X1Car, autant Philippe le Bon a su construire un vaste rassemblement d’Etats autour du duché de Bourgogne, autant son fils, Charles le Téméraire, qui lui succède en 1467, commet une erreur en voulant aussi un titre royal. Le nouveau duc décide en effet d’unifier ses territoires en reliant la Bourgogne aux Pays-Bas pour recréer une grande Lotharingie, sur le modèle de celle qui a séparé les domaines français et allemand lors du partage de l’Empire Carolingien au traité de Verdun, en 843. D’où son action en Rhénanie, en Alsace et en Lorraine. Grâce à la richesse de la Flandre et du Brabant, Charles a de grands moyens. Enfin, par sa troisième femme, Marguerite d’York, sœur du roi d’Angleterre Edouard IV, le Bourguignon peut à tous moment faire revenir les Anglais en France.

 

Louis XI s’aperçoit à ses dépens que, contre un tel homme, il faut être très prudent. En effet, en 1468, alors qu’il rencontre Charles le Téméraire à Péronne, la ville de Liège, possession bourguignonne, se révolte, encouragée par le roi de France. Emprisonné par son hôte, Louis XI doit lui promettre la Champagne et accepter de l’accompagner à Liège. Là, humilié, le souverain assiste à la sanglante répression qui s’abat sur ses propres alliés.

Mais la leçon n’est pas perdue, et Louis frappe ses ennemis. La première victime est l’un de ses capitaines, Charles de Melun. Des ecclésiastiques, Balue et Haraucourt, sont enfermés dans des cages de fer où ils restent dix ans. Le duc de Nemours et le connétable de Saint-Pol sont décapités. Se méfiant des grands, Louis XI s’entoure d’hommes qui lui doivent tout, comme le barbier Olivier le Dain ou Tristan Lhermite. Dans son château favori de Plessis-lez-Tours, « l’universelle araigne » tisse sa toile.

 

En Angleterre, en 1461, Henri VI de Lancastre a été déposé au profit d’Edouard IV d’York. Comme ce dernier est le beau-frère de Charles le Téméraire, Louis XI a tout à craindre de leur alliance. En 1470, il finance donc un complot qui rend le trône à Henri VI. Louis XI peut ainsi isoler Charles le Téméraire. Persuadé d’avoir éliminé le danger anglais, le roi lance ses armées sur les villes de la Somme, attaque Saint-Quentin, puis Amiens ; il est convaincu que Charles le Téméraire ne peut rien faire. Mais, en Angleterre, la restauration d’Henri VI est de courte durée, et, dès 1471, Edouard IV, l’allié de la Bourgogne, retrouve sa couronne. La contre-offensive bourguignonne en Picardie est foudroyante. Heureusement pour Louis XI, Beauvais résiste : tous les bourgeois, et même les femmes – dont Jeanne Laisné, ou « Jeanne Hachette » - sont aux remparts, et leur farouche résistance permet aux compagnies françaises d’intervenir en Juillet 1472. Obstiné jusqu'à l’aveuglement, Charles immobilise son armée. Affamée, celle-ci oit se rendre. Une trêve est conclue.

 

En fait, Charles le Téméraire s’engage désormais à l’Est. L’Alsace, rachetée au duc d’Autriche, se défend en engageant des mercenaires suisses, les meilleurs soldats de l’époque, alliés de Louis XI. Soucieux de trouver un appui, le Téméraire offre la main de sa fille Marie à Maximilien, fils de Frédéric III, l’Empereur Germanique qui, inquiet de l’ambition du duc, préfère refuser. Charles attaque encore en Cologne, mais partout ses ennemis sont soutenus par Louis XI. En 1474, le roi de France finance une ligue antibourguignonne principalement composée des Suisses et de l’Empereur Frédéric III.

 

Charles est de plus en plus isolé. Il remporte cependant un succès diplomatique de poids : Edouard IV, qui lui doit sa restauration, s’engage à intervenir en France. En Juin 1475, à Calais, il rassemble une armée de 30 000 hommes. Charles le Téméraire est retenu par un siège interminable à Neuss, place forte de Cologne, qui est défendue par les Suisses. Une fois de plus, son obstination lui nuit : il poursuit le siège alors que l’armée anglaise l’attend. Lorsque, enfin, il se libère, il a perdu beaucoup de temps et sa propre armée n’est pas prête, alors que Louis XI a pu mobiliser les ressources du royaume pour faire face aux Anglais. A Picquigny, dès le mois d’Août, Edouard IV préfère négocier plutôt que de se battre pour le seul profit du Téméraire. Louis lui donne 75 000 écus et lui promet une pension annuelle de 50 000 écus d’or. Après de grandes fêtes à Amiens, Edouard se retire et abandonne le Téméraire. Celui-ci, afin d’avoir les mains libres à l’Est, doit traiter avec Louis XI, qui cherche à grouper tous ceux qui sont lésés par la politique bourguignonne.

 

A suivre...