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21 juin 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 816 à 818 / 1803 :

X1En 1100, l’architecture Romane se distingue de toutes celles qui l’ont précédée par sa voûte en pierre, qui remplace désormais, en dépit de son poids, la charpente de bois qu’il fallait reconstruire après chaque incendie : qu’il s’agisse de la voûte en berceau simple, ou de la voûte en berceaux transversaux.

 

Ce sont les maçons des pays de la Loire qui, dès le début du siècle, abandonnent la voûte en moellons et mortier héritée des Romains et montent l’église entière en pierre taillée. Les nombreuses carrières du bord du fleuve fournissent un matériau idéal et quasiment inépuisable. La pierre est découpée en forme de parallélogramme pour les murs, et de trapèzes, disposés sur un cintre de bois, pour la voûte. La pierre centrale, ou « clé de voûte », maintient l’ensemble en place. La technique de la pierre taillée se répand d’autant plus rapidement que l’invention du « doubleau », un arc de pierre venant épauler la voûte à intervalles réguliers, apporte un soutien supplémentaire. L’église peut s’agrandir.

 

Bien qu’elles emploient toutes la voûte de pierre, les églises romanes se distinguent les unes des autres par le matériau employé, différent selon les régions. En Auvergne, le noir des laves ; en Limousin le gris des granites ; ailleurs, c’est au marbre et aux calcaires qu’elles empruntent la richesse de leurs nuances. Les traditions locales accentuent les différences : au Puy, l’architecture subit des influences orientales ; dans le Poitou, les formes douces sont couvertes d’un décor sculpté exubérant, alors que la Provence reste fidèle à une sobriété austère. Hors de France, de très grandes églises sont édifiées, au bord du Rhin, dans la tradition ottonienne, en Angleterre et en Italie, où Saint Ambroise, à Milan, rappelle le Saint Sépulcre de Jérusalem. Quelques unes, aussi, ont un plan en croix de Lorraine, avec deux transepts coupant les grandes nefs, et couronnées d’un clocher rectangulaire et de trois clochers octogonaux ; quinze chapelles rayonnantes, vouées à des Patrons différents, entourent le chœur.

 

Par ailleurs, les magnifiques parois peintes de l’église romane et la courbe pure de ses voûtes enseignent aux fidèles l’Histoire Sainte. Le chapiteau a une triple fonction : architecturale d’abord, puisqu’il transmet à la colonne qu’il coiffe la poussée de la voûte et assure ainsi l’équilibre de l’ensemble ; décorative, ensuite, puisqu’il invite l’artiste à renouer avec la tradition antique du chapiteau historié ; édifiante, enfin, car les scènes représentées s’inspirent toutes de l’Histoire Religieuse.

 

Le portail, lui, sert à l’édification des fidèles. L’ouverture pratiquée dans l’épaisseur du mur est consolidée par un cintre de pierre ; sous cet « arc de décharge » est posé un linteau de pierre horizontal. Le demi-circonférence ainsi délimitée, comblée de la maçonnerie, crée le « tympan ». Dans les églises de pèlerinage, un pilier vertical soutient le linteau en son milieu, formant deux baies : l’une est réservée à l’entrée, l’autre à la sortie, ce qui permet de canaliser la foule les jours de procession. Le tympan est entouré de larges cintres, les « voussures », qui retombent de chaque coté du portail sur des demi-colonnes engagées dans les murs. Ce cadre rigoureux est lui-même peuplé d’une multitude de sculptures qui ont aussi une finalité didactique ; elles envahissent les linteaux et sont traitées comme des bas-reliefs très plats. On y voit alors le Christ en majesté dans une mandorle – motif géométrique en forme d’amande – porté par des anges. Souvent, celui-ci fait le geste de la bénédiction, tandis que les Apôtres se pressent autour de lui. Ces techniques complexes nécessitent bientôt l’intervention d’hommes de métier : carriers, tailleurs de pierre, maçons, organisés en compagnies itinérantes.

 

En 1100 également, d’autres églises, plus modestes que les grandes abbatiales, sont édifiées. Certaines sont dues au souci des seigneurs de se donner des sépultures dignes d’eux et d’assurer le salut de leurs âmes. Ils font donc édifier, dans l’enceinte du château, ou tout près de lui, des églises collégiales, desservies par une communauté de clercs dotée par la famille du seigneur. Mais les constructions les plus nombreuses sont destinées au culte paroissial. Le réseau des paroisses rurales se met en effet en place à cette époque, en même temps que le système féodal. Tout châtelain tient à doter son domaine d’un oratoire, qui devient l’église de la paroisse. Fondée ou protégées par des seigneurs, qui nomment les desservants, les nouvelles églises dépendent d’eux, s’occupant d’une partie de leur patrimoine. Dans le Midi, ces nouvelles églises usurpent les droits des anciennes qui étaient seules à détenir les fonds baptismaux. Dans le Nord, les zones défrichées se dotent d’une église, dont le Saint patron donne son nom au village. Et le nouveau clocher signale un lieu de refuge inviolable et sacré, à coté duquel s’étend le cimetière.

 

En 1100 encore, des écoles voient le jour, comme à Saint Martin de Tours ou à Fleury sur Loire. Les clercs y reçoivent un enseignement destiné à les former aux plus hautes charges ecclésiastiques. Mais, bientôt, la situation évolue. Avec le renouveau urbain apparaissent des établissements dépendant des cathédrales. Les plus brillants se trouvent à Laon, Chartres et Paris.

 

Quelle que soit la nature de l’école, les élèves étudient sept disciplines, regroupées sous le titre d’arts libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la musique, la géométrie et l’astronomie. Mais si les écoles monastiques appuient leur enseignement sur la Bible et les œuvres des Pères de l’Eglise, d’autres commencent à se tourner vers des textes profanes : de Paris à Montpellier circulent des textes de Galien et d’Hippocrate à travers lesquels on redécouvre une médecine savante.

 

Cet élargissement des disciplines s’accompagne d’une ouverture de l’horizon intellectuel, qui ébranle l’autorité ecclésiastique. D’autant plus qu’il n’y a aucun contrôle : quiconque possède une culture suffisante a le droit d’enseigner. Avec leur engouement pour les œuvres d’Aristote ou d’Avicenne, les maîtres peuvent répandre des idées s’éloignant de la foi chrétienne. La première urgence est donc de juguler leur ardeur : à la fin du siècle, toute personne qui doit enseigner, doit obtenir une licence – « licentia docendi » - du chancelier de la cathédrale. D’autre part, à l’exemple des gens de métier, maîtres et étudiants ressentent le besoin de se structurer pour défendre leurs libertés. En bref, un désir identique d’organisation anime l’Eglise et la population estudiantine : de là naît l’Université, qui place l’enseignement sous contrôle ecclésiastique – même pour les matières non religieuses comme le droit et la médecine -, et garantit aux maîtres et aux élèves des privilèges particuliers, accordés par le roi ou par le pape.

 

C’est dans l’une de ces écoles érigées aux alentours de 1100, que l’un des plus célèbres moine, et appelé à un grand avenir, se rend à Cîteaux : pour retrouver l’austérité et la pauvreté bénédictines, Robert de Molesme, installe sa première communauté dans les marécages de la Saône, puis à Cîteaux. Les bâtiments sont d’un dépouillement absolu, les moines travaillent durement, de leurs mains. Les monastères sont construits dans des « déserts », loin des tentations du monde.

 

Le renom des « Cisterciens » s’accroît dès le début avec celui de leur membre le plus illustre, Saint Bernard, abbé de Clairvaux, une de leurs abbayes. Intransigeant, infatigable, passionné, ce fils d’une noble famille bourguignonne se donne rapidement pour tâche de réformer la Chrétienté, prêchant bientôt la Croisade, conseillant les rois et les pontifes, et condamnant vigoureusement toutes les innovations, qu’il s’agisse de l’hérésie Cathare au Sud de la France, des aspirations communales, ou des spéculations universitaires.

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