De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1721 - 1723
En 1995 toujours, les entreprises ont appris à faire une large place au marketing – ensemble de techniques visant à anticiper les souhaits du consommateur pour lui proposer des produits adaptés à ses attentes – et la crise ne fait qu’amplifier ce mouvement. Ainsi, la segmentation permet de mieux définir la cible, c’est à dire le client potentiel auquel on s’adresse en priorité : âge, sexe, catégorie socioprofessionnelle, revenu, habitudes de consommation… La mise au point d’un produit destiné au grand public fait l’objet d’investissement importants : tests, sondages et enquêtes donnent de précieux renseignements sur la réaction des consommateurs. Attentives à « l’air du temps », les entreprises se rallient à des courants porteurs, plus ou moins éphémères et parfois contradictoires : les aliments allégés et la cuisine du terroir, le « jetable » et le « recyclable », l’engouement pour la nature et l’exigence de la performance.
Les techniques de commercialisation progressent aussi beaucoup : si la grande distribution s’affirme comme un vecteur de poids, la vente par correspondance connaît elle aussi un fort développement, favorisé par la généralisation de la carte bancaire. Même la télévision est mise à contribution pour toucher un consommateur très sollicité.
Consommateur plus libre, l’individu est dans le même temps plus exposé. Car la perte d’autorité des institutions, à commencer par l’Etat, et le rejet des solutions collectives poussent au repli et au « chacun pour soi ». Les individus les mieux armés – c’est à dire jeunes, en bonne santé et socialement bien intégrés – peuvent y trouver leur intérêt. Mais les plus faibles sont menacés par le chômage, la précarité, voire l’exclusion. Les contrats d’embauche à durée indéterminée tendent à disparaître au profit de contrats à durée déterminée, parfois précaires et souvent moins payés. Se développent également les stages, les travaux à temps partiel, saisonniers ou intérimaires, concernant surtout les jeunes dénués d’expérience professionnelle à leur entrée dans la vie active, et les emplois de proximité. Le volume de cette main d’œuvre bon marché varie au gré de la conjoncture, mais près de 20 % des emplois proposés relèvent de ces pratiques, qui profitent surtout aux entreprises. De plus, le délai séparant la fin des études et l’obtention d’un métier stable ne cesse de s’allonger, quel que soit le niveau de diplôme.
Pour remédier à l’impuissance collective, ce sont souvent les initiatives individuelles ou les associations privées qui tentent de raccommoder le « filet social ». Enfin, la solidarité familiale est très sollicitée : on observe unanimement que les personnes isolées sont les premières à « plonger ». Cependant, la récession qui frappe la france sonne le glas du libéralisme à tout crin. Le gonflement du nombre de chômeurs et des sans abris, la progression de la pauvreté sont tels que la paix sociale semble en danger. L’Etat se trouve donc obligé de réinvestir un terrain négligé depuis longtemps.
Or, paradoxalement, la culture et les loisirs se démocratisent, créant un terrain commun au consommateur et à l’individu. Ainsi, la multiplication des chaînes de télévision – sur le réseau hertzien ou le câble – offre un immense choix ; le prix des livres au format de poche autorisent un large accès à la lecture. L’importance accordée au domaine culturel se manifeste, notamment, par le maintien d’une « exception » en faveur de l’audiovisuel ou par la politique des « grands travaux ». Enfin, la mondialisation des communications facilite l’accès aux trésors de la pensée mondiale.
Parallèlement, à partir de 1995 également, le déséquilibre géographique qui s’installe au profit des villes entraîne d’importants problèmes de cohabitation interethnique et de coexistence entre nantis et exclus. Confronté à des fractures sociales de plus en plus apparentes et auxquelles il ne parvient pas à remédier, l’Etat perd peu à peu son autorité. Inversement, les « gangs » s’imposent comme un nouveau pouvoir.
Le développement de la violence urbaine et son corrélat, l’affaiblissement des autorités ne sont pas étrangers au renforcement des mafias. Ces sociétés secrètes, hyper hiérarchisées et cloisonnées, sont régies par des règles extrêmement strictes. Véritables Etats dans l’Etat bénéficient d’une assise solide : elles contrôlent de larges territoires où les populations pauvres vivent sous leur « protection ». Et leur puissance les autorise à défier ouvertement le pouvoir central.
En 1997, la france – comme d’autres pays développés – se lance dans la « révolution génétique ». En prenant des gènes étrangers qui sont issus de virus, de bactéries, de plantes et d’animaux, des généticiens parviennent peu à peu à cultiver des plantes qui résistent à des environnements hostiles – sécheresse, gel, attaque de virus, etc. – ou qui présentent des caractéristiques intéressantes : ainsi, la tomate « Flour Sour », reste ferme et mûre pendant des semaines.
Mais, cette pratique en pleine extension, est réprouvée par de nombreux scientifiques, qui y voient les prémices d’une catastrophe écologique. De plus, cette révolution commence à avoir des implications économiques majeures.
Par ailleurs, les bactéries se sont adaptées et finissent, pour certaines maladies, par résister aux médicaments qui, jusque là, les ont combattues efficacement ; cette résistance est plus fréquente dans le cas d’antibiotiques provenant de substances naturelles. D’un autre coté, le Sida apparaît spontanément. Transmissible par le sperme et par le sang de l’homme, ce virus se généralise en un temps record, à la vitesse des échanges mondiaux et des brassages de population. On comptabilise 4 millions de malades et 17 millions de séropositifs. Toujours invaincu, le Sida rappelle que l’homme ne peut échapper définitivement à la maladie.