19 juillet 2021
A propos de mon texte éminement personnel d'hier :
Il y a des événements particulièrement traumatisants, sources d'une souffrance, d'une peur, d'un stress, intenses, dont on ne se remet jamais totalement. Tout le long de mon existence, de ma petite enfance à aujourd'hui, j'en ai vécu plusieurs. Ils ont marqué mon âme et mon cœur, mes émotions et mon endurance physique et mentale, au fer rouge. Et souvent, par des épisodes anodins du quotidien, ils remontent à la surface et balayent tout sur leur passage.
Ce que j'ai évoqué hier concernant la sclérose en plaques de ma compagne, et ce qu'elle et moi avons enduré du fait de sa famille, n'en n'est un que parmi d'autres. C'est l'un des derniers, de plus récents. Mème si quelques autres tout aussi violents psychologiquement sont survenus ultérieurement.
De tout cela, et du reste, évidemment, j'en reparlerai en détails dans les chapitres de mes Mémoires que je leur consacrerai. Mais, ce sera à la fin de la rédaction de celles-ci. Il a tant à évoquer, à expliquer, à approfondir, à disséquer, auparavant. D'autres événements tout aussi traumatisants, tout aussi destructeurs, tout aussi violents, se sont produits au fil des décennies.
Alors, certain(e)s, diront que c'est du passé, qu'il faut savoir tourner la page, oublier. Il y en a d'autres qui diront qu'il faut aller voir un psychologue ou un psychiatre, pour évacuer cette souffrance et cette peur. Il y en d'autres encore, qui suggéreront de faire du yoga, de la relaxation, ou des user de thérapies alternatives permettant de vivre plus sereinement, plus apaisé avec soi-mème ou avec les autres.
Sont-ils à ma place ? Croient-ils que je n'ai pas essayé - et parfois réussi sur certains points de mon passé ou de ma personnalité -, d'user de ces méthodes. Des années durant, j'ai cherché de l'aide par leur intermédiaire. Je me suis débarrassé de quelques poids qui m'étouffaient, qui m'écrasaient. J'ai plongé dans des abysses nébuleuses, dans des gouffres béants constitués d'humiliations, de r rabaissements, de terreurs, de dégouts de moi-même parce que je suis né différent, et que, tout le long de mon existence, on me l'a fait payer cher. Plus cher que je ne pouvais supporter. Et j'ai surmonté, j'ai vaincu, nombre de causes et de conséquences de quelques-uns de ces événements.
Pas tous, hélas, parce que la vie en ajoute toujours d'autres aux précédents. Parce qu'il y en a qui sont tellement traumatisants, tellement violents psychiquement, que l'on n'en ressort jamais totalement indemnes ; qu'ils laissent des traces indélébiles tout le long de notre existence ; que le moindre incident, aussi anodin ou insignifiant soit-il aux yeux de la majorité des gens, vous écorche à nouveau à vif, et vous propulse à nouveau aux fins fonds de l'Enfer. Et si votre raison vous dit que vous êtes capable d'avancer malgré ceux-ci, vos émotions, elles, s'exacerbent, vous malmènent, que vous le vouliez ou non.
Car, comprendre, accepter, savoir pourquoi, comment, où, à cause de qui, ou à cause de quoi, vous réagissez ainsi, est une chose. C'est assez facile. En tout cas pour moi, qui raisonne et réfléchit énormément sur tout ça ; que ce soit lorsque cela me concerne directement ou pas. Mais, ce que l'on ressent, ce que l'on éprouve, la façon dont vous les vivez, de quelle manière ils influent sur votre comportement, sur votre inconscient, ça, vous ne le maitrisez pas. C'est hors de votre portée.
Et toutes les thérapies du monde destinées à vous faire réaliser ce que vous avez subi, les causes et les conséquences, les moyens d'agir différemment, sont impuissants face à ces événements qui vous ont quasiment détruit à de nombreuses reprises. Surtout si vous en vivez de nouveaux régulièrement qui vous empêchent de tourner la page sur les précédents ; qui, au contraire, ne font font que rouvrir des blessures que vous tentez de fermer, d'oublier. Surtout lorsque la fatigue, le stress, l'angoisse, la pression exercée sur vous, ne cessent jamais.
Vous avez beau avoir réussi à franchir les obstacles qui se sont jadis dressés sur votre route, si vous ne parvenez pas, un tant soi peu, à trouver le repos, à avoir du répit, c'est impossible. Et, hélas, non seulement gérer au jour le jour la sclérose en plaques de ma compagne est une épreuve autant pour elle que pour moi. Sauf que, contrairement à elle, que je préserve au maximum, c'est moi qui porte tout sur mes épaules. Je ne lui en veux pas, comprenez moi bien. Je l'accepte, parce que c'est mon devoir ; parce que je l'aime et que suis prêt à tous les sacrifices pour son bien être, pour sa sérénité, pour sa bonheur. Mais sa famille, ou d'autres personnes, ont exacerbé ce que je tentais de surmonter de mon passé en allant de l'avant.
Sa famille a fait de moi son bouc émissaire, m'a considéré comme un moins que rien, comme quantité négligeable, alors que je faisais tout pour le bien être de leur fille. Pire, pendant des années, ses parents ne sont mème pas aperçu que ma compagne était différente, plus fragile, handicapée. Concentrés qu'ils étaient sur leur autre fille autiste au dernier degré - concentrés sur elle avec juste raison -, ils ont tout de même négligés leur ainée. C'est moi qui ai mis au jour, en lui suggérant d'aller consulter un neurologue, ses problèmes et sa maladie. Eux, ils la voyaient simplement comme quelqu'un de lent ou de fainéant. Et j'ai dû la défendre, me positionner en première ligne, prendre le coups à sa place, quand les intérêts, les projets, les désirs, et les besoins de notre couple, ne se conformaient pas à leurs exigences ; à leur volonté de peser sur notre existence, comme ils le faisaient avec la plupart des gens de leur entourage.
Évidemment, que quelqu'un me dicte, m'ordonne, comment je devais mener ma vie, ce que je devais pensais, aimer, faire, etc, dans ma vie de tous les jours, était en dehors de ma conception de mes relations avec les uns et les autres. Ils m'ont forcé. Parce que ma compagne, qu'ils voyaient toujours comme une petite fille de cinq ans qu'ils devaient diriger, pour laquelle ils devaient prendre les décisions à sa place, qu'elle le veuille ou non, qu'ils n'écoutaient pas lorsqu'elle osait timidement exprimer son opposition, ils se sont cru devoir se comporter avec moi pareillement. Après tout, jamais personne dans leur entourage n'avait osé s'opposer à eux, avouer que ce n'était pas comme ça qu'on voulait construire sa vie. Qu'on ne voulait ni une matriarche ni un patriarche omnipotents faisant comme bon leur semblait.
Alors, parce que les décisions qu'ils prenaient pour ma compagne avaient inévitablement des conséquences sur ma propre vie, sur mes propres désirs, sur mes propres projets, parce que celle-ci terrorisé et impressionnée par leur forte personnalité, c'est moi qui ai osé leur dire ce que ma compagne voulait, projetait, espérait ; notamment vis-à-vis de la relation qu'elle avait avec moi. Ils ne l'ont jamais entendu, ils ne l'ont jamais accepté ; au contraire, ils ont tout fait pour que notre couple se déchire en influençant ma compagne malgré elle. Ca a déclenché chez moi moult crises d'angoisse, de stress, une pression exercée sur moi, exténuante au jour le jour.
Quand on a découvert la sclérose en plaques de ma compagne, l'occasion était trop belle. Enfin, ils allaient pouvoir la récupérer. Ma compagne désirait passer le reste de sa vie avec moi. Ce n'était pas grace. A leurs yeux, l'essentiel, le plus important, c'était qu'eux s'occupent de leur fille comme ils l'entendaient. Non pas pour elle, mais parce qu'ils culpabilisaient de ne pas avoir vu avant ses insuffisances liées à son handicap. Parce qu'aussi, en tant que patriarches de la famille, c'était à eux que revenait la charge de prendre soin d'elle. Que ma compagne soit en couple depuis une dizaine d'années à l'époque, ne comptait pas. Ils la voulaient pour eux, exclusivement et totalement pour eux.
Ca a failli détruire notre couple. Et ma compagne en est arrivé à un point elle a dû choisir. Soit ses parents prenaient à nouveau le controle total de sa vie, comme pour la petite fille de cinq ans qu'ils voyaient elle depuis toujours, soit elle prenait son envol malgré sa sclérose en plaque, et c'est moi qu'elle choisissait. Terrible choix en vérité.
Ses parents ne lui ont jamais pardonné de m'avoir choisi pour poursuivre sa vie. J'étais l'homme à abattre. Evidemment, sa sclérose en plaques, c'était de ma faute. J'étais la cause de tous leurs malheurs. Je peux le comprendre Il faut toujours un bouc émissaire lorsqu'on est incapable de surmonter ses souffrances. Lorsqu'on est incapable de trouver des moyens de les dépasser, ou de raisonner au-delà. Car, si j'ai nombre de défauts, j'ai au moins une qualité. Comme je l'ai expliqué au début de ce texte, grace à mon intellect et de l'aide parfois, je comprends le pourquoi le comment, le d'où ça vient, le qui, les événements, qui font que ma douleur fait de moi un écorché vif.
Or, tout le monde n'est pas apete à effectuer ce chemin intérieur, apte à se remettre en question avant d'accuser les autres de tous les maux dont il est victime. Et les parents de ma compagne n'en n'ont jamais été capables. Je crois même que, s'ils en prenaient véritablement conscience, ils s'effondreraient. Pour ne plus se relever. Il faut être fort mentalement, avoir été détruit bien des fois au cours de sa vie, pour encaisser des coups aussi destructeurs, tomber, puis se relever et continuer à aller de l'avant. Envers et contre tout. Même si au fur et à mesure, c'est de plus en dur, même si au fuir et à mesure on est de plus en plus fragile, de plus en plus hypersensible aux épreuves que le vie vous impose. Cependant, vous n'abandonnez pas, jamais.
Et si la sclérose en plaques de ma compagne est aussi douloureux pour moi que pour elle, même si c'est d'une façon différente, je ferais toujours tout pour qu'elle soit le plus heureuse et le plus épanouie, la plus sereine et la plus apaisée possible. Je prends tout sur moi, y compris le ressentiment et la violence de ses parents. Y compris les responsabilités et les obligations. Mais je n'accepterai jamais qu'ils m'imposent, qu'ils nous imposent, à ma compagne et à moi, leur vision de la vie et de ce que devrait ètre la notre. J'ai trop vu ma compagne être malheureuse de ne pas pouvoir s'exprimer ouvertement devant eux ; ils ne l'entendaient, n'intégraient pas ses pas, et faisaient de toute façon comme bon leur semblait. Je ne veux pas qu'un jour ça recommence.
Nous avons bien essayé, à plusieurs reprises, de faire du passé en les recontactant. A chaque fois, c'est leur colère et leur ressentiment de ne plus avoir cette emprise sur elle ou sur moi, qui a pris le dessus. Des cris, des invectives, des engueulades, des tentatives de culpabiliser. Tout a été bon, durant ces brefs instants, pour reconquérir cette emprise à laquelle nous nous efforcions d'échapper. Ils n'ont jamais évolué, ils n'ont jamais réfléchi sur d'autres moyens d'approche ou d'apaiser les choses. Nous avons donc coupé définitivement les ponts. Il en allait de la survie de notre couple. Cependant, pour ma part, parce que ma compagne a fait une croix sur ça pour mener sa vie comme elle l'entend, les séquelles de leur influence sont toujours prégnantes : angoisse, stress, pression que je me mets.
Alors, si j'ai réussi à dépasser d'autres épreuves plus lointaines dans le passé, ce qu'ils m'ont fait est toujours là, quelque part dans mon esprit. Et chaque gois qu'une difficulté, qu'un obstacle, qu'une épreuve que ma compagne est incapable d'assumer, et que j'affronte seul, se présente, ces émotions que leur vindicte et leur violence à mon encontre ont instillé en moi, ressurgit. Et même si je sais ce qui les déclenche, le pourquoi, le où, etc, elles m'éprouvent. Elles m'empèchent de me concentrer à 100 % sur mon travail d'écrivain, sur la rédaction de mes Mémoires ; parce que je suis trop épuisé nerveusement, moralement, physiquement, pour m'y consacrer pleinement.
Et j'en suis malheureux. Parce que si tout ça n'était pas arrivé, il y a longtemps que les aurait terminé...
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