23 août 2021
Tant de questions et si peu de réponses... :
Je me demande parfois pourquoi je m'acharne à écrire des articles approfondis sur tel ou tel sujet ici. Oui, pourquoi j'espère toujours que la raison, le savoir, et l'intelligence, l'emporteront peut-être sur la connerie humaine, sur l'ignorance, ou sur l'indifférence ? Pourquoi j'imagine que ce que j'écris peut intéresser les gens, alors qu'en fait, ils n'en n'ont rien à faire ? Alors qu'ils ne sont là que pour s'exhiber, que pour râler sur tout et n'importe quoi, que pour faire montre d'un individualisme exacerbé ou d'un corporatisme teinté de médiocrité.
L'immense majorité des personnes ici présentes n'en n'ont rien à faire des autres. Notre société est de plus en plus fracturée. Réponse : " Ce n'est pas mon problème.". Une pandémie telle que nous n'avons pas connue depuis un siècle se propage : "Je m'en fous, du moment que je ne suis ps touché et qu'on n'attente pas à mes libertés individuelles - qui passent avant tout le reste, et en particulier la santé du plus grand nombre -, je m'en moque. Mieux encore, je le clame haut et fort." Des drames humanitaires se matérialisent sous nos yeux ébahis. Ils sont les graines de haines, de violences, de rancœurs, à notre égard, et nous détournons les yeux, et fuyons nos responsabilités, nos engagements.
Oui, notre société est de plus en plus fracturée, de plus en plus divisée. Modestement, humblement, avec mes maigres moyens, dotés de mes pauvres capacités, usant sans cesse de mon temps, partageant mes connaissances en maints domaines, et faisant appel à ma raison et à mon désir d'offrir le meilleur de moi-même, je défie ceux et celles qui prêchent l'obscurantisme, qui diffusent contre-vérités et fake-news, qui se contentent de végéter ou de faire l'autruche. Je prends le temps, je déploie mon attention. J'ai recours à toute mon concentration et je sollicite l'ensemble de mes facultés intellectuelles afin de montrer que moult opportunités existent. Que des alternatives à cette fatalité sclérosant l'esprit et le corps sont à notre portée. Mais ma voix se perd dans le tumulte et l'indifférence généralisés.
Et pourtant, face à ceux et celles qui se contentent de la superficialité et de l'éphémérité des relations humaines, je fais des efforts considérables sur moi-même pour sortir de ma coquille. Moi, l'handicapé dont le visage est partiellement recouvert d'un angiome et de cicatrices, moi l'homme atteint de la maladie de Sturge-Weber entrainant de violentes et éprouvantes crises de convulsions de temps en temps, je ne baisse pas les bras. Face à la bêtise, face à l'ignorance, face à la peur, face à la régression de notre société que je perçois derrière chacune de leurs photos, de leur vidéo, du texte "copié-collé" qu'ils ont péché ici ou là, je ne faiblis pas.
Je pleure, je crie, je me débats, je me violente, dans le but de les approcher, de leur montrer que ça en vaut la peine. J'ai l'âme et le cœur déchirés. Ils me rudoient, ils me heurtent, ils me repoussent ; et cependant, je n'abandonne pas. Je suis mal à l'aise, je suis intimidé, je me sens petit de la même façon que lorsque je suis à table avec mes proches, et qu'ils discutent entre eux de banalités pour lesquelles je n'ai aucun attrait, mais j'essaye malgré tout d'y croire. J'ai beau m'ennuyer ferme lorsqu'ils devisent de leur quotidien, de leurs préoccupations qui ne me concernent pas et qui m'éreintent, je veux espérer qu'un jour il en sera autrement. Alors, je me force à engager la conversation, comme je m'oblige à écrire ici en espérant que l'individualisme et l'indifférence à mon égard ne perdureront pas.
Et je constate que notre société est de plus en plus fracturée. Et je vois les particularisme et les communautarismes peu à peu briser ses rouages. Et je les regarde démanteler ce que nous avons mis des décennies, des siècles, à bâtir. Tant de sacrifices, tant de combats pour davantage d'humanité, et la grande majorité des personnes qui constituent notre société bradent nos valeurs comme si elles ne signifiaient plus rien. Celles-ci se comportent comme des tribus barbares, comme des peuplades sauvages aux désirs les plus primaires, ne se fiant qu'à leurs instincts et à leurs émotions les plus vils. Ces personnes se lamentent sur leur sort, accusant continuellement les autres d'être l'origine de tous leurs malheurs. Cependant, elles sont incapables de se regarder dans un miroir et de voir quels ignares, frustres et vulgaires elles sont devenues.
Et plus notre société se fracture, plus ces personnes encensent leurs particularismes et les communautarismes. Plus elles oublient ce qui nous lie : notre histoire, notre culture, notre honneur, etc. Tout ça, jeté aux oubliettes par des fous qui partent du principe qu'ils sont meilleurs, plus importants, que ceux et celles auxquels ils s'opposent systématiquement. Et pas besoin de prétexte pour ça : n'importe quoi fait l'affaire, du moment que c'est pour descendre dans la rue. Pour crier au scandale, pour se victimiser à outrance, pour exiger ce que ces derniers ne souhaitent pas accorder à autrui. Pour accuser le Gouvernement - de Droite, de Gauche, du Centre, ça n'a pas d'importance désormais - de ne pas les favoriser ; de ne pas répondre tout de suite à leurs réclamations.
Et peu importe si ces égoïstes mettent la cohésion nationale en danger. Peu importe si les impératifs du moment doivent être privilégiés. Si ces égoïstes exigent, l’État doit plier. Leurs particularismes et leurs communautarismes priment sur lui. Leur individualisme et leur indifférence à l'encontre de ceux et celles qui sont plus à plaindre, qui sont plus dans le besoin, qui sont confrontés à la guerre, qui se battent contre la maladie ou la mort, qui subissent le détresse ou la solitude, ils les piétinent sans regret ni remord. Dénués de respect, de compassion, d'empathie, ces égoïstes n'ont aucune conscience. Ils ne songent qu'à eux, même si, au final, ils devaient tout y perdre.
L'instant présent, voila ce qui leur importe. Tout de suite, maintenant, et même avant. Leurs parents ? Qu'ils crèvent ! Leurs enfants ? Qu'ils se débrouillent pour trouver des solutions au merdier que nous leur laissons ! Leurs voisins, collèges, ami(e)s, connaissances, ou tout simplement, les inconnus qu'ils viennent croiser au coin de la rue ? Du moment que je préserve aussi longtemps que possible et faisable mon petit pré carré, tant pis si je suis emporté dans la tourmente avec eux dans quelques mois ou quelques années !
D
e projet, de rêve, d'espoir, d'ambition, communs, notre société et ceux qui la constituent n'en n'ont plus. Ce qui pourrait les grandir, ce qui pourrait les faire évoluer vers davantage d'humanisme, ils n'en n'ont cure. De défis à relever qui pourraient nous rassembler plutot que nous opposer, ils n'en comprennent pas le sens. Si ça ne leur rapporte pas quelque chose, ça ne les concerne pas. Et moi, par mes articles, j'essaye d'élever le niveau des délibérations. J'argumente, j'expose, je raisonne, je réfléchis, je montre qu'autre chose est possible. Or, c'est comme si je préchais dans le désert. Au mieux, on se rit de moi. Au pire, on m'invective, on m'ignore, on me juge et on me condamne.
Alors, oui ! Pourquoi je m'acharne à offrir le meilleur de ce que je suis en pure perte ? Pourquoi je tente d'éveiller les consciences au travers des textes que je publie ici ? Pourquoi, alors que c'est si chronophag, que c'est si exténuant ? Pourquoi également je m'efforce sortir de ma coquille alors que je demeure transparent et inaudible à la plupart des gens ? Je n'ai rien à y gagner. La gloire, l'argent ? Je m'en fous éperdument, je vous le dis en vérité. Et que vous me croyiez ou non, ça vous regarde. Je souhaite juste démontrer que ce n'est pas parce que je suis handicapé et malade que je n'ai rien à dire, que je n'ai rien à apporter, que je n'ai rien à partager !
Or, j'ai l'impression de me retrouver assis à l'une de ces tablées familiales où je suis contraint de me taire, que je suis obligé de fuir, parce que personne ne désire parler avec moi. Parce que les échanges tournent toujours autour des mêmes préoccupations futiles et sans intéret. Parce que les débats ne font que proférer des certitudes sur lesquelles mes contradicteurs(trices) s'arcboutent comme si leur dignité et leur honneur étaient attaqués. Parce que je m'y sens seul, délaissé, humilié, rabaissé même. A ces tablées qui suintent l'entre-soi et le gargarisme, qui distillent le m'a tu vu, les on dit, et le manque d'esprit.
Oui, j'ai l'impression de me retrouver assis dans mon coin, à les observer tandis que personne ne se tourne vers moi pour m'intégrer à la conversation. Pour m'interroger sur mon point de vue, sur ce que je sais de tel ou tel sujet. Pour savoir ce que j'en pense ou quelles conclusions j'en tire. Parce que si quelqu'un osait faire ça, cela reléverait la stature des arguments et des réflexions énumérées. Oui, j'ai l'impression de m'endormir, comme si leurs paroles avaient le même effet qu'un somnifère. Et ça me fait mal, tellement mal. Et intérieurement, je suis écartelé entre l'amour que je leur voue, et ce que je ressens aux tréfonds de mon âme. Cette oppression, cette torture, ces sévices dont je suis l'objet.
Ici, c'est l'équivalent, mais décuplé à l'infini ; alors qu'en ce qui concerne ma famille, je fais en sorte d'échapper à leurs platitudes autant qu'il m'est possible.
Comme avec eux dans de telles circonstances, je me demande ce que je fais ici. Aucun de mes textes n'est partagé. C'est vrai que "lire" est devenue une insulte aujourd'hui. Les vidéos, c'est plus simple et plus facile, plus rapide, et aussitot vue, aussitot oubliée. Lire est trop fatiguant pour des gens qui ne savent plus se concentrer sur un thème au-delà de trois minutes, tellement leur cerveau est sclérosé. A force d'être sollicité par les écrans de leurs tablettes ou de leurs smartphones. Lire exige de prendre du temps, à l'heure où l'information immédiate est privilégiée. Lire, c'est abandonner ses certitudes et ses préjugés, c'est faire preuve de curiosité, à une époque où il n'y a que ce que l'on "veut croire" qui compte. Voire, ce qui va dans le sens des intérets de notre individualité et de nos corporatismes, qui est admis.
Oui, pourquoi lire des textes qui sortent des sentiers battus dans ces conditions ? Pourquoi se confronter à la différence, si celle-ci remet en cause la médiocrité et l'ignorance dont ces individus sont les réceptacles ; des moutons qui font comme tout le monde parce que le monde "est comme ça", qu'ils "n'y peuvent rien", que "ça les arrange". Oui, pourquoi lire... Oui, pourquoi j'écris tout ceci, alors que, malgré toute ma bonne volonté, seuls le silence et l'indifférence vont me répondre, encore une fois...
Dominique Capo
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