3 juillet 2021
J'écris, tout simplement :
J'écris parce que écrire me permet d'exister, de me dévoiler au-delà des apparences et des préjugés. J'écris parce qu'écrire me permet de témoigner de ce que je vis de bon ou de mauvais chaque jour que Dieu fait. J'écris parce qu'au travers de mes mots, de mes paragraphes, de mes textes, mes pensées ont la possibilité de se manifester. J'écris parce que c'est le seul moyen qu'ont mes sentiments et mes émotions de se libérer.
J'écris aussi pour ne pas oublier qui j'ai été, qui je suis, qui j'aimerai être malgré le fait que je n'en n'ai pas la capacité. J'écris pour transmettre ce que je sais ou ce que je crois, en toute sincérité et honnêteté. Et si ce que j'écris est parfois susceptible de choquer ou d'irriter, de blesser ou de sidérer, c'est qu'au moins je suis encore apte à susciter de l’intérêt. C'est que je ne suis pas tout à fait mort en réalité.
J'écris avec mon âme et avec mon sang. Chaque fibre de mon corps tend vers cette transmission de ce que je suis. On peut m'aimer ou me détester, on peut m'humilier ou me moquer, on peut m'accepter ou me réprouver, on peut avoir envie de me fuir ou de m'approcher, jamais je ne renoncerai à ce besoin de retranscrire un peu de ce que j'ai en moi sur papier. Et tant pis si peu de personnes lisent ou partagent ce que je leur offre de moi, c'est vrai. L'essentiel est que je continue de cheminer vers ce à quoi je suis destiné contre vents et marées.
Peu importe le nombre de mes lecteurs ou de mes lectrices, peu importe que je souffre ou que je sois heureux, le principal n'est-il pas que j'ose dépasser les limites que mon handicap, que mon invalidité, que les tortures qui m'ont été infligées, m'ont depuis toujours imposées ? N'est-il pas plus essentiel que mon esprit ose franchir les frontières de l'impossible, plutôt que de se cacher derrière un quotidien insipide et sans attraits ? N'est-il pas plus essentiel d'user de toutes les ressources de ma conscience et de mon intelligence pour tenter d'avancer en matière de connaissances et de culture, plutôt que de me détourner du don dont j'ai été octroyé.
Ce don pour l'écrit et pour tout ce qui a trait à l'univers du livre, dont tant de personnes sont dépourvues. Ce don pour la réflexion philosophique, pour le raisonnement intellectuel poussé à l’extrême, que bien peu cherchent à cultiver. Alors oui, je suis souvent seul, je suis souvent mutilé, je suis souvent montré du doigt et honni. Mais au moins, contrairement à l'immense majorité des individus qui s'expriment ici, j'ai quelque chose de plus que leur "métro-boulot-dodo" à montrer.
Et si parce que j'écris, je suis considéré comme un "anormal" - en plus du handicap et de la maladie de Sturge-Weber dont je suis pourvu -, si parce que je suis un intellectuel et un érudit qui n'a pas peur de l'affirmer haut et fort, ça en gène certain(e)s, c'est qu'ils ou elles se sentent diminué(e)s par ce que je tente de partager. C'est qu'ils ou elles se sentent infirmes intellectuellement, c'est qu'ils ou elles ne se sentent pas à la hauteur de ce que j'essaye de partager de moi-même avec eux ou elles, qu'ils ou elles réagissent de cette manière. En fait, ce n'est pas moi qui est en cause. Je souligne leurs insuffisances et leur médiocrité, et ces personnes m'en veulent pour ça, évidemment.
Car, parce que j'écris, je les renvois à leur banalité, et ça, ces personnes ne peuvent le supporter. Et leur ignorance, leur superficialité, leur éphémérité, ayant forcément besoin d'un bouc émissaire pour laisser celles-ci s'exprimer, c'est à moi qu'elles s'en prennent. Par tous les moyens, elles désirent me briser, mais je ne me laisse pas faire ; y compris lorsque je suis à terre. Puisque écrire est un pouvoir autant qu'un don, ça les bouscule que ce soit quelqu'un de différent, quelqu'un qui est censé être ignare, demeuré, pauvre d'esprit, qui en soit pourvu. Leurs certitudes, leurs croyances, leurs évidences sur quelle place doit avoir quelqu'un comme au sein de la société dont ils sont les privilégiés, sont remises en question.
Cependant, tout ça, et bien d'autres choses qu'ils ou qu'elles me reprochent encore, ne m’empêchera pas d'écrire. Car je suis né pour ça, tout simplement...
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