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21 mars 2021

Les sous-humains que nous sommes :

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Oui, la discrimination anti-handicapés, oui, la ségrégation vis-à-vis de celui qui est intellectuellement cultivé, ça existe !!! Oui, la chasse à celui qui est différent a commencé !!! Les chiens sont lâchés ; le sang doit couler !!! Oui, la traque va être enivrante ; elle va permettre aux prédateurs de laisser libre court à leur haine et à leur violence ; à leur barbarie et à leur inhumanité !!!
Oui, regardez-nous, nous ne sommes que des sous-humains !!! Il faut nous enfermer. Il faut ouvrir des camps de concentration parce que nous n'appartenons pas à l'immense majorité de ceux et celles qui sont dans les "normes". Mais, au fait, qu'est-ce que la norme, lorsque chacun(e) en a sa propre définition ? Lorsque la réalité et la vérité des uns ne sont pas celles des autres - et ne le sera jamais !!!
Oui, regardez-nous !!! Nous représentons un aberration de la société, de la civilisation !!! Nous sommes un poids financier et social. Il faut nous humilier, nous rabaisser, nous blesser, nous meurtrir autant que faire se peut. Il faut nous rejeter, nous bannir, nous exclure de la communauté d'entre soi, de gens biens sous tous rapports qui n'ont rien à se reprocher. Oui, il faut nous éliminer, nous gazer pourquoi pas !!! Ainsi, les hommes et les femmes "bien nés" ne s'en porteront que mieux ; les finances publiques en seront soulagées.
Ces sous-humains handicapés, invalides, malades, ne méritent pas de vivre ou d'exister, pense la majorité. Ils méritent encore moins d'avoir le droit de s'exprimer, d'avoir des émotions, d'avoir des désirs d'amitié ou d'amour. Le fait qu'ils soient intelligents, cultivés, voire érudits, est absurde. C'est motif de mépris, de rebuffades, de moqueries, d'exclusion. Qu'ils souhaitent s'intégrer, qu'ils souhaitent partager ce qu'ils sont, qui ils sont, leurs savoirs, leurs expérience, que sais-je encore, est une monstruosité, un non sens.
C'est impossible, souligne cette majorité : ces sous-humains ne peuvent être que bêtes, méchants, ignorants. Puisqu'ils n'appartiennent pas à l'Humanité, ils sont incapables de raisonner, de réfléchir, d'apprendre, d'évoluer. Ils sont destinés à être des ombres informes sur lesquelles s'acharner est sans incidence. Ils sont nés pour ça, après tout. De plus, ils ne peuvent avoir ni savoirs ni connaissances, ni passions, ni rêves, ni espoirs. Ou alors, si ils en ont, il est du devoir des gens bien comme il faut de les briser, de les annihiler, de les détruire.
Oui, poursuit la majorité, ces sous-humains ne sont pas "comme nous", et quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils tentent, ils ne le seront jamais. Ce n'est pas possible. De toute façon, nous, gens bien comme il faut, nous ne le voulons ; et nous feront tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'il en soit toujours ainsi. A chaque essai de leur part pour sortir de l'obscurité et du silence où nous les avons relégué, ils devront encourir notre fureur et notre violence, notre détermination à faire d'eux des invisibles devant se cacher pour ne pas être maltraités ou supprimés.
Oui, appuie-t-elle avec véhémence : ces sous-humains ne méritent, aux mieux, que l'indifférence générale ; au pire, qu'être des victimes de notre vindicte. Ils sont la lie de l'Humanité. Si l'euthanasie était autorisée, ce devraient être les premiers à l'endurer. Si le meurtre était légalisé, ils seraient parmi les premiers que nous qui sommes dans les "normes", bardés de nos à-priori et de nos certitudes, de nos dogmes et de notre suffisance, devrions éliminer.
L'empathie, la compassion, la tolérance, le droit à la différence, l'intelligence, la culture, ne sont faits que pour les gens normaux, vocifère ces gens bien sous tous rapports. Nos soucis, nos problèmes, nos difficultés, nos valeurs, nos sentiments, etc. ont mille fois plus de valeur, sont mille fois plus importants, que ceux de ces sous-humains !!! On n'en n'a rien à "foutre", qu'ils soient isolés, qu'ils soient abandonnés à leur sort, qu'ils soient indigents, qu'ils souffrent physiquement ou moralement. Après tout, ils en ont l'habitude.
Contrairement à nous, pour qui la crise du Covid-19 nous oblige à être enfermés chez nous, à ne voir personne, à tourner en rond à notre domicile, à ne pas voir nos amis, nos proches, nos collègues, notre famille... Oui, nous gens dans la norme, nous avons le droit, l'obligation même, de nous en plaindre, de refuser ou de nous rebeller contre ce qui est commun pour ces sous-humains. Nos magasins fermés, nos obligations à porter des masques, nos pertes de revenus, nos restrictions de déplacement, nos appartements ou nos maisons où nous sommes les uns sur les autres, nos libertés limités plus généralement, sont intolérables. Ce n'est pas nous, les sous-humains. C'est eux !!!
Nous défendons des droits, des libertés, qu'eux n'ont pas et n'auront jamais. Nous défendons ce qui nous est cher, vital ; des choses que nous leur refusons parce qu'ils n'appartiennent pas à notre communauté ; c'est normal. Nous défendons notre pré carré, notre privilège d'être bien nés. Nous ne désirons pas leur ressembler, ressentir, vivre, ce à quoi ils sont voués.
Oui, voilà ce que pensent de nous ces gens s'exprimant ici et ailleurs à notre propos. Voila cette violence à laquelle, moi, Dominique Capo, je suis confronté quotidiennement. Oui, voilà ce mépris, ce rejets, ces moqueries, ces évitements, dont je suis l'objet. Voilà les sous-entendus, les arrière-pensées, l'image qu'ont de moi ces personnes qui se prétendent meilleures que moi.
Comment ? Cet homme est doté d'une grande culture ? Comment ? Il sait s'exprimer, écrire, réfléchir, raisonner ? Comment ? Il a des connaissances encyclopédiques du fait de ses milliers de livres lus, de ses recherches en histoire, en philosophie, en mythologie, en en religion, etc ? Comment ? Il rédige des thèses sur les causes et les conséquences de faits de sociétés de l'actualité ? Comment, il s'interroge sur le Devenir de l'Humanité, via ses textes ? Comment, c'est un littéraire, un cinéphile, un curieux du monde et des hommes !!! Comment ? Son rêve est de partager humainement avec certains ou certaines d'entre nous amitié, échanges, dialogues ; nous rencontrer, appartenir aux cercles ou aux groupes dont je suis membre ? comment ? Il rêve que je lui téléphone, d'avoir un contact plus direct avec moi ?
Quelle ignominie, quelle infamie, quelle honte !!! Mais que vont penser les gens bien sous tous rapports que je fréquente régulièrement ? Que vont supposer ces gens si je me montre avec lui, si je parle avec lui, si je leur présente ? Regardez-le, avec son visage couturé de cicatrice, avec son hémiplégie partielle ? Quelle déchéance serait la mienne si je prenais mon téléphone pour apprendre à le découvrir davantage ? Les personnes qui m'apprécient pour l'image qu'elles ont de moi me fuiraient aussitôt ; elles me banniraient de leur cercle. Elles se riraient de moi.
Cet individu est une abjection. Jamais je ne m’abaisserais à en faire un contact amical ; quelqu'un de fréquentable et que je prendrais plaisir à fréquenter !!! Ne pas lui répondre malgré ses sollicitations à mon égard.
Et puis, c'est louche, cette envie d'apprendre à me connaitre, à m'apprécier en dehors de ce réseau social. Et puis, j'ai autre chose à faire. J'ai des gens plus intéressants, plus honorables et plus respectables, avec qui parler, avec qui me montrer !!! Il y a certainement anguille sous roche. Il veut me sauter, si je suis une femme, séduisante et attractive pour la gente masculine qui plus est !!!! Beurk !!! Quelle horreur, même amicalement !!! Ou il veut profiter de moi financièrement, il veut profiter de ma gloire ou de mes privilèges, que je sois un homme ou une femme, à n'en pas douter...
Alors, oui, de moi, Dominique Capo, il faut se débarrasser. Oui, il faut me décourager dans mes entreprises destinées à me sortir de mon isolement. Oui, il faut m'éviter, me rejeter, m'oublier, me blesser, m'humilier, me pourfendre coute que coute. Oui, il faut que je ne puisse pas m'exprimer. Oui, il ne faut pas me tendre la main, ou prendre celle que je tends. Oui, il faut lui me faire comprendre que je ne suis qu'un sous-humain qui ne mérite aucun égard. Je suis quelqu'un de qui on dépouille son humanité. Quelqu'un qui n'a pas le droit à l'amitié, à la reconnaissance, à l'acceptation de ses pairs - intellectuels, historiens, littéraires, artistes.... Je ne suis rien, pour toutes ces bonnes gens.
Alors, regardez moi une dernière fois. Regardez ma compagne une dernière fois. Vous qui ne connaissez pas son désespoir d'être isolé. Son infinie tristesse de ne pas avoir d'amis avec qui échanger, discuter. Son chagrin d'endurer les affres de la sclérose en plaques dont elle est victime, et dont le plus récent pic a eu lieu il y a dix jours. Sans que quiconque ne nous porte secours. Moi, Dominique Capo, devant me débrouiller tout seul pour tenter de la relever du sol où elle était tombée. Mais, à cause de mon hémiplégie partielle du coté droit, et ce, malgré tous mes efforts, tous mes appels au secours, que j'ai été dans l'impossibilité d'aider. Impuissant, épuisé, avec uniquement ma maman, par Skype parce qu'habitant à 300 km de chez nous, afin de m'épauler ; du moins moralement.
Oui, regardez-nous une dernière fois, nous cette engeance de sous-humains qui ne mérite aucune pitié, aucune compréhension, aucune réaction, aucun soutien, aucune amitié, de votre part. Oui, nombrilistes que vous êtes. Repliés sur vos corporatismes, sur vos préséances claniques, sur l’intérêt de quelques-uns aux dépends de gens comme nous.
Enfin, c'est vous qui m'obligez à fuir les réseaux sociaux et leur malveillance, et leur violence sournoise sans regrets ni remords. C'est vous et votre impassibilité, et votre indifférence, qui me condamnez à baisser les bras vis-à-vis de ma quête de respectabilité et d'honorabilité, ou de mon espoir de côtoyer ces hommes et ces femmes que j'admire, avec lesquels je rêve de parler, de rencontrer... Une fêlure impossible à combler et que vous ne faites qu'agrandir. C'est vous, et le regard que vous portez sur nous, c'est vous et votre comportement vis-à-vis de nous, qui faites de nous des sous-humains, tout simplement...
 
Dominique Capo
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