8 mai 2021
La dictature de la norme :
Parce que d'innombrables personnes s'enorgueillissent de leur quotidien, elles font de moi quelqu'un que l'on rejette, que l'on moque, que l'on humilie, que l'on trahit. Parce que ces personnes se contentent de leur métro-boulot-dodo, de leurs soucis ordinaires - famille, travail, argent, amis, amours, succès, elles me maltraitent, me stigmatisent, m'invectivent, me tourmentent continuellement. Ce sont ces personnes qui me fuient parce que je suis handicapé et atteint d'une maladie orpheline, parce que mon corps est doté d'une hémiplégie partielle. Ce sont elles qui me repoussent parce que mon visage est en partie recouvert de cicatrices et d'un angiome interne et externe provoquant de violentes crises de convulsions épisodiques. Ce sont elles qui n'ont aucun regret ou aucun remord à me trahir, à me blesser, à refuser systématiquement ce que j'aimerai partager avec eux ou elles.
Parce que je suis intelligent, cultivé, érudit - en tout cas, plus que la moyenne -, ces personnes me montrent du doigt comme si j'étais un monstre. Elles me voient comme une créature ignoble qui ne veut pas rester à sa place ; c'est-à-dire dans l'obscurité et le silence ; elles préféreraient m'y voir dépérir. Parce que je suis fragile et hyper-sensible, c'est "chiant" de me côtoyer : n'exigeais-je pas plus d'attention. N'exigeais-je pas plus de prévenance, plus d'empathie, plus de présence, plus de considération, plus de prudence, plus d'égards, que quiconque ? Alors, oui, putain, avoir un handicapé dans ses contacts, dans ses connaissances, c'est un poids, c'est une charge dont ces personnes se passent volontiers.
Oui, parce que je suis un littéraire dont les centres d’intérêts axés sur les beautés de l'esprit plutôt que celles du corps, que c'est ennuyeux d'échanger avec lui !!! Parce que c'est ce qu'il y a au-delà des apparences, aussi séduisantes soient-elles, qui me captive, que c'est assommant de lui consacrer du temps et de l'énergie ; alors que ces personnes pourraient se tourner vers des gens ou des sujets plus divertissants, plus réjouissants !!! Ça bouscule leurs certitudes et leurs habitudes. Alors, oui, qu'il les emmerde, ces personnes, lorsqu'il les sollicite !!!
D'ailleurs, un handicapé devrait être un légume, avoir un pois-chiche à la place du cerveau. Un handicapé ne devrait pas lire autant ; il ne devrait pas savoir réfléchir ou raisonner. Un handicapé ne devrait pas savoir analyser ou décrypter les multiples facettes de l'actualité ; il ne devrait pas savoir les approfondir et les restituer par le biais d'articles argumentés. Un handicapé ne devrait pas en savoir autant ou davantage que ces personnes bien nées. L'Histoire, la Philosophie, l'origine et la diffusion des Mythes, des Légendes, des Traditions, ou des Religions, l'Astronomie, la Préhistoire, ne devraient pas être des sujets à sa portée.. En plus, ce sont des thèmes qui équivalent à des somnifères, qui peut le nier !!!
Qui plus est, un handicapé Un handicapé ne devrait pas briser les chaines destinées à le soumettre et le museler. Ce n'est pas un individu à part entière ; et il ne doit même pas essayer de l'être. C'est pour cette raison que ces personnes ne veulent pas de lui, que consciemment ou inconsciemment, elles cherchent sans cesse à le priver de leur amour de leur amitié, de la convivialité, ou du dialogue qu'ils ont avec leurs contemporains. C'est pour cette raison qu'elles sont froides et distantes ; qu'elles n'ont aucun scrupule à l'oublier, à le délaisser, à s'en désolidariser, à le sacrifier si besoin est.
Après-tout, un handicapé appartient-il à la communauté des hommes telle que ces personnes la définissent ? Après-tout, est-il un être humain à proprement parler ?, supposent ces personnes. Non, bien-sûr que non !!!! Et la réalité des faits le prouve tous les jours, soulignent-elles à l'envi. Accepte-t-on de gaieté de cœur un handicapé au sein du monde professionnel ? Il faudrait l'adapter à ses particularités, et ça coute cher, c'est de l'énergie et du temps que l'on pourrait employer ailleurs, insistent-elles. Ce n'est pas rentable.
A-t-on assez de courage pour s'intéresser vraiment à lui en dehors de lui sortir quelques banalités ? Non, bien-sûr que non !!! Le regarde t-on en face sans se sentir mal à l'aise, sans se demander si on ne serait pas mieux ailleurs ? Non, bien-sûr que non !!! c'est trop difficile d'être confronté à quelqu'un de différent !!! C'est plus aisé d'être entre soi. C'est plus simple de fréquenter des personnes institutionnalisées, uniformisées. Des personnes aux objectifs superficiels et éphémères. Des personnes sans rêves ni passions qui font qu'elles sortent de l'ordinaire !!! C'est plus facile de se sentir "normal" au milieu de telles gens, prévisibles, quelconques, médiocres, mais surtout, dénuées de personnalité.
Ces personnes érigent la bêtise et la platitude en doctrine. Accrocs aux téléphones portables, aux tablettes tactiles, à tout ce qui peut le décharger du besoin de penser, de réfléchir, d'apprendre, elles ne tolèrent pas ceux et celles qui ne leur ressemblent pas. Elles se replient sur le peu auquel elles sont accoutumées. Elles se contentent de végéter devant des émissions de télé-réalité, des sports encensant la performance et l'écrasement de l'autre. Même le monde de l'entreprise use de termes destinés à vaincre, à détruire, à éliminer. Ces personnes admirent la beauté figée sur papier glacée, ou incarnée par des hommes et des femmes qui n'ont que leur physique pour briller.
Elles sont fières de leur réussite matérielle et sociale, mais ne savent pas comment occuper leurs journées lorsqu'elles sont confinées. Comme si être face à elles mêmes les terrorisait. Comme si leurs capacités intellectuelles étaient atrophiées dès qu'il ne s'agit plus de s'enrichir matériellement ou de consommer. Comme si leur cerveau était devenu inapte à créer, à se concentrer sur de nouveaux défis à relever. Et je ne parle même pas de lire un livre en entier ; quelle abjection. Et puis, de toute façon, à quoi bon, puisqu'elles ne savent même plus écrire ou compter correctement !!! Puisque sans leur smartphone et leurs applications, elles ne savent plus se diriger, se renseigner, converser, rencontrer quelqu'un, ou même, baiser.
Ces personnes passent des heures, des journées entières, à publier brèves bourrées de fautes et d'incohérences sur les réseaux sociaux. Ces personnes y diffusent des photos et des vidéos inconsistantes, sans reliefs. Ces personnes likent et commentent tout ce qui passe à leur portée pour combler le vide de leurs existences. Elles s'abrutissent, se shootent, se saoulent - au sens propre comme au sens figuré - parce que rien ne les motive, rien ne les passionne. Enfin, presque rien. Car s'il y a une chose pour laquelle leur cerveau sort de sa léthargie, c'est pour râler. C'est pour critique, c'est pour se plaindre, c'est pour déverser leur haine et leur violence anonymement.
C'est vrai que c'est tellement mieux quand ce n'est pas en face de celui ou celle à qui on a quelque chose - qui, quoi ? - à reprocher. C'est vrai que c'est tellement mieux quand il est lointain, indiscernable. Ainsi, on peut le vouer aux gémonies à l'envi. Ainsi, tous les malheurs dont on est victime, on peut les lui imputer sans remords. Pourquoi s'en priver, alors que c'est gratuit. Alors qu'on ne peut être poursuivi pour le mal que l'on fait. Alors que c'est pour faire le buzz !!!
C'est normal, n'est-ce pas ? Comme il est normal qu'un handicapé soit considéré comme un moins que rien. Dans un monde où le nihilisme, où la violence, où l'indifférence institutionnalisées sont la norme, qu'est-ce qui est le plus important ? Le nombrilisme de ces personnes médiocres et insipides. C'est normal de de ne pas pouvoir concilier handicap et intelligence, infirmité et érudition. C'est normal de considérer un handicapé comme quelqu'un qui ne sait pas s'exprimer, qui ne sait pas réfléchir, qui n'a aucune connaissance, qui n'a rien à apporter ou à partager avec ces personnes normales.
Oui, ces personnes à l'esprit atrophié, à la conscience étriquée, à la moralité surannée, ce sont elles qui me rendent malheureux et me font souffrir par le regard qu'elles portent sur moi. Ce sont elles qui m'obligent sans cesse à revenir sur des aspects de ma personnalité couturées de cicatrices. Qui, par leur façon de réagir à mon égard, me renvoient à des pans de de mon existence durant lesquelles j'ai été malmené, humilié, traumatisé ; et ô combien. Oui, ce sont ceux et celles qui critiquent mes écrits où je parle de ce qui m'a blessé, de ce qui m'a humainement fragilisé, qui me serinent que je devrais m'en contenter. Que leur manière de faire avec moi m'a propulsé au sein de Ténèbres dont je tente de m'évader, mais auxquelles ils me renvoient systématiquement.
Ce sont les valeurs qu'elles martèlent sans discontinuer : nous, personnes normales, c'est notre droit d'aspirer à l'amour, à l'amitié, à la concorde. Oui, nous avons le droit de nous parler, de nous rencontrer, de nous fréquenter, de prendre des nouvelles des uns des autres. Toi, l'handicapé, tu n'es pas des nôtres. Nous, nous avons des emplois normaux, nous avons une vie sociale normale, nous avons des amis ou une famille que nous voyons régulièrement. Nous sommes normaux, et donc meilleurs que toi, donc, toi, l'handicapé, tu n'a pas à remettre en cause notre prééminence ; et ce, même si tu es intelligent, cultivé ; peut-être plus que nous parfois. Tu n'auras jamais notre respect ou notre considération parce que tu es ouvert, que tu est en quête d'amitié ou d'amour. Nos concepts, nos valeurs, sont simplistes, égoïstes, égocentristes. Cependant, ce sont eux qui prévalent.
Voila pourquoi, moi, Dominique Capon j’abhorre tout ce qui a trait à l'ordinaire, au quotidien. Voila pourquoi je méprise la superficialité et l'éphémérité. Voila pourquoi je repousse tout ce qui se rapproche peu ou prou de la glorification de l'image de soi idéalisée. Voila pourquoi je déteste ces publications où seules l'apparence, la banalité, l'uniformité, homogénéité, ont droit de cité.
Je leur préfère les concepts idéologiques ou philosophiques approfondis. Je leur préfère les échanges où la curiosité l'emporte sur la platitude et l'hypocrisie. Je leur préfère les dialogues constructifs et spirituels aux niaiseries abêtissantes ; soit disant divertissantes, mais dévoilant surtout le niveau de culture dont leurs auteurs sont dotés. Voila pourquoi je n'aime pas dévoiler les facettes positives de ma personnalité ou de mon parcours. Il y en a trop ici qui ne sont là que pour briller. Et ça, je m'y refuse.
A ceux et celles qui le désirent, de me regarder autrement que le font habituellement ces personnes normales que je viens de vilipender. A ceux et celles qui acceptent de voir mes faiblesses, mes blessures, ou mes failles, de creuser au-delà pour mettre au jour ce qu'elles dissimulent de plus émérite et de plus remarquable.
Enfin, à ces personnes normales qui me critiquent parce que je parle de "moi", avez-vous songé un instant que si je m'y emploie, c'est que je n'ai pas le choix. C'est que ce que je ressens, ce que je vis, ce qui me préoccupe, ce qui m'intéresse, etc. se situe en dehors de votre normalité. Mais que vous ne le voyez pas, que vous ne l'entendez pas ; et que je suis contraint de le répéter, encore et encore pour qu'au moins, vous n'en distinguiez qu'une minuscule parcelle. C'est parce que je ne supporte pas votre indifférence, votre nonchalance, votre violence, votre suffisance, à mon égard. C'est parce que par vos réactions superficielles et partiales, vous me meurtrissez, vous me torturez, vous m'humiliez ; et surtout, vous m'obligez à revenir sur ces aspects de qui je suis - qui sont loin d'être les seuls pourtant - encore et encore ; indéfiniment
Et que c'est vous qui, depuis longtemps, me faites honnir la normalité. Je maudis votre métro-boulot-dodo que vous brandissez ici et ailleurs comme des trophées brandissent comme des trophées. C'est vous qui me faites exécrer vos préoccupations terre à terre. C'est vous qui me faites répugner ce que vous incarnez parce que vous me jugez et me condamnez aux larmes et à la solitude, à la folie et à la mort que mort et ce, quotidiennement...
Dominique Capo
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