autobiographie, pages 279 à 282 / 312
J’étais, bien entendu, gêné. J’ai tenté de la rassurer, de trouver les mots afin de lui démontrer qu’elle n’avait pas d’inquiétude à avoir. Je lui ai même proposé de lui laisser mon lit, tandis que, moi, je dormirais dans le salon. Elle n’a pas voulu. Ce serait elle qui coucherait sur le canapé, un point c’est tout. Et c’est ainsi qu’a commencé notre vie commune durant un mois.
Tout d’abord, j’avais prévu de l’emmener jusqu’en Sarthe. Je souhaitais la présenter à mes parents. Je désirais ainsi lui faire découvrir mon environnement familier, ma famille, qui je côtoyais, etc. Ce serait aussi l’occasion de lui montrer que la France ne se résumait pas à Paris ; comme beaucoup d’étrangers avaient l’air de le penser à l’époque. Heureusement, aujourd’hui, cela a un peu changé. De fait, un ou deux jours après, nous avons pris le train. Mes parents nous ont réceptionnés et conduits jusque chez eux. Là, déjà qu’elle trouvait mon appartement gigantesque, la demeure de mes parents lui a semblé être un véritable château. Il est vrai qu’il s’agissait du presbytère du village dans lequel ils vivaient. C’était encore l’époque où mon père y investissait tout son temps et toute son énergie. Que ce soit pour le jardin, comme pour la rénovation des pièces, il prenait plaisir à y déployer tout son talent. Mais pour Galina, cette demeure d’une quinzaine de salles sur deux étages était fascinante.
Nous n’y sommes restés que deux jours. J’en ai profité pour lui faire visiter le club hippique de ma sœur. Elle possédait moins de chevaux et de poneys qu’à l’heure actuelle. Ses infrastructures étaient également moins étendues. Mes parents et moi lui avons fait connaitre la région. Ma mère, qui est une excellente cuisinière, nous a préparé des repas comme elle sait si bien les concevoir. Je pense que tout ce qu’elle y a vu lui a plu. Mon père, comme il sait si bien l’être avec les autres, a été généreux avec elle. Je ne lui avais pas encore payé ses billets de retour. En fait, la date n’en n’était pas exactement déterminée. Il m’a avancé l’argent sans que je le lui demande. C’était assez rare pour être souligné. Comme elle avait l’air très intéressée par un four micro-ondes, puisque c’était le genre d’ustensile ménager qui n’existait pas encore en Russie – et encore moins pour les personnes les plus modestes -, il lui en a offert un. Et nous avons porté celui-ci tout le long de notre périple jusqu’à notre retour à Paris.
Ensuite, nous avons traversé la France pour nous rendre en Franche-Comté. C’est là qu’est établie la maison de mes grands-parents maternels ; celle où je puise mes racines, et qui est la plus chère à mon cœur et à mon âme ; là où j’ai passé toutes mes vacances d’enfant et d’adolescent, ainsi que je l’ai spécifié à plusieurs reprises. De la Sarthe à la Franche-Comté, en train, l’itinéraire n’a pas été des plus aisés. Il nous a fallu toute une journée de voyage pour arriver à destination. Et nous étions très fatigués au terme de cette dernière. Toutefois, je tenais beaucoup à lui faire découvrir cette région pour laquelle j’éprouve une affection particulière. Le lendemain, mes grands-parents lui ont montré la richesse et la beauté des paysages francs-comtois. Nous nous sommes promenés en forêt. C’était particulièrement beau, puisque nous étions au début de l’Automne. Les couleurs des arbres sont magnifiques en cette saison. Ils lui ont fait découvrir les panoramas et les sites les plus majestueux. Malheureusement, elle a été moins enthousiasmée. Ce périple commençait à lui peser, comme elle me l’a avoué au bout du second jour de villégiature. Elle, ce qu’elle souhaitait surtout, c’est visiter la capitale. Découvrir les monuments parisiens, se balader sur les Champs-Elysées, aller dans les grands-magasins, etc. 3Je ne pourrais peut-être plus jamais revenir en France, m’a-t-elle expliqué. J’aimerais en profiter tant que j’y suis pour voir le maximum de lieux parisiens que l’on ne voit habituellement qu’à la télévision. ».
J’étais un peu déçu. J’espérais que faire la connaissance de ma famille, de voir les endroits où j’allais, qui appartenaient à mon quotidien, l’intéresseraient. Je voulais aussi lui démontrer, par ce geste, que je lui réservais une place particulière dans mon existence, qu’elle y était la bienvenue. Qu’elle pourrait les partager en ma compagnie, en compagnie de ma famille qui lui ouvrait ses bras, quand elle le voudrait si elle cessait de me fermer son cœur à double tour. Malgré tout, j’ai donc cédé. Et pour lui faire plaisir, nous avons repris le chemin de Paris plus tôt que prévu. Dès lors, je me suis creusé la tête pour que chaque jour qu’elle passât avec moi sois un jour inoubliable qui resterait gravé dans sa mémoire à tout jamais. Je pensais qu’à force de la choyer, de la gâter, de lui montrer que je tenais à elle de toutes les façons qui étaient à ma portée, peut-être finirais je par casser le mur qu’elle avait bâti entre nous. Ainsi, j’ai commencé par l’emmener voir la comédie musicale « les Dix Commandements ». C’était au moment où cette comédie musicale était à l’affiche de Bercy. Je m’étais démené afin de nous trouver des places presque au dernier moment. Certes, nous n’étions pas installés au meilleur endroit ; et de plus, il s’agissait de la version courte de ce spectacle. Mais celui-ci lui a plu, bien qu’elle ne comprenne pas un mot de français. C’est d’ailleurs resté l’une de mes comédies musicales préférées depuis. Je l’ai emmenée au Château de Versailles. Elle souhaitait en effet absolument voir ce qu’il y avait de plus particulier dans un pays comme la France. Nous l’avons arpenté en deux heures. Heureusement que c’était hors saison touristique. Mais le temps était beau, et cela a été très agréable. De plus, il y avait des années que je n’y étais pas allé. La dernière fois, je devais avoir une dizaine d’années et c’était avec mes parents. Et cela m’avait plu, car mon intérêt pour l’Histoire était déjà latent. Forcément, je l’ai emmenée au musée du Louvre. Je ne pouvais manquer cette étape incontournable des monuments les plus emblématiques de la capitale. J’espérais lui montrer la diversité des œuvres d’art qui y existait. Au début, je ne me suis pas pressé, m’arrêtant sur les statues antiques, sur les fresques, etc. Très vite pourtant, elle m’a demandé d’accélérer le pas, parce qu’il n’y avait qu’une seule chose qu’elle voulait voir : tout ce qui avait trait à nos rois, et plus particulièrement au « Grand Siècle » et au « Siècle des Lumières » ; toujours rattaché à l’époque versaillaise. C’est là où j’ai compris que, pour elle, malheureusement, la France ne se limitait qu’à cette période ; période il est vrai, où l’influence française se faisait ressentir aux quatre coins du globe, et donc, également en Russie. Il est vrai qu’à cette date, le français était la langue officielle pour la diplomatie. Les souverains russes, l’ensemble des cours européennes, parlaient couramment le français. Il semblait que son instruction concernant la culture française, ne se limitait qu’à cet aspect.