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13 août 2016

Intolérance, que n'ai-je pas accompli en ton nom, Seconde partie :

X3

Mon père a quitté ma mère durant environ deux ans, et le climat était extrêmement tendu. Je me souviendrais toujours de cette nuit hallucinante au cours de laquelle mon père a failli mettre le feu à la maison ou nous habitions alors, a tenté d'y pénétrer en essayant défoncer sa porte à coup de hache, ou, un peu plus tard dans la nuit, il a pris des médicaments avec de l'alcool, voulant se suicider après avoir ouvert le gaz ; ou nous avons du le veiller après que la police et les pompiers soient intervenus. C'est aussi l'époque où, amoureux d'une jeune femme de l'établissement scolaire dans lequel j'étais, et mutilé mentalement par toutes ces souffrances précédentes de la part de mes camarades, je n'ai jamais trouvé le courage de l'approcher ; de peur d’être repoussé ou moqué une fois de plus. J'en suis, à un moment donné, devenu presque anorexique, au point que mes parents m'ont emmené voir le docteur, inquiets de me voir sans appétit. Au point que je n'en dormais plus, que je me repliais encore plus sur moi même, et qu'intérieurement, je me sentais monstrueux, condamné a cacher mes émotions et mes sentiments à qui que ce soit. Il y a bien une fois ou deux, ou je lui ai écris une lettre, ou je lui ai écris ma première nouvelle d'une centaine de pages, la mettant en scène elle et moi. J'ai réussi a lui faire parvenir grâce a une connaissance commune. Mais elle ne m'a jamais répondu. La seule fois ou je me suis trouvé physiquement en face d'elle, j'étais tellement tétanisé par mes émotions, mon manque d'expérience, et ma souffrance due à ma différence, que je n'ai pu prononcer aucun mot, aucun son ; et qu'au bout de quelques secondes de silences, comprenant que je ne parlerai pas, elle s'en est allé.

 

De fait, de ma plus tendre enfance à la fin de cette période d'une demi-douzaine d'années, je me suis progressivement renfermé dans un monde qui n'appartenait qu'à moi, et où personne ne pourrait ni m'atteindre, ni me juger, ni me faire de mal. Tout d'abord, grâce aux jeux de construction d'enfant dont j'étais friand durant mon enfance : lego, playmobil, dessin aussi ; un peu d'écriture, déjà, à partir de mes quinze ans. Et, surtout, beaucoup de lecture. Chaque jour, lorsque j'allais au collège, puis au lycée, j'avais toujours un livre a portée de la main. C'est a cette époque que j'ai découvert "les livres dont vous êtes le héros", ancêtres des jeux de rôles ; activité dans laquelle je me suis engouffré plus tard. J'ai aussi lu Alexandre Dumas, Henri Troyat, Jules Verne, les collections "Rouge et Or", la "Bibliothèque Rose" ou la "Bibliothèque Verte", les Mythes et Légendes, les fascicules "Inexpliqué" qui m'ont ouvert une porte sur d'autres thèmes qui sont toujours chers a mon cœur aujourd'hui. Chaque jour, à la récréation, je m'installais à l'écart de mes camarades de classe, et je lisais durant toute la récréation. Le seul instant où je levais les yeux de mon livre, c'était lorsque l'élue de mon cœur passait non loin de moi, avec ses ami(e)s. Je la regardais, je l'admirais, de loin, sans me faire remarquer, afin qu'elle ou ses ami(e)s n'en profitent pas pour se moquer de moi. Mon cœur, évidemment, battait la chamade ; j'avais de la sueur qui perlait de mon front. J'aurais tout donner pour pouvoir me tenir a ses cotés, pour pouvoir lui parler, la côtoyer comme quelqu'un de "normal". C'était le seul instant de la journée ou j'entrapercevais le bonheur, tout en sachant que je ne pourrais jamais l'atteindre. Le reste du temps, j'avais le nez dans mes livres et j'oubliais tout ce qui existais autour de moi et qui me faisait tant souffrir.

 

Bref, c'est à la fin de cette année scolaire que j'ai pris la décision de subir des interventions de chirurgie esthétique afin de faire disparaître la plus grande partie de ma tache de naissance. Ces interventions se sont étalées sur plusieurs années, car il fallait un certain temps entre chaque opération afin que la peau de mon visage se repose. Mais, jamais de ma vie je n'ai autant souffert physiquement. Je me souviens qu'au début, on m'a mis des ballons sous la peau de la joue et du front. On les faisait gonfler légèrement chaque semaine, afin que mon visage créé par lui même de la peau supplémentaire à utiliser ensuite afin de recouvrir les zones rouges de celui-ci. Et chaque semaine, a chaque fois que l'on gonflait un peu ces ballons, j'avais l'impression que l'on me transperçait le crane avec une aiguille chauffée a blanc. Je ne suis pas d'une nature douillette ; je suis plutôt solide face à la douleur physique. Mais je dois avouer que ce sont été les moments les plus terribles de mon existence en ce qui concerne une quelconque douleur physique. A coté, mes convulsions n'étaient - et ne sont - que des caresses. J'ai donc subi une demi-douzaine d'interventions de chirurgie esthétique qui m'ont en partie remodelé le visage, puisque j'ai encore des cicatrices de celles-ci a certains endroits, que ce dernier est légèrement asymétrique à l’arête de mon nez du coté gauche, et que ma paupière gauche est un peu plus basse que l'autre. En mème temps, il faut bien comprendre qu'a cette époque, au milieu des années 1990, nous n'en n'étions qu'aux balbutiements de la chirurgie esthétique et qu'il ne fallait pas en attendre des miracles. Mon chirurgien a fait au mieux de ses capacités et de ses possibilités, avec les moyens qu'il possédait à l'époque ; je ne lui en veux pas. 

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