X1Après 1120, Louis VI ne sait pas imposer son autorité à ses puissants voisins. Le roi, pourtant, comprend que renforcer le pouvoir royal exige de pacifier et de bien administrer son domaine. Il obtient en effet la soumission des châtelains de l’Ile de France, développe l’institution des prévôts, qui gèrent les revenus du domaine, confie des charges d’officiers à des familles de la petite aristocratie locale. Et grâce à sa politique d’appui à la papauté, il bénéficie en outre du soutien de l’Eglise, en la personne de Suger, abbé de Saint Denis, son principal conseiller.

 

En même temps, une technique de construction révolutionnaire apparaît en France du Nord, en Normandie, et surtout en Ile de France. Héritée de la voûte d’arêtes, la croisée d’ogives est utilisée pour la première fois à Morienval, dans l’Oise, en 1122. Les ogives sont construites avant la voûte, et combinées aux arcs-doubleaux, qu’il suffit de recouvrir de minces parois. Ainsi, les piliers peuvent s’élever très haut. Puis, un orage d’une violence inouïe s’abat sur la région d’Ambroise. Il balaye le temple païen qui s’y trouve depuis toujours comme un château de cartes. De fait, la même année, le seigneur local décide de raser ses ruines pour y bâtir sa propre église. Il utilise alors les mêmes techniques que celle de Morienval.

 

Cette originalité architecturale repose en fait sur un massif de maçonnerie et est maintenu en place par la masse verticale du pinacle. Il chevauche les bas-cotés de l’édifice et s’appuie au point précis où les ogives de la voûte retombent sur les piliers qui les portent. L’arc boutant vient ainsi renforcer, de l’extérieur, la stabilité de l’ensemble. Comme tous les éléments de construction de cette période, il gagne en légèreté, jusqu'à, parfois, prendre l’aspect d’une dentelle de pierre, et s’élance toujours plus haut. Grâce à lui, les nefs des églises peuvent désormais atteindre des hauteurs inconnues jusqu’alors.

 

De Morienval, bientôt, cette technique se répand dans les petites églises du domaine royal, avant d’être utilisée pour de plus vastes édifices : Sens, la Charité-sur-Loire, la cathédrale de Langres. Mais c’est à Saint Denis qu’elle s’affirme comme un style nouveau.

 

Car, Suger, précepteur et conseiller de Louis VII, est abbé de Saint Denis, « le plus royal de tous les établissements monastiques ». Pour témoigner devant Dieu et devant les hommes de la puissance royale, il fait édifier une nouvelle abbatiale, dont la conception est marquée par les spéculations mathématiques et philosophiques mises au goût du jour par les Initiés Ecclésiastes. Les âmes des fidèles doivent s’élever vers Dieu et l’ordonnance intérieure est entièrement soumise au parti pris de la verticalité.

 

Les Constructeurs d’églises sont depuis longtemps initiés à la Géographie Sacrée du pays, mais aussi, en règle plus générale, à celle du Continent tout entier. Ils connaissent tous les lieux les plus propices à l’édification de monuments dédiés à la plus grande gloire de Dieu. Ils savent exactement où ils doivent placer leurs églises. De fait, comme leurs prédécesseurs païens, ils transforment donc leurs édifices en Centres particuliers. Et ils enseignent à leurs commanditaires les Messages que ceux-ci véhiculent, que leurs utilisateurs peuvent y voir et montrer – ou non – à leurs fidèles.

 

Généralement, les architectes choisissent des sites où une, deux, voire trois lignes symboliques qui reproduisent les lieux où certaines étoiles du Ciel, se rencontrent. Car ils savent que pour la France, la Constellation du Bélier représente les lignes Telluriques qui traversent le Barn et la Navarre ; le Taureau, celles des principaux pics des Pyrénées – Pic d’Aneto, Vigne Made, Mont Perdu - ; les Gémeaux, celles du Couseran, de Muret, et de Saint-Girons ; le Cancer, celles de Foix, de Montségur, et de Montserrat ; le Lion, celles du Lauregais, des Corbières, et du Golfe du Lion ; la Vierge, celles de Minerve, de Béziers, de Marseille, et de Nice ; la Balance, celles d’Arles, de Nîmes, et du Dauphiné ; le Scorpion, celles du Velay, et de la Bourgogne ; le Sagittaire, celles de Clermont-Ferrand, et de Bourges ; le Capricorne, celles du Quercy, du Poitou, et du Périgord ; le Verseau, celles de l’Aquitaine, de Bordeaux, et de la Rochelle ; et le Poisson, celles de la Gascogne, et des Landes. Et ils savent que les endroits où ces Constellations se croisent sont les plus propice à l’érection de leurs monuments.

 

Les Maitre Maçons établissent les proportions idéales des édifices de la même façon. Par l’intermédiaire du Nombre d’Or – car celui-ci permet en effet, symboliquement, à l’Homme d’atteindre ses dimensions réelles - ils pensent contribuer à maintenir le Monde en équilibre au Cœur de l’Univers. Ainsi, ils échafaudent leurs architectures à partir de formes géométriques. Et ils font en sorte, que, comme les plus majestueux monuments du passé, les leurs représentent pareillement la Vie, l’Eternité, la Santé ou l’Univers dans leur ensemble.