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1 août 2021

Dimanche 01/08/2021 :

X1

Aujourd'hui, nous sommes Dimanche, et je me repose. Je me détends, je profite du calme et du silence de ce 1er Aout. Et chaque instant de cette tranquillité, c'est avec joie et bonheur que je leur consacre ma journée.
 
Épisodiquement bien entendu, je pense à ces millions de vacanciers qui se croisent sur la route : les uns se dirigeant vers le sud de la France, vers les plages bondées, vers les campings ou les villages touristiques à l'intérieur desquels le bruit, le stress, ou la précipitation règnent en maitres. Les autres remontant vers Paris ou les grandes villes parce que leurs congés d’Été sont terminés ; parce que dès demain, ils reprennent le travail, ils empruntent des transports en commun surchargés. Ils se précipitent dans leurs supermarchés habituels pour remplir leurs frigos vides depuis des semaines. Ils confient leurs gamins au centre aéré du coin, à grand-papa et grand-maman s'ils n'habitent pas trop loin.
 
Je les plains beaucoup, ces millions de vacanciers qui se croisent en ce moment mème sur l'autoroute. Les cris de leurs enfants parce qu'ils ont marre, qu'ils ont déjà envie d'être arrivés. Les embouteillages et la chaleur que ne peut éradiquer complétement le climatiseur. Les arrêts pipi ou pour se ravitailler en nourriture dans la première supérette autoroutière qu'ils ont trouvé. Les files d'attente pour payer leurs achats ; les aires ombragées agrémentées de tables et de bancs en bois pris d'assaut par les premiers débarqués.
 
Oh oui, je les plains de tout mon cœur. Je ne voudrais pas être à leur place. Que ce soit ceux qui vont s'agglutiner sur les rivages de la Méditerranée ou de la cote Atlantique pour y griller comme des sardines, pour y dépenser leurs économies de toute l'année dans des sites touristiques encombrés - où le virus fait des ravages, qui-plus-est -, où le moindre achat, la moindre sortie au restaurant, la moindre attraction, la moindre ballade, coute plus qu'ils ne peuvent se le permettre normalement. Que ce soit ceux qui, la peau ridée par le bronzage exagéré - presque noir à force d'avoir végété sur sa serviette de plage afin d'affirmer aux collègues : j'y étais et j'en ai profité -, les yeux cernés parce qu'ils ont veillé trop tard, parce que la touffeur du climat les a empêché de dormir correctement, parce que la frénésie prolétaire à laquelle ils ont participé les ont vanné.
 
Ces apéros interminables au cours desquels ils ont évoqué leur quotidien insipide à leurs voisins de chambrée, qui à leur tour, leur ont détaillé leur ordinaire sans saveur. Ces barbecues pendant lesquels ils ont couru pour que tout soit parfait ; pour que leurs grillades soient cuites à point, présentées dans des assiettes en carton tout en surveillant la marmaille chahutant, tout en échangeant des plaisanteries "sous la ceinture" avec le beau-frère qu'ils n'ont pas vu depuis des lustres, tout en discutant avec mamie qui ne sait plus quel jour on est et qu'est-ce qu'elle fait là, ou si c'est Eric ou Franck qui se tient devant elle. Ces soirées karaoké, matchs de foot à refaire le monde, en s’empiffrant de parts de pizzas froides ou en ingurgitant des packs de bière jusqu'à plus soif ; jusqu'à s'écrouler sur le lit en ayant tout oublié des heures qui viennent de s'écouler.
 
Franchement, oui, je les plains de tout mon cœur. Je préfère mille fois plus ce calme et cette tranquillité qui me permettent de prendre mon temps pour visionner des DVD de documentaires historiques que j'ai accumulés ces derniers à coté de mon lecteur-enregistreur de salon. En ce moment, une série sur le IIIe Reich passionnante venant compléter mes connaissances sur le sujet. Mes nombreuses lectures passées depuis une vingtaine d'années, à explorer ce thème, cette période de notre histoire récente, que j'ai dévorées avec passion. Les myriades d'autres documentaires abordant maints aspects de ce thème, et venant les compléter régulièrement.
 
Ces films qu'il me reste à visionner également. Science Fiction, thrillers, policiers, comédies, drames, fresques historiques, que sais-je encore. Ce n'est pas le choix qui manque. Et j'avoue que, parce que j'ai toujours quelque chose à voir, quelque chose à lire, quelque chose à écrire, quelque chose à m'occuper, je ne m'ennuie jamais. Mon esprit est en permanence en éveil. Ma curiosité est toujours sollicitée, et ça me rends profondément heureux.
 
Raison d'ailleurs, pour laquelle je ne comprends pas ces personnes qui se comportent comme des légumes au bord de la plage. Raison pour laquelle je ne me satisfait pas de cette nonchalance, de cette léthargie endémique teintée de médiocrité dont ils se gargarisent tant.
 
Enfin, quand je dis "je ne les comprends pas", c'est une façon de parler : je pense qu'il faut que ses projets ou ses rêves personnels dépassent ce à quoi nous sommes accoutumés. Il faut être avides de découvertes. Il faut avoir envie de se dépasser, et de dépasser nos habitudes, de franchir les limites des capacités intellectuelles que la nature nous a octroyées. Il faut ne pas privilégier le corps et les seuils qu'il ne peut inévitablement franchir, puisque seuls notre conscience, notre, esprit, notre raison, notre intelligence, sont susceptibles de les repousser.
 
Le corps est faible ; il est fragile. Il vieillit, mème lorsqu'on l'entretient toute notre vie, il s'use, ses capacités régressent. Sa plastique s'affadit. La maladie, le handicap, l'invalidité peuvent l'immobiliser passagèrement ou définitivement. Pareillement pour l'esprit. Mais, l'esprit, et le cerveau qui lui sert de réceptacle, sont les seuls véhicules qui s'adaptent à ce genre de situation. Les membres sont directement contrôlés par notre cerveau. C'est lui qui trouve des astuces pour pallier à leurs déficiences. J'en sais quelque chose, moi qui suis malade et handicapé. Nous ne sommes rien sans nos capacités intellectuelles. Et personnellement, je préfère être malade et handicapé comme je le suis, mais développer, enrichir, faire évoluer mon esprit. Je préfère user de ma conscience, de mes connaissances, plutôt que d’être bien portant et me comporter comme un vermisseau ou un de ces moutons accroc à sa serviette de plage et à son barbecue du dimanche. Je trouve ça rudimentaire, primitif.
 
A une époque, je travaillais à la Bibliothèque Nationale de France. J'arpentais ses corridors à longueur de journée, et j'en profitais pour parcourir les titres des ouvrages qui passaient entre mes mains. Éventuellement, je lisais leurs quatrième de couverture avant de les ramener aux chercheurs qui les avaient commandés. Et quand leur sujet attisait ma curiosité - et ce, même si je n'avais jamais suivi d'études dans le domaines qu'ils exploraient -, je notais leurs références pour m'y plonger plus tard. C'est ainsi que j'ai découvert des sujets fascinants tels que l'astrophysique, l'archéologie, l'anthropologie.... Je me souviens d'ouvrages traitant de la dérive des continents ou des processus complexes et variés qui ont permis à la Vie de naitre, puis de se répandre sur notre planète. J'ai adoré.
 
C'est d'ailleurs à ce moment-là que j'ai appris que cinq extinctions majeures avaient précédé celle que nous subissons actuellement. Que j'ai découvert les nombreux cycles de d'élévation et d'abaissements de température qui les ont accompagné. Et qu'il y en aura d'autres, que l'Humanité toujours le globe dans cent-mille ans ou pas. Ça ne cesse de m'émerveiller et d'alimenter ma curiosité depuis lors.
 
Mon emploi du temps avait beau être bien rempli, y compris les week-ends, j'avais beau rentrer tard chez moi, vers 23h parfois, je profitais de chaque instant libre pour continuer à lire avec assiduité jusqu’à pas d'heure. Je dévorais des montagnes d'ouvrages, l'un d'eux était continuellement rangé dans ma poche de pantalon dès que je me déplaçais. Dans le métro, dans le train, à un arrêt de bus, durant mes pauses, je poursuivais mes lectures avec assiduité.
 
Souvent, mes collègues me regardaient comme si j'étais un extra-terrestre. Lire autant !!! Pour eux, c'était inconcevable, c'était sujet de moquerie. J'en avais rien à faire, pour vous dire la vérité. Au contraire, au vu de leurs réactions, tels ces vacanciers qui s'exhibent paresseusement sur les plages, qui sont fans de marche à pied ou de promenades en vélo, ou encore de rencontres sportives - foot - par exemple, je les trouvais ridicules. A mes yeux, c'étaient eux les infirmes, les insignifiants, les misérables. Ils ne valaient pas mieux que ces gens superficiels aux textes éphémères, aux images et aux vidéos destinées à les glorifier, qui pullulent sur les réseaux sociaux.
 
Quand j'en avais l'occasion également - à l'époque, j'habitais le 19e arrondissement de Paris ; boulevard Serrurier, plus exactement -, je profitais de mes après-midi pour me plonger dans des autobiographies historiques. Ou, je dévorais de gros romans ; je m'en délectais. Vers 14h, je m'installais sur mon fauteuil, dans mon salon. Ou alors, je m'asseyais contre la grille du rebord de la fenêtre ouvrant sur la rue. Et jusque vers 17h, je n'en bougeais plus, tournant avidement les pages de ce que je tenais entre les mains. Ce sont des instants inoubliables qui me renvoient aux vacances ou j'en faisais de mème chez mes parents ou dans le jardin de notre maison de campagne du Doubs. Chez mes parents, je m'installais sur le divan de la Bibliothèque ; je lisais Alexandre Dumas, Victor Hugo, Henri Troyat, J. M. Auel, ou Agatha Christie. Dans le jardin de notre maison de campagne, je lisais Robert Ludlum, Stephen King, Graham Masterton, Wilbur Smith, ou Anne Rice. J'ai un souvenir émouvant de ma lecture du Seigneur des Anneaux, sur le lit de ma chambre, alors que notre Boxer Hadès dormait collé contre moi.
 
Alors, quand il y en qui se plaignent de "s'emmerder" quand ils sont chez eux - pendant un confinement par exemple", quand je vois tous ces vacanciers qui ne pensent qu'avec leur corps et leur physique attrayant, je les plains. Certains, il y a quelques temps, ont dit que je devais être malheureux de les considérer comme des Glandu. Malheureux ? Pourquoi ? Parce que je ne suis pas la meute !!! Parce que mes préoccupations, parce que ce qui me rends heureux dans la vie, ne correspond pas aux normes auxquels ils se soumettent sans réfléchir ; juste parce que tout le monde fait pareil ?
 
Eh bien, non, je ne suis pas malheureux. Cet aspect là de mon existence me rends profondément heureux. Je suis serein et épanoui. J'ai trouvé mon équilibre par l'écriture et la lecture. Demain, je vais reprendre la rédaction de la troisième version des premiers chapitres de mes Mémoires. C'est mon métier, comme ma vocation et ma passion, d'écrire. Ça peut paraitre étrange, mystérieux, à toutes ces personnes qui se conforment à ce que j'ai décrit plus haut. A une époque, oui, je leur ai ressemblé. A une époque, de toutes mes forces, j'ai voulu me fondre parmi eux. Et j'en ai souffert. Là, j'ai été très malheureux. Non seulement parce que ce "n'était pas moi". Mais aussi parce que ces gens me rejetaient, me moquaient, m'humiliaient. Comme se comportent ceux et celles qui m'attaquent, qui me dénigrent, qui me rabaissent, après avoir lu ce genre d'article.
 
Aujourd'hui, si je suis malheureux, ce n'est pas à cause de cette stabilité quelque peu malmenée parfois par la gestion au quotidien de la sclérose en plaques de ma compagne, j'en conviens. C'est parce que ces gens que j'ai volontairement caricaturé au début de ce texte, me voient comme un homme qui n'a pas sa place dans leur monde. Au point d'en être risibles, pitoyables, navrants, petits. Ils ont, la plupart du temps, un pois chiche à la place du cerveau. Ils sont méchants, ils n'ont aucune empathie pour les autres, leur intelligence et leurs réflexions sont limités.
 
Pourquoi ? Parce qu'ils ne s'en donnent pas la peine malgré les épreuves, malgré les obstacles, malgré les difficultés. Malgré un emploi du temps souvent exténuant, ils se contentent d'être petits et médiocres. Alors qu'ils ne sont ni malades, ni handicapés, ni infirmes, ils se comportent comme des gens insignifiants, faibles d'esprit, tout en muscles et en attraits physiques. C'est tout ce qu'ils ont, c'est tout ce qu'ils désirent avoir. Et c'est bien ce que je leur reproche.
 
Moi qui suis né différent, qui aurait aimé leur ressembler jadis, parce qu'ils toutes leurs capacités physiques et intellectuelles, ils se contentent de demeurer minables. Ils ne voient rien, n'entendent rien, si ce n'est ce qu'ils ont envie de voir ou d'entendre. Ils prennent des infos ici ou là en fonction de leurs préjugés, de leurs certitudes, ou de leurs convictions. Ils ne cherchent pas à raisonner ou à faire preuve du maximum d'objectivité. Ils se plaisent à entretenir leur a priori, leur mesquinerie, leur opinion ; ce qui est différent de la réalité ou d'un savoir. Mais ça, ils s'en foutent. Ce qui compte, c'est de préserver l'image fière des pauvres d'esprit qu'ils sont. Ils n'ont aucun idéal, aucune curiosité, leur âme est vide, leur cœur est dénué d'empathie. Alors, oui, je les plains, et je suis inflexible à leur égard...
 
Maintenant, je vais me reposer. Et tel ce jeune homme que j'étais autrefois, assis sur le rebord de sa fenêtre, et plongé dans son livre, je vais profiter de chaque instant de ma journée - et de toutes les autres qui vont suivre -, pour me cultiver. A découvrir des univers différents du mien, à apprendre des choses que je ne sais pas et qui, pourtant, sont si passionnantes, si foisonnantes, si diverses et si variées. A alimenter mon âme et mon cœur d'idées, de notions, de savoirs qui me permettent de grandir ; au contraire d'eux...
 
Dominique Capo
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