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21 avril 2016

autobiographie, pages 113 à 115 / 312 :

X1J’ai juste essayé de suivre la voie qu’ils avaient tracée. Comme Anne Rice il y a quelques années, avec sa propre vision de l’univers de vampires ou des sorcières ; qui sont, à mes yeux, des chefs-d’œuvre de la littérature moderne et fantastique. Comme Robin Hobb plus récemment, ou G.R.R. Martin et sa monumentale saga du Trône de Fer, dont il n’y a pas d’équivalent.

 

Ces auteurs sont mes modèles, mes sources d’inspiration. Jamais je ne les plagierais. J’ai assez de mon propre univers dantesque, démesuré, sombre, décadent, torturé. Grace aux notes que j’ai décortiquées à la Bibliothèque Nationale au travers de mes innombrables lectures, je l’ai lentement, patiemment, élaboré, réfléchi. Je l’ai construit pierre après pierre. Il se retrouve sous une forme ou sous une autre dans chacun des récits, dans chacun des débuts de roman, que j’ai édifié. Notamment dans « le Manoir des Ombres » ou dans « le Crépuscule des Demi-Dieux », qui sont deux de mes œuvres probablement les plus abouties. Mais qui, à part moi, ou quelques lecteurs et lectrices privilégiés qui ont osé se pencher réellement sur mes écrits, ont approché réellement mon travail d’écrivain.

 

Comme je l’ai expliqué au début de ce « pensum », écrire est le seul refuge à ma disposition. Mon handicap, ainsi que le fait de m’avoir forcé, à un moment donné de mon existence, à faire du sport, m’y a rendu allergique. Cet épisode date de mon enfance. D’aucuns penseraient que la blessure est refermée, que j’ai tourné la page sur les intenses émotions qu’il a jugulé en moi. Que nenni. A chaque fois que je suis confronté à une expérience qui se rapproche plus ou moins de ces événements, je m’effondre. Les larmes me montent immédiatement aux yeux. J’ai l’impression qu’un poids mort se porte sur mes épaules ; que le souffle me manque ; que j’étouffe. Et je vis et revis sans cesse, ce que certains considéreraient comme un profond traumatisme.

 

C’est un enfer dont je suis incapable de me délivrer. Dont je n’ai pas envie de me délivrer. Car, dans mon malheur, mon handicap et ces blessures psychiques et physiques m’ont ouverts les portes vers un autre univers au sein duquel j’ai trouvé mon équilibre, paix et sérénité. Cet univers est certes fragile, bancale, en permanence remis en cause, sujet à remontrances, dédain, insatisfaction, ou indifférence. Mais c’est la seule échappatoire que je me suis entièrement appropriée. C’est ma force ; c’est, tout le long de ces années de terreur, de peur, de solitude, de blessures, celui qui m’a aidé à surmonter les innombrables épreuves auxquelles j’ai été confrontée. Tout le long de ma vie, lorsque la Réalité m’a confrontée au désespoir, à la mort, à la tristesse, aux désillusions professionnelles, amicales, sentimentales, familiales, il a été le dernier rempart, le rocher auquel je me suis désespérément accroché afin de ne pas sombrer dans la démence, ou pour ne pas me laisser attirer par cette faucheuse qui me tentait tant.

 

Alors, oui, je n’arrive pas à aller jusqu’au bout de mes récits, de mes romans ou nouvelles. C’est dommage, j’en conviens, parce qu’ils sont différents. Ils sont originaux. Je mets énormément de cœur à l’ouvrage, de passion, d’énergie. Je lis et relis chacun d’eux afin de les ciseler le plus parfaitement possible, afin qu’ils n’aient pas de fautes de français, qu’ils ne soient pas bourrés de répétitions. Car quand je suis certains poèmes, fictions, témoignages écrits ou autres, dans les forums destinés aux écrivains amateurs, ou sur Facebook, souvent, je suis choqué. La langue française est l’une des plus belles langues du monde, sans être chauvin. Elle est riche, belle, teintée d’apports divers et variés ; du latin, de l’arabe, du germanique, de l’anglais, etc. Elle est vivante, elle évolue, se transforme, s’adapte à son époque. Je suis heureux et fier de jongler avec ses vocables, avec ses phrasés, avec ses multiplicités. Elle est inscrite dans mon âme depuis que j’ai commencé à apprendre à lire, vers quatre ou cinq ans, je ne sais plus exactement.

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