instant – que de lui obéir en tous points, en attendant le jour propice pour des investigations plus poussées à leur sujet. Et, de ce fait, ils rangent le Livre de Thoÿt dans les profondeurs du Temple, puis l’entretiennent du mieux possible.
Malgré tout, les « vicaires d’Osyrith » consignent dans leurs notes personnelles tout ce que leur a révélé Thoÿt. Ils n’ont pas l’intention d’en oublier le moindre mot. Ensuite, ils rangent leurs manuscrits à coté de l’ouvrage de l’ultime Demi-Dieux vivant encore sur Terre ; tandis que certains d’entre eux sont bientôt affectés à la relecture et à l’interprétation des textes qui y sont inscrits. Quant aux, autres, ils accompagnent Thoÿt dans ses volontés, et font tout ce qui est en leur pouvoir pour le suivre dans ses démarches suivantes. En même temps, évidemment, ils tentent de percer ses pensées, sa philosophie et ses souvenirs, ce qui se révèle être une tâche des plus ardues.
C’est aussi au cours de cette période qu’Isys devient, aux yeux des populations que gouverne Thoÿt, non seulement l’épouse d’Osyrith, mais aussi celle qui a ressuscitée son Mari et qui lui a donnée un Fils. Magicienne Divine, elle est en outre assimilée à la fileuse ; la première à avoir tissé le linge nécessaire à la momification d’un Pharaon, à sa Conservation dans ce Monde, et à sa Résurrection dans l’Autre.
Peu à peu d’ailleurs, Isys prend une place très importante auprès des sujets de Thoÿt ; il faut dire que celui-ci entretient minutieusement sa Légende, l’embellit même. Au cours de cérémonies rituelles, il rappelle en effet les Mythes qui lui sont rattachés. Il s’en sert pour instruire les Hommes des générations en devenir des événements du passé.
Plus Thoÿt sent sa fin approcher, plus de multiples préoccupations semblent le tourmenter ; comme si il s’interrogeait en permanence sur le sens profond du destin tragique de son peuple. Il voudrait trouver une explication aux desseins du Créateur à l’encontre le l’Humanité dont il est aujourd’hui le dernier représentant. Il a en effet du mal à comprendre pourquoi celui-ci a mis tant d’espérances en eux pour tout à coup les faire disparaître, et les remplacer par une Race à-priori moins Evoluée et moins Intelligente que la sienne. Il a peur de cette Espèce Humaine qui, depuis le début de son ascension, ne passe son temps qu’à s’entredéchirer sur des ambitions futiles et indignes d’intérêt – les Atlantes l’ont parfaitement démontré au cours de leur brève Ere -. Il se demande par ailleurs pourquoi celle-ci ne réalise pas l’importance de ce dont elle a hérité, et de la contribution qu’elle peut apporter, pour la poursuite du Cycle des Temps, et notamment pour l’Age de Maturité dans lequel elle vient d’entrer.
Bouleversé par ces Enigmes qu’il ne sait résoudre, Thoÿt, comme le père de son Père avant lui, ambitionne de léguer des descendants à cette Humanité en plein développement. Il pense que c’est le seul moyen de s’assurer que le Grand Œuvre du Créateur de Toutes Choses persévérera ; qu’il trouvera son chemin au milieu de la nébulosité qui a désormais envahie le Monde. Se souvenant des Mythes de Gälaû et d’Elaüs, de Celui qui Crée la vie et de Celui qui Nie la vie, il sait que les Membres de la race Primordiale ont participé à leur manière à son Evolution. Au vu de ce qu’il a accompli tout le long de son existence, il déchiffre maintenant son Destin – ainsi que celui de ses compagnons d’infortune -, et les Forces qui l’ont poussée jusqu’ici. Donc, lui, leur ultime descendant, se doit d’aller jusqu’au bout de ce dernier.
Pour cela, Thoÿt s’unit bientôt charnellement à Leïka, la fille d’Aÿnoû, un des Prêtres du Temple d’Osyrith. Celle-ci enfante rapidement deux jumeaux, Ménès et Narmër. Puis, juste après leur naissance, Thoÿt les consacre comme « Pharaons », ou autrement dit, « Fils de Thoÿt » ; ce sont eux qui, désormais, se devront en effet d’être les successeurs des Membres de la race Primordiale auprès des Humains lorsqu’il aura disparu. Le sang qui coule dans leurs veines leur impose des obligations. Ils ne peuvent pas y échapper.
Thoÿt éduque donc Ménès et Narmër en conséquence. Il leur révèle qu’une fois que lui ne sera plus là pour guider le peuple sur la voie de la sagesse et de la véryté – comme a tenté de le faire Osyrith avant lui -, une fois qu’il ne pourra plus lui montrer quel chemin emprunter pour suivre son Evolution à travers le Cycle des Temps, et peut-être, un jour, atteindre le Grand Œuvre du Créateur, ce sera à eux d’accomplir cette tâche. Il leur relate tous les souvenirs des Temps Anciens qu’il a décrits dans le Livre qu’il a fait ranger au fond du Sanctuaire d’Osyrith. Il leur demande de perpétuer le souvenir de celui-ci, de l’honorer ; comme les autres Dieux et Demi-Dieux d’ailleurs. Il leur raconte les multiples histoires, Mythes, Contes et Légendes, se référant à sa Vie mouvementée. Il leur parle notamment de ceux dans lesquels il est en permanence en train d’éduquer les Populations dont il a eu la charge en tant que Guide Spirituel de la nation Atlante. Il les sollicite pour bien étudier, comme Osyrith, les ouvrages de la bibliothèque, de se référer aux Lois et aux Codes anciens qu’il a inscrit à l’intérieur des pages de son ouvrage. « Car, dit t’il, elles s’inspirent des Lois du Pilier que les Fils d’Elaüs ont autrefois eux mêmes rédigés au cœur du Continent disparu. ». Il souhaite qu’ils soient empreints de leur Philosophie et de leurs Principes. Tout au long de l’enfance et de l’adolescence de Ménès et de Narmër, Thoÿt éduque ainsi ses descendants avec toute la force qui lui reste ; sa foi en son père l’aidant dans les moments les plus difficiles.
Quant aux autres rares survivants ayant trouvé refuge dans les deux ou trois ruines de cités Atlantes encore debout, eux sont conduits par quelques Mages. Mais, des hommes profitent de la désorganisation générale pour en tirer avantage. Certains, en effet, envoient des émissaires à l’extérieur des villes pour rencontrer tous les groupes de réfugiés proches de leurs abris. Et quand ceux-ci en trouvent, ils exigent aussitôt que ces derniers se placent sous leur tutelle ; ou, lorsqu’ils essuient un refus, les font massacrer.
Très vite, ces groupes humains sombrent dans la démence. Perdus au milieu d’un Monde qu’ils ne reconnaissent plus, ils ne pensent plus qu’à une chose : trouver n’importe quel moyen de subsistance pour survivre. Ils se lancent à l’assaut de territoires inhospitaliers en effectuant partout des raids meurtriers. Progressivement, ils s’avancent de plus en plus profondément à l’intérieur des terres. Ils se dirigent parfois vers les quelques villes ou villages qui se sont entre-temps reconstruits. Ils les attaquent pour s’emparer de leurs provisions. Ils détruisent tout ce qui n’est pas vital pour leur subsistance immédiate.
Les chefs de ces communautés barbares se prennent bientôt pour des Seigneurs invincibles ; ils se sentent investis d’une légitimité incontestable. Ils se donnent des noms comme « Loup Bondissant » ou « Scorpion Ravageur ». Peu à peu, ils commencent à croire que l’Immortalité de l’Empyre n’est pas éteinte ; que c’est à eux, par des conquêtes nouvelles, de la rétablir dans toute sa grandeur.
Dès lors, les rares parcelles de Provinces Extérieures en Afrique du Nord ayant échappées au Cataclysme, deviennent les proies de la brutalité la plus sauvage. Les territoires se fractionnent rapidement en contrées farouches ; qui se réduisent ensuite à leur tour comme des peaux de chagrin. Leurs habitants se combattent les uns les autres ; la loi du plus fort domine. Ils se constituent en tribus guerrières – parfois errantes – impitoyables.
C’est le temps des dernières Grandes Epopées ; celle des « Camés » porteurs des germes des Civilisations à venir. C’est aussi l’époque où les derniers Vrais Mages s’aventurent à leurs cotés pour les accompagner dans leurs entreprises. Bataillant pour que les Camés montrent pus d’indulgence à l’égard des populations soumises, ils usent une ultime fois de la magye du Verbe Initial. Ils transmettent aux clans primitifs leurs Enseygnements. Ils partagent avec eux les Connayssances qui vont être à la base de la future « Révélation Primitive ».
Puis, à l’aube de « l’Ere de la fondation », d’Egypte, les Camés se répandent partout en Afrique du Nord. C’est à ce moment là que quelques Mages rencontrent plusieurs Marcheurs Inytiés de Näkaa – ou autrement nommés « Näkaals » - arrivés en Iran avec les Aryens. C’est grâce à eux qu’ils apprennent quelques rares Enseygnements issus des temps d’avant la disparition de l’Atlantyde. C’est aussi eux qui leur révèlent que l’océan est désormais considéré comme une zone interdite ; qu’il s’agit d’un abîme de perdition encombré de mirages et d’êtres hybrides ; un lieu empoisonné par les Dieux à la suite de leur Chute finale et de l’Apocalypse qui l’a accompagnée.
Mais, après le départ des Camé de la région, d’autres groupes se développent en Egypte, et notamment aux alentours de l’oasis de Kashan. Puis, une fraction de ce peuple embryonnaire se détache ; celle-ci remonte encore plus loin vers le Nord en suivant les rives du fleuve Nil. Un peu plus tard, elle commence à coloniser son Delta.
Malheureusement, un jour, ce qui devait arriver, advient : un de ses hommes découvre par hasard une vaste nécropole à l’intérieur de laquelle sont enterrés une multitude de Géants.
08 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 134 - 139
Les Marcheurs retrouvent bientôt, au centre des déserts d’Orient, les ruines de certains Sanctuaires antiques. Et ils savent que des sortes de momies – des Gardyens et des Ombres – en protègent les entrées.
Pourtant, ils connaissent les Mots qui obligent celles-ci à obéir à leurs ordres. Ils en usent, parviennent à franchir leurs barrages. Ils passent ensuite dans de nombreuses salles aux toits fissurés, aux murs éventrés et aux sols défoncés. Au passage, ils contemplent des fresques, des sculptures et des idoles de pierre, recouvertes de ronces et de moisissures multicolores. Enfin, ils descendent à l’intérieur de cryptes qui, autrefois, ont été aménagées en Bibliothèques ; et y pénètrent.
Dès lors, ils se mettent à consulter fébrilement les documents jonchés de poussière et de toiles d’araignées qui s’y trouvent. Ils parcourent leurs étagères remplies de livres et de parchemins avec extase. Ils les consultent pendant des dizaines de journées, en recopient à la main un certain nombre. Ils se rendent finalement compte que ces derniers sont des textes issus de l’Age précédent ; mais que ce sont surtout des fragments de l’Histoire de l’antique peuple d’Atlantyde. Les Marcheurs ont d’ailleurs l’impression que ceux-ci ont été amenés là il y a des milliers d’années, depuis l’Egypte, la mésopotamie ou la nubie car leurs écritures archaïques sont souvent différentes les unes des autres.
Une fois leur inventaire terminé, une fois leur recopiage des épisodes importants du passé accompli, ils quittent les villes délabrées avec leurs Trésors de Connayssances. Puis, ils laissent derrière eux ces contrées pour longtemps arides et stériles.
A partir de ce moment là, les Marcheurs entrent à l’intérieur des territoires habités par nombre d’Humains regroupés en vastes communautés. Atteignant des portions du Continent Eurasiatique telles que l’Inde, l’Iran, l’Afrique du Nord, la grèce ou les régions Germano-Scandinaves, ils se mêlent alors de plus en plus à eux. Ils parlent souvent avec leurs Mages – qui s’intitulent désormais « Sorciers » ou « Chamans ». Ils commencent à les Enseygner et à les Initier aux Rites du Savoir que le Roi du Monde les a autorisé à transmettre autour d’eux. Ils leur donnent donc accès aux quelques rudiments de Magye issue du Verbe Initial toujours efficaces malgré les transformations telluriques et cosmiques dont la terre a récemment été l’objet ; ils savent d’ailleurs très bien que les Mots Divins qu’ils leur inculquent n’ont pas de grande puissance : ceux-ci ne sont les détenteurs que de Forces Mineures. Et particulièrement, celles liées à l’Esotérisme créé par les Hauts Clercs au moment du Schisme Majeur, et non aux Puissances rattachées à la nature, à la réalité de l’Univers, et au Créateur de ces dernières.
Ensuite, par l’intermédiaire de quelques paraboles simples, en racontant des histoires simples appelées à devenir des Mythes Universels, les Marcheurs expliquent qu’ils sont les ultimes descendants d’un peuple qui a aujourd’hui totalement disparu ; et qu’ils sont présents parmi eux pour préparer le nouvel avènement de la connaissance. Ils leur révèlent aussi qu’à l’Origine, s’étendait la mer Tranquille du Chaos. Puis, la terre avait surgi de cet Océan liquide. Elle s’était scindée en deux Continents. Puis, l’Humanité d’alors était née. C’était le début de l’Age d’Or.
Mais, un jour, les Continents avaient sombré dans les profondeurs des eaux. La plupart de leurs habitants avaient péri au cours du Cataclysme. Seuls quelques rares rescapés avaient eu le temps de se réfugier dans de vastes abris souterrains. Ceux-ci avaient bientôt construit un Temple à l’aide de rochers impérissables. Ils avaient en effet élevé une Tour gigantesque ; laquelle étaient rapidement devenue l’ultime demeure des derniers Rois de la terre. Et c’est ainsi que leurs Grands Ancêtres avaient survécu et avaient atteint les plus hautes sphères du Savoir Universel ; devenant finalement de véritables Dieux.
En même temps, le contact avec les autres survivants de la catastrophe avait brutalement été interrompu. Les autres Etres de la race Primordiale éparpillés un peu partout sur la planète s’étaient peu à peu éteints ; mas pas eux. Ayant décidés de rester invisibles aux yeux du Monde, ils avaient pu entreprendre de guider les Mortels sur la voie de la sagesse et de la véryté.
Les Marcheurs disent que ces Dieux sont, depuis lors, les « Maîtres de la sagesse Infinie ». Et ils ne sortiront de leurs refuges souterrains qu’à la fin de ce Nouvel Age de l’Humanité, lorsque les Elus apparaîtront dans le Monde pour contribuer à l’éclaircissement des hommes superstitieux.
Enfin, les Marcheurs interrogent les Chamans et les Sorciers sur leurs propres origines. Mais, la plupart du temps ces derniers ne savent pas leur dire grand chose à ce sujet. Les Marcheurs ont d’ailleurs l’impression que leur dégénérescence a été suivie d’une perte de mémoire vis à vis de leurs racines immémoriales. Les seuls faits dont ils se souviennent plus ou moins, concernent le Guide Spirituel d’Atlantyde ; et plus particulièrement sa confrontation acharnée avec son Frère. Les Marcheurs la reconnaissent, bien qu’elle ait pris une teinte imagée et ait été, au fil du temps, démultipliée en divers contes extravagants.
Ils leur expliquent aussi que l’heure est venue pour l’Humanité de devenir totalement autonome. La magye du Verbe Initial étant presque inopérante désormais, ses membres ne doivent plus continuellement se référer à elle, comme l’ont fait jadis les Membres de la race Primordiale. Ceux ci ont le droit, bien sûr, de garder son souvenir dans leurs Mythes et leurs Légendes. Mais l’Ere est terminée où sa Force gouvernait le Monde et les Hommes. Ce qui en reste, permet tout juste à ceux qui s’y initient, à l’issue de longues années d’étude, et au terme d’un voyage introspectif au fond de soi même, de guider leur Vie sur la voie de la sagesse et de la vérité. Ces rares personnes vont, à partir de maintenant, être les torches qui vont orienter les peuples sur le chemin du Grand Œuvre. Ils ne pourront plus, par contre, influencer son Destin, tel que cela fut jadis le cas de la part des Fils d’Elaüs et de leurs successeurs immédiats.
Peu à peu, donc, dans toutes les contrées où ils s’aventurent, les Marcheurs sont appelés « Sages » ou « Envoyés des Dieux ». Car, à chaque fois qu’ils cohabitent un moment avec un Clan, ils Enseygnent un Initié – dit du « Cercle de Fer » - chargé de poursuivre leur prêche spirituel. Ils lui donnent les Clefs de plusieurs messages symboliques, partagent avec lui des idées et des notions oubliées depuis longtemps. Ils ne partent donc, que lorsqu’ils sont persuadés que celui-ci est prêt à former de nouveaux Disciples.
Malgré tout, la grande majorité des Initiés du Cercle de Fer confondent rapidement les multiples notions qu’ils ont apprises, faute de les comprendre totalement. Ils se mettent donc à associer le Continent Originel sur lequel est né la race Divine – pour eux, le Centre Suprême du Monde – avec la « Terre des Vivants » ou la « Région des Morts ».
Amérique, Age de la transition :
Le dernier rassemblement d’embarcations – mené par Quetzän-Coätl – se dirige dans la direction opposée aux deux autres flottilles. Il quitte rapidement les eaux furieuses qui ont englouties l’Atlantyde. Il gagne les rivages de l’Amérique centrale et débarque avec ses réfugiés au Yucatán.
Quetzän-Coätl et ses Gÿants barbus pénètrent rapidement à l’intérieur des terres. Ceux-ci se heurtent d’abord aux forêts inextricables de l’Og. Ils rencontrent ensuite quelques peuplades d’Atlantes dégénérés et redevenus primitifs. Quelques unes leur disent que des villes très antiques mais en ruines existent aux environs. Puis, ils parviennent au pied de la cordillère des Andes. C’est au sommet de l’un de ses pics que Quetzän-Coätl décide qu’il faut s’installer.
Le groupe gravit donc les pentes escarpées de la cordillère. Il franchit des passages bordés de précipices, traverse des jungles et des vallées. Il explore minutieusement chaque sentier qu’il croise sur son chemin. Et, enfin, au sommet de la montagne, il arrive en vue d’un lieu qui lui semble idéal pour fonder une nouvelle société Atlante.
Quetzän-Coätl choisit d’y bâtir une ville. C’est là, désormais, que les descendants des Fils d’ Elaüs vont se perpétuer. Donc, elle doit être aussi majestueuse que celles du Continent englouti. Avec ses compagnons, il érige donc des murailles gigantesques. Au centre des fortifications, il élève des bâtiments monumentaux tels que des Sanctuaires Mégalithiques dédiés à la gloire des Fils d’Elaüs, des palais ou des lieux d’habitation. Il fait sculpter leurs parois de formes géométriques ou symboliques simples. Il y fait inscrire des phrases issues du Lyvre d’Efraüm afin de perpétuer la sagesse Eternelle de ce Dieu né au cours de l’Ancien Age. Dans les alentours, il fait construire des routes et des citadelles. Il fait aussi défricher des terrains dans le but de les transformer en champs cultivables. Puis, finalement, il nomme sa nouvelle capitale « Ëlôthihan » en hommage au Fils d’Elaüs.
Ensuite, à chaque fois que Quetzän-Coätl et les autres Gÿants décident de s’installer quelque part – que ce soit loin en direction du Nord ou loin vers le Sud -, Quetzän-Coätl et ses Frères procèdent au même rituel. Ils font surgir du sol des monolithes noirs taillés d’inscriptions Divines aux endroits où ils sentent que les courants telluriques sont les plus vivaces. Puis, ils reproduisent autour d’eux les Sacrements et les Dogmes qui leur ont été enseignés en Atlantyde ; bien que, peu à peu, ils pervertissent leur signification et leur mode de fonctionnement.
Quetzän-Coätl pense ensuite qu’il est nécessaire de fonder une dynastie si il veut perpétuer sa Race. Et lorsque son épouse donne naissance à son premier né, celui-ci le nomme aussitôt : Mäyactl.
Quetzän-Coätl mort, ses Enfants l’enterrent dans le tombeau qui est situé dans la crypte du plus important Sanctuaire d’Ëlôthihan. Avant de le mettre dans son sarcophage de pierre, ils inscrivent les Mots Divins qui vont lui permettre de passer sans difficultés le Seuil Obscur. Ils dessinent les symboles représentant le Long Voyage des Ames Immortelles des Fils d’Elaüs vers l’Autre Monde. Ils usent de leurs derniers reliquats de la magye du Verbe Initial autorisant l’ouverture de la porte d’entre les Mondes.
En employant ces Rites et ces Sacrements, les Enfants de Quetzän-Coätl sont certains que l’Essence Vitale de leur Père va pouvoir rejoindre celles de ses Ancêtres ; qu’elle va être capable de franchir le Seuil Obscur pour dépasser cette Réalité ; qu’elle va être assez forte pour affronter les multiples périls, les Gardyens et les Ombres qui sèment son itinéraire avant de se mêler aux leurs.
Une fois les cérémonies terminées, les Enfants de Quetzän-Coätl referment les portes du caveau. Ils les scellent et y gravent les sceaux protecteurs des anciens Prêtres-Rois d’Atlantyde.
Le pays se morcelle donc en trois Provinces autonomes. Les habitants de la première contrée décident de rester à Ëlôthihan ; les seconds jugent qu’il est préférable de remonter vers le Nord du Continent ; les troisièmes, de descendre vers le Sud par le Brésil avant de s’étendre jusqu'à l’embouchure de l’Amazone.
Afrique du Nord, Fin de l’Age de la transition :
L’ultime utilisation du Nœud Tellurique le plus puissant de la région par Thoÿt après l’inhumation d’Osyrith à Abydos, entraîne donc de nouveaux dérèglements localisés. Au Nord de l’Egypte, là où existent des archipels issus de Pount, de nombreuses îles se morcellent, puis s’effondrent. Des territoires entiers, en effet, s’engloutissent entre Sicile, Tunisie et Tripolitaine ; ils se métamorphosent en massifs sous-marins. Le paysage environnant change brutalement tandis que les flots de ce qui a été jusqu'à présent la petite mer Méditerranée, se répandent partout. Les glaciers les suivent jusqu’aux rivages Sud du Continent européen.
De fait, le territoire est de nouveau malmené par les éléments. L’archipel rattaché à lui, et comprenant les îles de Djerba, de Kelanna et de Pegalie - là où existaient encore un certain nombre de villes côtières et de ports -, disparaît. Les eaux pénètrent dès lors jusqu’au Delta du Nil, tandis que plus bas, ce qui reste de l’ancienne mer Sud-saharienne se transforme définitivement en lacs et en marécages boueux.
Une fois de plus, les hommes sont les principales victimes de ces bouleversements climatologues et tectoniques. Obligés de fuir, la plupart d’entre eux quittent l’Egypte ; ils franchissent le nouveau désert situé au Sud de Pount, dépassent ce qui reste de sa mer Intérieure. Ils s’avancent en direction des monts d’Ethiopie et du Zambèze formant son extrémité méridionale ; ce sont eux qui vont donner naissance aux Saos – les ancêtres des Tutsis – et aux Garamantes – les ancêtres des Ethiopiens -.
Certains pourtant ne suivent pas le même chemin : ils longent les rives du Nil et franchissent plusieurs de ses cataractes. Ils parviennent bientôt aux abords de l’un de ses multiples affluents, lequel a pour nom Triton ; celui-ci se situant aux frontières de l’antique territoire du Hoggar, l’ultime bastion de l’Empyre Amazone au moment où il s’est écroulé sur lui-même. C’est là qu’il décide de s’arrêter pour établir une cité évoquant le souvenir de l’Age d’Or de leur peuple.
Mais, malheureusement, à l’époque où érigent leurs premiers monuments, le Sahara débute sa désertification intensive. Les riches vallées et les plaines fertiles subissent des sécheresses désastreuses sur plusieurs années de suite. Elles se transforment rapidement en territoires arides tandis que la steppe sablonneuse ne cesse de progresser.
D’autres enfin, se dirigent vers la libye ou l’Iran actuels. Et tentent de se réfugier dans les rares ruines de cités toujours visibles malgré leur engloutissement sous les eaux ou leur ensevelissement sous les poussières stériles.
Plus Thoÿt remonte vers le Nord, plus il croise nombre de personnes semblant fuir quelque chose d’effrayant. Les yeux exorbités par la peur, des cernes de fatigue sous leurs paupières, les traits tirés, toutes avancent en effet comme des zombis. Il se demande ce qui a bien pu leur arriver. Il se demande aussi ce qui a bien pu advenir des cités que lui et ses compagnons ont rétablies jadis ; car c’est là qu’il aimerait se rendre. Déjà angoissé par la solitude et l’épuisement qui le tenaillent depuis qu’il a abandonné le tombeau d’Osyrith et de ses derniers Frères et Sœurs, un sentiment de terreur absolue s’empare peu à peu de lui. Au fur et à mesure qu’il rencontre ces Humains aux visages décomposés, il comprend que l’espoir auquel il se raccrochait jusqu'à maintenant est en train de se désagréger définitivement.
Thoÿt veut comprendre l’origine de leur désarroi et de leur errance. Un jour, il interroge donc les membres de l’un de ces nombreux groupes d’individus. Et c’est alors que ceux-ci lui expliquent ce qui vient de se passer : toute la partie septentrionale de l’ancien Pays de Pount s’est effondrée dans la mer. Elle a entraînée avec elle la grande majorité des cités qui ont été bâties sur les rivages et les îles proches du Continent. D’abord, il y a eu un bruit sourd venu des profondeurs de la terre ; à la manière d’autrefois, lorsque les Atlantes et les Demi-Dieux utilisaient l’Energie Tellurique de la planète pour transformer le climat ou l’environnement. Puis, des traits de lumière venus du Sud ont parcouru le sol et se sont étendus dans toutes les directions. Et, enfin, des mouvements se sont produits dans toute la région ; des fissures sont apparues. Les morcellements se sont accentués avant que la terre ne s’écroule et que les eaux tumultueuses les remplacent soudainement.
Thoÿt réalise alors ce qui a pu se passer : en utilisant une dernière fois le Nœud Tellurique situé sous le Sanctuaire où il a enterré Osyrith et les derniers descendants des Demi-Dieux, il a déclenché un Cataclysme localisé. En ouvrant une Porte entre les Mondes pour permettre à l’Ame de son Père de rejoindre les Fils d’Elaüs par delà le Seuil Obscur, en appelant auprès de lui des Ombres et des Gardyens pour protéger le corps de celui-ci, en usant de ses ultimes parcelles de la magye issue du Verbe Initial pour les lier aux lieux, et enfin, pour que les Esprits désincarnés de ses Frères et Sœurs endormis, aient peut-être un jour l’occasion de se réveiller si le besoin s’en faisait sentir, il a accompli un désastre semblable à celui qui a englouti l’Atlantyde ; bien qu’à une échelle plus réduite. Thoÿt est bouleversé. Comment a t’il pu accomplir une telle monstruosité. Il vaudrait mieux qu’il soit mort, pense t’il. Car, en voulant faire le bien, il n’a commis que des destructions et a appelé la mort autour de lui.
Thoÿt arrive en vue du fleuve Nil. Le Demi-Dieu est soulagé : celui-ci n’a pas été englouti par les eaux lors du Cataclysme détruisant le Nord de la contrée ; il n’a pas, non plus, été recouvert par les sables du désert ensevelissant tout sur leur passage depuis un certain temps à partir du Sud du Continent. Thoÿt peut dès lors espérer y trouver un refuge momentané. Il ne serait que temps après toutes les épreuves qu’il vient de subir. En fait, c’est cette image – de les voir tous allongés autour du cercueil d’Osyrith, apparemment sans Vie – qui lui reste le plus vivement imprimé dans l’Ame.
Thoÿt vit longtemps parmi les hommes qui l’ont accueilli au sein de leur peuplade. Il devient d’ailleurs, comme prévu, leur monarque, et règne 7000 ans. Dès lors, il leur Enseygne le peu de Savoyr qui lui reste en mémoire. Et comme il n’a plus aucun support écrit, il ne peu leur apprendre que les rudiments qui lui semblent essentiel pour l’élaboration de la civilisation. Souvent, il songe à retourner avec quelques uns de ses amis dans l’ancien Sanctuaire où il a enterré le corps d’Osyrith.
07 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 129 - 134
Näkaa est le seul à détenir les Savoirs des Lyvres antiques dans leur totalité. Ayant jadis été instruit de leurs Enigmes par ses Pères Divins, il a aussi reçu d’eux cette Suprême Faculté. Et aujourd’hui, il est le seul à posséder leur Sagesse et leur Véryté dans leur globalité. Il connaît toutes les forces de la nature qui y sont décrites, lit et parle dans toutes les langues humaines – ou autre – qui y sont marquées. Il peut ainsi décrypter sans difficultés le Grand Lyvre de la destinée Humaine – le Lyvre d’Elaüs -.
Pourtant, Näkaa réalise qu’il est essentiel qu’il ne soit pas le seul à préserver le patrimoine Intellectuel et Moral Humain d’une éventuelle destruction ; comme cela s’est déjà produit par deux fois dans le passé. Car il sait qu’à un moment donné, il devra Enseygner ces Connayssances Primordiales aux peuples extérieurs lorsque ceux-ci seront prêts à les recevoir. Un jour, il charge donc ses douze Initiés du Cercle d’Argent de construire des Bibliothèques dans les profondeurs de son royaume. Et il leur demande à ce qu’elles soient inaccessibles à tout regard profane et à tout attentat. Car ils devront être les seuls, avec lui, à pouvoir étudier leur contenu.
Les Initiés désignés installent donc des Bibliothèques dans les sous-sols les plus reculés de ce monde souterrain, parfois aux limites des océans abyssaux d’antan. Puis, ils y entreposent méthodiquement les miettes du Savoir sacré que les Pères de Näkaa ont réussi à protéger avant le Cataclysme. Ils y ordonnent les Lyvres, les parchemins et les tablettes qu’ils ont en leur possession ; lesquels enrichissent alors les rayonnages des salles d’apports Philosophiques, Mystiques ou Intellectuels. Ils y rassemblent aussi le corps de tous les Arts et de toutes les Sciences que leurs prédécesseurs ont miraculeusement pu sauver de l’anéantissement. Les Initiés rédigent aussi eux mêmes un certain nombre d’ouvrages concernant les Réflexions et les Remarques qu’ils leur inspirent ; et qu’ils placent à leurs cotés.
En ce qui concerne le « Cycle des Demi-Dieux », d’innombrables cavernes servent d’entrepôts gigantesques. Les rangées de livres le concernant occupent des dizaines de salles et des centaines de corridors. Quant aux documents relatifs aux Ages antérieurs, ils sont emmagasinés encore plus loin sous la terre et sous les mers.
Evidemment, ces ouvrages parlent du temps où le Continent Primordial au milieu de l’océan de l’Ouest existait encore ; l’époque où son Empyre s’étendait en Amérique, en Europe et en Afrique. Ils expliquent aussi comment cet Empyre a été détruit, comment le séisme ayant englouti l’Atlantyde s’est déroulé et a transformé le globe d’une manière irréversible. Ils relatent encore de quelle manière les rares survivants se sont réfugiés dans le pays de l’Argatha afin d’y bâtir un Monde meilleur. Enfin, ils laissent apparaître tous les événements importants survenus depuis l’Aube de l’Ere actuelle. En fait, ce sont finalement de véritables encyclopédies décrivant tous les Mystères de la nature Humaine et de l’Univers qui entoure celle-ci.
D’un autre coté, plusieurs milliers de documents gravés sur des feuilles de métal ou sur des rouleaux de parchemins, et disposés dans les rayonnages des étages supérieurs de cet immense dédale, s’intéressent aux « Cycles Inférieurs ». S’y trouvent aussi des tables astronomiques de l’Ere Divine et de celle de leurs Enfants ; des configurations de constellations relative à leur époque, ou des renseignements sur les étoiles et les planètes qu’ils ont pu observer par l’intermédiaire de leurs pouvoirs phénoménaux.
Mais seuls les douze Initiés du Cercle d’Argent ont le droit de s’adonner à l’étude de ces Secrets. Ce sont les seuls qui connaissent le but matériel des travaux effectués sur les Lyvres des différentes Bibliothèques. Ces Initiés passent donc de nombreuses années à déchiffrer leurs Mystères. Ils tentent de percer leurs Enigmes. Ils cherchent à comprendre ce que celles-ci dissimulent. Ils s’efforcent de déchiffrer les Symboles et les images gravées des ouvrages qu’ils tiennent entre leurs mains. Ils s’acharnent sur leurs inscriptions, leurs Mots Divins, tout en sachant que des glyphes terribles les protègent de toute profanation. Mais ils s’y risquent malgré tout ; la plupart d’entre eux finissent ainsi dévorés par leurs Gardyens ; ce qui n’empêche pas les survivants de poursuivre leurs investigations.
Un jour, enfin, une piste s’ouvre à eux : ils s’aperçoivent que certaines lettres – 22 au total sur les dizaines que représente l’Alphabet Atlante – font références à des Arcanes sacrées. Elles font partie intégrante du Verbe Initial ; et par là même de la magye qui en est issue. En effet, chacune de ces 22 lettres se rattache à un nombre, et chaque nombre correspond à une Arcane.
Cette information essentielle permet aux Initiés de repenser toute leur méthodologie. Parvenant désormais à décrypter beaucoup plus aisément les caractères inscrits sur les Lyvres, ils réussissent aussi à contourner les défenses Magyques de ceux-ci. Ils se mettent donc à dévorer les millions de pages de textes qu’ils détiennent et qu’ils n’ont pas encore pu parcourir.
Il y lisent : « L’Argatha est désormais le plus important Nœud Tellurique de la planète. Mais, en même temps, notre royaume souterrain est la principale source de distribution d’Energie Vitale du globe. Il répand celle-ci pour qu’elle gagne tous ses axes vitaux afin que la nature qui couvre son sol – qu’elle soit minérale, végétale ou animale – se ranime et se diffuse partout. ».
Les Hommes étaient alors les membres d’une Race qui fut grande et prospère. Ils possédaient un Empire florissant et magnifique. Ils pratiquaient les Sciences les plus avancées et les Arts les plus prestigieux. Ils connaissaient aussi leur propre origine, ainsi que celle de leur Puissance. Mais vint un temps où ces Hommes commencèrent à être déçus des capacités restreintes que leurs corps leur offraient. Ils déchaînèrent dès lors leurs Pouvoirs pour se transformer ; et il en résulta des effets inattendus et dramatiques. ».
Encore plus loin : « Peu après le Cataclysme qui a englouti l’Atlantyde, il y eut de profondes modifications planétaires. Des montagnes se soulevèrent jusqu'à des altitudes incroyables, d’autres s’effondrèrent et devinrent des gouffres abyssaux. Il y eut aussi un immense raz de marée qui ravagea une grande partie du Continent Asiatique, détruisit ses villes, sa Civilisation très avancée, et anéantit la majeure partie de sa population. Les ruines furent ensuite submergées par les sables du désert. Et les rares survivants – parfois une ou deux familles – furent coupés du Monde et privés de moyens d’existence. Ayant oublié leurs origines et leurs Connaissances, ils se regroupèrent dès lors en minuscules communautés ; ce furent les premiers êtres humains de l’Ere actuelle. Puis, incapables de prospérer parce qu’ils étaient continuellement en guerre les uns contre les autres, ces derniers devinrent des bandes de pillards errantes qui infestent encore aujourd’hui beaucoup de contrées. ».
Toujours plus loin : « Les Tablettes, les Parchemins et les autres Ecrits furent, de ce fait, transportés jusqu’ici par-delà les montagnes, les déserts, les forêts, les plaines et les océans. Ils y furent amenés à une époque où la terre n’était plus fertile et bien peuplée. On les rangea alors dans des profondeurs rocheuses afin de les préserver de tout risque de destruction. ».
Et finalement : « Malheur aux curieux, aux imprudents qui se mettraient à fouiller le sol sans en connaître ses Secrets. Ils n’y trouveraient qu’une déconvenue certaine, qu’une mort inévitable. ».
En examinant ces Documents, les Initiés remettent ainsi, peu à peu, au jour les Forces Humaines, Souterraines et Célestes qui dirigent le Monde. Ils apprennent que des Mots Divins issus du Verbe Initial dirigent et refondent celles-ci. Des Principes inédits sur la vie, la mort, la nature, la conscience ou la réalité se dévoilent à eux. Et ils en élaborent des conceptions de l’Univers totalement différentes de celles en lesquelles ils croyaient jusqu'à présent. Ils voient désormais en elles plutôt l’œuvre créatrice d’une Entité Supérieure à la sagesse Infinie.
Les Initiés parviennent bientôt à un haut degré de Connayssance et d’Enseygnement. De fait, en conséquence, et progressivement, ils se détournent de leurs besoins terrestres pour se concentrer sur les Possibilités Infinies de leur Esprit. Ils ouvrent les yeux sur de nouveaux Espaces de Conscience ; acquièrent une Energie Spirituelle phénoménale. Ils transforment leur Ame Immortelle en quelque chose d’autre, de complètement différent.
Dès lors, ils associent bientôt leurs Savoyrs à cette infime partie de l’antique Magye née du Verbe Initial à laquelle ils ont accès. Ils les associent, se mettent à les expérimenter ensemble, à les manipuler. Ils élèvent aussi leurs Ames Immortelles au-delà des Sphères Célestes ; y voient des étoiles, des planètes, naître, évoluer, puis s’éteindre – l’un d’eux raconte même un jour comment il a croisé un astre rouge et comment il a atterri au milieu d’un océan couvert de glaces -. Ils essayent, par ces moyens, de comprendre les Lois essentielles de l’Univers. Ils font en sorte de modeler leur environnement sur ces dernières en alignant son Energie Physique sur les mouvements planétaires et stellaires apparus à la suite du Cataclysme. Puis, ils les amplifient en fonction des possibilités que leur offre l’Age actuel de l’Humanité.
Quelques uns d’entre eux appellent en outre à eux des créatures invisibles et évanescentes. Ils pénètrent la nature et le Mystère de leur existence au-delà de notre Réalité. Quelques autres, par contre, descendent dans les profondeurs de la mer terrestre et examinent avec attention les êtres aquatiques qui y vivent.
A partir de ce moment là, ils deviennent de véritables chefs d’œuvres à l’image des Demi-Dieux d’antan. En même temps, leur morphologie s’améliore ; elle devient une sorte de poste émetteur réceptionnant les ondes les plus incroyables. Les Initiés du Cercle d’Argent se sensibilisent en effet à toutes les manifestations engendrées par l’emploi régulier des Mots Divins. Ils accumulent rapidement une énergie incroyable ; laquelle se mêle à son tour à celle de leur Esprit ; cette force intérieure fusionnant ensuite avec la nature et la réalité qui les entoure. Leurs corps et leurs Ames Immortelles acquièrent donc un maximum d’influence à l’encontre de leur environnement.
En même temps, ils essayent de comprendre davantage pourquoi et comment un Cataclysme tel que celui qui a englouti l’Atlantyde a pu advenir. Ils en connaissent les grandes lignes puisqu’ils ont lu ses différents épisodes dans les ouvrages sur lesquels ils veillent. Mais, l’enchaînement de la totalité des faits leur échappe toujours. C’est pour cette raison qu’ils s’intéressent aux Mystères entourant la chute de l’Empyre.
De fait, ils remettent au jour un certain nombre de textes s’y référant. Et ils découvrent avec stupeur que les Connayssances liées à la magye du Verbe Initial sont à l’origine de son effondrement. Ils se rendent aussi compte que l’anéantissement de la civilisation Atlante – comme celle des Membres de la race Primordiale d’où sont sortis les Fils d’Elaüs – n’est pas dû au hasard. Elle fait partie intégrante du Cycle des Temps de la grande Année Cosmique que la terre suit actuellement. Elle est aussi liée au cheminement de l’Humanité à travers les Ages ; les Gÿants, les Atlantes, puis les Hommes. Elle a contribué à la poursuite de ce Destin qui doit mener cette dernière à l’accomplissement du Grand Œuvre.
Les Initiés prennent alors conscience qu’ils sont en train de manipuler des énergies qui dépassent de loin leur compréhension de l’Univers, qu’elles sont capables de détruire le globe, ou de le transformer considérablement. Ils réalisent aussi qu’avec leurs pouvoirs, ils ont la possibilité de dessécher les mers, de métamorphoser les Continents en océans, ou de répandre les montagnes parmi les sables du désert qu’à leur commandement, les arbres, les herbes, les buissons, peuvent se mettre à pousser ; que des hommes vieux et faibles ont la faculté de devenir jeunes et vigoureux ; que les morts ont la capacité de ressusciter.
Effrayés par une puissance qu’ils ont, un jour, peur de ne plus savoir commander, et sur les conseils éclairés du Roi du Monde, les Initiés prennent alors la décision de conserver leurs Connayssances en l’état. Ils ne veulent plus développer leur potentiel physique et mental car le risque est trop grand. Ils se souviennent encore de la catastrophe engendrée par leurs ancêtres qui se sont crus capables d’appeler à eux, puis de manipuler et de contrôler, des pouvoirs qui les dépassaient. Ils ne désirent pas renouveler cette expérience qui a menée le Monde au bord du gouffre. Ils acceptent bien d’être les Gardiens et les Garants de ces Secrets Immémoriaux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils se proclament désormais : « Protecteurs et Conservateurs du Savoyr Universel » ; qu’ils se donnent le nom de « Vigilants » ; et prennent sur eux d’empêcher le Monde de retourner à l’état de Chaos Primordial.
Parallèlement, et régulièrement, le Souverain de l’Argatha rassemble ses douze Initiés du Cercle d’Argent autour de lui. Ils le rejoignent dans une vaste salle couverte, s’asseyent à une table de marbre constellée de zébrures d’or et d’argent entremêlées, dont le centre figure l’emblème sacrée du Roi du Monde : le Soleil. Le Conclave peut alors débuter ; c’est pendant ces réunions solennelles que les Initiés le conseillent pour les décisions qu’il doit prendre à l’encontre de l’Humanité entière.
Quelques centaines d’années avant les débuts de l’Histoire officielle, et après maints débats contradictoires, les Initiés concluent qu’il serait plus sage de récupérer les Connayssances dispersées un peu partout sur la planète après l’effondrement de l’Atlantyde, si ils ne veulent pas que celles-ci soient, un jour, l’objet de leur perte. Il serait en effet plus prudent de les mettre à l’abri, car il est vital de les protéger de ceux qui voudraient utiliser leurs possibilités Magyques à des fins personnelles. Ils songent d’ailleurs qu’il serait plus avisé que l’Humanité actuelle n’en dispose pas jusqu'à ce que cette dernière ait accompli son propre chemin sur la voie de la sagesse et de la véryté ; le peuple du Royaume Souterrain et le Roi du Monde étant évidemment là au cours de cette période pour que leurs Savoyrs ne lui soient transmis que lorsqu’elle sera prête à les recevoir.
Näkaa décide donc d’envoyer des Initiés de rangs inférieurs, dits du « Cercle de Bronze » – des « Marcheurs » comme ils se nomment eux mêmes - aux quatre coins du Monde. Il leur donne pour mission d’observer les Hommes pour voir ce qu’ils font des Connayssances qu’ils ont acquises au moment où l’Atlantyde était la maîtresse de la terre. Il leur demande, si cela s’avère nécessaire ou utile pour l’accomplissement du Grand Œuvre, d’influencer discrètement le Destin des Civilisations amenées à naître avec l’Aube de l’Age de l’Humanité. Mais surtout, il leur commande de retrouver la trace des Savoyrs et des Enseygnements qu’ils ont récupérés après l’engloutissement du Grand Continent. Et, si ces derniers sont trop dangereux pour l’avenir du Monde, les mettre à l’abri en les ramenant en Argatha.
Car Näkaa sait que d’autres Demi-Dieux ont émigré à travers la planète après la fin de l’Atlantyde ; il en a suivi un certain nombre avant de se séparer d’eux et de suivre son propre chemin. Mais il sait aussi que d’autres flottes de navires ont quitté le Continent en train de sombrer en emportant de nombreux Lyvres ou Objets Mythiques avec elles. Les Marcheurs doivent les rejoindre et suivre l’Evolution des nouvelles sociétés dont leurs passagers sont les réceptacles. Ils doivent aussi se rendre dans les ruines des cités antiques, dans les lieux où les yeux des membres de l’Humanité actuelle ne se sont jamais posés, pour en récupérer leurs Secrets et les conduire jusqu’au Royaume Souterrain.
Azkäa est l’un des premiers Initiés du Cercle de Bronze volontaires à se présenter à Näkaa pour accomplir cette quête.
Dans un premier temps, les Marcheurs quittent les hautes chaînes himalayennes. Ils s’aventurent sur les contreforts du Tibet occidental. Ils se dirigent vers les steppes de l’Asie centrale, progressent parmi les dunes et les sables du désert de Gobi. Ils se rendent aussitôt compte que le Cataclysme qui a jadis entraîné l’engloutissement de leur Continent, a occasionné l’émergence d’une Période Glaciaire entrecoupée d’Ages Interglaciaires. Ils s’aperçoivent qu’en conséquence, la faune et la flore ont profondément changé.
Lorsqu’ils franchissent les premiers plateaux de la mongolie, ils commencent à rencontrer des tribus très réduites en nombre, sauvages et barbares. En même temps, ils devinent que celles-ci sont en train de laisser la place à un nouveau type d’Hominidé. Et, ils réalisent que celui-ci donne l’occasion à la nature de faire émerger des caractéristiques Humaines – Mongoloïdes - insoupçonnées.
Ils se mettent donc à observer ces Individus énigmatiques, ainsi que les événements auxquels ils sont confrontés. Ils les voient s’installer en Chine du Sud, dans la région de Zhoukoudian. Ils remarquent qu’ils considèrent très vite cette Contrée comme un Territoire privilégié. Ils constatent qu’ils se mettent à y Evoluer de façon foudroyante : ils y remarquent que leurs corps deviennent de plus en plus trapus, que leurs visages s’allongent, et que leurs arcades sourcilières se surélèvent. Ils y notent que leurs fronts deviennent fuyants, que leurs nez s’élargissent, s’écrasent presque entre des pommettes hautes et proéminentes. Et, enfin, ils y voient leurs mandibules s’épaissir, et leurs mentons disparaître.
Ils découvrent également combien la vie de nomade y est difficile. Ils se rendent compte de quelle manière leurs clans peuvent y être confrontés en permanence à un environnement hostile qui ne leur fait aucun cadeau. Ils leur viennent en aide en leur apprenant, grâce aux veines rocheuses qu’ils rencontrent sur leur route, à fabriquer de nombreux outils de pierre. Ils leur révèlent la manière de manier différents types de pierre disponibles, tels que le cristal de roche, le quartz, le silex, l’opale, le grès, ou le quartzite. Ils leur indiquent comment tenir leurs galets, les tailler de la main droite sur un ou deux cotés afin de les transformer en monofaces ou en bifaces. Ils leur signalent la façon de les métamorphoser en haches triangulaires ou circulaires d’une vingtaine de centimètres de diamètre, ou en grattoirs. Ils les éclairent sur la manière de se servir de ces outils afin d’abattre et de tailler les branches des arbres. Et, ils en viennent à constater qu’ils sont d’une grande habilité manuelle, ainsi pourvus d’une remarquable capacité de conceptualisation.
Au cours de leurs conversations avec eux, ils s’aperçoivent également que ces Hommes sont soumis, aux fortunes et aux misères, aux péchés, et au vice. Et les Marcheurs en restent abasourdis, car ils n’ont jamais été confrontés à ce genre de sentiment auparavant. Mais, en même temps, ils se rendent compte que leur arrivée parmi eux leur a permis d’Evoluer de plus en plus.
Car, désormais, les Hommes savent comment se défendre contre leur Environnement. Ils aiment scruter avec attention l’effet du vent, des vagues et des tempêtes sur les paysages qu’ils traversent. De temps à autres, ils se laissent guider par la course de la lune dans le ciel nocturne. Lorsque le climat change pour revêtir un aspect plus Occidental, il parvient à subsister plus aisément qu’auparavant en chassant de petits animaux sauvages, ou en cueillant des végétaux comestibles. Pour traquer ses proies, il ose parcourir des distances de plus en plus étendues dans les steppes et les prairies. Et, il finit par commencer à appréhender la mort en accomplissant des Rites Funéraires au cours desquels il recouvre ses Défunts de poudre d’ocre, et les enseveli sous terre.
06 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 126 - 129
Näkaa et son groupe s’engagent en Asie centrale. Ils abordent les immenses steppes de Russie du Sud. Ils s’introduisent ensuite en Inde. Ils arrivent finalement devant les sommets infranchissables du Tibet. Et, s’apercevant qu’ils ne peuvent pas aller beaucoup plus loin vers l’Est sans avoir à gravir les immenses pics qui se dressent devant eux, ils décident de s’établir au pied de la chaîne himalayenne. Les grottes et les souterrains qui la parsèment leur semblent un lieu idéal pour cela.
En même temps, ils réalisent que leurs pouvoirs Mystiques ont désormais presque totalement disparus. Quant aux quelques dizaines d’Atlantes qui les ont suivi jusque là, de mutation en mutation, ils sont devenus des hommes différents. Leur morphologie s’est transformée, leur intelligence s’est amoindrie. Ils ne ressemblent plus vraiment aux membres de ce peuple fort et fier auquel ils ont jadis appartenu. Tout ce qui les rattachait à leur Race d’origine a disparu au cours du Cataclysme qui a englouti le Continent Primordial.
Pourtant, Näkaa et ses amis possèdent encore un haut niveau de Savoir technologique. Et ils usent de celui-ci pour creuser un vaste réseau de tunnels et de cavernes au sommet des pics neigeux. A partir d’ouvertures naturelles, ils percent les profondeurs de la terre. Des excavations de surfaces démesurées sont entreprises. Des centaines de galeries sont mises au jour ; se superposant, elles courent dans toutes les directions pour former un véritable labyrinthe. Ils établissent un éclairage artificiel permettant la croissance des plantes en sous-sol ; ce procédé leur permet très vite d’assurer leur subsistance dans un milieu à-priori inhospitalier. Puis, à l’intérieur des grottes fraîchement percées, ils érigent des bâtiments et des édifices qui doivent leur servir de lieux d’habitation. Ils construisent des monuments et des Sanctuaires leur rappelant la gloire passée des Fils d’Elaüs. Et peu à peu, ils font surgir toute une cité qui s’étend progressivement à toutes les cavernes et à tous les tunnels qu’ils ont labourés. Celle-ci devient dès lors le point de départ d’un gigantesque royaume souterrain. Préservé, à l’écart du reste du Monde, il est leur refuge privilégié ; la « Nouvelle Atlantyde », ou autrement nommée : « Argatha ».
Les Exilés établissent ensuite plusieurs entrées – ou sorties – vers l’extérieur de leur territoire. L’une d’elle se trouve en Mongolie, aux environs du lac Nogam. Une autre est ouverte sur les contreforts des montagnes d’Afghanistan, une troisième quelque part en Inde. En outre, plusieurs corridors communiquent avec la mer Caspienne et la mer Noire. Puis, ils protègent leurs différentes issues par d’immenses portes à double-battants ; lesquelles sont défendues par des mécanismes ingénieux : certaines, en effet, peuvent à tout moment être bloquées par des amas de pierres gigantesques ; d’autres peuvent être condamnées par de puissants rideaux de feu.
Maintenant, il est nécessaire de désigner un souverain pour diriger cette « Seconde Atlantyde ». Et évidemment, c’est Näkaa qui est désigné pour représenter son autorité suprême. Il est nommé « Seigneur de l’Argatha », ou « Roi du Monde ». Sa Sagesse et sa Grandeur se mettent dès lors très vite à rayonner partout dans le royaume.
Näkaa porte un vêtement de pourpre laissant discerner des hiéroglyphes d’or, d’argent et de bronze – entremêlés les uns aux autres – et désignant les douze constellations célestes principales. Quant à la canne à laquelle il se tient continuellement, elle s’arbore des caractères Divins engendrés en même temps que le Verbe Initial. Au sommet de celle-ci se devine un globe de cristal à l’intérieur duquel brillent des flammes multicolores et tourbillonnantes ; ce dernier étant sculpté aux formes d’un Soleil à l’éclat doré accolé à une Lune argentée.
Näkaa possède désormais sept attributs particuliers qui font de lui le Roi du Monde ; trois de ceux-ci sont humains, les quatre autres sont Surnaturels et Mythiques ; son Symbole principal est la roue Divine.
Il sait parler aux Divinités Ancestrales – les Fils d’Elaüs et leurs Enfants -, ces Gouvernants invisibles qui n’habitent plus cette Réalité. De plus, étant à la fois Prêtre et Soldat, c’est lui qui détient les Clefs du Pouvoir Spirituel et du Pouvoir Temporel de l’Humanité.
Il est enfin le dernier Gardien des Secrets et des Mystères cachés au sein des Objets Mythiques. Il ne détient pas ces Artefacts indispensables, non seulement pour ouvrir des Portes menant vers d’autres Réalités, mais aussi pour voir ce qui s’y trouve, y entrer et les explorer, passer de l’une à l’autre, et surtout en sortir sans dangers. C’est Osyrith et ses compagnons qui les détiennent. Et, depuis que ses propres compagnons et lui même se sont séparés de ces derniers, il ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Pourtant, il doit protéger les Enigmes qui s’y réfèrent car il est sûr qu’ils reparaîtront un jour. Et, à ce moment là, les Mots Divins du Lyvre d’Efraüm seront nécessaires pour franchir l’étape suivante du Cycle des Temps.
Pour l’aider dans ses fonctions, le nouveau Souverain de l’Argatha désigne deux Initiés – dits du « Cercle d’Or » - : l’un, Mähÿtmä, connaît les événements du passé ; l’autre, Mähÿngä, comprend les causes de ces événements.
Juste au-dessous d’eux, il mandate un Conclave de douze membres, qui sont aussi tous des Initiés ; ce sont les « Supérieurs du Cercle d’Argent ». Chacun d’eux portent sur ses robes bleues nuit l’un des hiéroglyphes des signes du zodiaque. Avec le bâton qui les soutiennent dan leur marche, ils exhibent certains caractères hiératiques issus du Verbe Initial. Et ils possèdent tous sept noms ainsi que sept pouvoirs surnaturels différents. Näkaa les charge de veiller à ce que chaque étape de l’Histoire de cet Age débutant soit accomplie en temps voulu, quitte à la presser ou à la retarder selon les cas.
Näkaa et ses Initiés décident d’honorer les morts de leur ancienne patrie. Et pour cela, outre les divers lieux de culte qu’ils ont déjà érigé un peu partout sous la montagne, ils conviennent de bâtir une petite chapelle. Näkaa désigne donc la caverne située à l’entrée du royaume souterrain comme le lieu idéal pour son édification.
Celle-ci apparaît sous la forme d’une sorte de maison noire et brillante. Elle est entourée de symboles et de diagrammes protecteurs issus de certaines pages du Lyvre d’Efraüm que Näkaa a toujours en sa possession. Sont installés en son centre trois cercueils recouverts d’inscriptions semblables en or et en argent. Puis, à l’intérieur de ces derniers, Näkaa et les siens déposent les corps de trois de leurs compagnons morts sur la route qui les a amenés de l’Afrique du Nord jusqu’ici. Ils les enduisent ensuite entièrement d’or liquide. Ils usent des rites et des sacrements encore assez vivaces nés de la magye du Verbe Initial. Ils épuisent leurs ultimes Forces Psychiques et Spirituelles pour ouvrir une Porte entre les Mondes, et pour permettre à l’Ame Eternelle des défunts des franchir le Seuil Obscur bardés des sceaux protecteurs leur autorisant un Long Voyage vers l’Au-delà sans dangers. Et, enfin, ils la clôturent et condamnent l’édifice grâce à d’autres sceaux enchaînant des Gardyens et des Ombres à ses murs.
Parfois, Näkaa se rend seul dans cette Demeure d’Eternité. Il y pénètre révérencieusement, s’approche de son autel de granit. Il s’agenouille devant lui, puis se met à prier en souvenir de la gloire passée de ses Frères, des ses Sœurs et de ses Pères.
Alors, presque immédiatement, quelques flammes surgies de nulle part apparaissent au sommet du foyer sacré. Elles se déploient rapidement dans toutes les directions, lèchent les murs et se rapprochent des caveaux. Au bout de plusieurs minutes, les sarcophages se mettent à étinceler de mille feux, tandis que de leurs couvercles montent des langues luminescentes multicolores. Puis, tout à coup, les yeux des défunts s’ouvrent brutalement ; et ils se mettent à parler d’une seule voix dans le langage de l’Espryt.
Le Roi du Monde n’est pas effrayé par l’étrange phénomène qui se propage autour de lui. Au contraire, calmement, sereinement, il commence à s’entretenir avec la voix. En même temps, les clartés s’intensifient, deviennent de plus en plus éclatantes. Les jets de feu s’éteignent et se rallument, s’entrelacent en formant des signes cabalistiques mystérieux. Quelques banderoles flamboyantes s’en éloignent aussi. Et, peu à peu, le Souverain de l’Argatha est assiégé par elles ; celles-ci formant un cercle éblouissant autour de lui. Puis, des lettres incandescentes apparaissent à leur tour dans son environnement immédiat. Ces dernières s’assemblent continuellement, composant de temps à autres des Mots mystérieux, des phrases imprononçables, ou encore, des figures énigmatiques.
Dès lors, Näkaa est à ce moment précis en contact avec les pensées les plus intimes de ses Ancêtres Divins et Semi-Divins. Fugitivement, il voit certains instants clefs de leur existence, de leur Destinée. Il découvre leurs intentions et leurs idées, leurs parcours sur la voie de la sagesse et de la véryté, leur contribution à l’accomplissement du Cycle des Temps de la grande Année Cosmique actuelle. Il déchiffre leur parcours tandis qu’ils lui transmettent par Mots entiers les grandes lignes de ce que, lui, doit accomplir pour poursuivre leur Grand Œuvre.
Désormais, l’Argatha se développe très vite. Ce qui est d’abord une territoire de moyenne importance devient une contrée imposante. Son étendue – à la surface et dans les entrailles de la terre – est immense. Elle se déploie bientôt à travers tous les passages souterrains de l’Himalaya et de ses environs immédiats. Ses grottes sont éclairées grâce à une lumière particulière permettant la croissance des céréales et des végétaux ; celle-ci donne aux populations la possibilité d’avoir une vie très longue sans maladies. Et, de fait, au bout de quelques milliers d’années, toutes ses contrées sont habitées par près d’un demi-milliard d’hommes, de femmes et d’enfants. Lesquels possèdent par ailleurs d’étranges chariots permettant de franchir à toute vitesse les immenses salles et couloirs parsemant le pays.
Bientôt, Shamballah, la capitale de l’Argatha, apparaît comme la cité Sainte, la demeure des Elus. Elle est entourée de villes où résident des grands prêtres et des savants. Mais, elle même est érigée au sommet d’une montagne souterraine recouverte de Sanctuaires et de monastères. Quant à son palais – en son cœur -, il est décoré de fresques et de sculptures représentant les anciens Dieux et Demi-Dieux de la terre. Quelques unes d’entre elles montrent aussi les forces visibles et invisibles continuellement à l’œuvre dans les profondeurs du globe ; tandis que quelques autres décrivent l’Enfer et le Paradis tels qu’ils ont existés autrefois, ainsi que la vie et la mort de ceux qui y séjournaient.
Les habitants de l’Argatha, quant à eux, sont regroupés en de nombreuses tribus. Mais ils sont gouvernés par les douze Initiés principaux du Roi du Monde.
Parfois, les traces du passage de certains d’entre eux apparaissent à la surface du Monde. En effet, de temps en temps, au sommet des montagnes himalayennes, dans des endroits où nul pied humain ne s’est jamais posé, se découvrent des inscriptions taillées dans le roc, des empreintes dans la neige, ou des marques laissées par des roues de voitures. D’autres fois, il s’agit des tablettes de pierre ou des parchemins constellés de caractères incompréhensibles.
A l’Aube de l’Age actuel de l’Humanité, le royaume souterrain de l’Argatha possède des ramifications s’étendant sur les cinq Continents. Et la puissance du Roi du Monde – son Seigneur et Maître – recouvre la terre entière. Näkaa sait – parce que cela a déjà été écrit dans le Lyvre d’Efraüm – que, désormais, les Civilisations, les Empires et les Nations futures, ne seront plus que des provinces, leurs dirigeants des proconsuls au service d’un gouvernement Universel occulte. Leurs souverains Temporels et Spirituels feront partie d’une élite Initiée aux Voies de la destinée de l’Humanité.
05 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 118 - 122
Vaincue, blessée, Baÿstêt s’enfuit. Elle décide de quitter l’Egypte au plus vite. D’abord, elle rejoint les régions limitrophes du pays. Elle s’aventure bientôt de plus en plus loin, là où elle pense que personne ne la reconnaîtra. Mais, partout où elle passe, aucune population locale Humaine ne veut l’accueillir. Quand celles-ci la voient arriver – avec son étrange physionomie et ses traits difformes -, elles la reconnaissent immédiatement. Elles sont méfiantes et suspicieuses à son égard et la chassent loin de chez elles.
Baÿstêt se sent perdue, isolée. Elle ne sait que faire pour échapper à la malédiction que Thoÿt a lancée contre elle et contre ses Enfants. Par ailleurs, elle est certaine que le Roi a invoqué des Gardyens des Abysses ; ceux-ci ayant pour mission de la traquer sans relâche. Les Ombres ne vont lui laisser aucune chance. Elle ne pourra pas leur échapper longtemps. Elle réalise que sa fin est proche.
Sa haine contre Thoÿt, ses Frère et ses Sœurs qui soutiennent ce dernier, grandit au fur et à mesure qu’elle avance. Sa rage, sa détermination à se venger un jour d’eux, lui donne la force de mettre un pied devant l’autre. Malgré les difficultés, malgré l’isolement et l’exil dont elle est l’objet, sa résolution inébranlable lui permet de faire face aux obstacles du moment. Ni le vent, ni la soif, ni la faim, ne l’empêcheront d’atteindre son but.
Désormais, Baÿstêt sait ce qu’elle a à faire. Elle doit se rendre sur l’emplacement d’un ancien Sanctuaire ; un de ceux où existe un Nœud Tellurique à l’Energie Vitale assez puissante pour accomplir son projet. Elle se met donc en quête d’un Temple abandonné des Fils d’Elaüs.
Pendant longtemps, Baÿstêt explore nombre de déserts, de montagnes, de forêts, mais sans rien découvrir. Comme si tous les bâtiments, toutes les cités ou tous les monuments de l’Empyre Atlante avaient disparus à jamais à la suite du Cataclysme. Puis, un jour, presque par hasard, et alors qu’elle est sur le point de céder au désespoir, elle retrouve les restes d’une ville à moitié ensevelie sous les sables de la steppe.
Elle y entre, parcourt ses ruelles désertes et délabrées. Elle pénètre à l’intérieur de nombreux édifices éboulés, croise des statues défigurées ou des palais recouverts par les moisissures et les ronces sauvages. Au milieu de tous ces gravats croulant sous la poussière, les toiles d’araignées et les épines vénéneuses, elle distingue enfin ce qu’elle est venu chercher : un Site dédié à l’ancienne Religion. Gigantesque et majestueux, se dressant devant elle dans toute sa splendeur fanée, elle en est remplie d’humilité et d’effroi. Elle contemple un instant ses parois et ses portes éventrées, sans oser aller plus loin. Puis, finalement, au bout d’un moment d’intense effort de concentration pour ne pas se laisser submerger par la béatitude des lieux, elle franchit son seuil.
Autour d’elle apparaissent alors des murs écroulés, des images des Fils d’Elaüs brisées ou renversées. Baÿstêt est remplie de chagrin et de colère face à tant de carnage, face à tant de splendeurs anéanties par la folie de quelques uns. Des larmes d’amertumes coulent malgré elle le long de ses joues. Machinalement, ses doigts griffus ramassent un peu de cendre grise ; elle la sert très fort contre la paume de sa main en pensant à tout ce gâchis. Puis elle la laisse couler. Elle se dit que pour l’instant, elle a mieux à faire que de s’apitoyer sur son sort.
Baÿstêt s’approche cérémonieusement du centre de la salle. C’est là que le pentacle d’or et d’argent désignant le Nœud Tellurique, se distingue vaguement parmi les éboulis. Elle s’agenouille en son milieu. Elle commence à prier avec ferveur, prononçant les Mots Divins appropriés pour la magye qu’elle veut accomplir aujourd’hui. Elle use tout ce qui lui reste d’Essence Tellurique des lieux allié à sa propre Energie de Vie pour parvenir à altérer la réalité qui l’entoure. Et bientôt, une aura inconsistante et bleutée l’entoure. A quelques mètres devant elle, l’air semble se fendre, se déchirer. Un vent violent surgi de nulle part, naît, puis se propage presque instantanément dans toute la pièce. Des blocs de pierre s’envolent et vont se fracasser contre les parois. La poussière se transforme en tourbillon. Puis, tout à coup, une lueur se matérialise à l’endroit où l’air est aspiré. Au bout de quelques secondes, celle-ci éclate en de multiples gerbes dorées. Baÿstêt sait qu’une Porte d’Entre les Mondes est en train de s’ouvrir pour elle.
Baÿstêt se lève aussitôt. Elle s’avance vers l’Ouverture Chaotique tandis que de son coté, le Néant tente lui aussi de l’attirer. Elle ne lui résiste pas. Elle franchit le Seuil Obscur en ressentant toute l’Energie de la magye du Verbe Initial la pénétrer à ce moment là.
Les Enfants de la nuyt découvrent finalement ce qu’ils cherchent depuis des semaines : parmi les ruines d’une ancienne cité de l’Empyre ensevelies sous les sables du désert, ils retrouvent les vestiges d’un Temple de Baÿstêt. Ils s’y installent, rétablissent rapidement un semblant d’organisation sociale au sein du Clan. Ils restaurent une partie de l’édifice pour leur usage personnel, puis quelques immeubles délabrés des alentours. Ils nettoient la place que ceux-ci encadrent, avant de s’attaquer au Sanctuaire autrefois dédié aux Fils d’Elaüs. A coté des statues des derniers Membres de la race Primordiale, ils érigent d’ailleurs un autel exclusivement consacré à Baÿstêt. C’est là que, désormais, chaque jour, ils viennent la prier en espérant bientôt recevoir un signe de sa part.
Mais leur déesse ne semble pas entendre leurs suppliques. Peu à peu, tandis que des semaines, puis des mois, s’écoulent, et qu’aucune manifestation de sa part ne se présente à eux, ils se mettent à douter. Ils commencent à se demander si celle-ci ne les a pas abandonnés à leur sort. Ils se posent des questions à son sujet. Pourquoi ne leur répond t’elle pas ?
En tant que Fils d’Osyrith – et donc nouveau Guide Spirituel de la nation Atlante -, Thoÿt prend le relais de son Père. Il sait depuis longtemps que celui-ci a cherché par tous les moyens à sa disposition, à reconstituer la civilisation de ses Ancêtres en Egypte. Il sait aussi qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauvegarder les Connayssances qu’il a eu pour charge de protéger durant toute sa Vie ; ce qu’il a assidûment fait. De même qu’il a tenté de conserver les Objets Mythiques qui l’ont suivi tout le long de son Exil, et qu’il a légués à Thoÿt au moment de la naissance de ce dernier.
Malheureusement, aujourd’hui, les Savoyrs des textes que Thoÿt a en sa possession, les Pouvoirs des Reliques des Temps d’Avant qu’il détient, ont considérablement décliné. Thoÿt connaît le poids de la malédiction qui pèse sur ses derniers Frères, ses dernières Sœurs, ainsi que sur lui même. L’Age des Dieux et des Demi-Dieux, de leur Puissance, a pratiquement disparue désormais. La précession des Equinoxes ayant été bouleversée, le Cycle des Temps de cette Grande Année Cosmique ayant repris son cours Naturel, ils ne peuvent plus échapper à leur Destin ; et celui-ci les rattrape à grande vitesse : il n’en n’a plus pour longtemps ; quelques mois ou quelques années tout au plus. Lorsque l’Age de Transition sera définitivement terminé et que l’Age de l’Humanité débutera, il ne sera plus qu’un souvenir. Les Hommes le relégueront, lui, ses Frères et ses Sœurs, au rang de créatures surnaturelles, en feront les figures de leurs Mythes et de leurs Légendes. Tout ce que souhaite Thoÿt, c’est que les Sciences – appauvries et atrophiées vont leur servir, comme le souhaitait Osyrith, à faire Evoluer la civilisation sur la voie du Grand Œuvre. Thoÿt se souvient en effet des paroles de son Père, que lui même tirait du passage du Lyvre d’Efraüm concernant ses Visions du Futur ; Isys lui répétant sans cesse durant son enfance, qu’un jour, l’Ere des Gÿants se terminerait inévitablement de cette manière. Cette dernière lui rappelant que ses Pères l’avaient compris à l’issue de la guerre des Piliers, lorsque les Humains avaient renversés d’eux mêmes le cours de l’Histoire. Puis, qu’Osyrith lui même l’avait ensuite vu au moment du Cataclysme ayant englouti le Continent Primordial, et enfin, après son Exil, pendant la bataille Finale qui s’en était suivie.
Thoÿt ne peut pas oublier ces images terribles qui lui martèleront pour toujours le fond de sa Conscience. Et le moins qu’il puisse faire aujourd’hui pour rendre hommage à celui qui a tout tenté pour éviter ce désastre, c’est de lui bâtir un Sanctuaire digne de ce nom.
Alors, Thoÿt parcourt les régions s’étendant un peu au delà des résidus des lacs enchevêtrés du Delta du Nil. Il se met à chercher un refuge où ils pourraient rétablir un semblant de société Atlante ; tout en sachant bien, de toute façon, que celle-ci ne survivra pas longtemps. Mais ce que souhaite surtout Thoÿt, c’est juste d’avoir le temps nécessaire pour trouver un Nœud Tellurique à l’Energie Vitale encore assez puissante ; il n’a pas le choix si il veut accomplir l’ultime dessein de son existence.
Thoÿt erre pendant longtemps. Autour de lui, la désertification progresse de plus en plus rapidement. Les sables avancent à une allure folle, poussés par des vents violents surgis de nulle part. La poussière ronge les terres grasses et fertiles d’autrefois ; et elle dévore tout sur son passage.
Un jour pourtant, Thoÿt parvient au pied des Pics de la lune. Et il découvre dans leurs alentours les restes de l’ancienne cité aux Mille Piliers : Yrëm, qui n’est qu’à moitié ensevelie. Il s’y engouffre aussitôt, arpentant avidement ses vestiges, parcourant ses ruelles tortueuses, explorant ses habitations et ses palais abandonnés. Il suit les indications de Séchât, qui l’amène progressivement jusqu’au Centre de la ville, et surtout jusqu’au Cœur de son Nœud Tellurique ; lequel est caché quelque part sous les fondations du Sanctuaire dédié aux Fils d’Elaüs. Il se souvient d’ailleurs pendant son parcours que l’orientation astronomique des lieux est parfaite pour accomplir les Rituels Funéraires qu’il doit effectuer.
En même temps, en chemin, il s’aperçoit qu’il n’est pas le premier à s’y être aventuré. En effet, il croise de nombreuses traces de passage récent : des pieds griffus, des ongles effilés se discernent un peu partout sur les murs de certains édifices. Par ailleurs, il se sent observé plus ou moins régulièrement. Et, dans ce qui semble être les vestiges d’un Sanctuaire autrefois dédié à la gloire des Fils d’Elaüs, ils me à jour des cendres de quelques jours.
Les Enfants de la nuyt observent Thoÿt franchir les premières ruines. Leur regard est vif ; ils sont tentés de se jeter sur lui pour l’achever. Sachant qu’il ne lui reste plus aucune Magye issue du Verbe Initial, ce serait en effet extrêmement facile. D’autant plus que la surprise du Demi-Dieu serait totale, ce qui amoindrirait d’autant ses capacités de réaction.
Mais non. Les Enfants de la nuyt ont surveillé de loin les agissements de Thoÿt dans le Sanctuaire de la ville abandonnée. Ils ont vu comment celui-ci a cherché les ouvrages Initiatiques d’antan ; comment il a appelé de ce coté-ci de la réalité des créatures monstrueuses – les mêmes que les Demi-Dieux ont invoquées, du temps de la grandeur de l’Empyre Atlante, pour les enchaîner à sa propre enveloppe charnelle. Mais, ce qui les a plus intrigué, c’est l’extraction du Cœur Vivant d’Osyrith par Thoÿt. Ils savent très bien, comme ce dernier d’ailleurs, que c’est là où repose l’Essence Vitale de l’Enfant des Fils d’Elaüs. Ils se demandent donc pourquoi Thoÿt l’a enfermé dans une urne, puis mis dans une alcôve au plus près de l’épicentre du Nœud Tellurique. Ils s’interrogent aussi de la raison pour laquelle il a récupéré les quatre Objets Mythiques, ainsi qu’un certain nombre de Lyvres, de parchemins et de tablettes où sont inscrits les Secrets et les Mystères de la magye du Verbe Initial. Ils se disent alors qu’il n’y a qu’une seule explication : c’est que, malgré toutes les protections dont sont bardés les lieux, Thoÿt a bien l’intention d’y revenir à un moment ou à un autre.
Les Enfants de la nuyt enragent. Après tout ce que Thoÿt, Osyrith, ou leurs alliés de jadis, leur ont fait subir comme humiliation, après la malédiction dont leur Maytresse a été l’objet de leur part, ils veulent faire tout leur possible pour que leur prédominance sur les autres Espèces ne puisse plus avoir lieu. Il faut donc qu’ils trouvent le moyen de pénétrer dans le Sanctuaire bardé de protections et de Gardiens. Il faut qu’ils parviennent jusqu’au Nœud Tellurique, au Cœur Vivant qui y est installé. Il faut qu’ils s’emparent des Objets Mythiques, des Lyvres, des Connayssances et des Enseygnements qui y sont dissimulés. Ensuite, ils réactiveront le lieu pour contacter Baÿstêt et lui offrir un moyen de se venger de l’affront qu’elle a essuyé. Et, cela, avant que Thoÿt ne revienne réclamer son bien.
Un jour, alors qu’ils sont toujours à se demander quelle méthode employer pour pénétrer la véritable forteresse Magyque qu’est devenue le Sanctuaire, les Enfants de la nuyt distinguent plusieurs Humains, accompagnés de Mignons de Setheüs, se diriger vers l’entrée de la ville. Ils ont même l’impression qu’ils savent exactement où ils doivent aller, et ce qu’ils cherchent.
Asie Mineure, Age de la transition :
Näkaa et ses compagnons parviennent bientôt au pied des pics de la mésopotamie orientale. Ils stoppent alors leur marche sur la rive de l’un des deux fleuves traversant les plaines proches. Ils se reposent quelques temps, ne sachant pas vraiment quelle direction ils doivent prendre désormais. Deux groupes se dessinent rapidement lorsque les débats s’engagent à ce sujet : certains, Eÿlthêt parlant en leur nom, estiment que ce n’est pas nécessaire d’aller plus loin car l’environnement semble propice à leur installation. Les terres alentours paraissent riches et grasses, des forêts et des champs, des vallées et des bois s’étendent à perte de vue. D’autres, Näkaa en tète, considèrent qu’ils ne se sont pas assez éloigné d’Osyrith et de ses compagnons ; et que cet état de fait pourrait leur porter préjudice plus tard. Ils n’aimeraient pas se retrouver confrontés à une discorde’ comme leur peuple en a déjà connu tant jusqu'à présent.
Une fois Näkaa et ses fidèles partis, Eÿlthêt et quelques uns des siens se dirigent vers les proches sommets des montagnes mésopotamiennes : c’est là qu’ils veulent ériger leur premier Sanctuaire dédié à la gloire d’Elaüs. Quant aux autres, ils restent dans la plaine et Eÿlthêt la charge de bâtir leur première cité « néo-Atlante ».
04 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 118 - 122
Thoÿt cherche longtemps le cercueil d’Osyrith. Il parcourt le champs de bataille de long en large. Il croise les cadavres de nombre de ses Frères et de ses Sœurs qui ont combattu à ses cotés ; ou de ceux qui se sont jadis retournés contre son Père. Il rencontre aussi les dépouilles des Atlantes ayant suivi l’un ou l’autre des deux camps s’affrontant jusqu’au bout. Et, à chaque fois, des larmes se mettent à couler malgré lui quand il pense à tout ce gâchis. Tout cet espoir détruit à cause de la bêtise et de l’avidité, du désir de pouvoir et de puissance des uns et des autres qui les a amené peu à peu à affronter la catastrophe finale. Thoÿt se souvient des paroles de son Père, qui lui même les tenait du Lyvre d’Efraüm, au sujet du Destin du Peuple Atlante, et comment celui des Demi-Dieux était inévitablement lié au leur. Bien avant le Cataclysme ayant englouti l’Atlantyde, à l’époque de la guerre des Piliers, Osyrith avait tenté de prévenir ses Frères et ses Sœurs des dangers du chemin sur lequel ils étaient en train de s’engager. Mais rares étaient ceux qui l’avaient écouté. Et les conséquences qui en avaient découlées avaient été incalculables. Jusqu’au résultat final d’aujourd’hui, pense Thoÿt en examinant la terre noire de cendres et de sang séché autour de lui.
Enfin, après de longues heures d’exploration macabre au milieu du champs de bataille, Thoÿt découvre les restes du sarcophage de son Père. Il prend le corps d’Osyrith dans ses bras. Puis, il s’éloigne. Maintenant, il veut retrouver Isys – sa Mère – et les quelques Frères et Sœurs qui ont miraculeusement échappé au massacre général.
Quand les Enfants de la nuyt reprennent leurs esprits, autour d’eux, tout est silencieux. Malgré tout, les hurlements de rage, de souffrance, des blessés et des agonisants résonnent encore à leurs oreilles. Mais, désorientés par le calme pesant qui règne, ils ne savent ce qu’ils doivent faire. Doivent t’ils retourner sur le champ bataille pour soutenir leur Maytresse dans son combat titanesque contre Thoÿt et ses affidés ? ; ils savent, de toute façon, que celui-ci est perdu d’avance. Doivent-ils l’abandonner et penser en premier lieu à leur propre sauvegarde ? ; Ils ont déjà vu tant des leurs tomber sous les assauts de leurs ennemis.
Pendant longtemps, la polémique bat son plein. Quand la nuit tombe enfin, ils n’ont toujours rien décidé. Ils se rendent compte qu’il est de toute façon trop tard.
Les Enfants de la nuyt décident d’aller voir ce qu’il est advenu des combattants. Dès lors, ils franchissent le morceau de plaine qui les sépare du lieu de carnage. Ils y arrivent bientôt ; et la première chose qu’ils y voient, c’est un épais brouillard verdâtre recouvrant les lieux : des centaines de cadavres de Serviteurs la parsèment de loin en loin. Un manteau de poussière et de matières en décomposition les habille tandis que leurs traits sont figés par une terreur absolue pour l’Eternité.
En apercevant ce spectacle de désolation, les Enfants de la nuyt ne peuvent retenir leurs larmes. Jamais ils n’auraient imaginé de spectacle plus épouvantable.
Rapidement, quelques uns d’entre eux se demandent si leur Maytresse a péri au cours de l’affrontement. Ils se mettent donc aussitôt en quête de sa dépouille. Ils remuent la totalité de la surface du champ de bataille. Ils inspectent chaque recoin, chaque creux, chaque monceau de ronces. Ils retournent chaque caillasse moussue, chaque ruine, chaque endroit où un affidé aux Demi-Dieux s’est effondré. Mais ils ne la retrouvent pas ; comme ils ne retrouvent non plus aucune trace de ses Frères et de ses Sœurs.
Rapidement, l’espoir renaît en eux. Peut-être leur Maytresse n’est-elle pas morte au combat ? Peut-être n’a t’elle pas été vaincue par Thoÿt et ses Ombres ? Peut-être est t’elle parvenu à s’enfuir dans un lieu à l’abri ; un lieu où elle les attend pour les emmener loin de cette plaine maudite ?
Les Enfants de la nuyt réalisent qu’ils ne doivent pas rester ici. Ils quittent de nouveau précipitamment le champ de bataille. Ils se lancent à l’assaut de la steppe alentours. Au fur et à mesure de leur progression, ils tentent de repérer le moindre signe de son passage éventuel. Mais en vain. Il n’y a rien qui indique qu’elle s’est arrêtée en un endroit quelconque de l’étendue mi-herbeuse mi-sablonneuse qu’ils parcourent.
En même temps, ils essayent de se représenter dans quelle sorte de refuge elle pourrait bien se dissimuler. Ils passent en revue tous les lieux qu’ils connaissent ; tous les Temples, le Sanctuaires, les cités et les Provinces proches où elle aurait l’occasion de se cacher. Ils fouillent aussi tous les Monuments dédiés à la gloire déchue des Fils d’Elaüs. Ils explorent toutes les ruines abandonnées dont ils ont souvenance. Ils sondent toutes les grottes des collines et des montagnes s’étendant aux frontières Sud, Est et Ouest de l’ancien pays de Pount. Mais, malheureusement, chaque caverne est vide, chaque ville ou habitation isolée est abandonnée. Bien que parfois, ils se rendent compte qu’une ou plusieurs personnes a séjourné dans les parages peu de temps auparavant.
Les Enfants de la nuyt se disent peu à peu qu’il serait préférable de se rendre dans un lieu dans lequel Baÿstêt aurait plus de facilité à entrer en contact avec eux. Ils commencent à penser que ce n’est pas eux qui la découvriront si elle a décidé de disparaître aux yeux de tous. C’est plutôt elle qui, au moment qu’elle jugera opportun, entrera en contact avec ses Serviteurs. En attendant, ils doivent se tenir prêts à recevoir son appel. Et pour cela, il faut qu’ils se réfugient quelque part. Un de ses anciens Sanctuaires érigé sur un Nœud Tellurique encore un peu actif serait certainement le mieux. Ils se dirigent donc vers l’un de ceux-ci.
Thoÿt, Isys et la 345 Humains et Demi-Dieux qui les accompagnent vers le Nord de l’Egypte, fabriquent un nouveau cercueil où ils déposent le corps d’Osyrith. L’emportant avec eux, ils s’enfoncent parmi les dunes sablonneuses du territoire en train de s’assécher progressivement. Au bout de plusieurs semaines de périple, ils parviennent finalement devant les étendues d’herbes, de ronces et de caillasses. Un peu plus loin de là, ils voient apparaître un fleuve : le Nil. Celui-ci est rattaché à d’innombrables cours d’eau de plus ou moins grande taille ; lesquels, comme un labyrinthe gigantesque, partent dans toutes les directions. Et Thoÿt espère que ses compagnons et lui sont désormais à l’abri et qu’ils peuvent enfin se reposer un peu.
Mais, de nouveau, ils sont obligés d’affronter la fureur des éléments. Ils subissent bientôt les assauts continuels des tempêtes de sable. Le jour, une chaleur étouffante et un Soleil implacables s’abattent sur eux. La nuit, le froid glacial les enveloppe et les submerge. La soif et la faim, la fatigue, ne leur laisse aucun répit, et peu à peu leur Essence de Vie s’amenuise. Très rapidement, celle-ci use les derniers vestiges de la magye du Verbe Initial pour les faire survivre le plus longtemps possible. Ils exploitent au maximum leurs ultimes capacités psychiques pour se donner la force d’avancer car chaque aube qui s’annonce est plus pénible à affronter que la précédente. Ils pressentent que leur fin est proche, et que, comme Osyrith, leurs Ames Immortelles vont sous peu elles aussi franchir le Seuil Obscur pour rejoindre l’Au-delà où se sont réfugiées jadis celles de leurs Grands Ancêtres.
Pourtant, un jour, ils parviennent à destination : le Delta du Nil. Arrivés là, ils inhument le cadavre d’Osyrith dans une grotte cachée sous une colline nommée « Abydos ». Thoÿt confie à Ghenkän la restauration sommaire du Sanctuaire. Et celui-ci se met aussitôt au travail. Il fait creuser le sol. Il fait retourner la terre et les caillasses. Il ordonne de briser les cavités déjà existantes pour les agrandir démesurément. Il les pénètre profondément et le fait transformer. Il les fait tailler en forme de corridors et de salles labyrinthiques et les érige en crypte à plusieurs niveaux s’enfonçant très loin sous l’édifice. Puis, Thoÿt et les siens prenant le relais, ceux-ci parsèment les salles de peintures murales retraçant les grands moments de la vie terrestre d’Osyrith. Ils représentent aussi le trajet du Long Voyage que ce dernier doit accomplir pour rejoindre ses Ancêtres dans le Monde de l’Au-delà. Ils montrent toutes les épreuves et tous les dangers qu’il doit affronter dans ce but. Ils ancrent ensuite des symboles séculaires, des sceaux protecteurs, des figures mythiques datant de l’époque où les Fils d’Elaüs étaient encore de ce Monde, dans leurs parois. Se référant en effet, aux textes et aux symboles que ces derniers ont autrefois érigé au cœur des Piliers, ils les reproduisent sur les murs des lieux. Et, dès lors, ils sentent les pouvoirs dont ils sont les relais dans cette Réalité, se démultiplier. Thoÿt sait que leur influence n’est que momentanée. Ce n’est qu’un sursaut de leur part ; en fait, ils dévorent toute l’Energie du Nœud Tellurique, et lorsque celle-ci se sera complètement éteinte, leur influence retombera définitivement dans le Néant. Thoÿt veut donc profiter du court laps de temps qu’il possède pour accomplir son dessein.
Thoÿt demande d’abord à Anÿbis d’accomplir son devoir. Alors, ouvrant un moment le cercueil d’Osyrith, celui-ci enveloppe le corps remodelé du mari d’Isys de bandelettes et le purifie. Il y inscrit un certain nombre de Lettres particulières issues du Verbe Initial. Il murmure celles-ci sur plusieurs tons différents. Et, autour de lui, d’Isys et de ses compagnons, l’air se met à vibrer. Des fumerolles multicolores surgissent de nulle part et environnent presque immédiatement le défunt. Les lettres ancrées sur les banderoles commencent à briller d’une lueur tantôt dorée, tantôt argentée ; en fait, en fonction des parties de l’anatomie d’Osyrith concernées par la magye qui s’exerce sur elles. Puis, bientôt, Osyrith est auréolé d’une multitude de vapeurs aux formes indistinctes, sans cesse changeantes, qui se mêlent les unes aux autres.
Alors, soudain, une clarté se perçoit à l’intérieur des membres du trépassé. Une de ses mains frémit, s’agite faiblement. Ses yeux s’ouvrent et regardent autour d’eux l’endroit où ils se trouvent. L’Espryt d’Osyrith se matérialise sous la forme d’un visage fantomatique s’élevant dans les airs.
Thoÿt, Anÿbis, Isys et leurs amis sont émerveillés par le phénomène. Mais Thoÿt reprend le contrôle de lui même ; il dépose les insignes de la royauté – les quatre Objets Mythiques – sur la poitrine de son Père. Ce sont eux qui vont permettre à son Ame Immortelle d’être reconnue par les Fils d’Elaüs comme étant de leur Famille dans l’Au-delà. Il y glisse aussi les quelques volumes du Lyvre d’Efraüm – ou autres – qu’il a encore en sa possession ; ainsi, les Dieux de l’Age précédent ne la rejetteront pas dans les Limbes qui entourent leur Palais. Il retire une part de l’Essence Divine d’Osyrith, concentrée dans le « Cœur Immortel » de celui-ci, de son cadavre ; il la place dans une urne engendrée à partir d’un morceau de son cercueil de pierre. Puis, enfin, il referme le couvercle et inscrit sur ses façades les Paroles issues du Verbe Initial qui vont aider son Espryt à entamer définitivement son Long Voyage. Il prononce en effet les Mots Divins qui ouvrent la porte entre les Mondes, afin d’attirer vers leurs monogrammes distincts les Ombres issues des Abysses. Il les restructure pour enchaîner définitivement ces dernières au sarcophage ; les symboles se mettent dès lors à luire d’une couleur intense tandis que les silhouettes des créatures semblent aspirées dans la pierre du sol et des murs ; leurs hurlements affreux résonnent longtemps dans la crypte.
D’un autre coté, dans l’alcôve murale derrière l’autel aménagée à cette intention, il place le « Cœur Vivant » d’Osyrith ; lequel continue de vibrer au rythme des pulsations du Nœud Tellurique proche. Puis, il pose des glyphes mortels pour empêcher quiconque de l’approcher. Il y accole des Mots Divins que seul lui connaît, et qui sont les seuls à pouvoir désactiver les artifices mortels qui l’entourent. Il en prononce d’autres qui amenuisent peu à peu les forces en présence à l’intérieur de la salle ; l’aura de la porte entre les Mondes, sa luminosité plus intense que mille Soleils, décline.
Isys, Thoÿt, Anÿbis et leurs compagnons considèrent désormais Osyrith comme l’un des Seigneurs de l’Au-delà au même titre que les Fils d’Elaüs ; ou, autrement dit, l’un des Maîtres de l’Occident. Pour eux, il vient d’amorcer son Long Voyage. Il est en train de franchir irrévocablement les multiples obstacles qui vont lui ouvrir les Portes du Royaume des Dieux. A partir de maintenant, Osyrith devient l’un d’eux. Et avec eux, il va ainsi bientôt régner sur l’Autre Monde, ainsi que sur tous les Etres – Humains ou Inhumains -, qui y habitent. Isys et ses Frères le considèrent donc, dès aujourd’hui, comme un des « Maytres de l’Eternité, celui qui possède des Noms Secrets et des Sanctuaires Mystérieux ».
De fait, tout à coup, Isys et la demi-douzaine de Demi-Dieux présents réalisent l’importance de ce qu’ils sont en train de vivre. Ils déclarent à Thoÿt qu’ils ne veulent pas quitter les lieux. Sachant que, de toute façon, et quoi qu’il arrive, leur fin est proche, ils préfèrent s’endormir à tout jamais dans les profondeurs de ce Sanctuaire ; au plus près de la dépouille d’Osyrith. Ils désirent reposer d’un sommeil volontaire aux cotés du dernier Enfant issu du sang des Fils d’Elaüs, que de succomber lentement sur une terre non rattachée à leurs traditions ancestrales. Thoÿt comprend parfaitement leur décision, et l’accepte, bien que lui-même ne souhaite pas les suivre dans cette voie.
Car, lui, n’entend pas finir de cette manière, piégé comme un rat aux fins fonds d’une crypte condamnée pour l’éternité. Même si il se retrouve seul, il désire reprendre la route et aller au-delà du désert. Il a l’intention de s’user, dépasser la limite de ses forces, pour se rendre compte par lui même si il n’y a pas quelque chose de plus à faire. « C’est inimaginable, se dit t’il, de penser que tout se termine ainsi ; que les efforts accomplis par une Civilisation entière sur tant de siècles et de millénaires, s’effondre, puis s’éteigne de cette façon ; que ses derniers vestiges si peu de temps auparavant restaurés, s’ensevelissent aussi rapidement sous les sables du désert. Il y a forcément un moyen de modifier l’inéluctable. ». Thoÿt a envie d’y croire.
Mais, autour de lui, ses compagnons d’Exil ne l’écoutent plus. Ils sont épuisés et démoralisés par les épreuves dramatiques qu’ils ont vécu depuis le Cataclysme. Ils sont encore plus désorientés et désespérés depuis l’issue de la guerre meurtrière qui a décimée la plus grande partie du pays de Pount ; autant sa population que son territoire. Ils ne songent donc plus qu’au repos qu’ils vont bientôt connaître. Ils n’espèrent plus que rejoindre leurs Ancêtres Divins de l’autre coté du Seuil Obscur.
Ainsi, Isys, ses Frères et ses Sœurs, s’allongent sur le sol à proximité du caveau d’Osyrith ; ils ferment les yeux. Puis, meurtri par le chagrin, Thoÿt recouvre entièrement leurs corps de gouttelettes de son propre sang. Il inscrit partout sur leur peau des symboles liturgiques. Il profite du fait que la porte entre les Mondes ne soit pas encore refermée, pour utiliser des formules – jusqu’ici interdites par les Lois des Fils d’Elaüs concernant la magye du Verbe Initial -, afin que leurs Ames Eternelles ne s’échappent pas entièrement de leurs enveloppes charnelles après leur Mort. Il emploie des expressions particulières pour rattacher ces dernières à cette Réalité ; pour qu’elles puissent un jour réintégrer leur chair assoupie si le besoin s’en faisait sentir. Thoÿt les consacre ensuite comme « Héritiers d’Osyrith » et garants de la sécurité du lieu de repos de l’ancien Guide Spirituel d’Atlantyde. De la même manière que les Ombres et les Gardyens qu’il a appelé pour le défendre, par les Mots Divins qu’il a utilisé à leur encontre, Thoÿt leur donne pour mission de préserver à tout prix les Savoyrs, les Enseygnements et les Objets Mythiques dissimulés dans cet endroit. Ils devront revenir du Monde de l’Au-Delà, parcourir le Long Voyage en sens inverse – malgré tous les dangers que ce périple comporte -, et se réveiller de leur sommeil de Mort, à la moindre tentative de profanation des lieux. Enfin, Thoÿt use de ses capacités supranaturelles pour que leurs Esprits franchissent le Seuil Obscur munis des sceaux nécessaires aux multiples étapes de leur parcours. Il concentre le peu de la force du Verbe Initial qu’il détient encore, s’appuie sur les ultimes parcelles de l’Energie Telluriques qui emplissent la crypte du Sanctuaire, pour refermer définitivement la porte entre les Mondes. En même temps, sa Mère Isys, et ses compagnons qui l’ont suivi jusque là, plongent dans leur sommeil d’Eternité.
A cet instant précis, Thoÿt jure au plus profond de lui même de venir chaque année, à date fixe, prier le Dieux Anciens sur la tombe de son Père. Il veut profiter de cette occasion pour y déposer des offrandes. Il veut aussi en profiter pour appeler auprès de lui son Ame Immortelle. Il croit en effet que c’est l’unique façon de perpétuer son souvenir. Puis, soudain, il réalise que c’est à lui, et à lui seul, de transmettre l’héritage d’Osyrith aux Humains de l’Age suivant. Il doit instituer un culte des Ancêtres – et celui de son Père en particulier – parmi les fondements de cette nouvelle Civilisation. C’est le seul moyen qu’il a de poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs.
Thoÿt déclenche les multiples mécanismes naturels ou surnaturels dont il a parsemé l’itinéraire jusqu’au caveau de son Père. Il referme définitivement la porte menant aux profondeurs du Sanctuaire ; il la condamne en enchaînant un Gardyen Démoniaque à sa cloison. Puis, un peu plus loin, il érige une stèle mettant en garde quiconque franchira ce seuil pour violer ce lieu sacré.
Finalement, le poids de la solitude lui pesant sur les épaules, il quitte Abydos. Il abandonne les restes épars de la cité en train de s’ensevelir sous la steppe aride. Il s’éloigne, s’enfonce à l’intérieur des toundras arides où il ne rencontre que des paysages en perpétuel mouvement. Toutes les contrées qu’il traverse sont en effet continuellement agitées de soubresauts terrestres. Il franchit bientôt les limites du Nil. Il atteint ce qui lui semble être la frontière du pays d’Egypte. Thoÿt est désespéré de se rendre compte que tout est désormais fini. Isolé, perdu, il se demande ce qui va advenir de lui dans les prochains jours. Il ne souhaite en fait désormais qu’une chose, c’est que la mort le prenne le plus vite possible.
03 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 118 - 122
Au cours de cette même période, Thoÿt étudie le moyen de fabriquer un cercueil qui pourra permettre à l’Ame de son Père de rejoindre ses Ancêtres dans l’Autre Monde. D’ailleurs, une partie de son Education Mystique et Spirituelle est basée sur cette Initiation. Isys lui fait en effet découvrir tous les Mystères et toutes les Relations dont elle a eu Connayssance lorsqu’elle s’est aventurée – en Vie – dans l’Au-delà. Elle l’informe sur ce qu’est le Long Voyage, les Démons qui se cachent sur sa route, et donc, de toutes les protections Magyques dont Osyrith aura besoin – ce qui n’était pas le cas la première fois – pour le parcourir. Elle lui fait aussi comprendre que c’est pour cette raison que des Symboles, des Lettres ou des Mots issus du Verbe Initial spécifiques, doivent être inscrits à des endroits particuliers du sarcophage de son Père.
Dans un premier temps, Thoÿt décide de provoquer Setheüs afin de savoir qui a le droit de régner sur l’Egypte à la place d’Osyrith. Il s’attaque donc à lui dans sa capitale de Sekhem. Tandis qu’il s’approche, de son coté, Setheüs brûle les manuscrits liés au passé de son peuple, et aux Connayssances ancestrales de celui-ci, qu’il a en sa possession. Thoÿt arrive enfin en vue de la ville. Il parvient à y pénétrer, à la détruire et à l’incendier. Mais Setheüs parvient finalement à s’enfuir in extremis avec 72 de ses comparses les plus acharnés.
Thoÿt a reçu suffisamment d’Enseygnements de la part d’Isys pour élaborer concrètement le moyen d’éliminer définitivement son ennemi ; il en est sûr. Il est aussi persuadé qu’il est assez Puissant pour invoquer auprès de lui un Gardyen des Abysses. Il a l’impression d’être assez Fort pour le faire plier sous sa volonté, pour le contrôler, et pour lui ordonner de tuer Setheüs et ses Mignons.
Thoÿt commence donc par envoyer un « Œil » de l’autre coté du Seuil Obscur. Et celui-ci se met immédiatement à la recherche de la créature Immatérielle la plus appropriée à la situation. Thoÿt veut en effet que celle-ci soit redoutable et cruelle. Il souhaite qu’elle n’ait aucune pitié pour ses ennemis.
Ce qu’a toujours craint Isys se produit : le Démon Mëmêm, grisé par l’odeur du sang, échappe à l’emprise de Thoÿt. Malgré tout les Mots Divins, malgré toutes les Formules, les Gestes ou les Symboles ancrés dans le sol du Nœud Tellurique, celui-ci se défait immédiatement de ses chaînes Magyques. Puis, il fuit dans le désert sans que le Demi-Dieu ne puisse rien tenter pour le rattraper. Mëmêm y disparaît aussitôt.
Rapidement, Mëmêm sème la panique ; que ce soit chez les Initiés des Thoÿt ou chez les Mignons de Setheüs. Et, de fait, en peu de temps, le pays de Pount se jonche de cadavres de Demi-Dieux. En outre, la contrée est soumise à d’innombrables destructions. Mëmêm fond en effet à l’improviste, que ce soit sur les Hommes ou sur les Frères et les Sœurs de Thoÿt. Il les poursuit tous partout. Il anéantit les maisons, les palais, les monuments, les villes et les routes. Il renverse les arbres, arrache les forêts, abat les animaux – qu’ils marchent, qu’ils nagent ou qu’ils volent -. Au bout de quelques semaines, le carnage prend d’ailleurs une telle ampleur que Mëmêm menace la survie de la totalité des habitants du royaume.
Thoÿt réalise que le bannissement perpétuel à l’extérieur de cette Réalité est la solution la plus Sage. Il se doit d’expulser Setheüs et ses Mignons à tout jamais de cet Univers. Il comprend en effet qu’avoir appeler un Démon des Abysses à ses cotés pour l’aider dans sa lutte contre l’Adversaire n’était pas la meilleure manière de procéder. Au contraire, elle a entraîné plus de méfaits que de bienfaits. Et Thoÿt s’en veut d’avoir fait subir ces monstruosités inutiles à ses sujets.
D’autant que le véritable danger n’était pas Mëmêm, c’est Setheüs. En effet, depuis toujours, le Frère d’Osyrith représente l’Ennemi Cosmique, celui qui lutte continuellement contre l’Ordre établi. Dans l’Esprit de Thoÿt, il est le Symbole du Chaos Initial. Il est l’un de ceux que l’Obscurité d’avant l’Aube des Ages a enveloppé de son épais manteau de Destruction. Il faut donc le rejeter définitivement au-delà de la création d’Elaüs. Il ne faut pas le détruire puisque l’Obscurité et la destruction dont il est l’image Vivante font partie intégrante du Verbe Initial, ou, autrement dit, d’Elaüs.
Baÿstêt est épuisée par le corps à corps que son Frère vient de lui faire vivre. Sa victoire a été rude ; et maintenant il faut qu’elle s’éloigne un peu du champ de bataille afin de récupérer ses forces. De toute façon, elle sait très bien que ses Enfants de la nuyt peuvent se débrouiller sans elle pendant un moment. Elle observe un instant vers le coté de la plaine où ils se trouvent. Apparemment, ils se mesurent sans trop de difficultés aux Disciples du Soleil d’Or : ils sont en effet beaucoup plus nombreux qu’eux ; et ce n’est qu’une question de temps pour que ceux-ci succombent sous les coups de ses Enfants. Elle peut donc aller se reposer quelques instants à l’abri en toute tranquillité.
Baÿstêt s’éloigne donc de l’étendue herbeuse et rocailleuse parsemée de cadavres et entachée de sang Humain et semi-divin. Elle dépasse le Cercle de Mégalithe d’où l’Energie Tellurique s’échappe pour se déchaîner dans le ciel et sous la terre depuis le début de l’affrontement. Elle atteint les collines, puis les montagnes basses aux parois mousseuses par lesquelles elle est arrivée sur les lieux du duel final. Puis, elle s’engouffre dans une cavité étroite ouvrant sur une grotte un peu plus spacieuse. Elle s’y allonge et s’endort immédiatement. Sa dernière pensée lui rappelle qu’elle doit bientôt retourner auprès des siens pour poursuivre le combat.
Désorientés, les Enfants de la nuyt quittent le champ de bataille. Ils se sentent épuisés et perdus. Ils ont besoin de se reposer avant de reprendre le combat auprès de leur Maytresse. Ils s’éloignent donc pour se mettre à couvert ; bien qu’ils perçoivent tout autour d’eux les cris de rage, de peur, de souffrance et de mort des Demi-Dieux – et de leurs Serviteurs – en train de s’entretuer. Evidemment, ils savent que Baÿstêt est parmi eux. Ils entendent ses appels silencieux à leur encontre. Le désespoir et la honte de lui tourner le dos au moment où elle a certainement le plus besoin d’eux, les submerge. Mais ils n’ont plus l’énergie suffisante pour lui répondre.
Setheüs se jette sur Moüt. Il le renverse à terre. Son adversaire essaye de l’éviter en roulant sur le coté. Il lui donne un coup entre les cotes, se relève. Setheüs en profite pour lui faire un croc en jambe ; le repoussant encore plus loin. Puis, tandis qu’Anÿbis essaye de garder l’équilibre en s’appuyant sur un rocher, Setheüs le culbute en avant. Et, anticipant ses mouvements de protection et de défense, il l’empoigne de ses deux bras.
Setheüs regarde férocement Moüt de ses yeux couleur de feu. Il le projette ensuite définitivement en travers de la porte d’Entre les Mondes.
Moüt se réveille sans reconnaître l’endroit où il se trouve. Tout autour de lui, le décor est imprécis, vaporeux. Partout, des volutes de fumée multicolore s’entremêlant empêchent de distinguer le paysage proche.
Quand Moüt comprend qu’il a franchi le Seuil qu’il cherchait à tout prix à ne pas dépasser, il réalise qu’il ne possède pas d’amulette protectrice. Donc, sans talisman d’Isys, il ne pourra jamais retourner en arrière.
Moüt commence à avancer. Aussitôt, des lamelles de fumée verdâtre l’entourent. Un vent violent se met bientôt à souffler. Et, pour ne pas être emporté par la bourrasque, il tente désespérément de s’accrocher à un branchage, à une ronce, ou à une caillasse non loin de lui. Mais tous lui échappent. Dès lors, l’ouragan l’entraîne malgré lui à l’intérieur des Limbes de l’Autre Monde.
Thoÿt ouvre les yeux. Il souffle un instant pour récupérer ses forces. Il se lève de l’endroit où il a été projeté, puis s’est évanoui. Il observe autour de lui pour voir ce qui est advenu du champ de bataille où il a combattu Setheüs, ses Mignons, et ses alliés parmi ses Frères et ses Sœurs. Il voit la porte d’Entre les Mondes non loin de là ; alors que tout le reste du paysage semble pratiquement désormais désert. Un seul Demi-Dieu et un seul Mignon sont encore présents.
C’est à ce moment là que, de l’autre coté du Seuil Obscur, il aperçoit Moüt. Setheüs se tient devant l’ouverture, son Serviteur à ses cotés ; il sourit férocement. Thoÿt sent la rage lui faire de nouveau bouillonner les veines. Il décide de s’approcher de ces derniers le plus silencieusement possible afin de les surprendre et d’avoir, de ce fait, un avantage non négligeable sur eux.
Maintenant, Thoÿt est derrière Setheüs. Il remarque cette lueur frénétique briller au fond des yeux de celui-ci yeux quand il distingue Anÿbis prisonnier de la porte d’Entre les Mondes. Malheureusement, un craquement sonore se répercute dans le silence sépulcral qui a envahi la plaine. Le Mignon le repère immédiatement ; il se jette sur lui en prononçant des paroles Magiques matérialisant des flammes devant lui.
Il n’y a pas de temps à perdre. Maintenant que Setheüs et son ultime Mignon ont sombré dans l’Abysse, Thoÿt doit tout de suite refermer la porte d’Entre les Mondes.
Thoÿt se place sur le pentacle situé au centre du Nœud Tellurique. Il murmure les Mots Divins lui permettant de faire appel à cette sorte de Magye issue du Verbe Initial, qui ouvre des passages entre les Réalités. Il ferme ensuite les yeux et tend ses bras en avant. Il tire au maximum ses membres vers l’avant. Bientôt, il sent les derniers relents de Magye qu’il a en lui monter du plus profond de ses entrailles.
Désormais, un halo bleuté l’entoure et des sortes d’éclairs lumineux, violents, apparaissent à l’extrémité de ses phalanges. Les amulettes accrochées un peu partout sur son corps se mettent aussitôt à briller d’une lueur intense. Peu à peu, en même temps, les Mots Divins se dévoilent à lui et s’ordonnent au fond de son esprit.
Soudain, un vent violent jaillit de nulle part. Il souffle en direction du Seuil Obscur ; il le pénètre brutalement. Un hurlement intense de rage et de désespoir naît instantanément, avant de disparaître tout aussi brusquement. Des lamelles de brouillard verdâtre tentent de s’en échapper et de rejoindre ce coté-ci de la réalité. Mais elles n’y parviennent pas : elles s’effilochent rapidement ou se replient sur elles-mêmes. Tandis qu’en même temps, l’aura dorée et argentée constituant les contours de la porte Entre les Mondes, se liquéfie. Cette dernière se craquelle, se fend. Elle s’amincit, devient une étroite zone aux lignes indéfinissables. Puis, elle disparaît complètement.
Les traits tendus à l’extrême, Thoÿt s’écroule sur le sol. Ses muscles sont endoloris. De la sueur perle de son front. Un épuisement intense le submerge. Mais, en même temps, alors qu’il ferme les yeux, il sait qu’il a réussi.
02 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 110 - 115
Isys est décidée à se rendre dans l’Au-delà pour affranchir Osyrith de la mort. Anxieuse, elle pénètre à l’intérieur de la première Porte entre les Mondes. Elle croise de nouveaux défunts en train de dépasser définitivement la frontière entre la réalité et l’Autre Monde. Elle aide même quelques uns de ceux-ci à surmonter les premiers obstacles du Long Voyage. Elle leur donne en effet des conseils afin de présenter leur requête devant Mëhên, le Gardyen de cet Abysse.
Puis, elle séjourne un moment sur le domaine de Mëhên, bien qu’elle ne le rencontre pas. Elle repère enfin le chemin qu’elle doit suivre. Elle échappe plusieurs fois à des Ame Immortelles très anciennes qui sont irrésistiblement attirées par son Essence de Vie. D’ailleurs, pour les contrer, elle est obligée de leur procurer des présents de grande valeur : elle leur cède des Mots Divins qu’elles ne Connayssent pas avant de poursuivre sa route jusqu'à la porte entre les Mondes suivante.
Isys entre dès lors à l’intérieur d’une région lumineuse – celle qu’Elaüs, en tant qu’Astre Solaire, parcourt pendant que la nuit envahit le Monde. A cet endroit, contrairement aux lieux précédents, les terres dont elle foule le sol, sont productrices de richesses utiles aux habitants de l’Au-delà. Pourtant, elle n’y croise aucune Ame Immortelle ; sans doute, pense celle-ci, craignent t’elles trop la lumière du jour pour s’en approcher. Finalement, peu à peu, elle s’éloigne. Elle retrouve bientôt l’atmosphère pesante et angoissante, pleine de vapeurs nauséabondes et de paysages désolés, qu’elle a momentanément laissé derrière elle.
Là, Isys croise une deuxième fois les Ames Immortelles avec lesquelles elle a parlé un certain temps auparavant. Et elle s’aperçoit aussitôt qu’elles ont une plus grande liberté de mouvement près de la prochaine Porte entre les Mondes. En effet, grâce aux Mots Divins qu’elle leur a fournit, les Ames Immortelles sont désormais en train de véhiculer des informations sur le domaine suivant de l’Au-delà. Elles en donnent des indications aux Esprits reclus depuis peu de ce coté-ci du Monde des Morts. Elle se rend en même temps compte que ces éclaircissements sont particulièrement précieux pour elles puisque, habituellement, seuls Mëhên et ses Serviteurs les plus proches, les détiennent. C’est par ailleurs pour cette raison que les Ames Immortelles emprisonnées ici sont normalement coupées du reste des Abysses. Incapables de s’aventurer autre part qu’à l’intérieur du périmètre où on les a enchaînées, elles en ignorent tout. Ce sont donc les Serviteurs ou le Gardyen qui leur disent si elles peuvent accéder au Second Seuil Obscur ou pas ; et quand.
Car, pour pouvoir franchir cette nouvelle Frontière, l’Ame Immortelle doit, par sa Nature, en être capable. Elle doit en effet être totalement habitée par les Commandements et par les Lois de cet Univers. Elle doit en outre se revêtir du sens le plus profond de ceux-ci afin d’identifier sa métamorphose. Les Commandements lui serviront alors de Mots Divins ; ils lui permettront de circuler librement entre les deux Espaces. Ils assureront sa reconnaissance par Mëhên, ainsi que sa sécurité. La présence – plus ou moins prolongée – de l’Ame Immortelle sur le territoire situé entre la première et la seconde Porte entre les Mondes, est donc plus que nécessaire ; elle est vitale. C’est le temps de son Initiation, que seule les Ombres et le Gardyen transmettent. Isys a donc l’impression que ses propres Mots Divins leur révèlent trop de Secrets et trop de Mystères concernant les étapes suivantes du Long Voyage. L’utilisation de ces derniers par ces Ames Immortelles risque de déstabiliser l’ordre établi dans cet Univers par Elaüs à l’Aube de la création.
Isys dépasse le Second Seuil Obscur. Elle marche pendant quelques temps sur un sol de sable, alors qu’une couche de nuages noirs et bas se profile dans le ciel ; des éclairs en jaillissent parfois et vont se perdre derrière l’horizon. Puis, au bout d’un moment, elle arrive en bordure de ce qui lui paraît être une mer. Un ponton de bois se discerne soudainement devant elle lorsqu’elle s’approche de sa rive. A l’extrémité de ce ponton, une barque est attachée.
Isys n’a pas le choix. Elle monte dans le canot, détache le filin qui le retient au quai, s’empare de la rame rangée à fond de cale, et se met à naviguer. Enfin, elle se dirige droit devant elle en essayant de ne pas dévier de son cap ; ce qui n’est pas facile avec la tempête qui se lève.
Avec l’obscurité de plus en plus intense, Isys entreprend d’allumer des torches pour y voir plus clair. Elle se met à naviguer prudemment en espérant que des esquifs cachés ne se dressent pas devant elle. Mais, en même temps, de chaque coté du canot, les eaux commencent à bouillonner. Des formes se dessinent au creux des flots ; des visages, des bras, des jambes, des bustes, s’entremêlant les uns aux autres, se discernent rapidement. Ceux-ci entourent progressivement Isys, et quelques uns essayent même de s’agripper à la frêle embarcation. Mais ils sont aussitôt repoussés par la lumière des torches qu’Isys brandit de tous cotés. Mais elle a quand même l’opportunité de réaliser que ce sont des Ames Immortelles mutilées qui l’assiègent ici. Elles ont juste un aspect différent que celles qu’elle a déjà vu jusqu'à présent.
Isys a peur que ces Ames Immortelles ne l’attaquent. Elle n’ose faire aucun mouvement. Elle craint que le moindre geste brusque de sa part n’appelle sur elle leur colère. Alors, pendant plusieurs minutes – elles lui semblent interminables -, elle attend de voir quelle va être leur réaction à son encontre. Mais rien.
Puis, tout à coup, les formes se meuvent. D’abord, légèrement, doucement. Ensuite, elles accélèrent. Elles entraînent la barque d’Isys avec elles dans une direction particulière : l’Occident.
Isys redéfinit la position initiale de chaque os d’Osyrith, replace le crâne de celui-ci au sommet de son corps. Elle remet en ordre toutes les parties de son anatomie. Puis, elle commence à murmurer les Paroles Rituelles issues du Verbe Initial dont elle a besoin pour ramener son époux à la vie.
En même temps, autour d’elle, de nombreuses Ombres Majeures et Mineures se mettent en mouvement. Elles regardent avec avidité les gestes d’Isys. Elles écoutent avec attention les Mots Divins qu’elle prononce. Quant aux Ames Immortelles qui l’environnent, elles sont prêtes à fondre sur l’Essence Vitale toujours emprisonnée à l’intérieur d’Osyrith. Elles sentent qu’Isys est en train de manipuler celle-ci afin de ramener son époux du Royaume des Morts vers la réalité jadis créée par Elaüs.
De l’union posthume d’Isys et d’Osyrith naît donc Thoÿt : désormais, la prophétie des Dieux est sur le point de pleinement s’accomplir.
Désormais, il faut trouver une retraite inaccessible, difficile à découvrir. Ils désirent se retirer dans un abri sûr, autant pour eux, que pour Thoÿt et sa mère. Ils espèrent en effet qu’un jour, Thoÿt pourra récupérer le trône d’Egypte à son profit ; qu’il aura la possibilité de gouverner les Enfants d’Atlantyde et les Hommes ; qu’il sera capable de destituer Setheüs et ses Mignons. Mais ils savent aussi qu’avant cela, Thoÿt doit grandir, prendre des forces, être Enseygné des Sciences de ses Ancêtres. Il faut qu’il se prépare au moment où il devra surgir au grand jour pour affronter le Frère de son Père.
En compagnie de son Fils et de ses fidèles, Isys prend la direction du Sud du royaume d’Egypte. Elle se réfugie dans une cité située au cœur de marais putrides ; et c’est là que, malgré son jeune age, elle consacre Thoÿt comme souverain.
Isys organise une cérémonie solennelle. Elle le pare des Objets Mythiques ; lesquels officialisent Thoÿt dans ses fonctions Temporelles. Elle reproduit les Rituels que Soldaüm a accompli lorsque celui-ci a désigné Osyrith comme Protecteur Spirituel de l’Atlantyde. Mais, en même temps, elle y mêle un certain nombre de Sacrements spécifiques à l’Age actuel.
De fait, désormais, Thoÿt est le Seigneur Officiel du pays de Pount. C’est lui qui doit le gouverner selon les Lois instituées jadis par les Fils d’Elaüs ; et non Setheüs et ses Mignons. Elle reste en sa compagnie pendant toute son enfance et toute son adolescence. Sur les conseils de certains humains qui sont en même temps des Mages Initiés, elle lui fait découvrir ce que c’est qu’être Prince. Elle propose une trêve à Setheüs ; et le Frère et la sœur concluent un accord au lieudit « Ayan », tout en sachant bien que Setheüs vient de se faire proclamer Roi d’Egypte, et qu’il a été porté en triomphe par ses partisans dans sa nouvelle capitale : Sekhem.
Dans les mois qui suivent, un débat s’engage entre Anÿbis, Isys et leurs compagnons. Certains veulent quitter Thoÿt et sa Mère. Ils sentent que leur Temps sur Terre est terminé. Mais Isys leur explique que le combat contre Setheüs n’est pas terminé, qu’elle a besoin de leur aide pour aider à vaincre le Frère de son mari.
Pourtant, ces Frères et ces Sœurs ne veulent rien entendre. Ils lui disent qu’ils sont fatigués, que leur Monde est mort le jour où l’Atlantyde s’est abîmé dans les flots ; que, depuis, ils n’ont fait que survivre sur une Terre métamorphosée, et que cette Terre n’est plus la leur. Par ailleurs, ils lui déclarent qu’à partir de ce moment là, ce n’a plus été que querelles et révoltes ; qu’ils n’ont pas compris que l’anéantissement de leur Continent d’Origine a terminé un Cycle d’Existence. Aujourd’hui, renchérissent-ils, l’Age des Hommes arrive. Et ils n’y ont plus leur place. Ils désirent donc ériger leurs sarcophages quelque part à l’intérieur d’une Cité oubliée en espérant qu’un jour, les Temps viendront où ils pourront ressurgir du Néant pour vivre un Nouvel Age des Dieux. C’est pour cette raison qu’ils veulent quitter Thoÿt et sa Mère : ils désirent partir à la recherche de cet endroit Mythique au sein duquel ils vont pouvoir reposer à tout jamais.
Les autres, et Isys la première, ne sont pas d’accord. Ils estiment en effet qu’ils ont toujours leur place dans cet Univers. Ils savent très bien que les Temps ont changés et que le Monde s’est remodelé. Ils savent que la magye du Verbe Initial, qui était autrefois leur Force, est maintenant pratiquement inopérante. Mais ils ne veulent pas abandonner la lutte. Les Humains ont besoin d’eux, de leurs Connayssances, de leur Expérience. Ils ont donc pour devoir de leur apporter leur aide pour avancer sur le chemin de la sagesse et de la véryté.
Certes, les embûches sont nombreuses, les possibilités de faire des erreurs monstrueuses aussi. Pourtant, la perspective que les Humains suivent la voie qu’a ouverte leurs prédécesseurs, vaut la peine que les Demi-Dieux se battent pour elle.
Par ailleurs, Setheüs ayant détruit tout ce en quoi Osyrith a toujours cru, tout ce pourquoi il s’est toujours battu, ce serait le trahir de ne pas essayer d’affronter celui qui incarne aujourd’hui le Chaos Originel.
La race issue du sang des Fils d’Elaüs se meurt donc. Les Frères et les Sœurs d’Osyrith bannis, Setheüs et ses Mignons détruisant la civilisation d’où ils sont issus, tous les Demi-Dieux se vident, à leur tour, peu à peu, de l’Essence de Vie qui leur a été transmise par leurs Pères. Leurs Ames Immortelles et la puissance dont elles ont été les détentrices du temps de la grandeur de l’Empyre, est en train de se diluer. Comme pour celle des Gÿants, son Temps est désormais révolu. Et ainsi, son Ere se termine avec l’Age de Transition auquel elle assiste. La dernière Précession des Equinoxes ayant rétabli le Cycle des Temps de cette Grande Année Cosmique, elle n’a en effet plus de prise sur le rythme des époques.
Isys et ses compagnons ne peuvent donc plus user des Mots Divins qu’en de rares occasion, et en dépensant une énergie considérable. Par ailleurs, la position de la planète ayant été bouleversée par rapport au Grand Ordre Cosmique, la force Tellurique qui leur a jadis profité, s’est amoindri. Les sources des Nœuds et des Réseaux Telluriques où ils puisaient une part de leur Energie afin de modifier, contrôler, manipuler, la nature et la réalité qui les enveloppait, se sont presque complètement taries. La magye du Verbe Initial, qu’elle soit gestuelle, écrite ou orale, y est – ainsi que partout ailleurs – de moins en moins efficace.
D’un autre coté, le peu qui reste de celle-ci est maintenant entre les mains des Humains, puisque leur Age est enfin sur le point de naître. Osyrith se souvient clairement des paroles inscrites dans le Lyvre d’Efraüm, des visions que ce dernier a eu de l’avenir plus ou moins lointain : l’émergence, la grandeur, puis le déclin de la civilisation Atlante par l’intermédiaire des descendants directs des ultimes Membres de la race Primordiale ; leur destin étant de transmettre à ceux qui doivent succéder aux Gÿants, les Enseygnements et les Connayssances utiles pour mener la vie sur le chemin du Grand Œuvre. Mais, une fois cela accompli, ils s’éteindront à leur tour. Et les Humains, seuls, prendront le relais jusqu'à l’accomplissement de la prochaine étape du Cycle des Temps.
Aujourd’hui donc, il ne leur reste que peu de temps à Exister. La magye d’Isys, de ses Frères et de ses Sœurs est pratiquement inopérante. En tout cas, celle qu’ils détiennent encore, ne peut plus les retenir bien longtemps de ce coté-ci de la réalité ; leurs Esprits vont de plus en plus, et de plus en plus vite, être attirés par l’Autre Monde. Leurs Ames Immortelles étant en effet issues du sang de ceux et de celles qui ont ouvert cette brèche vers un Ailleurs, pour s’y endormir à tout jamais, les Demi-Dieux sont condamnés à les suivre là-bas. Seuls les Humains, grâce à leur héritage, pourraient les sauver de cet anéantissement programmé. Seules les formes rénovées de la magye – telles que la géomancie, l’Esotérisme, la divination, l’Astrologie, etc. -, qui ne sont pas forcément enchaînées aux Forces Vitales Cosmiques ou Telluriques, et dont ils sont les détenteurs, sont capables de les préserver du destin tragique qui les attend. Mais Isys est loin d’être sûre que les Hommes soient prêts à collaborer avec les Demi-Dieux après les déchirements qu’ils ont subis à cause d’eux.
Mÿrina désire repousser les derniers Demi-Dieux au-delà de la province Extérieure. Elle ne veut plus que l’un de leur bastion s’agrippe encore à une parcelle de Pount.
Mÿrina rassemble ses Mages à l’intérieur de leurs laboratoires ou sur les Nœuds Telluriques à l’emplacement desquels ils expérimentent leur Art. Puis, elle leur demande d’employer tous les moyens qu’ils ont à leur disposition pour rendre ses troupes invincibles. Car Mÿrina sait bien que, quoique diminués par la disparition quasi complète de leur propre Magye issue du Verbe Initial, les derniers Demi-Dieux sont encore très puissants. Ils doivent donc tout mettre en œuvre pour faire en sorte que ce qui leur en reste s’avère inefficace contre ses guerrières.
Les Mages ouvrent donc plusieurs Portes entre les Mondes. Ils franchissement les Seuils Obscurs et s’aventurent au plus profond des Abysses. Ils y invoquent des Espryts, des Gardyens et des Ombres. Ils en lient un certain nombre à eux afin de les contrôler directement. Ils en ramènent d’autres de ce coté-ci de la réalité, manipulent et modifient leur Nature. Ils mêlent leur Essence de Vie à celle de nombreux soldats de leur Reine, afin de donner à ces derniers une Force surhumaine.
Puis, enfin, quelques semaines plus tard, Mÿrina part en campagne contre les Gÿants. Elle rassemble ses armées de Furÿes aux frontières de son pays. Et, des cotes de l’Atlantique aux rivages du Sahara verdoyant, elle se met à les traquer. Impitoyablement, elle détruit tous les refuges où ils se cachent. Elle anéantit toutes leurs forteresses et leurs cités encore debout ; surtout celles où ils essayent désespérément de la repousser. Des batailles dévastatrices ont alors lieu ; elles ne font que retarder l’inéluctable car ne possédant désormais pratiquement plus aucune Magye, ils ne peuvent organiser aucune défense véritablement efficace. En effet, les Furÿes les harcèlent, s’acharnent et dévorent, mutilent et déchiquètent tous ceux qui osent s’opposer à elle et ne font aucun prisonnier. Pour leur échapper, Osyrith, ses quelques Frères et ses quelques Sœurs encore de ce Monde à l’issue des combats, sont de nouveaux obligés de fuir. Ils sont alors traqués comme des bêtes par des Humaines animés d’une rage destructrice. De ce fait, par prudence, ils se scindent en plusieurs groupes, avant de se diriger vers le Sud.
Mÿrina décide de célébrer dignement sa victoire définitive sur les Demi-Dieux. Et, pour ce faire, elle érige bientôt une cité à l’emplacement où elle les a vaincu : c’est à dire sur la plaine la plus au Sud du pays de Pount ; là où Osyrith et ses ultimes fidèles se sont dispersés avant de s’enfuir au-delà des frontières du Monde Connu. Bientôt, des Sanctuaires gigantesques, des bâtiments monumentaux, des palais féeriques, sortent du sol. Des stèles sont sculptées pour représenter sa victoire contre les ultimes Géants ayant vécu dans ce Monde. Des peintures montrant le pays de Pount se libérant de leur joug, sont ancrées sur les parois des lieux les plus en vue. D’innombrables colonnes taillées les montrant à terre sont élevées.
Un peu plus tard, Mÿrina demande à l’une de ses scribes de retranscrire la chute des ultimes Gÿants. Alors, celle-ci, aidé par une Mage qui a vécu la guerre contre les Demi-Dieux, entreprend de rédiger un ouvrage relatant cet épisode de l’Histoire des Hommes. Tout d’abord, le mage use de son Savoir Esotérique pour créer à cette occasion un recueil spécial. Elle produit des feuillets et une encre investis de fragments d’une Réalité différente à celle de notre Univers et à sa Nature. Elle élabore une couverture à laquelle sont enchaînés des symboles issus des Temps d’Avant. Elle rattache à chacun d’eux de puissantes protections et des créatures surnaturelles, de la même manière que les Dieux l’avaient fait pour leurs Tours à l’époque de la suprématie de ces derniers sur la terre. Puis, une fois son prodige accompli, elle donne son ouvrage à celle qui va y décrire les événements amenant à la disparition définitive des Gÿants. Elle lui explique alors qu’une fois que ses mots seront ancrés dans le papier, ils ne pourront être lus que par ceux ou celles qui sauront décrypter les hiéroglyphes qui défendent les pages parcourues. Et qu’il faudra pénétrer le langage codé qui les dissimule au non initié pour comprendre leurs Secrets.
La scribe intitule son ouvrage : « Le Livre des Invasions ». Et, sur plusieurs volumes, elle rédige une saga imagée où il est question d’un Apocalypse planétaire mettant fin au règne des Géants sur la terre. Elle montre comment ceux-ci ont fui leur Continent d’Origine au moment de l’engloutissement de celui-ci. Elle explique comment ils ont emporté avec eux un certain nombre de Savoyrs Primordiaux et d’Objets Mythiques datant de l’Epoque la plus Antique du Monde. Elle relate les Mythes et les Légendes qui sont nés à la suite de leur arrivée dans la contrée de Pount ; et comment ils ont tenté de reconstituer un semblant de Civilisation.
Malgré sa défaite cinglante contre Myrina et ses soldats, malgré la faiblesse de ses forces, Thoÿt est décidé d’en finir une fois pour toutes avec Setheüs et ses Mignons. Il convoque donc ses Initiés autour de lui. Il leur déclare brutalement sa décision : il est résolu à punir les Sethites en envoyant contre eux un Gardyen des Abysses.
En entendant cela, les Frères et les Sœurs de Thoÿt s’affolent. Ils sont loin d’être sûrs que celui-ci possède la puissance Spirituelle et Mystique nécessaire. Ils ne sont pas certains qu’il puisse invoquer, puis contrôler, cette Créature de l’Au-delà. Ils ont aussi peur que cette dernière ne fasse pas de distinction entre les Demi-Dieux qu’elle doit détruire, et ceux qu’elle doit aider dans leur lutte contre le Mal.
Thoÿt tente de les rassurer. Il leur dit qu’il n’a pour ambition, que de donner une leçon à ses Frères et à ses Sœurs qui se sont ralliés à la cause de Setheüs ; il ne désire pas les détruire. Ses compagnons sont alors à demi tranquillisés. Mais un soupçon d’appréhension les tenaille toujours plus ou moins ; bien qu’ils ne veuillent pas l’exprimer ouvertement devant lui.
Isys, de son coté, ne sait pas comment réagir face à la résolution vigoureuse de son Fils. Et elle est encore plus perturbée lorsque celui-ci vient la voir pour lui demander son aide.
Certes, pense t’elle, Setheüs et ses Affiliés ont trahi, puis assassiné, Osyrith. C’est un crime impardonnable qu’il faut châtier. Mais, en même temps, Setheüs et les siens sont ses Frères et ses Sœurs. Son Fils a t’il le droit de les détruire parce qu’ils ont voulu s’accaparer le Pouvoir pour eux seuls. Un profond malaise la tenaille et elle ne sait que faire pour que les Demi-Dieux sortent sain et sauf – et réconciliés – de cette impasse. Isys songe alors à Osyrith. Elle se demande ce que lui aurait fait face à une telle situation. Elle tente de se remémorer les Paroles de Sagesse et de Véryté que lui même tenait des Fils d’Elaüs. Elle essaye de se souvenir des préceptes que ces derniers lui ont Enseygné avant de disparaître. Elle revoit aussi au fond d’elle même les ouvrages des Temps Anciens que les Fils d’Elaüs lui faisaient lire ; lesquels se rattachaient à ces bribes de Philosophie dont ils étaient les ultimes détenteurs. Elle évoque ces pages parcheminées qu’elle a maintes fois décryptés en compagnie d’Osyrith, de Setheüs, et de tant de ses Frères et de ses Sœurs. Elle se rappelle la manière dont elle s’imprégnait de ce Savoyr si fondamental. Ces pages ne rapportaient t’elles pas que la vie est le bien le plus précieux de cet Univers ? ; qu’il faut la préserver à tout prix. Et n’y a t’il pas déjà eu trop de sang versé, trop de morts, trop de souffrances, depuis que les Descendants des Fils d’Elaüs sont livrés à eux mêmes ? En songeant à tout cela, Isys se sent de plus en plus perdue.
Malgré tous les avertissements de sa Mère et de ses Compagnons d’infortune, Thoÿt est déterminé à venger Osyrith. Alors, malgré elle, la peur lui tenaillant continuellement le ventre, Isys se sent obligée de respecter la décision de son Fils. Pendant plusieurs années, elle lui fournit les armes Magyques afin de renverser celui qui s’est emparé du trône d’Osyrith.
Dans un premier temps, Isys apprend à Thoÿt les Mots Divins utiles pour appeler un Gardyen des Abysses de ce coté-ci de la réalité. Elle lui montre les signes à ancrer sur le sol. Elle lui indique les gestes à effectuer pour l’enchaîner à sa volonté. Elle les lui fait répéter un nombre incalculable de fois afin qu’ils soient bien rivés à sa mémoire.
Mais Thoÿt est un bon élève ; il apprend vite. Il suit consciencieusement les Enseygnements que lui procure sa Mère. Sa résolution d’abattre Setheüs par tous les moyens mis à sa disposition l’y aide efficacement.
01 février 2008
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 105 - 110
ouAprès une longue course à travers le pays, Eÿthêt arrive bientôt aux marches du palais provincial où Setheüs et ses amis se sont réunis. Mais, aussitôt, il est contraint de se cacher ; ce qui ne l’empêche pas de repérer rapidement les conjurés. Il dénombre en effet 257 intrigants, huit officiers, ainsi que toute une armée.
Eÿthêt s’approche alors encore peu plus. Il entend les propos calomnieux que Setheüs profère à l’encontre d’Osyrith. Puis, il recule en essayant de faire le moins de bruit possible.
Malheureusement, soudain, un bruit tinte tout près de lui ; tous les yeux se braquent alors dans sa direction. Et il n’a que le temps de se cacher dans l’ombre, car certains des fidèles de Setheüs scrutent déjà les environs pour savoir d’où ce bruit a pu venir.
Eÿthêt sait qu’il doit immédiatement fuir si il ne veut pas se faire prendre par les ennemis d’Osyrith. Evidemment, en même temps, il songe à la seconde partie de sa députation. Mais il comprend que dans la situation au sein de laquelle il se trouve, il ne peut pas avoir un entretien particulier avec Nephtÿs. Il est obligé de fuir. Et il espère qu’Osyrith ne lui en fera pas le reproche.
Eÿthêt sort donc subrepticement du palais de Setheüs ; il s’en tire sans dommages. Puis, aussitôt, il va rendre son rapport à son Maitre.
De fait, un débat s’engage entre les deux Gyants. Osyrith est en effet très inquiet de savoir que tant de ses Frères et de ses Sœurs refusent son autorité sur le territoire de Pount. Il se questionne sur les raisons qui les poussent à renier son gouvernement ; et pourquoi ils se sont tournés vers Setheüs pour le contrer. Osyrith en est très chagriné et profondément blessé. Car il a toujours imaginé qu’après les multiples difficultés qu’ils ont vécu ensemble tout le long de leur Existence, ils avaient compris que la voie de la sagesse vers laquelle il les a poussé, était la meilleure. Il ne peut donc désormais plus considérer dissidents à sa politique comme ses Frères et ses Sœurs. A ses yeux, ils sont devenus – comme d’autres avant eux – des Sethites à part entière.
Par contre, quand il apprend que Nephtÿs et son Fils sont parmi eux, Osyrith se met à avoir très peur. Il se dit qu’il n’aurait pas dû agir aussi inconsidérément avec sa Sœur. D’autant qu’il ne sait pas comment rattraper la situation vis à vis d’elle. D’après ce que lui a révélé Eÿthêt, celle-ci paraît être devenu haineuse à son égard. Son espion lui a en effet expliqué que, même si il n’a pas pu l’approcher de près, il a discerné des éclats de feu au fond de ses yeux lorsqu’elle parlait de lui à Setheüs. Osyrith s’en sent dès lors meurtri au plus profond de son cœur.
Il est donc absolument nécessaire qu’Osyrith puisse rétablir – d’une manière ou d’une autre – la situation à son avantage auprès de ses Frères et de ses Sœurs mécontents. Pourtant, il n’est pas question, pour lui, d’aller affronter directement Setheüs et ses Mignons. Il est impératif qu’il désigne l’un de ses fidèles pour le faire à sa place. Il réfléchit alors un instant, sous l’œil anxieux d’Eÿthêt. Puis, soudain, il murmure le nom d’Eÿkatris ; il s’agit en effet de l’un de ses Frères les plus attachés à sa cause. Mais, pour plus de prudence, il décide de lui adjoindre Eÿthêt pour le seconder pour cette besogne ingrate.
Car Osyrith connaît bien Eÿkatris ; c’est un guerrier à la valeur reconnue. Il demande donc à Eÿthêt d’aller le chercher afin qu’il lui expose la situation critique dans laquelle se trouve le royaume. Eÿthêt s’exécute immédiatement. Et, au bout de quelques heures, il revient auprès d’Osyrith en compagnie du Demi-Dieu.
Soudainement, Eÿkatris blesse profondément Setheüs : il lui mutile les organes sexuels. Setheüs perd aussitôt sa vitalité Créatrice. Ses Forces s’affaiblissent. Mais il n’est pas encore totalement vaincu. Setheüs profite en effet bientôt d’un moment d’inattention de la part d’Eÿkatris – qui est sûr de sa victoire contre son Frère - ; il lui coupe le bras. Le Gyant se met alors à hurler de douleur, puis recule.
Dès lors, les Frères et les Sœurs d’Osyrith, forment un cercle autour du Souverain. Puis, comme l’indique l’étiquette, ils se prosternent devant lui, front contre terre. Ensuite, Isys s’approche d’Osyrith avec ses Lyvres, ses recettes, ses formules et sa Science. Ayant terminé ses Enchantements peu de temps auparavant, elle veut, au plus tôt, faire cesser la douleur qui torture son époux. Elle tente donc tout d’abord de le soulager en récitant plusieurs Mots Divins rapidement, et selon des intonations différentes à chaque fois.
Au bout d’un moment, elle demande alors à ses Frères et ses Sœurs présents, d’en faire autant. Elle leur explique qu’il s’agit d’un remède parmi les plus efficaces dissipant les maux les plus tenaces et les plus dangereux.
Pourtant, peu à peu, Isys réalise que la malédiction lancée sur Osyrith est beaucoup plus puissante qu’elle ne l’a prévue ; que celle-ci a envahie tout son corps et toute son Ame Immortelle. Elle comprend aussi qu’il va lui falloir plus que de simples Mots pour en venir à bout ; d’autant qu’au fur et à mesure de ses exorcismes, Osyrith paraît s’affaiblir, et elle en est très inquiète.
Isys est donc obligée de préparer un nouveau philtre dans les plus brefs délais. C’est pour cette raison qu’elle demande à des messagers spéciaux d’aller chercher des mandragores de bonne qualité. Elle leur commande aussi une grande quantité de grenades. Elle appelle un meunier à ses cotés. Puis, quand elle a en sa possession tous les ingrédients indispensables, elle exige de ce dernier qu’il les pile ensemble. Une fois terminé, des servantes brassent le mélange. Isys murmure à ce moment là d’autres Mots Divins de dizaines de façons différentes, tandis qu’elle y mêle du sang humain. Elle effectue des gestes symboliques aux formes incroyables au-dessus des jarres entreposées devant elle. Et, après de nombreux jours de travail acharné, elle présente une coupelle de breuvage vermeille à Osyrith.
Osyrith s’empare du Vase Eternel – car il s’agit en fait de l’un des Objets Mythiques qu’Isys a ressorti de sa cachette pour l’occasion -, et boit le liquide jusqu'à satiété.
Alors, tout à coup, le Cœur et l’Ame d’Osyrith semblent se radoucir. Isys en profite pour renouveler ses incantations. Elle enjoint à ses Frères et à ses Sœurs d’en faire autant. Ensuite, elle prononce une seconde fois les Mots Divins qu’elle a déclamés au cours de sa première tentative d’exorcisme. Et, dès cet instant, une auréole de feu se met à se propager autour d’Osyrith. Des couleurs extraordinaires envahissent tout son corps, avant de s’en échapper sous forme de filaments indistincts. Ceux-ci partent dans toutes les directions, certains se glissant sous le sol et à l’intérieur des murs en les faisant vibrer de toutes parts ; des fissures y apparaissent même tandis que des pierres se détachent des parois et du plafond. D’autres filaments s’éparpillent dans l’atmosphère et s’évaporent après s’être un instant transformés en faces grimaçantes aux yeux étincelants de haine.
Malgré cet échec et cette mutilation, Setheüs est toujours aussi jaloux de son Frère. Et, en fait, le combat contre Eÿkatris a renforcé sa haine contre lui. C’est pour cette raison qu’il décide que la prochaine fois qu’il se confrontera avec Osyrith, ce sera en l’attirant dans un piège.
Malgré tout, avec les bouleversements climatiques que toutes les régions du globe ont subies peu de temps auparavant – et entre autres l’avancée brutale des glaciers jusqu’aux abords des nouvelles limites du Continent -, ce qui reste du Pays de Pount s’assèche progressivement. Car, en effet, la mer Intérieure commence peu à peu à se réduire ; elle se transforme progressivement en lacs ou en marécages. Les affluents des fleuves qui s’y déversent, se déshydratent. Les herbes brûlent au Soleil quand elles ne sont pas dévorées par les sables. Les forêts colorées se métamorphosent en jungles inhospitalières ; les animaux s’y meurent. Leurs arbres se racornissent et les racines de ces derniers sont rongées par le lierre et les ronces empoisonnées. Les rocailles mousseuses remplacent bientôt les prairies verdoyantes et les buissons touffus d’antan. Les champs de céréales, les troupeaux de bêtes laissent la place à quelques parcelles de pâturages ou de blés stériles, à de rares animaux aux cotes saillantes. Osyrith, ses Frères et ses Sœurs ont donc beaucoup de mal à sauvegarder ce qui peut encore l’être car les villes, ainsi que les contrées qui les entourent, ne possèdent plus les ressources nécessaires à leur survie. Les Sanctuaires eux mêmes n’ont plus l’Energie Tellurique suffisante pour enrayer l’inéluctable.
Osyrith et les autres Gyants n’ont donc qu’une idée en tète : ils doivent sauvegarder l’essentiel, c’est à dire les Objets Mythiques. Inquiets à la perspective de disparaître prochainement, ils les protègent donc par les moyens qu’ils ont à leur disposition. Et ainsi, ils murent les ouvertures des cryptes des Sanctuaires où Thoÿt a caché ses manuscrits et sa Table d’Emeraude. Ils ancrent des sceaux sacrés dans les parois de leurs salles et de leurs corridors. Ils appellent précipitamment à eux des Gardyens et des Ombres, qu’ils lient aux lieux par des Mots Divins extrêmement puissants. Par leur empressement, quelques uns d’entre eux échappent malheureusement à leur contrôle : ils se libèrent de leurs enchantements et vagabondent en toute impunité à l’intérieur des souterrains qu’ils sont censés surveiller jusqu'à la fin des temps. Les monstres se repaissent alors des scribes et des Hauts Clercs qui se sont emmurés avec eux pour sauvegarder les trésors de Connayssance cachés dans les labyrinthes. Ils y effectuent un véritable massacre.
En arrivant en Egypte, Osyrith se propose immédiatement de devenir l’émissaire de ses Frères et de ses Sœurs auprès des tribus « Humaines Naines » qui vivent sauvagement sur les rives du Nil. De fait, il apprend rapidement leur langue. Il leur propose de les aider à construire une société plus adaptée à leurs besoins. Il leur diffuse un Enseignement sommaire : l’usage de l’or, du cuivre, du bronze, l’érection de monuments en briques et en pierres. Il introduit l’usage de l’Ecriture. Il encourage la déification de l’astre Lunaire – tout à la fois remarquable, familier et effrayant. Il rattache la symbolique de celui-ci à la venue de son propre peuple dans cette contrée. Il associe tous les phénomènes naturels, terrestres ou atmosphériques, aux Dieux de l’Obscur. Il tente ainsi de façonner et de diriger leurs esprits simples et naïfs, afin de leur faire croire en un culte durable capable de survivre pendant des millénaires ; mais aussi capable de véhiculer le Savoir des Gÿants. Et, enfin, il institutionnalise la charge de Prêtre détenant la connaissance, dans le but de mettre en place un processus d’auto perpétuation.
Puis, un jour, Osyrith décide de retourner dans la cité des Chiens – désormais appelée « Ville d’Or » -, afin d’y récupérer un certain nombre d’archives de son Continent d’Origine. Il a en effet l’intention, avec l’accord de Thoÿt, de les confier aux Clercs de la nouvelle Religion en train de se mettre en place grâce à lui.
Or, Setheüs profite de l’absence de son Frère pour soulever une partie de ses sujets. Il leur fait de fallacieuses promesses. Il parvient à diviser le royaume en deux parties : l’Est et l’Ouest ; l’une restant fidèle à Osyrith, et l’autre suivant ses manœuvres. Puis, il rassemble de nombreuses troupes. Il marche contre ses ennemis. Il allume partout des incendies, détruit des villes et des villages, massacre ceux qui ne veulent pas le suivre. Et il laisse un territoire dévasté derrière lui, tandis que les populations survivantes tentent de se réfugier dans les montagnes environnantes.
Dès lors, lorsqu’Osyrith revient en Egypte, Isys et ses fidèles le préviennent de ce qui vient de se passer. Osyrith se met en colère, tout en décidant de se reposer un peu avant d’affronter Setheüs et ses complices face à face. La nuit de son retour, il a des relations sexuelles avec son épouse. Et, le lendemain matin, il lance des imprécations à l’encontre des rebelles, tout en se rendant compte qu’il vient d’épuiser ses dernières ressources d’Energie Vitale.
Il n’a donc plus d’autre choix que d’affronter physiquement Setheüs et ses alliés. Il rassemble ses fidèles Gÿants et humains autour de lui. Et il s’avance à la rencontre de son frète sur le site de Nedÿth.
Osyrith s’écroule : il n’a plus la force de résister aux assauts répétés des Sethites et de leur Maitre. Et, bien qu’il soit au sol, ceux-ci, frénétiques, continuent de s’acharner sur lui tandis que ses ultimes souffles de Vie s’échappent de lui. Setheüs, lui, un sourire triomphant sur le visage, quitte es lieux pour se précipiter sur Isys. Il laisse ses Mignons se charger de lui. Et ce n’est que bien plus tard que ceux-ci l’abandonnent à la poussière et à la mort pour se retourner vers les autres Frères et les autres Sœurs en train de se combattre avec fureur.
Osyrith tué, Setheüs démembre le corps de son Frère en quatorze morceaux. Puis, il se met longtemps à parcourir les quatre coins du territoire de Pount ; et, à chaque fois qu’il s’arrête dans un lieu désert, il y cache un des morceaux du cadavre.
Setheüs s’empresse ensuite de retourner dans le Sud, de se rendre à l’intérieur des différents Temples où sont cachés les quatre Objets Mythiques. Grâce aux Mots Divins qu’il connaît, il repousse momentanément les Gardyens et les Ombres qui protègent les salles des souterrains où ils sont enfermés. Il s’en empare. Puis, il se rend immédiatement dans un Sanctuaire dédié à sa propre gloire.
Setheüs descend ensuite dans ses extrêmes profondeurs : il veut être au plus près du Cœur du Nœud Tellurique sur lequel il a été bâti. Arrivé là, il rassemble l’ensemble de ses Forces Spirituelles, les concentre sur les Mots Divins qu’il doit prononcer pour réveiller les pouvoirs phénoménaux de l’Anneau du Destin ; et immédiatement, ceux-ci se libèrent : des gerbes de flammes éblouissantes, des nuées multicolores, s’en échappent avant de s’emmêler les unes aux autres. Des formes incroyables apparaissent devant ses yeux ; il se demande si il va être capable de les contrôler. Des éclairs violacés s’enfoncent sous terre et partent dans toutes les directions. Des hurlements, tantôt extatiques, tantôt effrayés, se répercutent contre les parois de la salle où il s’est enfermé ; ils sont si assourdissants que des fissures se distinguent au creux des murs et sur les pavés du sol. Mais Setheüs n’en n’a cure. Il n’a qu’une seule obsession : interroger son avenir.
Au bout d’un moment, des Mots commencent à se discerner parmi les fumerolles tourbillonnantes emprisonnées à l’intérieur de l’Artefact. Ce sont des caractères issus des Arcanes Majeures, semblables aux Symboles sacrés des Lyvres des Fils d’Elaüs. A cet instant précis, aussi, une image, d’abord floue, puis de plus en plus distincte, se matérialise. Setheüs à l’impression qu’il s’agit d’une cité souterraine, un lieu à la fois proche et lointain, qu’il semble reconnaître sans pouvoir exactement l‘identifier. Il se demande aussitôt si il n’est pas en train d’observer le refuge des Demi-Dieux partis vers l’Est après le débarquement des réfugiés d’Atlantyde en Afrique du Nord. Il en est presque certain, sans en être totalement sûr.
Si ce n’est pas le cas, pourquoi cet endroit vient t’il le hanter ? Doit-il s’y rendre pour récupérer des Lyvres et des Documents qui y sont cachés, et dont il a besoin pour régner en Maître sur ce nouvel Age naissant ? Il va falloir qu’il y réfléchisse.
En attendant, les Arcanes Majeures et les représentations énigmatiques se bousculent sous ses yeux. Il est littéralement hypnotisé par ce qu’il découvre. Une sensation de puissance phénoménale se dégage de l’Objet Mythique qu’il tient entre les mains. Il ne peut plus s’en décrocher.
Setheüs murmure frénétiquement les Mots Divins qui défilent de plus en plus vite devant lui. Il enregistre les visions d’espaces souterrains infinis, de grottes profondes, de cités gigantesques et de bâtiments aux sommets vertigineux qui se révèlent à lui.
Désormais, Setheüs et ses Mignons fomentent des querelles entre les Frères et les Sœurs d’Osyrith encore fidèles à ce dernier. Dans un premier temps, ils organisent des rebellions dans les territoires que ceux-ci contrôlent. Ils font commettre des massacres, font procéder à des emprisonnements injustes, en leur nom. Ils exercent des méfaits portant sur tous les registres de la malignité, et ce, jusqu'à profaner ce qu’il y a de plus sacré aux yeux de leur communauté : les Objets Mythiques.
Mais, surtout, Setheüs fait en sorte de retrouver Isys et ses compagnons, avant qu’ils n’aient le temps d’organiser un réseau de résistance contre lui. Setheüs souhaite y parvenir dans les plus brefs délais. En effet, s’il n’y parvient pas, cela pourrait s’avérer désastreux pour lui. Cette appréhension le tenaille continuellement au plus profond de son être. Plus les jours passent, plus elle se fait insistante.
De plus, Setheüs est persuadé qu’il ne peut affirmer son pouvoir personnel sur les habitants de l’Egypte, que si le nouveau souverain légitime est entièrement sous sa coupe. Pour lui, ce n’est qu’à cette condition qu’il sera à même de posséder ce Pouvoir qui lui fait encore défaut.
Vaincue par Setheüs et ses Mignons, Isys, ainsi que ses Frères et ses Sœurs restés fidèles à Osyrith, fuient l’Egypte. Ils savent que leur seule chance, c’est de se réfugier dans le Sud.
Mais Setheüs envoie de nombreux espions afin de retrouver la trace des fugitifs. Les rapports qui lui reviennent alors lui disent que ceux-ci ont disparu, que nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Même dans les lieux les plus reculés, personne ne les a vus. Qu ce soient ses informateurs, ses soldats, ses ministres régionaux, ils sont tous formels : Isys et les siens se sont volatilisés comme par enchantement.
Setheüs pourrait être satisfait de ces nouvelles ; pourtant, il ne l’est pas. Au contraire, l’inquiétude sourde avec laquelle il se bat depuis que sa Sœur et ses Frères ont fui la capitale, gagne du terrain. Elle envahit son Ame ; et la rage et la haine se mêlent à elle.
Maintenant qu’elle sait où ils se trouvent, Isys est prête à partir à la recherche des débris épars de son mari. En effet, depuis longtemps, elle a une idée derrière la tète ; et elle veut mettre son plan à exécution au plus tôt. Elle convoque donc ses amis autour d’elle afin de le leur détailler.







































