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8 septembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 886 à 888 / 1803

X1A ce moment là, les villes allemandes prennent en main le réseau d’échanges autour de la Baltique. Regroupées en une association, une « hanse », ces villes – Cologne, Brème, Lübeck, Hambourg, Dantzig, etc. – collectent tous les produits du Nord – fourrures, ambre, poix, harengs -, auquel elles fournissent en retour des draps de Flandre et du sel de la baie de Bourgneuf. Trois grands comptoirs – Novgorod en Russie, Bergen en Norvège et Bruges à l’Ouest – assurent l’essentiel de la distribution.

 

Dans ces deux réseaux, le drap flamand, produit roi du commerce européen, a une part essentielle. La Flandre est donc le point de contact entre monde méditerranéen et monde baltique. Mais pendant longtemps, les marchands peuvent éviter d’aller jusque là en utilisant les foires de Champagne. A la frontière de la France en effet, six foires tournent. Des banquiers italiens, dominés par ceux de Sienne, de Lucques, et surtout ceux de Florence, y assurent d’importantes facilités de crédit. Les draps flamands s’y échangent contre les épices de l’Orient et les fourrures du Nord. Mais, les navires italiens commencent à contourner l’Espagne pour accoster à Londres ou à Bruges. Les guerres entre la France et l’Angleterre sonnent le glas des foires de Champagne. Bruges devient alors le pivot de l’Europe commerciale.

 

A cette date, Frédéric réside le plus souvent à Palerme. Là, entouré de savants arabes, juifs et chrétiens, il discute des sciences de ce Monde, s’adonne à la composition de poèmes et de lettres et rédige un traité sur la chasse au faucon. Passionné de nouveauté, le souverain préside aussi à des débats où savants musulmans et occidentaux traitent de médecine, d’astronomie ou d’algèbre. Comme tous les princes de son temps, il scrute les étoiles, se procure les plus récents ouvrages d’astrologie, mais se soucie aussi des sciences naturelles. Ses ennemis murmurent même que, pour savoir ce que devient l’âme d’un homme après la mort, il en fait mourir un, asphyxié, dans une jarre hermétiquement fermée.

 

Car, bien qu’Empereur d’Allemagne, Frédéric se sent avant tout roi de Sicile. Marié à Constance d’Aragon, doté d’une conscience aiguë de son rôle, il entreprend la conquête politique et administrative de son royaume. Il s’attache à édifier un Etat encore plus puissant et plus centralisé que celui de ses ancêtres, les rois Normands. Prenant appui sur de grands textes juridiques, les Assises de Capoue et de Messine et les Constitutions de Melfi, et invoquant l’auguste majesté du droit romain, il se prétend l’authentique successeur des Empereurs de la Rome antique. Jaloux de son pouvoir, il élimine les nobles hostiles, détruit leurs châteaux et reconstitue par de multiples confiscations le domaine royal. Il réorganise l’Eglise et, pour mettre fin aux rebellions des musulmans de Sicile, il en déporte un grand nombre dans une cité créée pour eux en Italie du Sud, Lucera. L’abolition des concessions commerciales aux Pisans et aux Génois, assortie d’un strict système douanier procure d’importantes rentrées fiscales, tandis qu’une université est créée à Naples pour former les cadres de l’Etat rénové.

 

Etrangement, le caractère despotique du gouvernement de Frédéric en Sicile contraste avec la relative indifférence que celui-ci éprouve envers l’Allemagne. Sur trente-huit années de règne, il n’y passe que neuf ans, confiant le pays à son jeune fils, Henri, sous la tutelle de l’archevêque de Cologne. Frédéric II ne cherche pas à reconstituer le domaine et les droits impériaux, mis à mal par diverses rivalités, mais il y établit l’ordre à moindres frais, concédant des privilèges étendus aux princes ecclésiastiques et laïcs : il est donc responsable du démantèlement de l’Empire allemand, même si son prestige réussit presque jusqu'à la fin de son règne, à maintenir intacte l’autorité impériale. Par ailleurs, il fait des Chevaliers Teutoniques, dont le Grand Maitre –Hermann de Salza – est l’un de ses principaux ministres, ses agents préférés ; il leur octroie des privilèges qui leur permettent de conquérir la Prusse encore païenne. Il protège les membres de la Sainte Vehme, qui se recrutent uniquement parmi ces derniers ; tandis que la Société Secrète commence à établir des ramifications innombrables dans tous les autres royaumes d’Occident.

 

La destinée de l’Allemagne est donc subordonnée à ce que Frédéric considère comme sa mission principale : créer un Empire universel, autorité suprême sur Terre, dont le sort se joue en Italie et en Méditerranée. A nouveau, une gigantesque partie s’engage avec la papauté qui, soutenue par les communes « guelfes » d’Italie du Nord – par opposition aux communes « gibelines », partisanes de l’Empereur -, ne peut admettre une telle prétention. La reprise de Jérusalem est la première épreuve de force : tombée aux mains de musulmans en 1187, c’est une urgence à laquelle ne peut se soustraire l’Empereur. Or, croisé en 1215, Frédéric n’est toujours pas parti en 1225.

 

Mais ses plans personnels avancent : veuf il épouse Yolande de Brienne, héritière du royaume de Jérusalem, et en prend le titre de roi. En 1227, les croisés sont convoqués en Italie du Sud. Mais c’est un faux départ, car une épidémie décime les troupes ; l’Empereur lui même n’échappe pas à la maladie. Grégoire IX comprend que, depuis quinze ans, tout sert de prétexte à Frédéric pour ne pas effectuer cette croisade. Exaspéré, il l’excommunie. Pourtant, peu de temps après, l’Empereur entreprend de négocier avec le sultan d’Egypte, al-Kamil, dont l’un des frères est maître de Jérusalem. Lorsque Frédéric se met enfin en route pour l’Orient, en 1228, non seulement il est excommunié, mais, en plus, il est l’allié d’un prince musulman. Signant un traité avec al-Kamil, il réussit à rendre Jérusalem et les Lieux saints aux chrétiens. Indignés par la sympathie de Frédéric pour les musulmans et par cette fausse croisade, les Italiens se révoltent, soutenus par le pape : rentré en Italie, Frédéric doit se battre pour rétablir son autorité.

 

Malgré la paix conclue avec le pape à Ceprano en 1230, Frédéric doit encore se rendre en Sicile en 1235 pour écraser la révolte fomentée par son fils Henri. La victoire de Cortenuova donne d’abord l’avantage à Frédéric, qui envahit les Etats pontificaux. Il est excommunié à nouveau en 1239. Une lutte s’engage alors et l’Empereur subit deux graves défaites. Déposé en 1245 par le pape Innocent IV, Frédéric se heurte encore à la révolte de Parme, en 1248, qui est un désastre pour l’armée impériale.

 

A suivre...

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