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C'est d'ailleurs au cours de mes années de lycée que j'ai commencé à écrire de petits textes de quelques pages. Oh, évidemment, c'était loin d’être de la grande littérature. Ils étaient remplis de fautes de français, de répétition. Ils avaient parfois ni queue ni tète. Mais c'est par ce moyen que j'ai pu, pour la première fois de mon existence, mettre de mots sur les maux dont j'étais la proie. Car, comme n'importe quel adolescent, c'était pour moi l'époque de mes premiers émois amoureux. Et comme je le suis toujours en outre, ceux-ci étaient empreints de passion, de ferveur, d'espoir, de songes. J'ai dès lors écrits plusieurs nouvelles où l'élue de mon cœur était l’héroïne à mes cotés d'aventures extraordinaires. Il s'agissait surtout d'Héroic-Fantasy et de Science-Fiction de bas étage qui me ferait honte aujourd'hui. C'était rempli de naïveté et de mièvrerie, de tendres sentiments où l’héroïne qu'était la jeune femme dont j'étais éprise se rendait finalement compte de la force des sentiments que j'avais pour elle, et y succombait.

 

J'ai également rédigé plusieurs poèmes de la même veine destinés à cette jeune femme. Mais, traumatisé par les tortures morales de mes camarades de classe durant des années, je n'ai jamais trouver la force en moi de l'aborder pour lui offrir ces nouvelles ou ces poèmes. Même si j'avais, je m'en souviens encore, passé mes journées de congé – week-ends ou vacances scolaires – entières sur l'un de mes premiers ordinateurs à traitement de texte, à les rédiger. Je me rappelle que l'une de ces nouvelles faisait plus d'une centaine de pages. Une gageure pour l'époque, pour laquelle j'avais sué sang et eaux pendant quinze jours afin de la lui offrir à la rentrée. En vain évidemment, puisque ma peur, mon anxiété d’être rejeté, moqué, humilié, renvoyé à ma solitude sous les sarcasmes de ma bien-aimée et des ami(e)s qui l'entouraient, étaient trop puissants pour que je parvienne à les combattre et à les vaincre.

 

Ce n'est que par l'intermédiaire de l'un des rares amis que j'ai eu tout le long de ma scolarité – de l'école primaire à la fin du lycée – que j'ai pu lui faire parvenir mes manuscrits. J'ai demandé à cet ami de les lui porter en mon nom. Ce qu'il a fait. Mais, alors que j'espérais qu'elle vienne au moins me voir pour me remercier et pour m'interroger sur la raison de tels présents, elle ne s'est jamais manifesté. Et ce n'est qu'en l'observant de loin tout le long des mois qui ont suivi, et en rêvant à ce bonheur auquel je n'aurais jamais droit, que j'ai mené ma scolarité à terme. Dans des conditions extrêmement difficiles qui plus est, puisque cette situation m'a tellement malmené, que j'en suis pratiquement devenu anorexique un temps. Torturé par les émotions, les sentiments passionnés à son encontre dont j'étais la proie, torturé par mon envie de l'approcher et de lui parler, et par mon angoisse et ma terreur d’être moqué, humilié, rejeté, par elle, je ne suis progressivement enfoncé dans un état quasi anorexique jusqu'à la fin de mes années de lycée.

 

Je n'ai jamais oublié cette jeune femme. On dit d'ailleurs souvent qu'on n'oublie jamais son premier amour. En ce qui me concerne, cette maxime se révèle vraie. Son visage, sa beauté, sa séduction, son charme, irrésistibles à mes yeux, resteront gravés pour l’Éternité dans ma mémoire. Les instants les plus marquants liés à elle durant cette période sont toujours présents en moi. Bien des années plus tard, je me souviens encore de son prénom : Valérie ; de son nom de famille que je ne dévoilerai pas ici. Je me rappelle de ses cheveux blonds, de son regard bleu pétillant, de son visage si frais, si innocent, si délicieux, si envoûtant. Je revois sa silhouette fine, ses formes généreuses qui, bien qu'encore adolescentes, laissaient entrevoir la femme superbe, sensuelle, attirante, lumineuse, qu'elle ne manquerait pas de devenir. Je ne me suis pas trompé car, il y a un an ou deux, par curiosité, je me suis mis en quête de sa trace sur Internet. Après des semaines d'investigations sur des sites permettant de retrouver d'anciens amis d'enfance, j'ai vu sa photo. Et elle est devenu aussi séduisante, majestueuse, et à la plastique aussi avantageuse que je le supposais.