autobiographie, pages 195 à 197 / 312
En effet, dans les premiers temps de son arrivée à Sablé, mon père et ma mère ont entretenus des relations distantes, mais cordiales. Il est allé rendre visite à ma sœur à une ou deux reprises ; et en particulier juste après la naissance de ses deux enfants. Mais mon père était ainsi fait que, lorsque quelque chose était terminé, il tournait définitivement la page. Les événements l’avaient mis à terre, il avait perdu sa superbe. Son aura de suffisance, de prestige, d’orgueil, s’était éteinte. Il n’a jamais pris de mes nouvelles. Moi, j’en demandais de temps en temps à ma mère, quand elle le croisait fugitivement ; notamment lorsqu’ils avaient des documents en commun à régler. Mais, pour lui, désormais, je n’existais plus. J’avais disparu de sa vie. Pire, c’est comme si, pour lui, je n’avais jamais existé.
Puis, au bout d’un certain temps, les relations relativement cordiales entre mon père se sont dégradées. Et cette fois, il n’y a plus eu de retour en arrière possible. Le divorce a été totalement et pleinement consommé. C’est le terme qui convient, puisqu’il restait leur séparation à régler. Et mon père a tenu à faire payer une partie des dettes qu’il avait contractées par cette dernière. Des expertises graphologiques ont confirmé, il est vrai, que mon père avait falsifié les papiers rattachés aux emprunts qu’il avait. Une bonne douzaine au total, pour une somme de 300 000 euros ou davantage, je le rappelle. Sachant qu’étant mariés sous le régime de la communauté, chacun détenait une part de la propriété dans laquelle ils avaient habité ensemble. Or, ma mère désirait la garder afin de pouvoir y demeurer jusqu’à la fin de ses jours. Mon père, de son coté, désirait la vendre afin d’en récupérer les fruits, et ainsi éponger une partie de ses dettes. Par la même occasion, il voulait faire payer au prix fort la décision de ma mère de divorcer de lui.
Cela a été un véritable affrontement qui s’est prolongé pendant près d’un an. Par avocats interposés, ils se sont déchirés à propos du règlement de ses prêts. Mon père tenait à tout prix à vendre la maison ; mais sans que la totalité du revenu ne soit utilisé pour le remboursement de ses emprunts. Ma mère, pour sa part, ne voulait pas être codébitrice de ceux-ci, puisqu’elle n’avait pas été tenue au courant de leur existence, et qu’elle n’en n’avait signé qu’une faible part. Elle était d’accord pour contribuer au paiement de ceux qu’elle avait signé ; pas les autres. Et la tension, à partir de ce moment-là, n’a cessé de monter. Et ma mère a entièrement coupé tout lien avec mon père. Et cette fois, il s’est retrouvé véritablement seul. Tout le monde, jusqu’à ses plus fidèles amis, avaient pris le parti de ma mère, et s’étaient détournés de lui. Comme je l’avais pressenti, il a fini seul et abandonné.
Une solution a finalement été trouvée. Mes grands-parents maternels avaient, comme je l’ai déjà spécifié ailleurs, mis de nombreuses ressources monétaires de côté tout le long de leur carrière. Ils détenaient de gros revenus, y compris depuis qu’ils étaient à la retraite. Ils ont offert à ma mère de racheter pour elle la part de la maison familiale détenue par mon père. Ma mère n’a pas eu d’autre choix que d’accepter leur proposition. L’affaire a été rapidement réglée, cette fois-ci. Une clause exigeait que cet argent serve au remboursement des prêts contractés par mon père. Ce qui a été partiellement effectué. Mais, une fois de plus, je ne sais comment, mon père s’est débrouillé pour qu’une partie de cette somme ne soit pas allouée à cet effet. Je ne sais pas à quoi il lui a servi. Puisque des mois durant après le divorce de mes parents, ma mère – mais aussi ma sœur – a reçu des lettres de relance de ces organismes emprunteurs. Et, comme mon père avait fait en sorte de disparaître sans leur laisser d’adresse, c’était sur ma mère – et ma sœur – qu’ils se tournaient pour recouvrer les montants dus. Quant à moi, du fait de mon handicap, j’étais protégé de leurs virulences. Pour une fois que mon handicap me bénéficiaient, je n’en m’en étais pas plaint. Toutefois, j’étais outré par l’attitude de mon père, et profondément malheureux des retombées de ces dettes sur ma mère et ma sœur.