Vous avez gagné ! :
Oui ! Vraiment ! Vous avez gagné ! D'ailleurs, je me demande pourquoi et pour qui je rédige cette ultime brève ? Qui va la lire ? Qui va lui prêter un minimum d'attention ? Qui va la partager ? Qui va tendre la main à l'être humain que je suis ?
Oui ! Ça parait incroyable ; ça parait impossible ; ça parait presque inconvenant. Mais derrière l'écran d'ordinateur rattaché à ce compte Facebook, il y a un homme. Un homme différent parce qu'atteint d'une maladie orpheline appelée "maladie de Sturge-Weber". Il y a un homme doté d'un angiome facial interne et externe qui le défigure partiellement, qui provoque également des crises de convulsions lorsqu'il est soumis à une pression, à in stress, à des peurs, intenses. Il y a un homme doté d'une hémiplégie partielle du coté droit de son corps le diminuant drastiquement dans sa vie quotidienne.
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, cet homme vit avec une compagne victime d'une sclérose en plaques depuis une dizaine d'années, incapable de se débrouiller seule, y compris pour les actes les plus anodins de sa vie journalière. C'est donc à lui, malgré ses propres problèmes de santé, qui doit pallier à ses déficiences. Et ça, peu importe qu'il soit fatigué, peu importe qu'il en soit capable physiquement et mentalement, ou pas. Son avis, ses besoins, ses appels au secours, ne compte pas. Quand sa compagne chute ou est inapte à se mouvoir, comme cela advient de temps en temps, il n'y a personne pour l'aider. Il est seul, malgré ses difficultés motrices, à tenter de la relever. Il y met toute sa force, toute sa volonté ; il hurle, il pleure de désespoir et de crainte. Il dépasse ses propres limites, met éventuellement son propre état fr santé en danger. Mais ça n'a aucune importance. Et chaque fois, il ressort de ces épreuves au bord de la rupture.
Qui-plus-est, quand il en a l'opportunité, le temps, et l'énergie, cet homme rédige des articles destinés à réveiller les consciences du plus grand nombre. Il passe des heures, des journées, à composer des textes approfondis sur tel ou tel sujet de l'actualité récente ou plus ancienne. Il met à la disposition d'autrui ses connaissances, sa culture encyclopédique, ses analyses poussées, afin de leur apporter quelques enseignements raisonnés et argumentés. Comme une mosaïque, il distille des fragments de sa pensée qui renvoient à d'autres articles venant les compléter, en montrer les nombreuses facettes.
Tout cela, parce qu'il prend sur lui pour essayer d'élargir son horizon, pour essayer d'offrir de nouvelles possibilités au discernement rationnel et réfléchi du plus grand nombre. Pour montrer au plus grand nombre que d'autres chemins sont envisageables. Pour prouver que si lui, un handicapé, malade, et soutien de famille, les emprunte malgré toutes ses difficultés, ses épreuves, et ses obstacles que son existence lui impose, c'est que des milliers, davantage, peuvent y arriver.
Pourtant, autant prêcher dans le désert ! Pourtant, autant donner du lard à un cochon. La voix de cet homme ne porte pas, et ne portera jamais. Ses efforts démesurés, son temps, et son "talent" à manier les mots pour matérialiser le message qu'il souhaiter diffuser, est au mieux ignoré. Au pire, celui-ci est moqué, rejeté, déformé. Il est victime de haine et de vindicte, d'ignorance et de bêtise, d'indifférence et d'humiliations. Les personnes qui pourraient l'aider préfèrent l'éphémérité et la superficialité, la facilité et les simplismes à outrances. Elles préfèrent réagir en fonction de leurs émotions et de leurs instincts les plus primitifs. Elles préfèrent les a-priori, les jugements, et les condamnations ; plutôt que la perspicacité, l'intelligence, et le savoir qu'il rêve de propager.
Alors, oui ! Je baisse les bras. J'abandonne, puisque c'est ce que ces personnes veulent ; puisque c'est ce qu'elles attendent de moi ; puisqu'elles me blesseront, m'écraseront, me tourneront en ridicule systématiquement. Pourquoi persévérer dans ces conditions ?
Pour une poignée de lecteurs et de lectrices qui ne relient même pas les textes que je leur propose. Pour des milliers d'anonymes qui les survolent ou qui ne se penchent même pas quelques instants dessus.
Oui ! Pourquoi persévérer, alors que tout est déjà si difficile, si épuisant, si décourageant autour de moi. Pourquoi, alors que je pourrais consacrer cette énergie et ce temps à écrire les livres que je souhaite publier un jour. Alors que je pourrais utiliser ce temps et cette énergie pour m'accorder un des rares plaisirs qu'il me reste : avoir une ou deux heures quotidiennes à moi pour lire. Avoir l'opportunité de continuer à enrichir mon esprit, d'explorer de nouvelles connaissances ou de nouveaux aspects de ces dernières. Ce que je ne parviens plus à faire depuis longtemps, puisque je dédie tout ce que je suis et tout ce que j'ai en moi aux autres.
Car, oui, je renonce à tout ce qui importe à mes yeux. Pour quel résulter : rien, ou si peu que le mot "rien" est la définition la plus proche de la vérité. Pire encore, comme je l'ai expliqué au travers de mes textes précédents, tout est fait pour me rendre ma tâche toujours plus ardue. Et personne ne lève le petit doigt pour, au minimum , m'apporter son soutien, dans l'idéal, venir à mon secours alors que je me noie.
Seule ma Maman est là. La solidarité, la compassion, l'empathie... sont de vains mots ici. Seuls l'indifférence, l’égoïsme, l'apathie, le manque d'humanité, ont droit de cité. Celui qui écrit ces mots est dénué de visage, est dénué de sentiments, est dénué de valeurs, parce sans visage. La communication qu'il tente d'établir est vouée à l'échec parce que les utilisateurs de ce réseau social - d'internet en général - ne sont pas ici pour communiquer, pour échanger, pour découvrir d'autres points de vue. Ils ne sont pas là parce qu'ils sont curieux des autres, quelles que soient leurs différences, le lieu où ils sont nés, leurs croyances, leur milieu social, etc.
Non, les personnes qui sont ici n'ont qu'un but : exhiber leur médiocrité, un "métro-boulot-dodo" insipide. Elles cherchent uniquement l'entre soi. Elles cherchent à partager avec leur petit groupe d'amis et de connaissances leurs photos et leurs vidéos magnifiées destinées à doper leur ego. Usant d'un vocabulaire limité, de phrases style sms bourrées de fautes, elles préfèrent l'image, par essence réductrice, plutôt que de faire fonctionner leurs neurones. Des fois que leur cerveau grille parce qu'elles l'ont trop sollicité, ou trop d'un coup !
Les personnes qui sont ici n'aiment pas les personnes qui ne sont pas comme elles, qui ne vivent pas comme elles, qui ne pensent pas comme elles, qui ne sont pas du même milieu qu'elles... Alors, modestement et humblement, à mon tout petit niveau, j'aurai beau tenter d'attirer leur attention, elles y resteront indifférentes. J'aurai beau tenter de susciter leur curiosité, nada. Elles restent enchaînées à leur stakhnovisme. Bons petits soldats dont le seul but dans l'existence est de consommer et d'être considérés comme des consommables interchangeables, elles deviennent "limitées". Une fois devenus défectueux ou trop vieux pour être rentables, elles sont mises à l'écart d'une société qu'elles exècrent mais à laquelle elles se soumettent. Sans réfléchir aux causes et aux conséquences de leurs actions, de leurs non réactions, elles se contentent d'en être les produits. Et surtout, elles jouent les autruches, renvoyant les responsabilités de leur "moutonnage" à ceux qui n'y adhèrent pas.
Aussi, moi qui ne suis pas le chemin sur lequel ces personnes s'engagent au risque de tout y perdre, y compris leur individualité - au nom même de leur individualisme exacerbé (ce qui n'est pas la même chose !) -, qu'ai-je à leur apporter ? Qu'ai-je à partager avec ces centaines de personnes qui sont dans mes contacts et qui ne me lisent même pas ? Qu'ai-je à offrir à ces millions d'individus que je rêve de toucher pour leur offrir un peu de ce que je suis, et de ce que j'ai, et qui n'en veulent pas ?
Voila pourquoi je préfère désormais me consacrer exclusivement à la rédaction de mes livres. Voila pourquoi je préfère privilégier la lecture, ma soif de m'informer sérieusement, sans être soumis aux fake-news, aux tentatives d'escroquerie, à la désinformation ou aux approximations diffusées ici ou ailleurs. Je préfère privilégier la paix de l'esprit, la sérénité, et non cette folie collective qui s'est emparée de vous tous et de vous toutes. Et non être victime de la haine, de la vindicte, de la moquerie, du rejet, dont je suis si souvent l'objet à cause de mes propos qui vont régulièrement à contre-courant de la majorité parce que réfléchis, raisonnés, ou consciencieusement argumentés.
Vous ne me laissez pas le choix, en fait. Et ce que j'ai vécu ces derniers jours me démontre sans conteste, s'il y en avait besoin, que ma place n'est pas ici. Ce monde auquel vous adhérez, me détruit plus qu'il ne rend heureux. Jamais je n'ai souhaité qu'il en soit ainsi. Mais, toutes mes initiatives e sont terminées par des échecs. Toutes mes tentatives ont engendré chez moi des blessures et des souffrances dont je ne suis jamais ressorti indemne. Les coups de butoir auquel vous m'avez exposé m’ont fragilisé émotionnellement et humainement à l’extrême. Or, il arrive un moment où; ni le corps, ni l'esprit, ne peuvent en supporter davantage à moins de s'effondrer totalement.
Et puis, franchement ! Je ne me fais pas d'illusion. Quelques-uns liront ce texte jusqu'au bout. De plus rares le likeront ou le commenteront. Aucun ne le partagera ou n'incitera ses contacts à le partager ou à entrer en relation avec moi. Tous retourneront à leurs préoccupations, à leurs publications éphémères et superficielles, à leur petit réseau ou groupe de connaissance tellement plus captivants. Puis, ce soir, demain, dans deux ou trois jours maximum, tout le monde sera passé à autre chose de plus immédiat, de plus actuel, et de "moins prise de tète".
Qui peut croire, et moi le premier, que j'ai une quelconque importance aux yeux de mes contemporains ? Que mes mots leur sont utiles ou notables ? Moi qui suis différent par nature, intellectuellement et physiquement. Moi, l'handicapé, le malade, le fragile, l'hyper-sensible, l'érudit, le sachant, dont personne se soucie, dont personne ne veut réellement. Alors forcément...
Adieu, donc.
Dominique Capo
